Le cours
Résumé en cinq points
- Toute partie non vide de a un plus petit élément. C'est ce qui fonde la récurrence et le raisonnement par le plus petit contre-exemple.
- Une récurrence a trois étapes nommées, et il existe trois variantes : simple, double, forte.
- Dans une somme, l'indice est muet. Les outils sont la linéarité, Chasles, le changement d'indice et le télescopage.
- Trois sommes à connaître par cœur : , , et la géométrique pour .
- est symétrique en et , régi par Pascal, et la formule du binôme développe dès que et commutent.
Pourquoi ce chapitre
C'est le chapitre du calcul propre. Une copie de concours contient en permanence des sommes indexées, des changements d'indice, des récurrences. Les points perdus viennent presque toujours de la technique et non des idées :
- indice muet mal géré ;
- borne oubliée ;
- hérédité mal rédigée.
On y installe aussi les coefficients binomiaux et la formule du binôme, qui reviennent partout, du calcul de aux dérivées -ièmes d'un produit avec la formule de Leibniz, en passant par les probabilités. Enfin, la propriété du plus petit élément de justifie le principe de récurrence et sert dans de nombreuses preuves d'arithmétique.
1L'ensemble des entiers naturels
1.1Ce qu'on admet
est l'ensemble des entiers naturels, celui des entiers relatifs. Le programme admet leur existence et leurs propriétés algébriques usuelles. On retient trois propriétés d'ordre, qui suffisent à tout.
Propriété 1.1Propriété fondamentale
Toute partie non vide de possède un plus petit élément.
Propriété 1.2Conséquences
- Toute partie non vide et majorée de possède un plus grand élément.
- Toute partie non vide de minorée possède un plus petit élément.
- Toute partie non vide de majorée possède un plus grand élément.
- Il n'existe aucun entier strictement compris entre et .
1.2Lien avec la récurrence
La propriété du plus petit élément justifie le principe de récurrence.
Théorème 1.3Principe de récurrence
Hypothèses
- est vraie ;
- pour tout , entraîne .
Alors est vraie pour tout .
Démonstration
Supposons par l'absurde que l'ensemble des entiers tels que est fausse soit non vide. possède un plus petit élément . Comme est vraie, , donc et est vraie par minimalité de . L'hérédité donne alors , ce qui contredit . Donc est vide.
Ce raisonnement, dit de la descente ou du plus petit contre-exemple, est aussi utile en lui-même.
2Les récurrences
2.1Récurrence simple
MéthodeRécurrence simple
Pour prouver pour tout :
- Initialisation : vérifier .
- Hérédité : soit tel que est vraie, montrer .
- Conclusion : par récurrence, est vraie pour tout .
Exemple 2.1Somme des entiers
Pour tout , .
Initialisation : la somme vaut 1 et la formule donne 1. Hérédité : si la formule vaut au rang , en ajoutant on obtient qui est la formule au rang .
2.2Récurrence double
MéthodeRécurrence double
- Initialiser en et .
- Montrer que et entraînent .
Elle sert pour les suites vérifiant une relation liant trois termes consécutifs, par exemple .
2.3Récurrence forte
MéthodeRécurrence forte
- Prendre pour hypothèse que est vraie pour tout entre et .
- En déduire .
Elle sert quand le passage au rang suivant utilise plusieurs rangs antérieurs, ou un rang inconnu à l'avance.
Exemple 2.2Diviseur premier
Tout entier admet un diviseur premier. Si est premier, il se divise lui-même. Sinon avec , et l'hypothèse forte appliquée à fournit un diviseur premier de , qui divise .
2.4Erreurs classiques
Attention
- Oublier l'initialisation : la propriété « » est héréditaire et pourtant fausse.
- Écrire « supposons vraie pour tout », qui est la conclusion et non l'hypothèse.
- Faire porter la récurrence sur une propriété trop faible : il faut parfois renforcer l'énoncé pour que l'hérédité passe.
- Dans une récurrence double, oublier la seconde initialisation.
3Sommes et produits
3.1Notation
Définition 3.1Somme et produit d'une famille finie
Pour une famille finie de nombres complexes, on note sa somme et son produit. Quand est vide, la somme vaut 0 et le produit vaut 1, par convention. Quand , on écrit .
L'indice est muet : et désignent le même nombre.
Attention
Un indice ne doit jamais apparaître hors de la somme qui le lie. Écrire est une faute grave.
3.2Règles de calcul
Propriété 3.2Linéarité
Pour tous complexes , : Une constante multiplicative sort, une constante additive donne .
Propriété 3.3Relation de Chasles
Pour :
Propriété 3.4Changement d'indice affine
On pose ou . On change l'indice partout, y compris dans les bornes. Par exemple :
Propriété 3.5Somme télescopique
Version produit : si aucun terme ne s'annule, .
Le regroupement de termes est un autre outil : séparer les indices pairs et impairs, par exemple.
Attention
Il n'existe pas de formule pour la somme d'un produit. En général n'a rien à voir avec .
3.3Sommes usuelles
Propriété 3.6Sommes à connaître
- ;
- ;
- si , et si .
Le cas doit toujours être traité à part.
Propriété 3.7Factorisation de
Pour : En particulier et . La somme géométrique est le cas et , à un signe près.
On peut retrouver la somme des par télescopage, en développant et en sommant.
3.4Sommes doubles
Une somme double est une somme indexée par un ensemble de couples. Deux configurations reviennent sans cesse.
Propriété 3.8Rectangle
Quand les indices varient indépendamment, on peut intervertir les deux signes somme, et le produit de deux sommes finies se développe :
Bien changer le nom de l'un des deux indices avant de développer.
Propriété 3.9Triangle
Quand la condition est , on peut sommer d'abord sur puis sur , ou l'inverse :
Le passage d'une écriture à l'autre est un exigible. Un dessin du domaine d'indices dans un tableau carré évite les erreurs de bornes.
Attention
Ne pas confondre et : ils diffèrent de la diagonale.
4Coefficients binomiaux
4.1Factorielle
Définition 4.1Factorielle
Pour , est le produit des entiers de 1 à , et par convention.
La croissance est très rapide : , vaut environ millions.
4.2Définition et symétrie
Définition 4.2Coefficient binomial
Pour et entier avec , le coefficient binomial « parmi » vaut On pose qu'il vaut 0 si ou , ce qui évite les cas particuliers dans les formules.
Exemple 4.3Valeurs immédiates
Propriété 4.4Symétrie
Cela se lit sur la définition, les deux factorielles du dénominateur échangeant leurs rôles.
Remarque
est le nombre de parties à éléments d'un ensemble à éléments. Cette lecture aide à retenir les formules. Sa démonstration relève du chapitre de dénombrement.
4.3Formule de Pascal
Propriété 4.5Formule de Pascal
Pour et entier :
Elle se vérifie par mise au même dénominateur. Elle donne le triangle de Pascal, où chaque coefficient est la somme des deux situés au-dessus de lui. Elle montre au passage, par récurrence sur , que les coefficients binomiaux sont des entiers.
4.4Formule du pion
Propriété 4.6Formule du pion
Pour :
Elle sert à calculer des sommes du type , et se vérifie directement sur les factorielles.
5Formule du binôme
5.1Énoncé
Théorème 5.1Formule du binôme
Pour tous nombres complexes et et tout entier :
La démonstration se fait par récurrence sur , en utilisant la formule de Pascal.
Attention
Quand on généralisera à des matrices ou à des endomorphismes, et devront commuter. Pour des nombres complexes c'est automatique.
5.2Conséquences classiques
- Avec : .
- Avec et , pour : la somme alternée des est nulle. Les coefficients de rang pair et de rang impair ont donc la même somme, égale à .
- se développe de la même façon, ce qui donne des identités utiles en dérivant ou en intégrant formellement.
- Avec les complexes, se calcule de deux façons, par le binôme et par la forme trigonométrique, ce qui fournit les sommes des pour multiple de 4 et leurs variantes. C'est un exercice classique de khôlle.
5.3Exemples de calcul
Exemple 5.2Calcul de
On écarte , puis la formule du pion donne . La somme vaut donc fois la somme des pour de 0 à , soit
Méthodes
MéthodeRéflexes du chapitre
- Avant toute récurrence, écrire explicitement la propriété que l'on veut démontrer, avec le quantificateur correct.
- Devant une somme inconnue, chercher d'abord un télescopage, puis une somme géométrique, puis un changement d'indice.
- Pour une somme dont le terme général change de nature selon la parité, séparer les indices pairs et impairs.
- Pour une somme double, dessiner le domaine des indices, puis choisir l'ordre de sommation qui rend la somme intérieure calculable.
- Pour une somme contenant des coefficients binomiaux, penser au binôme, à la symétrie, à Pascal et à la formule du pion, dans cet ordre.
- Vérifier une formule sur , et avant de se lancer dans une preuve : cela détecte la plupart des erreurs de bornes.
- Pour une somme, contrôler le nombre de termes : de à il y a termes, pas .
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Déduire le principe de récurrence de la propriété du plus petit élément de .
- Rédiger une récurrence simple, une récurrence double et une récurrence forte, en nommant les trois étapes.
- Calculer la somme des , des et d'une somme géométrique, en traitant le cas à part.
- Démontrer la factorisation de et en déduire la somme géométrique.
- Calculer une somme par télescopage, et retrouver ainsi la somme des carrés.
- Intervertir les deux sommations dans une somme triangulaire, et développer un produit de deux sommes.
- Démontrer la formule de Pascal et la formule du pion à partir des factorielles.
- Démontrer la formule du binôme par récurrence, et calculer , et .
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Toute partie non vide de N possède un plus petit élément. Admis, c'est le seul axiome du chapitre.
- Toute partie non vide et majorée de N possède un plus grand élément. Exigible avec démonstration, par passage aux majorants.
- Principe de récurrence simple, double et forte. Exigibles, et le programme demande de savoir relier la récurrence simple au plus petit élément.
- Somme des k de 1 à n égale n(n + 1)/2, somme des k² égale n(n + 1)(2n + 1)/6. Exigibles avec démonstration, par récurrence ou par télescopage.
- Somme géométrique : Σ de k = 0 à n de xk vaut (1 − xn+1)/(1 − x) si x ≠ 1, et n + 1 si x = 1. Exigible avec démonstration.
- Factorisation an − bn = (a − b) Σ de k = 0 à n − 1 de ak bn−1−k, pour n ≥ 1. Exigible avec démonstration, par télescopage.
- Sommes télescopiques, changements d'indice affines, regroupement de termes. Exigibles, ce sont des techniques.
- Interversion des sommations dans une somme rectangulaire et dans une somme triangulaire, produit de deux sommes finies. Exigibles.
- Formule de Pascal C(n − 1, p − 1) + C(n − 1, p) = C(n, p), symétrie C(n, p) = C(n, n − p), formule du pion p C(n, p) = n C(n − 1, p − 1). Exigibles avec démonstration sur les factorielles.
- Formule du binôme dans R, et par extension dans C. Exigible avec démonstration par récurrence.
- Σ C(n, k) = 2n, et somme alternée nulle pour n ≥ 1. Exigibles.
- L'interprétation de C(n, p) comme nombre de parties à p éléments relève du chapitre de dénombrement et est admise ici.
- Hors programme : toute construction de N, récurrence sur un ordre autre que celui de N.
Clés de démonstration
Plus grand élément d'une partie majorée. Soit A non vide et majorée. L'ensemble des majorants de A dans N est non vide, il a un plus petit élément M. Si M n'était pas dans A, alors M − 1 serait encore un majorant, ce qui contredit la minimalité, sauf si M = 0, auquel cas A = {0}. Astuce : appliquer le plus petit élément à l'ensemble des majorants.
Somme des carrés par télescopage. On développe (k + 1)³ − k³ = 3k² + 3k + 1 et on somme de k = 1 à n. À gauche le télescopage donne (n + 1)³ − 1. À droite on a 3 Σ k² + 3 n(n + 1)/2 + n. On isole Σ k². Astuce : pour la somme des puissances p-ièmes, télescoper les puissances (p + 1)-ièmes.
Somme géométrique. On note S la somme et on calcule S − xS : tous les termes se détruisent sauf 1 et − xn+1. Donc (1 − x) S = 1 − xn+1, et on divise si x ≠ 1. Astuce : le décalage d'indice qui suit une multiplication par x est un télescopage caché.
Factorisation de an − bn. On développe (a − b) Σ ak bn−1−k en deux sommes, Σ ak+1 bn−1−k moins Σ ak bn−k. Dans la première on pose j = k + 1, elle devient Σ de j = 1 à n de aj bn−j. La différence avec la seconde, écrite avec le même indice, est télescopique et vaut an − bn. Astuce : renommer l'indice pour aligner les deux sommes.
Formule de Pascal. On met au même dénominateur p!(n − p)!. Le premier terme se réécrit (n − 1)! p / (p!(n − p)!), le second (n − 1)!(n − p)/(p!(n − p)!). La somme des numérateurs vaut (n − 1)! n = n!. Astuce : multiplier haut et bas par p dans l'un, par n − p dans l'autre.
Formule du binôme. Hérédité : (a + b)n+1 = (a + b)(a + b)n = Σ C(n, k) ak+1 bn−k + Σ C(n, k) ak bn+1−k. On décale l'indice de la première somme avec j = k + 1, on isole les termes extrêmes, et Pascal regroupe les termes en aj bn+1−j. Astuce : garder les bornes propres, ce sont les termes extrêmes qui donnent les coefficients 1.
Interversion triangulaire. L'ensemble des couples (i, j) avec 1 ≤ i ≤ j ≤ n se décrit soit en fixant j puis i de 1 à j, soit en fixant i puis j de i à n. Les deux sommes itérées énumèrent les mêmes termes. Astuce : dessiner le triangle et lire les bornes sur le dessin.
Exemples et contre-exemples à connaître
- La propriété « n = n + 1 » est héréditaire et fausse pour tout n. L'initialisation n'est pas une formalité.
- La somme géométrique de raison 1 vaut n + 1. La formule (1 − xn+1)/(1 − x) est un 0/0 sans signification en x = 1.
- De p à n il y a n − p + 1 termes. La somme des constantes c de k = 3 à 10 vaut 8c, pas 7c.
- Σ ak bk n'est pas (Σ ak)(Σ bk). Pour n = 2 et tous les termes égaux à 1, on obtient 2 d'un côté et 4 de l'autre.
- 0! = 1 et C(n, k) = 0 si k > n. Ces conventions rendent la formule de Pascal vraie pour tout entier p, sans cas particulier.
- Somme vide nulle et produit vide égal à 1. C'est ce qui rend Chasles valable sans exception et donne x⁰ = 1.
- L'existence d'un diviseur premier pour tout n ≥ 2 exige une récurrence forte : le diviseur a de n auquel on applique l'hypothèse n'est pas n − 1 mais un entier inconnu à l'avance.
- Une suite définie par un+2 = un+1 + un demande une récurrence double, avec deux initialisations. Vérifier seulement u₀ ne prouve rien.
Techniques du chapitre
Technique 1 : chercher un télescopage. Mini-exercice : Σ de k = 1 à n de 1/(k(k + 1)). On écrit 1/(k(k + 1)) = 1/k − 1/(k + 1), et la somme vaut 1 − 1/(n + 1) = n/(n + 1).
Technique 2 : changement d'indice partout. Mini-exercice : Σ de k = 1 à n de (n − k + 1). On pose j = n − k + 1. Quand k va de 1 à n, j va de n à 1, et la somme vaut Σ de j = 1 à n de j = n(n + 1)/2.
Technique 3 : séparer pairs et impairs. Mini-exercice : Σ de k = 0 à 2n de (−1)k k. Les termes pairs donnent Σ de j = 0 à n de 2j = n(n + 1), les impairs donnent − Σ de j = 0 à n − 1 de (2j + 1) = −n². Total : n. Vérification pour n = 1 : 0 − 1 + 2 = 1.
Technique 4 : somme double triangulaire. Mini-exercice : Σ des i pour 1 ≤ i ≤ j ≤ n. On fixe j : Σ de i = 1 à j de i = j(j + 1)/2. Puis Σ de j = 1 à n de (j² + j)/2 = n(n + 1)(2n + 1)/12 + n(n + 1)/4 = n(n + 1)(n + 2)/6. Pour n = 2, on trouve 4, comme le calcul direct 1 + 1 + 2.
Technique 5 : formule du pion pour les binomiaux. Mini-exercice : Σ de k = 0 à n de C(n, k)/(k + 1). On a (k + 1) C(n + 1, k + 1) = (n + 1) C(n, k), donc C(n, k)/(k + 1) = C(n + 1, k + 1)/(n + 1). La somme vaut (2n+1 − 1)/(n + 1), le terme j = 0 de Σ C(n + 1, j) manquant.
Technique 6 : rédiger une récurrence forte. Mini-exercice : tout entier n ≥ 1 est somme de puissances de 2 deux à deux distinctes. Pour n ≥ 1, soit 2p la plus grande puissance de 2 inférieure ou égale à n, qui existe par plus grand élément. Alors n − 2p < 2p. Si n − 2p = 0 c'est fini, sinon l'hypothèse forte le décompose en puissances toutes strictement inférieures à 2p, donc distinctes de 2p.
Technique 7 : tester une formule sur les petits cas. Mini-exercice : avant de prouver Σ k² = n(n + 1)(2n + 1)/6, vérifier n = 1 (1 = 6/6) et n = 2 (5 = 2·3·5/6). Une borne fausse se voit immédiatement.
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Somme des cubes
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Montrer que pour tout n ≥ 1, Σ de k = 1 à n de k³ = (n(n + 1)/2)².
Technique récurrence simple, factorisation soignée dans l'hérédité.
Voir le corrigé
- P(n) : « Σ k³ = (n(n + 1)/2)² ». Initialisation : 1 = 1.
- Hérédité : soit n ≥ 1 avec P(n). Alors Σ de k = 1 à n + 1 de k³ = (n(n + 1)/2)² + (n + 1)³ = (n + 1)² (n²/4 + n + 1) = (n + 1)² (n + 2)²/4.
- C'est P(n + 1). Conclusion par récurrence.
piège : Développer entièrement au lieu de factoriser par (n + 1)². Le calcul devient illisible et la faute de signe arrive.
Exercice 2. Inégalité de Bernoulli
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Montrer que pour tout réel x ≥ −1 et tout entier n, (1 + x)n ≥ 1 + nx.
Technique récurrence, avec attention au signe quand on multiplie une inégalité.
Voir le corrigé
- Initialisation n = 0 : 1 ≥ 1.
- Hérédité : soit n avec (1 + x)n ≥ 1 + nx. Comme 1 + x ≥ 0, on peut multiplier : (1 + x)n+1 ≥ (1 + x)(1 + nx) = 1 + (n + 1)x + nx².
- Comme nx² ≥ 0, on obtient (1 + x)n+1 ≥ 1 + (n + 1)x.
piège : Multiplier l'inégalité par 1 + x sans avoir dit que ce facteur est positif. C'est exactement là que sert l'hypothèse x ≥ −1.
Exercice 3. Télescopage avec des racines
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Montrer que Σ de k = 1 à n de (√(k + 1) − √k) = √(n + 1) − 1, puis que Σ de k = 1 à n de 1/√k ≥ 2(√(n + 1) − 1).
Technique quantité conjuguée puis comparaison terme à terme.
Voir le corrigé
- La première somme est télescopique, elle vaut √(n + 1) − √1.
- Pour k ≥ 1, √(k + 1) − √k = 1/(√(k + 1) + √k), par quantité conjuguée.
- Comme √(k + 1) ≥ √k, on a √(k + 1) + √k ≥ 2√k, donc √(k + 1) − √k ≤ 1/(2√k), soit 1/√k ≥ 2(√(k + 1) − √k).
- En sommant de 1 à n : Σ 1/√k ≥ 2(√(n + 1) − 1). Cette somme tend donc vers l'infini avec n.
piège : Se tromper de sens en comparant √(k + 1) + √k à 2√k. Écrire l'inégalité entre les deux racines avant de passer aux inverses, qui renversent le sens.
Exercice 4. Sommes de coefficients binomiaux de pas 2
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Pour n ≥ 1, calculer la somme des C(n, k) pour k pair entre 0 et n, et la somme des (−1)j C(n, 2j) pour 2j ≤ n. Pour la seconde, on utilise la forme trigonométrique de 1 + i, vue au chapitre suivant.
Technique évaluer le binôme en des valeurs bien choisies et séparer selon la parité.
Voir le corrigé
- (1 + 1)n = Σ C(n, k) = 2n et (1 − 1)n = Σ (−1)k C(n, k) = 0 car n ≥ 1.
- En additionnant, les termes d'indice impair s'annulent : 2 × (somme des C(n, k) pour k pair) = 2n, d'où 2n−1.
- (1 + i)n = Σ C(n, k) ik. Les puissances de i valent 1, i, −1, −i selon k modulo 4. La partie réelle ne retient que les k = 2j pairs, avec le signe (−1)j. Donc Σ (−1)j C(n, 2j) = Re((1 + i)n).
- Comme 1 + i = √2 eiπ/4, cette partie réelle vaut 2n/2 cos(nπ/4).
piège : Oublier que la somme alternée est nulle seulement pour n ≥ 1, et perdre les signes dans les puissances de i.
Exercice 5. Somme double du minimum
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Calculer S = Σ de i = 1 à n de Σ de j = 1 à n de min(i, j).
Technique découper le carré d'indices en diagonale et deux triangles symétriques.
Voir le corrigé
- Sur la diagonale i = j, le minimum vaut i, contribution Σ i = n(n + 1)/2.
- Sur le triangle i < j, le minimum vaut i. Par symétrie le triangle j < i donne la même contribution. Donc S = n(n + 1)/2 + 2T avec T = Σ des i pour 1 ≤ i < j ≤ n.
- À j fixé, Σ de i = 1 à j − 1 de i = j(j − 1)/2. Donc T = Σ de j = 1 à n de (j² − j)/2 = (n(n + 1)(2n + 1)/6 − n(n + 1)/2)/2 = n(n + 1)(n − 1)/6.
- S = n(n + 1)/2 + n(n + 1)(n − 1)/3 = n(n + 1)(2n + 1)/6. Pour n = 2, on retrouve 1 + 1 + 1 + 2 = 5.
piège : Compter deux fois la diagonale en prenant i ≤ j et j ≤ i. Les inégalités strictes évitent le doublon.
Exercice 6. Sommes pondérées de coefficients binomiaux
Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP
Pour n ≥ 2, calculer Σ de k = 0 à n de k(k − 1) C(n, k), puis Σ de k = 0 à n de k² C(n, k).
Technique formule du pion appliquée deux fois, puis décomposition k² = k(k − 1) + k.
Voir le corrigé
- Pour k ≥ 2, k C(n, k) = n C(n − 1, k − 1), puis (k − 1) C(n − 1, k − 1) = (n − 1) C(n − 2, k − 2). Donc k(k − 1) C(n, k) = n(n − 1) C(n − 2, k − 2).
- Les termes k = 0 et k = 1 sont nuls. La première somme vaut n(n − 1) Σ de j = 0 à n − 2 de C(n − 2, j) = n(n − 1) 2n−2.
- Comme k² = k(k − 1) + k et Σ k C(n, k) = n 2n−1, la seconde somme vaut n(n − 1)2n−2 + n 2n−1 = n(n + 1) 2n−2.
- Contrôle pour n = 2 : 0 + 2 + 4 = 6 et 2 × 3 × 1 = 6.
piège : Appliquer le pion à k = 0 ou k = 1, où C(n − 2, k − 2) n'a de sens que par la convention de nullité. Le plus sûr est d'écarter ces termes.
Exercice 7. Une suite définie par une somme
Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP
On pose u₀ = 1 et, pour n ≥ 0, un+1 = Σ de k = 0 à n de uk. Montrer que un = 2n−1 pour tout n ≥ 1.
Technique récurrence forte, car un+1 dépend de tous les termes précédents.
Voir le corrigé
- u₁ = u₀ = 1 = 2⁰. Initialisation faite.
- Soit n ≥ 1 tel que uk = 2k−1 pour tout k entre 1 et n. Alors un+1 = u₀ + Σ de k = 1 à n de 2k−1 = 1 + (2n − 1) = 2n.
- C'est la propriété au rang n + 1. Conclusion par récurrence forte.
piège : Ne supposer que un = 2n−1 au lieu de tous les rangs de 1 à n, alors que la somme les utilise tous. Et ne pas isoler u₀, qui ne suit pas la formule.
Exercice 8. Somme des k xk−1 sans dériver
Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP
Pour x ≠ 1 et n ≥ 1, calculer S = Σ de k = 1 à n de k xk−1.
Technique multiplier par 1 − x et faire apparaître une somme géométrique par décalage.
Voir le corrigé
- (1 − x) S = Σ de k = 1 à n de k xk−1 − Σ de k = 1 à n de k xk.
- Dans la première somme, on pose j = k − 1 : Σ de j = 0 à n − 1 de (j + 1) xj. Dans la seconde on garde k. Terme à terme, il reste 1 + Σ de k = 1 à n − 1 de xk − n xn.
- Donc (1 − x) S = (1 − xn)/(1 − x) − n xn, puis S = (1 − (n + 1) xn + n xn+1)/(1 − x)².
- Contrôle pour n = 1 : S = 1 et le numérateur vaut (1 − x)².
piège : Perdre le terme constant 1 ou le terme − n xn lors de l'alignement des deux sommes. Écrire les deux sommes avec les mêmes bornes avant de soustraire.
Exercice 9. Descente infinie
Approfondissement · Type oral Mines
Montrer que l'équation x³ + 2y³ = 4z³ n'a pas de solution en entiers relatifs autre que (0, 0, 0).
Technique plus petit élément appliqué à l'ensemble des |x| + |y| + |z| des solutions non nulles.
Voir le corrigé
- Supposons qu'il existe une solution non nulle. L'ensemble des |x| + |y| + |z| pour les solutions non nulles est une partie non vide de N, elle a un plus petit élément, atteint par une solution (x, y, z) non nulle.
- x³ = 4z³ − 2y³ est pair, donc x est pair, x = 2a. Alors 8a³ + 2y³ = 4z³, soit 4a³ + y³ = 2z³. Donc y est pair, y = 2b, et 4a³ + 8b³ = 2z³, soit 2a³ + 4b³ = z³. Donc z est pair, z = 2c, et a³ + 2b³ = 4c³.
- (a, b, c) est une solution, non nulle car (x, y, z) = (2a, 2b, 2c) ne l'est pas, et |a| + |b| + |c| = (|x| + |y| + |z|)/2 est strictement plus petit, ce qui contredit la minimalité.
piège : Oublier de justifier que la nouvelle solution est non nulle et que l'ensemble considéré est bien une partie de N, sans quoi le plus petit élément n'existe pas.
Erreurs fréquentes
- Laisser sortir un indice muet de sa somme, comme dans « Σ ak = n ak ». Une lettre liée par Σ n'existe plus après le signe somme.
- Oublier le cas x = 1 dans une somme géométrique, ou diviser par 1 − x sans l'avoir exclu.
- Changer l'indice dans le terme général mais pas dans les bornes, ou l'inverse. Le changement se fait aux trois endroits.
- Écrire « supposons P(n) vraie pour tout n » dans l'hérédité, ou omettre une initialisation dans une récurrence double.
- Appliquer la formule du binôme à deux objets qui ne commutent pas. Pour les nombres c'est invisible, pour les matrices cela devient faux.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de MPSI (2021), parties « Raisonnement et vocabulaire ensembliste » pour la récurrence et « Compléments de calcul algébrique et de trigonométrie », paragraphe « Sommes et produits », pour les sommes, les produits, la factorielle, les coefficients binomiaux et la formule du binôme. Toute construction et toute axiomatique de sont hors programme.