Le cours
Résumé en cinq points
- L'intégrale d'une fonction continue sur un segment se construit par encadrement par des fonctions en escalier, et c'est une aire algébrique.
- Linéarité et Chasles valent avec la convention de bornes inversées. Positivité, croissance et inégalité triangulaire exigent des bornes dans l'ordre croissant.
- Une fonction continue positive d'intégrale nulle est nulle, la continuité est indispensable.
- Toute fonction continue sur un intervalle a des primitives, et est celle qui s'annule en .
- Les sommes de Riemann convergent vers l'intégrale, et l'inégalité de Taylor-Lagrange donne un contrôle global de l'erreur d'approximation polynomiale.
Pourquoi ce chapitre
Au premier semestre, l'intégrale a servi d'outil de calcul, avec les primitives, l'intégration par parties et le changement de variable, mais sans définition. Ce chapitre paie la dette.
- On construit l'intégrale d'une fonction continue sur un segment en l'encadrant par des fonctions en escalier, puis on établit la linéarité, la positivité, la croissance et la relation de Chasles.
- On démontre le théorème qui relie intégrale et primitive, socle du calcul intégral.
- Les sommes de Riemann font le pont entre analyse discrète et analyse continue, et fournissent la limite de sommes que l'on rencontre dans presque tous les sujets de concours.
- L'inégalité de Taylor-Lagrange offre un contrôle global de l'erreur d'approximation polynomiale, à opposer au contrôle local de Taylor-Young.
La construction elle-même n'est pas un attendu du programme, mais il faut en avoir compris le principe.
1Fonctions en escalier
1.1Subdivisions
Définition 1.1Subdivision
Une subdivision du segment est une famille finie de réels . Le pas de la subdivision est le maximum des longueurs . Elle est régulière quand tous ces écarts sont égaux à , et alors .
1.2Fonctions en escalier
Définition 1.2Fonction en escalier
Une fonction de dans est en escalier s'il existe une subdivision telle que soit constante sur chaque intervalle ouvert . Une telle subdivision est dite adaptée à .
Les valeurs aux points de subdivision sont quelconques et ne jouent aucun rôle.
Définition 1.3Intégrale d'une fonction en escalier
Avec la valeur constante de sur , l'intégrale de est C'est l'aire algébrique des rectangles.
Cette somme ne dépend pas de la subdivision adaptée choisie, on le vérifie en se ramenant à une subdivision commune plus fine.
1.3Principe de la construction
Pour continue sur , on considère les fonctions en escalier qui minorent et celles qui la majorent.
- La borne supérieure des intégrales des minorantes égale la borne inférieure des intégrales des majorantes.
- Cette valeur commune est l'intégrale de .
- Le point technique, admis ici, est qu'une fonction continue sur un segment peut être approchée d'aussi près que l'on veut par des fonctions en escalier.
Remarque
Résultat admis. La construction n'est pas exigible, l'idée l'est. Pour les fonctions en escalier, la linéarité et la croissance de l'intégrale s'énoncent comme dans le cas continu.
2Intégrale d'une fonction continue sur un segment
2.1Notations et interprétation
On note l'intégrale de sur sous la forme ou . La variable est muette.
Définition 2.1Interprétation géométrique
Pour positive, l'intégrale est l'aire de la portion de plan comprise entre le graphe de , l'axe des abscisses et les droites verticales d'abscisses et . Pour de signe quelconque, c'est une aire algébrique : les parties sous l'axe comptent négativement.
2.2Propriétés fondamentales
Propriété 2.2Linéarité
Hypothèses
- et sont continues sur ;
- .
Alors
Propriété 2.3Positivité
Hypothèses
- est continue et positive sur ;
- .
Alors .
Propriété 2.4Croissance
Hypothèses
- et sont continues sur , avec ;
- .
Alors .
Démonstration
C'est la positivité appliquée à , avec la linéarité.
Propriété 2.5Inégalité triangulaire intégrale
Hypothèses
- est continue sur ;
- .
Alors
Démonstration
On encadre : . Par croissance et linéarité, .
Propriété 2.6Majoration standard
Hypothèses
- est continue sur et ;
- .
Alors .
C'est la majoration la plus utilisée en pratique.
Propriété 2.7Relation de Chasles
Hypothèses
- est continue sur un intervalle ;
- , , sont dans , dans un ordre quelconque.
Alors, avec la convention des bornes inversées ci-dessous,
Définition 2.8Extension de la notation
Pour , on pose .
Avec cette convention, Chasles vaut sans condition d'ordre, la linéarité aussi.
Attention
Positivité, croissance et inégalité triangulaire exigent . Pour , on se ramène à l'ordre croissant : . C'est le piège le plus fréquent du chapitre.
2.3Le théorème de la fonction positive d'intégrale nulle
Théorème 2.9Fonction positive d'intégrale nulle
Hypothèses
- est continue sur , à valeurs positives, avec ;
- .
Alors est la fonction nulle.
Démonstration
Par l'absurde, supposons pour un certain . Par continuité, sur un petit intervalle de longueur strictement positive autour de , intersecté avec . En découpant l'intégrale par Chasles et en utilisant la positivité sur les autres morceaux, l'intégrale est minorée par une quantité strictement positive, ce qui contredit l'hypothèse.
Attention
La continuité est essentielle. Une fonction nulle partout sauf en un point a une intégrale nulle sans être nulle, mais elle n'est pas continue.
Propriété 2.10Conséquence classique
Si et sont continues sur avec , et , alors .
Ce résultat servira au chapitre sur les espaces préhilbertiens, pour montrer que l'intégrale du produit définit bien un produit scalaire.
2.4Symétries et valeur moyenne
Propriété 2.11Parité et imparité
Hypothèse : est continue sur .
- Si est paire, .
- Si est impaire, .
Propriété 2.12Fonction périodique
Hypothèses
- est continue sur et périodique de période .
Alors, pour tout réel ,
Démonstration
Par Chasles, . Le changement de variable donne , par périodicité. Donc la somme vaut .
Définition 2.13Valeur moyenne
La valeur moyenne de continue sur , avec , est
Démonstration
Pour continue sur , notons et son minimum et son maximum, qui existent. Par croissance, , donc la valeur moyenne est dans . Par le théorème des valeurs intermédiaires, atteint cette valeur au moins une fois.
3Sommes de Riemann
3.1Énoncé
Théorème 3.1Sommes de Riemann
Hypothèse : est continue sur .
Alors
On découpe en morceaux égaux et on approche l'aire par des rectangles appuyés sur l'extrémité gauche de chaque morceau. On peut aussi prendre l'extrémité droite, avec de 1 à : la limite est la même.
3.2Idée de la démonstration dans le cas lipschitzien
Démonstration
Supposons lipschitzienne de rapport sur . Posons . Sur le -ième morceau, on compare l'intégrale de et l'aire du rectangle. La différence est majorée par . En sommant sur les morceaux, l'erreur totale est majorée par qui tend vers . Le cas général s'en déduit par approximation, mais il est admis.
3.3Usage pratique
C'est le sens inverse qui est utile aux concours. Devant une somme dépendant de , on cherche à l'écrire sous la forme , ce qui donne une limite égale à .
Exemple 3.2Somme des
Sa limite est .
Exemple 3.3Somme des
tend vers .
Attention
Il faut isoler le facteur et vérifier que tout le reste ne dépend de et que par le quotient . Sinon la méthode ne s'applique pas.
Remarque
Comparaison de méthodes numériques. La méthode des rectangles a une erreur qui décroît comme . La méthode des trapèzes, qui remplace chaque rectangle par un trapèze appuyé sur les deux extrémités, a une erreur qui décroît comme pour une fonction assez régulière : elle est nettement plus performante à coût de calcul égal.
4Lien entre intégrale et primitive
4.1Théorème fondamental
Théorème 4.1Théorème fondamental
Hypothèses
- est continue sur un intervalle ;
- .
Alors la fonction est dérivable sur , et . C'est l'unique primitive de qui s'annule en .
Démonstration
Pour fixé et petit, par Chasles, . On retranche . Par la majoration standard sur le segment d'extrémités et (de longueur , quel que soit le signe de ), le maximum portant sur entre et . La continuité de en rend ce maximum aussi petit que l'on veut, donc le taux d'accroissement tend vers .
Corollaire 4.2
Toute fonction continue sur un intervalle possède des primitives, et deux primitives diffèrent d'une constante.
Corollaire 4.3Calcul d'une intégrale
Si est une primitive quelconque de continue, alors .
Attention
La continuité de donne la dérivabilité de : est toujours plus régulière que d'un cran. Pour une borne variable, si , alors , par composition. Si les deux bornes dépendent de , on coupe en un point fixe par Chasles.
4.2Techniques de calcul, rappel
L'intégration par parties et le changement de variable, vus au premier semestre, se justifient maintenant complètement à partir de ce théorème.
- Pour l'intégration par parties, on intègre la dérivée du produit .
- Pour le changement de variable, on dérive la composée .
5Inégalité de Taylor-Lagrange
Théorème 5.1Inégalité de Taylor-Lagrange
Hypothèses
- est de classe sur un intervalle ;
- et sont dans ;
- majore sur le segment d'extrémités et .
Alors
La somme est le polynôme de Taylor de à l'ordre en .
Remarque
Nature du résultat. Taylor-Young est un énoncé local : il décrit le comportement quand tend vers et ne dit rien à distance fixée. Taylor-Lagrange est un énoncé global et quantitatif, valable sur tout un segment, au prix d'une hypothèse de régularité supplémentaire et de la connaissance d'un majorant . La formule de Taylor avec reste intégral n'est pas exigible, et l'égalité de Taylor-Lagrange est hors programme.
Exemple 5.2Exponentielle
Pour , et , on a sur le segment . L'erreur commise en remplaçant par est majorée par . Cette majoration tend vers , ce qui prouve que la série de terme converge vers . C'est le lien avec le chapitre sur les séries numériques.
6Extension aux fonctions à valeurs complexes
Définition 6.1Intégrale d'une fonction à valeurs complexes
Pour continue de dans , on pose
L'intégrale est alors linéaire, y compris pour les scalaires complexes, et la relation de Chasles subsiste.
Propriété 6.2Majoration du module
Hypothèses
- est continue de dans ;
- .
Alors .
Démonstration
Posons . Si , c'est clair. Sinon, écrivons . Alors . Ce nombre est réel, donc égal à sa partie réelle . Or , d'où par croissance dans le cas réel.
L'inégalité de Taylor-Lagrange s'étend aussi au cas complexe.
Attention
Les notions de positivité et de croissance n'ont aucun sens pour des fonctions à valeurs complexes. Le théorème de la fonction positive d'intégrale nulle ne s'applique qu'au cas réel.
Exemple 6.3Orthogonalités trigonométriques
Pour , vaut si , et si . Ce calcul est la base de toutes les orthogonalités trigonométriques.
Méthodes
MéthodeMajorer une intégrale
- Majorer la fonction sur le segment.
- Intégrer l'inégalité, en gardant en tête la majoration par .
- Vérifier que les bornes sont dans le bon ordre.
MéthodeÉtudier une fonction définie par une intégrale à borne variable
- L'écrire comme composée de la primitive et des bornes.
- Dériver.
MéthodeReconnaître une somme de Riemann
- Factoriser .
- Chercher une écriture en .
- Conclure avec l'intégrale de sur .
MéthodeMontrer qu'une fonction continue positive est nulle
- Calculer ou montrer que son intégrale est nulle.
- Appliquer le théorème de la fonction positive d'intégrale nulle.
MéthodeObtenir une inégalité fine
- Penser à l'inégalité de Taylor-Lagrange.
- Identifier clairement l'ordre et le majorant .
MéthodeFonction paire, impaire ou périodique
- Exploiter la symétrie avant de calculer.
- Cela évite souvent tout le calcul.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Définir une subdivision, une fonction en escalier, et l'intégrale d'une fonction en escalier.
- Expliquer en quelques phrases comment on définit l'intégrale d'une fonction continue par encadrement.
- Démontrer l'inégalité triangulaire intégrale et la majoration par , en précisant l'ordre des bornes.
- Démontrer qu'une fonction continue positive d'intégrale nulle est nulle, et donner le contre-exemple sans continuité.
- Démontrer que est dérivable de dérivée , pour continue.
- Reconnaître et calculer la limite d'une somme de Riemann, par exemple la somme des .
- Énoncer l'inégalité de Taylor-Lagrange avec toutes ses hypothèses et l'appliquer à l'exponentielle.
- Dériver une fonction définie par une intégrale dont les deux bornes dépendent de .
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Intégrale d'une fonction en escalier. La définition est exigible. La preuve de son indépendance vis-à-vis de la subdivision adaptée n'est pas attendue.
- Intégrale d'une fonction continue sur un segment, obtenue par encadrement par des fonctions en escalier. La construction n'est pas exigible, son principe doit être compris.
- Linéarité, positivité pour a ≤ b, croissance pour a ≤ b. Elles sont admises à partir de la construction. La croissance découle de la positivité appliquée à g − f.
- Inégalité triangulaire intégrale, pour f continue et a ≤ b. Exigible avec démonstration.
- Majoration par M(b − a) lorsque |f| ≤ M sur [a, b] et a ≤ b. Exigible.
- Relation de Chasles, pour f continue sur un intervalle contenant a, b et c, sans condition d'ordre grâce à la convention des bornes inversées. Exigible.
- Si f est continue et positive sur [a, b], avec a < b, et d'intégrale nulle, alors f est nulle. Exigible avec démonstration. Contraposée : une fonction continue, positive et non nulle a une intégrale strictement positive.
- Intégrale d'une fonction paire ou impaire sur [−a, a]. Intégrale d'une fonction continue T-périodique sur un intervalle de longueur T. Exigibles avec démonstration.
- Valeur moyenne d'une fonction continue sur [a, b], avec a < b. Elle est atteinte. Exigible.
- Sommes de Riemann à gauche et à droite, pour f continue sur [a, b]. Preuve suggérée par le programme, sans être exigée, dans le cas lipschitzien. Cas général admis.
- Dérivabilité de x ↦ ∫ de a à x de f(t) dt, de dérivée f, pour f continue sur un intervalle I et a dans I. Exigible avec démonstration. Corollaires : existence de primitives, et ∫ de a à b de f = F(b) − F(a).
- Intégration par parties pour u et v de classe C¹. Changement de variable pour φ de classe C¹ et f continue. Exigibles.
- Inégalité de Taylor-Lagrange, pour f de classe Cn+1 sur I, a et x dans I, et M majorant de |fn+1| sur le segment d'extrémités a et x. Énoncé exigible. La preuve par récurrence est classique.
- Cas complexe : définition par parties réelle et imaginaire, linéarité sur C, Chasles, |∫ f| ≤ ∫ |f| pour a ≤ b, Taylor-Lagrange. Exigibles.
- Méthode des trapèzes : on attend une comparaison qualitative avec les rectangles, pas une majoration précise de l'erreur.
- Hors programme ou non exigible ici : la formule de Taylor avec reste intégral (non exigible), l'égalité de Taylor-Lagrange (hors programme), les intégrales sur un intervalle non borné (deuxième année), et toute interversion de limite et d'intégrale.
Clés de démonstration
Inégalité triangulaire. On part de −|f| ≤ f ≤ |f|. On intègre par croissance, avec a ≤ b. Astuce : une valeur absolue se traite par un double encadrement.
Fonction positive d'intégrale nulle. Par contraposée, on suppose f(x₀) = c > 0. La continuité avec ε = c/2 donne un segment [α, β] inclus dans [a, b], avec α < β, sur lequel f ≥ c/2. On découpe par Chasles et on minore les autres morceaux par 0, ce qui donne ∫ f ≥ (β − α)c/2 > 0. Astuce : si x₀ vaut a ou b, on prend un demi-voisinage.
Parité. On coupe en 0 et on pose t = −u sur [−a, 0]. Les deux morceaux sont égaux si f est paire, opposés si f est impaire. Astuce : le signe moins de dt remet les bornes dans l'ordre.
Périodicité. On pose G(x) = ∫ de x à x + T de f. Alors G'(x) = f(x + T) − f(x) = 0, donc G est constante sur l'intervalle R. Astuce : dériver par rapport à la borne évite tout découpage.
Théorème fondamental. On écrit h f(x) comme l'intégrale de la constante f(x) entre x et x + h. On majore |F(x + h) − F(x) − h f(x)| par |h| fois le maximum de |f(t) − f(x)| pour t entre x et x + h. Astuce : écrire |h| couvre le cas h < 0.
Sommes de Riemann, cas lipschitzien. Sur [xk, x_(k+1)], de longueur h, l'écart entre ∫ f et h f(xk) vaut au plus ∫ K(t − xk) dt = K h²/2. En sommant, l'erreur totale est au plus K(b − a)²/(2n). Astuce : même geste qu'au théorème fondamental, et la vitesse en 1/n apparaît gratuitement.
Taylor-Lagrange. Récurrence sur n, avec x ≥ a, l'autre cas étant symétrique. Pour n = 0, |f(x) − f(a)| = |∫ de a à x de f'| ≤ M(x − a). Pour l'hérédité, on pose R = f − Tn(f). Alors R' = f' − T_(n−1)(f'), et l'hypothèse appliquée à f' donne |R'(t)| ≤ M(t − a)ⁿ/n! sur [a, x]. On intègre, avec R(a) = 0. Astuce : la dérivée du polynôme de Taylor de f est celui de f' à l'ordre inférieur.
Module de l'intégrale complexe. Si ∫ f ≠ 0, on écrit ∫ f = r eiθ avec r > 0. Alors r = ∫ e−iθ f est réel, donc égal à ∫ Re(e−iθ f), majoré par ∫ |f|. Astuce : on tourne l'intégrale pour la rendre réelle positive.
Valeur moyenne. f atteint sur le segment un minimum m et un maximum M. On intègre m ≤ f ≤ M, on divise par b − a, et le TVI conclut. Astuce : invoquer les bornes atteintes avant le TVI.
Exemples et contre-exemples à connaître
- La fonction nulle sur [0, 1] sauf en 1/2, où elle vaut 1. Son intégrale est nulle, elle n'est pas nulle : la continuité est indispensable au théorème de nullité.
- Le sinus sur [0, 2π], continu, d'intégrale nulle, non nul : la positivité est indispensable au même théorème.
- ∫ de 1 à 0 de dt vaut −1. L'intégrande est positive, l'intégrale négative : la positivité exige a ≤ b.
- f égale à 0 sur [−1, 0[ et à 1 sur [0, 1]. Alors ∫ de 0 à x de f vaut max(x, 0), non dérivable en 0. Sans continuité de f, on perd F' = f.
- f égale à −1 sur [−1, 0[ et à 1 sur [0, 1]. Sa moyenne est 0, valeur jamais prise : la continuité est nécessaire.
- La racine carrée n'est pas lipschitzienne sur [0, 1], pourtant la somme des √k, pour k de 1 à n, divisée par n3/2, tend vers 2/3. L'hypothèse lipschitzienne ne sert qu'à la preuve.
- La somme des 1/√(n² + k), pour k de 1 à n, n'est pas une somme de Riemann. On l'encadre entre n/√(n² + n) et 1, donc elle tend vers 1.
- Pour tout réel x, |sin x − x| ≤ |x|³/6. C'est Taylor-Lagrange à l'ordre 2 en 0 avec M = 1. L'énoncé est global, alors que sin x = x + o(x²) ne dit rien en x = 10.
- Pour x réel, |expn+1| est majoré par max(1, eˣ) entre 0 et x. L'erreur est au plus max(1, eˣ)|x|n+1/(n+1)!, qui tend vers 0. Donc eˣ est la limite des sommes des xk/k! pour tout x réel.
Techniques du chapitre
Encadrer puis intégrer. Mini-exercice : In = ∫ de 0 à 1 de tⁿ/(1 + t) dt. Sur [0, 1], 0 ≤ tⁿ/(1 + t) ≤ tⁿ. Donc 0 ≤ In ≤ 1/(n + 1), et In tend vers 0.
Sortir la variable avant de dériver. Mini-exercice : H(x) = ∫ de 0 à x de (x − t) f(t) dt, f continue. On écrit H(x) = x ∫ de 0 à x de f − ∫ de 0 à x de t f(t) dt. Alors H'(x) = ∫ de 0 à x de f + x f(x) − x f(x), donc H'' = f.
Reconnaître une somme de Riemann. Mini-exercice : la somme des k/(n² + k²), pour k de 1 à n, vaut (1/n) fois la somme des (k/n)/(1 + (k/n)²). Elle tend vers ∫ de 0 à 1 de t/(1 + t²) dt = ln(2)/2.
Symétrie x ↦ a + b − x. Mini-exercice : I = ∫ de 0 à π/2 de sin x/(sin x + cos x) dx, dénominateur au moins 1. Avec x = π/2 − u, I = ∫ de 0 à π/2 de cos/(cos + sin). En additionnant, 2I = π/2, donc I = π/4.
Positivité stricte. Mini-exercice : si P est un polynôme réel avec ∫ de 0 à 1 de P² = 0, alors P² est continue, positive, donc nulle sur [0, 1]. P a une infinité de racines, donc P = 0.
Taylor-Lagrange avec un bon majorant. Mini-exercice : pour x ≥ 0, |ln(1 + x) − x + x²/2| ≤ x³/3. La dérivée troisième 2/(1 + t)³ est au plus 2 sur [0, x], d'où la borne 2x³/3!.
Passer par les complexes. Mini-exercice : ∫ de 0 à π de eᵗ cos t dt est la partie réelle de ∫ de 0 à π de e(1+i)t dt = (e(1+i)π − 1)/(1 + i) = −(eπ + 1)(1 − i)/2. Elle vaut donc −(eπ + 1)/2.
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Trois limites de sommes
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Limites de (a) la somme des 1/√(n² + kn), pour k de 1 à n, (b) un = (1/n)((2n)!/n!)1/n, (c) la somme des 1/(n + k), pour k de 1 à 2n.
Technique isoler 1/n, et passer au logarithme pour un produit.
Voir le corrigé
- (a) √(n² + kn) = n√(1 + k/n). La somme tend vers ∫ de 0 à 1 de dt/√(1 + t) = 2√2 − 2.
- (b) (2n)!/n! est le produit des (n + k), égal à nⁿ fois le produit des (1 + k/n). Donc ln un = (1/n) fois la somme des ln(1 + k/n).
- Cette somme tend vers ∫ de 0 à 1 de ln(1 + t) dt = 2 ln 2 − 1. Par continuité de l'exponentielle, un tend vers 4/e.
- (c) La somme vaut (1/n) fois la somme des 1/(1 + k/n), avec k/n dans ]0, 2]. C'est une somme de Riemann de pas 1/n sur [0, 2], qui tend vers ln 3.
piège : En (c), intégrer sur [0, 1] alors que k/n monte jusqu'à 2.
Exercice 2. Une intégrale sans primitive visible
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Calculer I = ∫ de 0 à π de x sin x/(1 + cos² x) dx.
Technique la substitution x = π − u élimine le facteur x.
Voir le corrigé
- Avec x = π − u, I = ∫ de 0 à π de (π − u) sin u/(1 + cos² u) du.
- Donc I = πJ − I, avec J = ∫ de 0 à π de sin u/(1 + cos² u) du.
- Avec w = cos u, dw = −sin u du, et J = ∫ de −1 à 1 de dw/(1 + w²) = π/2.
- Finalement I = π²/4.
piège : Tenter une intégration par parties, qui n'aboutit pas.
Exercice 3. Un point fixe par l'intégrale
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Soit f continue de [0, 1] dans R avec ∫ de 0 à 1 de f = 1/2. Montrer que f admet un point fixe.
Technique contraposée du théorème de nullité, puis TVI.
Voir le corrigé
- g(x) = f(x) − x est continue et ∫ de 0 à 1 de g = 0.
- Si g ne s'annule pas, le TVI impose un signe strict constant.
- Si g > 0, g est continue, positive, non nulle, donc ∫ g > 0, contradiction. Si g < 0, même raisonnement avec −g.
- Donc g s'annule en c, et f(c) = c.
piège : Écrire « ∫ g = 0 donc g = 0 », faux sans positivité.
Exercice 4. Deux bornes variables
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Pour x > 1, G(x) = ∫ de x à x² de dt/ln t. Calculer G', puis la limite de G en 1 par la droite.
Technique primitive abstraite, puis encadrement vers une intégrale calculable.
Voir le corrigé
- Pour x > 1, on a 1 < x < x², et 1/ln t est continue sur ]1, +∞[. Elle y admet une primitive Φ, non explicite.
- G(x) = Φ(x²) − Φ(x), donc G'(x) = 2x/ln(x²) − 1/ln x = (x − 1)/ln x.
- On écrit 1/ln t = t × 1/(t ln t), avec 1/(t ln t) > 0. Comme x ≤ t ≤ x², on a x K(x) ≤ G(x) ≤ x² K(x), où K(x) = ∫ de x à x² de dt/(t ln t).
- K(x) = ln(ln x²) − ln(ln x) = ln 2. Par encadrement, G tend vers ln 2.
piège : Oublier le facteur 2x venant de la borne x², ou chercher une primitive explicite de 1/ln t.
Exercice 5. Intégrales de Wallis
Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit CCINP
Wn = ∫ de 0 à π/2 de sinⁿ t dt. Montrer que Wn > 0 et que la suite décroît. Établir (n + 2)W_(n+2) = (n + 1)Wn, puis (n + 1)W_(n+1)Wn = π/2. En déduire Wn équivalent à √(π/(2n)).
Technique intégration par parties, puis suite constante.
Voir le corrigé
- sinⁿ est continue, positive, non nulle sur [0, π/2], donc Wn > 0. Comme sinn+1 ≤ sinⁿ, la suite décroît.
- W_(n+2) = ∫ sinn+1 × sin. Par parties avec v = −cos, le crochet est nul et il reste (n + 1)∫ sinⁿ cos² = (n + 1)(Wn − W_(n+2)).
- En multipliant par W_(n+1), la suite (n + 1)W_(n+1)Wn est constante, égale à W1 W0 = π/2.
- Par décroissance, (n + 1)/(n + 2) = W_(n+2)/Wn ≤ W_(n+1)/Wn ≤ 1, donc W_(n+1)/Wn tend vers 1.
- Ainsi n W_n² est équivalent à (n + 1)W_(n+1)Wn = π/2, d'où l'équivalent.
piège : Diviser par Wn sans avoir prouvé qu'il est non nul.
Exercice 6. Oscillations rapides
Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit CCINP
Soit f de classe C¹ sur [a, b]. Montrer que ∫ de a à b de f(t) sin(nt) dt tend vers 0.
Technique une intégration par parties fait apparaître 1/n.
Voir le corrigé
- On intègre par parties avec u = f et v = −cos(nt)/n, toutes deux de classe C¹.
- L'intégrale vaut [−f(t)cos(nt)/n] entre a et b, plus (1/n)∫ f'(t)cos(nt) dt.
- Elle est donc majorée en valeur absolue par (|f(a)| + |f(b)| + (b − a) max|f'|)/n, qui tend vers 0.
piège : Oublier le rôle de l'hypothèse C¹. Pour f seulement continue, le résultat reste vrai, mais la preuve, par fonctions en escalier, est nettement plus délicate.
Exercice 7. Une limite sans interversion
Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit CCINP
Soit f continue sur [0, 1] et un = ∫ de 0 à 1 de f(tⁿ) dt. Montrer que un tend vers f(0).
Technique couper le segment en un point qui dépend de n.
Voir le corrigé
- Soit M le maximum de |f| et ε > 0. La continuité en 0 donne δ dans ]0, 1[ tel que |f(u) − f(0)| ≤ ε pour u dans [0, δ].
- On pose an = δ1/n = exp(ln δ/n), qui tend vers 1. Pour t dans [0, an], tⁿ ≤ δ.
- |un − f(0)| ≤ ∫ de 0 à 1 de |f(tⁿ) − f(0)| dt. Coupé en an, le premier morceau vaut au plus ε, le second au plus 2M(1 − an).
- Pour n assez grand, 2M(1 − an) ≤ ε, donc |un − f(0)| ≤ 2ε.
piège : Passer à la limite sous l'intégrale parce que tⁿ tend vers 0. Cette interversion n'est pas justifiable avec le programme.
Exercice 8. Puissances paires du cosinus
Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit CCINP
Calculer In = ∫ de 0 à 2π de cos2n t dt, puis en déduire W_(2n) de l'exercice 5.
Technique formule d'Euler, binôme, et intégrales des eimt.
Voir le corrigé
- cos t = (eit + e−it)/2, donc cos2n t = 4−n fois la somme des C(2n, k) ei(2k − 2n)t, pour k de 0 à 2n.
- On intègre cette somme finie terme à terme. ∫ de 0 à 2π de eimt est nul pour m entier non nul. Seul reste le terme k = n.
- Donc In = 2π C(2n, n)/4ⁿ.
- Par π-périodicité puis par t ↦ π − t, In vaut 4 fois l'intégrale sur [0, π/2], égale à W_(2n) par t ↦ π/2 − t. Donc W_(2n) = (π/2)C(2n, n)/4ⁿ.
piège : Oublier que ∫ eimt vaut 2π quand m = 0.
Exercice 9. Vitesse des rectangles
Approfondissement · Type oral Centrale
Soit f de classe C² sur [0, 1], I son intégrale et Sn = (1/n) fois la somme des f(k/n), pour k de 0 à n − 1. Montrer que n(I − Sn) tend vers (f(1) − f(0))/2. Commenter la méthode des trapèzes.
Technique Taylor-Lagrange sur chaque morceau, puis Riemann pour f'.
Voir le corrigé
- Soit h = 1/n, xk = kh, et M₂ le maximum de |f''| sur [0, 1]. Pour t dans [xk, x_(k+1)], Taylor-Lagrange à l'ordre 1 donne |f(t) − f(xk) − (t − xk)f'(xk)| ≤ M₂(t − xk)²/2.
- En intégrant, l'écart entre ∫ f sur le morceau et h f(xk) + h² f'(xk)/2 vaut au plus M₂h³/6.
- En sommant, l'écart entre I − Sn et (h/2) fois (1/n) fois la somme des f'(xk) vaut au plus M₂/(6n²).
- En multipliant par n, l'écart entre n(I − Sn) et la moitié de la somme de Riemann de f' vaut au plus M₂/(6n). Comme f' est continue, cette somme tend vers f(1) − f(0).
- La somme des trapèzes vaut Tn = Sn + (f(1) − f(0))/(2n), donc n(I − Tn) tend vers 0. Le terme principal de l'erreur disparaît.
piège : Prendre M₂ en un point au lieu du maximum sur tout le segment.
Exercice 10. Moments égaux
Approfondissement · Niveau écrit Mines ou X
Soit f continue de [0, 1] dans R telle que ∫ f² = ∫ f³ = ∫ f⁴. Montrer que f est constante égale à 0 ou à 1.
Technique fabriquer un carré d'intégrale nulle.
Voir le corrigé
- ∫ f²(f − 1)² = ∫ f⁴ − 2∫ f³ + ∫ f² = 0.
- f²(f − 1)² est continue et positive, donc nulle. Ainsi f(x) vaut 0 ou 1 pour tout x.
- Si f prenait les deux valeurs, le TVI lui ferait prendre la valeur 1/2, impossible. Donc f est constante.
piège : S'arrêter à « f vaut 0 ou 1 en chaque point », qui n'est pas « f est constante ».
Erreurs fréquentes
- Intégrer une inégalité ou majorer par M(b − a) avec des bornes dans le mauvais ordre. On vérifie a ≤ b avant chaque usage de la positivité.
- Dériver ∫ de a à u(x) de f sans le facteur u'(x), ou dériver directement une intégrale dont l'intégrande contient x. On sort d'abord x de l'intégrale.
- Forcer une somme de Riemann qui ne dépend pas de k à travers k/n, ou se tromper de segment quand k va jusqu'à 2n.
- Conclure f = 0 à partir de ∫ f = 0 sans vérifier la continuité, la positivité et a < b.
- Échanger limite et intégrale sans justification, ou écrire des inégalités entre nombres complexes. En cas de doute, on encadre, on coupe le segment, ou on majore le module.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de PCSI (2021), deuxième semestre, section « Intégration ». Elle reprend et justifie les propriétés de l'intégrale utilisées au premier semestre dans la section « Techniques fondamentales de calcul en analyse ». Les fonctions considérées sont définies sur un segment, à valeurs réelles, sauf dans la dernière partie.