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MP · Maths · semaine 10

Topologie des espaces vectoriels normés

Normes et distances, suites et limites, ouverts, fermés, adhérence, compacité, continuité des applications linéaires, connexité par arcs, espaces de dimension finie.

Sommaire

Le cours

Résumé en cinq points

  1. Une norme donne une distance, donc des boules, des ouverts, des fermés, des limites. Deux normes équivalentes donnent exactement la même topologie.
  2. Adhérence et fermeture se testent avec des suites, et la continuité aussi. L'image réciproque d'un ouvert ou d'un fermé par une application continue est de même nature, jamais l'image directe.
  3. Une application linéaire est continue si et seulement s'il existe CC avec ∥u(x)∥⩽C∥x∥\norm{u(x)} \leqslant C\norm{x}, et le plus petit tel CC est la norme d'opérateur, qui est sous-multiplicative.
  4. Compact veut dire que toute suite a une suite extraite convergente dans la partie. Un compact est fermé borné, l'image continue d'un compact est compacte, et une fonction réelle continue sur un compact non vide atteint ses bornes.
  5. En dimension finie, toutes les normes sont équivalentes, les compacts sont les fermés bornés, toute application linéaire est continue, et tout sous-espace de dimension finie est fermé.
Pourquoi ce chapitre

Ce chapitre donne le langage commun à toute l'analyse de deuxième année. Il dit ce que veut dire « être proche » quand les objets ne sont plus des nombres mais des vecteurs, des matrices, des polynômes ou des fonctions. Une norme fournit une distance, et tout le vocabulaire suit : boules, ouverts, fermés, adhérence, limites, continuité.

Trois idées le portent.

  • L'inégalité linéaire, qui gouverne la comparaison des normes et la continuité des applications linéaires.
  • La compacité, outil d'existence, pour un maximum comme pour une valeur d'adhérence.
  • La connexité par arcs, qui généralise le théorème des valeurs intermédiaires.

En dimension finie, presque tout devient automatique, ce qui servira pour les fonctions vectorielles et les équations différentielles.

Dans toute la fiche K\K désigne R\R ou C\C, et EE, FF désignent des K\K-espaces vectoriels normés.

1Normes

1.1Définition

Définition 1.1Norme

Une norme sur EE est une application NN de EE dans R+\R_+ telle que, pour tous xx, yy de EE et tout λ\lambda de K\K :

  • N(x)=0N(x) = 0 entraîne x=0x = 0 ;
  • N(λx)=∣λ∣ N(x)N(\lambda x) = \abs{\lambda}\,N(x) ;
  • N(x+y)⩽N(x)+N(y)N(x + y) \leqslant N(x) + N(y).

On la note en général ∥x∥\norm{x}. Un vecteur unitaire est un vecteur de norme 1.

Propriété 1.2Seconde inégalité triangulaire

Pour tous xx, yy de EE : ∣ ∥x∥−∥y∥ ∣⩽∥x−y∥.\big|\,\norm{x} - \norm{y}\,\big| \leqslant \norm{x - y}. Elle montre que la norme est 1-lipschitzienne.

Définition 1.3Distance et boules

La distance associée est d(x,y)=∥x−y∥d(x, y) = \norm{x - y}. Elle définit les boules ouvertes, les boules fermées et les sphères.

Les boules sont convexes, ce qui se lit sur l'inégalité triangulaire. Une partie est bornée si la norme y est majorée. Une suite et une fonction sont bornées si l'ensemble de leurs valeurs l'est.

1.2Exemples à connaître

Exemple 1.4Normes sur Kn\K^n

∥x∥1=∑i=1n∣xi∣,∥x∥2=∑i=1n∣xi∣2,∥x∥∞=max⁡i∣xi∣.\begin{aligned} \norm{x}_1 &= \sum_{i=1}^{n} \abs{x_i},\\ \norm{x}_2 &= \sqrt{\sum_{i=1}^{n} \abs{x_i}^2},\\ \norm{x}_\infty &= \max_{i} \abs{x_i}. \end{aligned} Sur un espace préhilbertien réel, la norme associée au produit scalaire est ∥x∥=⟨x,x⟩\norm{x} = \sqrt{\langle x, x\rangle}.

Exemple 1.5Normes sur des espaces de fonctions

Sur l'espace des fonctions bornées d'un ensemble XX dans K\K, la norme de la convergence uniforme est ∥f∥∞=sup⁡t∈X∣f(t)∣.\norm{f}_\infty = \sup_{t \in X} \abs{f(t)}. Sur les fonctions continues sur un segment [a,b]\intff{a}{b}, on dispose en plus de :

  • la norme de la convergence en moyenne, ∥f∥1=∫ab∣f∣\norm{f}_1 = \int_a^b \abs{f} ;
  • la norme de la convergence en moyenne quadratique, ∥f∥2=∫ab∣f∣2\norm{f}_2 = \sqrt{\int_a^b \abs{f}^2}, associée à un produit scalaire.

Sur un produit fini d'espaces normés, on utilise le maximum des normes des composantes.

2Suites

Définition 2.1Suite convergente

Une suite (xn)(x_n) de EE converge vers ll si ∥xn−l∥→0\norm{x_n - l} \to 0.

Alors :

  • la limite est unique ;
  • la suite est bornée ;
  • les opérations algébriques passent à la limite ;
  • dans un produit fini d'espaces normés, une suite converge si et seulement si chacune de ses suites composantes converge.

Définition 2.2Valeur d'adhérence

Une valeur d'adhérence de (xn)(x_n) est la limite d'une suite extraite.

Propriété 2.3Divergence par valeurs d'adhérence

Une suite ayant au moins deux valeurs d'adhérence distinctes diverge.

C'est l'outil standard pour prouver une divergence, par exemple pour la suite de terme général (−1)n(-1)^n.

Attention

Une suite peut diverger sans avoir aucune valeur d'adhérence, comme la suite de terme général nn dans R\R.

3Comparaison des normes

Définition 3.1Normes équivalentes

Deux normes NN et N′N' sur EE sont équivalentes s'il existe deux réels strictement positifs α\alpha et β\beta tels que αN⩽N′⩽βN\alpha N \leqslant N' \leqslant \beta N sur EE entier. C'est une relation d'équivalence.

Deux normes équivalentes donnent :

  • les mêmes parties bornées ;
  • les mêmes suites convergentes, avec les mêmes limites ;
  • plus généralement les mêmes ouverts, les mêmes fermés, les mêmes fonctions continues.

Toutes les notions de ce chapitre sont invariantes par changement de norme équivalente.

MéthodeMontrer que deux normes ne sont pas équivalentes

  1. Exhiber une suite (fn)(f_n).
  2. Montrer que le rapport N′(fn)/N(fn)N'(f_n)/N(f_n) n'est pas borné.

Exemple 3.2Normes ∥⋅∥∞\norm{\cdot}_\infty et ∥⋅∥1\norm{\cdot}_1 sur C([0,1],R)\mathcal{C}(\intff{0}{1}, \R)

Avec fn(t)=tnf_n(t) = t^n, on a ∥fn∥∞=1\norm{f_n}_\infty = 1 et ∥fn∥1=1n+1\norm{f_n}_1 = \dfrac{1}{n+1}, donc le rapport tend vers l'infini. Ce phénomène est propre à la dimension infinie.

4Topologie d'un espace normé

4.1Ouverts et fermés

Définition 4.1Ouvert, fermé, voisinage

Une partie UU de EE est ouverte si pour tout aa de UU il existe r>0r > 0 tel que B(a,r)⊂UB(a, r) \subset U. Une partie est fermée si son complémentaire est ouvert. Un voisinage de aa est une partie contenant une boule ouverte centrée en aa.

  • Une boule ouverte est un ouvert.
  • Une boule fermée et une sphère sont des fermés.
  • ∅\emptyset et EE sont à la fois ouverts et fermés.

Propriété 4.2Stabilité

  • Une réunion quelconque et une intersection finie d'ouverts sont des ouverts.
  • Une intersection quelconque et une réunion finie de fermés sont des fermés.
  • Un produit fini d'ouverts est ouvert, un produit fini de fermés est fermé.

Attention

« Non ouvert » ne veut pas dire « fermé » : dans R\R, [0,1[[0, 1[ n'est ni l'un ni l'autre. Les hypothèses de finitude sont indispensables : l'intersection des ]−1/n,1/n[]-1/n, 1/n[ vaut {0}\{0\}, qui n'est pas ouvert, et la réunion des [1/n,1][1/n, 1] vaut ]0,1]]0, 1], qui n'est pas fermé.

4.2Intérieur, adhérence, frontière

Définition 4.3Intérieur, adhérence, frontière

Un point aa est intérieur à AA si AA est un voisinage de aa. Il est adhérent à AA si toute boule ouverte centrée en aa rencontre AA.

  • L'intérieur de AA est le plus grand ouvert inclus dans AA.
  • L'adhérence de AA est le plus petit fermé contenant AA.
  • La frontière est la différence des deux.

AA est ouvert si et seulement si AA égale son intérieur, fermé si et seulement si AA égale son adhérence.

Propriété 4.4Caractérisation séquentielle

  • Un point aa est adhérent à AA si et seulement s'il existe une suite d'éléments de AA convergeant vers aa.
  • Une partie AA est fermée si et seulement si toute suite d'éléments de AA qui converge dans EE a sa limite dans AA.

C'est la caractérisation la plus utilisée.

Définition 4.5Partie dense

AA est dense dans EE si son adhérence est EE, autrement dit si tout élément de EE est limite d'une suite d'éléments de AA.

Exemple 4.6

Q\Q est dense dans R\R, et l'ensemble des matrices inversibles est dense dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\C).

4.3Topologie relative

Définition 4.7Ouvert et fermé relatifs

Soit AA une partie de EE. Une partie UU de AA est un ouvert relatif de AA si UU est voisinage relatif dans AA de chacun de ses points, ce qui équivaut à dire que UU est l'intersection de AA avec un ouvert de EE.

Les fermés relatifs de AA sont les complémentaires dans AA des ouverts relatifs. Ce sont aussi les intersections de AA avec un fermé de EE.

Propriété 4.8Caractérisation séquentielle des fermés relatifs

Une partie B⊂AB \subset A est un fermé relatif de AA si et seulement si toute suite de BB convergeant vers un point de AA a sa limite dans BB.

Exemple 4.9

Dans R\R, [0,1[[0, 1[ n'est pas ouvert, mais c'est un ouvert relatif de [0,2]\intff{0}{2}.

5Limites et continuité

5.1Limite

Définition 5.1Limite en un point

Hypothèses

  • AA est une partie de EE et ff une application de AA dans FF ;
  • aa est un point adhérent à AA.

Alors ff tend vers ll en aa si pour tout ε>0\varepsilon > 0 il existe δ>0\delta > 0 tel que, pour tout xx de AA vérifiant ∥x−a∥⩽δ\norm{x - a} \leqslant \delta, on ait ∥f(x)−l∥⩽ε\norm{f(x) - l} \leqslant \varepsilon. La limite, si elle existe, est unique.

Propriété 5.2Caractérisation séquentielle

Avec les mêmes hypothèses, ff tend vers ll en aa si et seulement si, pour toute suite (xn)(x_n) de AA convergeant vers aa, (f(xn))(f(x_n)) converge vers ll.

C'est l'outil principal pour montrer qu'une limite n'existe pas, en exhibant deux suites donnant deux limites différentes.

On étend la définition :

  • au cas où ∥x∥\norm{x} tend vers l'infini ;
  • au cas où AA est une partie de R\R et xx tend vers +∞+\infty ou −∞-\infty ;
  • au cas d'une fonction réelle de limite infinie.

Opérations algébriques et composition se comportent comme en première année. Une application à valeurs dans un produit fini admet une limite si et seulement si chaque composante en admet une.

5.2Continuité

Définition 5.3Continuité

ff est continue en aa si ff admet en aa une limite, nécessairement égale à f(a)f(a). Elle est continue sur AA si elle l'est en tout point.

La caractérisation séquentielle est identique. Somme, produit par un scalaire, produit, quotient quand il a un sens, et composée d'applications continues sont continues.

Théorème 5.4Image réciproque

Hypothèse : ff est continue de EE dans FF.

Alors l'image réciproque d'un ouvert est un ouvert, et celle d'un fermé est un fermé.

MéthodeMontrer qu'une partie est ouverte ou fermée

  1. L'écrire comme image réciproque d'un ouvert ou d'un fermé par une application continue.
  2. Pour un fermé, on peut aussi utiliser la caractérisation séquentielle.

Exemple 5.5

GLn(K)\mathrm{GL}_n(\K) est ouvert dans Mn(K)\mathcal{M}_n(\K), comme image réciproque de K\K privé de 00 par le déterminant, qui est continu.

Attention

L'image directe d'un ouvert n'a aucune raison d'être ouverte : l'image de ]−1,1[]-1, 1[ par x↦x2x \mapsto x^2 vaut [0,1[[0, 1[.

Théorème 5.6Prolongement

Deux applications continues qui coïncident sur une partie dense sont égales.

5.3Continuité uniforme, applications lipschitziennes

Définition 5.7Continuité uniforme, lipschitzienne

ff est uniformément continue sur AA si le δ\delta de la définition peut être choisi indépendamment du point. ff est kk-lipschitzienne si ∥f(x)−f(y)∥⩽k∥x−y∥\norm{f(x) - f(y)} \leqslant k\norm{x - y} sur AA.

Lipschitzienne entraîne uniformément continue, qui entraîne continue.

Attention

Les réciproques sont fausses : la racine carrée est uniformément continue sur [0,1]\intff{0}{1} sans être lipschitzienne, et x↦x2x \mapsto x^2 est continue sur R\R sans y être uniformément continue.

Exemple 5.8Distance à une partie

Si AA est une partie non vide de EE, l'application qui à xx associe d(x,A)=inf⁡a∈A∥x−a∥d(x, A) = \inf_{a \in A} \norm{x - a} est 1-lipschitzienne sur EE, et d(x,A)=0d(x, A) = 0 si et seulement si xx est adhérent à AA.

6Applications linéaires et multilinéaires continues

Théorème 6.1Continuité d'une application linéaire

Hypothèse : uu est linéaire de EE dans FF.

Alors les propriétés suivantes sont équivalentes :

  • uu est continue ;
  • uu est continue en 00 ;
  • uu est lipschitzienne ;
  • uu est bornée sur la boule unité ;
  • il existe C⩾0C \geqslant 0 tel que ∥u(x)∥⩽C∥x∥\norm{u(x)} \leqslant C\norm{x} pour tout xx.

On note Lc(E,F)\mathcal{L}_c(E, F) l'ensemble de ces applications. C'est l'idée d'inégalité linéaire du programme : pour prouver la continuité d'une application linéaire, on cherche une majoration ∥u(x)∥⩽C∥x∥\norm{u(x)} \leqslant C\norm{x}.

Définition 6.2Norme d'opérateur

Pour uu continue, la norme d'opérateur est ∥u∥op=sup⁡∥x∥⩽1∥u(x)∥.\norm{u}_{\mathrm{op}} = \sup_{\norm{x} \leqslant 1} \norm{u(x)}.

Propriété 6.3Propriétés de la norme d'opérateur

  • C'est le plus petit CC valable ci-dessus, et ∥u(x)∥⩽∥u∥op ∥x∥\norm{u(x)} \leqslant \norm{u}_{\mathrm{op}}\,\norm{x} pour tout xx.
  • C'est une norme sur Lc(E,F)\mathcal{L}_c(E, F).
  • Elle est sous-multiplicative : ∥v∘u∥op⩽∥v∥op ∥u∥op\norm{v \circ u}_{\mathrm{op}} \leqslant \norm{v}_{\mathrm{op}}\,\norm{u}_{\mathrm{op}}.

Cela s'adapte aux matrices.

Exemple 6.4Contre-exemple en dimension infinie

Sur l'espace des polynômes muni de la norme ∥P∥=sup⁡t∈[0,1]∣P(t)∣\norm{P} = \sup_{t \in [0,1]} \abs{P(t)}, la dérivation n'est pas continue. En effet Pn=XnP_n = X^n vérifie ∥Pn∥=1\norm{P_n} = 1 et ∥Pn′∥=n\norm{P_n'} = n.

Propriété 6.5Applications multilinéaires

Une application multilinéaire est continue si et seulement s'il existe C⩾0C \geqslant 0 majorant la norme de l'image par CC fois le produit des normes des arguments. La démonstration n'est pas exigible.

7Compacité

Définition 7.1Partie compacte

Une partie AA de EE est compacte si toute suite d'éléments de AA admet une suite extraite convergeant vers un élément de AA : c'est la propriété de Bolzano-Weierstrass. La propriété de Borel-Lebesgue est hors programme.

Propriété 7.2Propriétés des compacts

  • Une partie compacte est fermée et bornée.
  • Un fermé relatif d'un compact est compact.
  • Un produit fini de compacts est compact.
  • Une suite à valeurs dans un compact converge si et seulement si elle a une unique valeur d'adhérence.

Attention

La réciproque de « compact entraîne fermé borné » est fausse en dimension infinie. La boule unité fermée de l'espace des fonctions continues sur [0,1]\intff{0}{1} muni de la norme uniforme n'est pas compacte, comme le montre la suite des t↦tnt \mapsto t^n, dont aucune suite extraite ne converge uniformément.

Théorèmes sur les fonctions continues :

  • l'image d'un compact par une application continue est compacte ;
  • théorème de Heine : une application continue sur un compact y est uniformément continue ;
  • théorème des bornes atteintes : une application continue d'un compact non vide dans R\R est bornée et atteint ses bornes.

Ce dernier point est le principal outil d'existence en optimisation.

MéthodeProuver l'existence d'un extremum sur un domaine non compact

  1. Montrer que la fonction continue tend vers l'infini à l'infini.
  2. Se restreindre à une boule fermée assez grande, qui est un compact non vide.
  3. Appliquer le théorème des bornes atteintes sur ce compact.

8Connexité par arcs

Définition 8.1Chemin, connexité par arcs

Un chemin joignant aa à bb dans une partie AA est une application continue γ\gamma de [0,1]\intff{0}{1} dans AA avec γ(0)=a\gamma(0) = a et γ(1)=b\gamma(1) = b. AA est connexe par arcs si deux points quelconques de AA sont joints par un chemin tracé dans AA.

La relation « être joignable par un chemin dans AA » est une relation d'équivalence sur AA, dont les classes sont les composantes connexes par arcs de AA.

Propriété 8.2Cas simples

  • Toute partie convexe est connexe par arcs, le segment convient.
  • Toute partie étoilée par rapport à un point est connexe par arcs. Étoilée signifie que tout point se joint à ce centre par un segment inclus dans AA.
  • Les parties connexes par arcs de R\R sont exactement les intervalles.

Théorème 8.3Image d'un connexe par arcs

Hypothèse : ff est continue sur une partie AA connexe par arcs.

Alors l'image f(A)f(A) est connexe par arcs.

Cas particulier à valeurs réelles : on retrouve le théorème des valeurs intermédiaires.

Exemple 8.4GLn(R)\mathrm{GL}_n(\R) n'est pas connexe par arcs

Le déterminant est continu et ne s'annule pas sur GLn(R)\mathrm{GL}_n(\R), donc il garderait un signe constant le long d'un chemin. Sur ce point, le programme autorise une justification graphique quand la figure est claire.

9Espaces normés de dimension finie

On suppose ici EE de dimension finie.

Théorème 9.1Équivalence des normes

Hypothèse : EE est de dimension finie.

Alors toutes les normes sur EE sont équivalentes. La démonstration n'est pas exigible.

Conséquences, toutes exigibles :

  • Les notions d'ouvert, de fermé, de borné, de limite, de continuité, de compacité ne dépendent pas de la norme choisie. On parle de la topologie naturelle.
  • Une suite converge si et seulement si chacune de ses coordonnées dans une base converge. Même chose pour les limites de fonctions.
  • Une partie est compacte si et seulement si elle est fermée et bornée.
  • Une suite bornée converge si et seulement si elle a une unique valeur d'adhérence. Et toute suite bornée admet une valeur d'adhérence.
  • Tout sous-espace de dimension finie d'un espace normé quelconque est fermé dans cet espace.
  • Toute application linéaire définie sur un espace de dimension finie est continue, autrement dit L(E,F)=Lc(E,F)\mathcal{L}(E, F) = \mathcal{L}_c(E, F).
  • Les applications polynomiales en les coordonnées sont continues, ainsi que les applications multilinéaires sur un produit d'espaces de dimension finie. Exemples : le déterminant, le produit matriciel, la composition des applications linéaires, la trace.

À retenir

En dimension finie, toutes les normes sont équivalentes, les compacts sont les fermés bornés et toute application linéaire est continue.

Méthodes

MéthodeMontrer qu'une partie est ouverte ou fermée

  1. L'écrire comme image réciproque d'un fermé ou d'un ouvert par une application continue.
  2. Pour les fermés, utiliser sinon la caractérisation séquentielle.

MéthodeMontrer que deux normes ne sont pas équivalentes

  1. Construire une suite dont le rapport des normes explose.

MéthodeMontrer qu'une application linéaire est continue

  1. Chercher une inégalité ∥u(x)∥⩽C∥x∥\norm{u(x)} \leqslant C\norm{x}.
  2. En dimension finie, il n'y a rien à démontrer.

MéthodeProuver l'existence d'un extremum

  1. Exhiber un compact non vide sur lequel la fonction continue atteint ses bornes.
  2. Si besoin, se restreindre à une boule fermée.

MéthodeMontrer qu'une suite diverge

  1. Exhiber deux valeurs d'adhérence distinctes.

MéthodeMontrer une identité entre applications continues

  1. La vérifier sur une partie dense.

Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle

  1. Vérifier qu'une application donnée est une norme, et démontrer la seconde inégalité triangulaire.
  2. Montrer que ∥⋅∥1\norm{\cdot}_1 et ∥⋅∥∞\norm{\cdot}_\infty ne sont pas équivalentes sur les fonctions continues de [0,1]\intff{0}{1} dans R\R.
  3. Démontrer la caractérisation séquentielle des fermés et l'utiliser sur un exemple.
  4. Montrer qu'une partie est ouverte ou fermée par image réciproque, par exemple GLn(K)\mathrm{GL}_n(\K) et l'ensemble des matrices de trace nulle.
  5. Démontrer l'équivalence entre continuité et existence d'une constante CC pour une application linéaire, et donner un exemple d'application linéaire non continue.
  6. Démontrer qu'une partie compacte est fermée et bornée, et donner un fermé borné non compact en dimension infinie.
  7. Énoncer et utiliser le théorème des bornes atteintes pour un problème d'existence d'extremum.
  8. Montrer que GLn(R)\mathrm{GL}_n(\R) n'est pas connexe par arcs et rappeler que les connexes par arcs de R\R sont les intervalles.

Méthodes et exercices

Les résultats à connaître

  • Seconde inégalité triangulaire | ‖x‖ − ‖y‖ | ≤ ‖x − y‖, donc la norme est 1-lipschitzienne. Exigible avec démonstration.
  • Les boules sont convexes. Exigible.
  • Une suite convergente a une limite unique et elle est bornée. Dans un produit fini, elle converge si et seulement si chaque composante converge. Exigible.
  • Une suite ayant deux valeurs d'adhérence distinctes diverge. Exigible.
  • Deux normes équivalentes ont les mêmes bornés, les mêmes suites convergentes et la même topologie. Exigible.
  • Une boule ouverte est ouverte. Une boule fermée et une sphère sont fermées. Les produits finis d'ouverts ou de fermés conservent leur nature. Exigible avec démonstration.
  • Caractérisation séquentielle des points adhérents et des fermés. Exigible avec démonstration.
  • Ouverts relatifs de A : les A ∩ U, avec U ouvert. Fermés relatifs : les A ∩ F, avec F fermé, et caractérisation séquentielle. Exigible.
  • Caractérisations séquentielles de la limite et de la continuité. Exigible.
  • Pour f continue sur E, l'image réciproque d'un ouvert est ouverte, celle d'un fermé est fermée. Pour f continue sur A, on obtient un ouvert ou un fermé relatif de A. Exigible.
  • Deux applications continues égales sur une partie dense sont égales. Exigible avec démonstration.
  • Pour A non vide, x ↦ d(x, A) est 1-lipschitzienne. Exigible avec démonstration.
  • Une application linéaire est continue si et seulement s'il existe C ≥ 0 tel que ‖u(x)‖ ≤ C‖x‖. Exigible avec démonstration.
  • La norme d'opérateur est une norme sur Lc(E, F), sous-multiplicative. Exigible.
  • Critère de continuité des applications multilinéaires. Démonstration non exigible.
  • Un compact est fermé borné. Un fermé relatif d'un compact est compact. Un produit fini de compacts est compact. Exigible avec démonstration.
  • Une suite d'un compact converge si et seulement si elle a une unique valeur d'adhérence. Exigible avec démonstration.
  • Image continue d'un compact, théorème de Heine, bornes atteintes sur un compact non vide. Exigible avec démonstration.
  • Convexes et étoilées sont connexes par arcs. Les connexes par arcs de R sont les intervalles. L'image continue d'un connexe par arcs l'est aussi. Exigible.
  • Équivalence des normes en dimension finie. Démonstration non exigible.
  • En dimension finie : compacts égaux aux fermés bornés, suite bornée convergente si et seulement si elle a une unique valeur d'adhérence, sous-espaces de dimension finie fermés, L(E, F) = Lc(E, F), continuité des applications polynomiales et multilinéaires. Exigible.
  • Hors programme : espaces métriques, suites de Cauchy, Banach, Borel-Lebesgue, point fixe de Banach, théorème de Riesz, connexité générale.

Clés de démonstration

Seconde inégalité triangulaire. On écrit x = (x − y) + y, d'où ‖x‖ − ‖y‖ ≤ ‖x − y‖, puis on échange x et y. Astuce : ajouter et retrancher le bon vecteur.

Boule ouverte ouverte. Pour b dans B(a, r), on pose r' = r − ‖b − a‖ > 0. Pour x dans B(b, r'), ‖x − a‖ < r' + ‖b − a‖ = r. Astuce : le rayon restant.

Caractérisation séquentielle. Si a est adhérent à A, chaque boule B(a, 1/(n + 1)) contient un point xn de A, et xn tend vers a. Réciproquement, une suite de A tendant vers a entre dans toute boule centrée en a. A est fermé si et seulement s'il contient ses points adhérents. Astuce : des rayons en 1/(n + 1).

Critère linéaire. Si u est continue en 0, avec ε = 1 on obtient δ > 0 tel que ‖y‖ ≤ δ entraîne ‖u(y)‖ ≤ 1. Pour x ≠ 0, on prend y = δx/‖x‖, et la linéarité donne ‖u(x)‖ ≤ ‖x‖/δ. Astuce : l'homogénéité ramène tout vecteur sur une sphère.

Compact entraîne fermé borné. Si A n'est pas borné, on choisit xn dans A avec ‖xn‖ ≥ n, et aucune extraite ne converge. Si une suite de A tend vers l, une extraite converge dans A, vers l par unicité. Astuce : unicité de la limite.

Unique valeur d'adhérence dans un compact. Si (xn) ne tend pas vers l, une extraite reste hors de B(l, ε). Elle possède une extraite convergente, dont la limite est une valeur d'adhérence différente de l. Astuce : extraire deux fois.

Heine. En niant la continuité uniforme, on obtient ε > 0 et deux suites avec ‖xn − yn‖ ≤ 1/(n + 1) et ‖f(xn) − f(yn)‖ > ε. On extrait de (xn) une suite convergeant vers a, la sous-suite correspondante de (yn) tend aussi vers a, et la continuité en a donne une contradiction. Astuce : une seule extraction commune.

Bornes atteintes. f(K) est un compact non vide de R, donc borné. Sa borne supérieure est adhérente à f(K), qui est fermé, donc elle est atteinte. Astuce : sup adhérent plus fermé.

Distance à une partie. Pour a dans A, d(x, A) ≤ ‖x − a‖ ≤ ‖x − y‖ + ‖y − a‖. On passe à la borne inférieure en a. Astuce : minorer à gauche avant de passer à l'inf.

Sous-espace de dimension finie fermé. Une suite de F convergeant dans E vers l est bornée. Dans F de dimension finie, elle a une extraite convergeant dans F, vers l par unicité. Astuce : compacité des fermés bornés de F.

Linéaire en dimension finie. Dans une base (ei), ‖u(x)‖ ≤ (Σ ‖u(ei)‖)‖x‖∞, et l'équivalence des normes conclut. Astuce : la norme infinie dans une base.

Connexes par arcs de R. Si a < c < b avec a, b dans I et γ un chemin de a à b dans I, le théorème des valeurs intermédiaires appliqué à γ donne c dans I. Astuce : revenir à la première année.

Exemples et contre-exemples à connaître

  1. Sur K[X], N₁(P) = Σ |ak| et N∞(P) = max |ak| ne sont pas équivalentes : Pn = 1 + X + … + Xn donne N∞(Pn) = 1 et N₁(Pn) = n + 1.
  2. Dans C([0, 1], R), H = {f : f(0) = 0} est fermé pour ‖·‖∞, noyau de f ↦ f(0) continue. Il est dense pour ‖·‖₁ : fn(t) = min(nt, 1) vérifie ‖fn − 1‖₁ = 1/(2n). Être fermé dépend de la norme.
  3. GL_n(K) est ouvert et dense dans Mn(K). Il n'est pas connexe par arcs pour K = R, mais l'est pour K = C (exercice 8).
  4. Pour n ≥ 2, les diagonalisables de Mn(C) sont denses mais pas fermées. La matrice de lignes (1/k, 1) et (0, 0) a deux valeurs propres distinctes et tend vers le bloc nilpotent de lignes (0, 1) et (0, 0), non diagonalisable.
  5. Les nilpotentes de Mn(K) forment un fermé, image réciproque de {0} par A ↦ An, polynomiale.
  6. La sphère unité de R, égale à {−1, 1}, n'est pas connexe par arcs. Celle de Rn, n ≥ 2, l'est : pour y ≠ −x on normalise le segment de x à y, pour y = −x on passe par un troisième point.
  7. f(x, y) = x²y/(x⁴ + y²), prolongée par 0, tend vers 0 sur toute droite passant par l'origine, mais f(t, t²) = 1/2. Tester les droites ne suffit jamais.
  8. t ↦ e2iπt est continue et bijective de [0, 1[ sur le cercle U. Sa réciproque n'est pas continue, sinon [0, 1[ serait image continue du compact U.

Techniques du chapitre

Technique 1 : vérifier une norme, la séparation étant le vrai travail. Sur Rn[X], N(P) = Σk=0n |P(k)|. Si N(P) = 0, P a n + 1 racines et un degré au plus n, donc P = 0. Le reste se vérifie terme à terme.

Technique 2 : fermé par image réciproque. Les projecteurs de Mn(K) forment l'image réciproque de {0} par A ↦ A² − A, polynomiale donc continue. C'est un fermé.

Technique 3 : non-existence d'une limite avec deux suites. Pour f(x, y) = xy/(x² + y²), f(1/n, 0) = 0 et f(1/n, 1/n) = 1/2. Pas de limite en (0, 0), donc pas de prolongement continu.

Technique 4 : norme d'opérateur en deux temps. Pour φ(f) = ∫₀¹ f sur C([0, 1]) muni de ‖·‖∞, |φ(f)| ≤ ‖f‖∞, et f = 1 réalise l'égalité. Donc ‖φ‖ = 1.

Technique 5 : non-continuité par une suite. Pour φ(P) = P(2) sur R[X] muni de ‖P‖ = sup sur [0, 1] de |P|, Pn = Xn donne ‖Pn‖ = 1 et φ(Pn) = 2n. Aucune constante C ne convient.

Technique 6 : minimum via un compact. Si f est continue sur Rn et tend vers +∞ à l'infini, on choisit R avec f(x) > f(0) pour ‖x‖ > R. Sur la boule fermée B(0, R), compacte non vide, f atteint un minimum, au plus f(0), donc global.

Technique 7 : connexité contre une propriété discrète. Si f de R dans R est continue à valeurs dans Q, f(R) est un intervalle inclus dans Q, donc un point. f est constante.

Technique 8 : identité par densité. Montrons χAB = χBA. Si A est inversible, AB = A(BA)A⁻¹ est semblable à BA. À B et x fixés, A ↦ χAB(x) − χBA(x) est polynomiale, nulle sur GL_n(K) dense, donc nulle.

Exercices classiques corrigés

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Exercice 1. Une norme sur C¹ plus forte que la norme uniforme

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Sur E = C¹([0, 1], R), on pose N(f) = |f(0)| + ‖f'‖∞. Montrer que N est une norme, que ‖f‖∞ ≤ N(f), et que N et ‖·‖∞ ne sont pas équivalentes.

Technique séparation par intégration, puis rapport qui explose.

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  1. Si N(f) = 0, alors f' = 0, donc f est constante égale à f(0) = 0. Homogénéité et inégalité triangulaire viennent de celles de |·| et de ‖·‖∞.
  2. f(x) = f(0) + ∫₀x f', donc |f(x)| ≤ |f(0)| + x‖f'‖∞ ≤ N(f).
  3. Pour fn(t) = tn, ‖fn‖∞ = 1 et N(fn) = n. Le rapport n'est pas borné.

piège : Conclure l'équivalence à partir de la seule inégalité du point 2.

Exercice 2. Matrices de rang au plus r

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Montrer que l'ensemble Fr des matrices de Mn,p(K) de rang au plus r est fermé. En déduire que si Ak tend vers A, alors rg Ak ≥ rg A pour k assez grand.

Technique image réciproque par des applications polynomiales.

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  1. rg A ≤ r si et seulement si tous les mineurs d'ordre r + 1 sont nuls, car le rang est la taille maximale d'une sous-matrice carrée inversible.
  2. Chaque mineur est polynomial, donc continu. Fr est une intersection finie d'images réciproques de {0}, donc fermé.
  3. Soit s = rg A, le cas s = 0 étant trivial. Le complémentaire de Fs−1 est un ouvert contenant A, donc une boule B(A, ε), où Ak finit par entrer. D'où rg Ak ≥ s.

piège : Croire le rang continu : (1/k)In tend vers 0 avec un rang égal à n. À la limite, le rang peut chuter, jamais augmenter.

Exercice 3. Norme d'une primitivation

Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP MP

Sur E = C([0, 1], R), on pose u(f)(x) = ∫₀x f. Calculer la norme d'opérateur de u pour ‖·‖∞, puis pour ‖·‖₁, et montrer que dans le second cas elle n'est pas atteinte.

Technique majoration, puis suite qui approche la borne.

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  1. |u(f)(x)| ≤ x‖f‖∞ ≤ ‖f‖∞, et f = 1 donne l'égalité. Donc ‖u‖ = 1 pour ‖·‖∞.
  2. |u(f)(x)| ≤ ∫₀x |f| ≤ ‖f‖₁, et en intégrant, ‖u(f)‖₁ ≤ ‖f‖₁.
  3. Soit fn(t) = 2n(1 − nt) sur [0, 1/n] et 0 ensuite. Alors ‖fn‖₁ = 1, u(fn) ≥ 0 et u(fn) = 1 sur [1/n, 1]. Donc ‖u(fn)‖₁ ≥ 1 − 1/n, et ‖u‖ = 1.
  4. Si ‖u(f)‖₁ = ‖f‖₁, la fonction continue x ↦ ∫₀x |f| est majorée par ‖f‖₁ et d'intégrale au moins ‖f‖₁. Elle vaut donc ‖f‖₁ partout. En x = 0, ‖f‖₁ = 0, donc f = 0.

piège : Croire la borne supérieure toujours atteinte. En dimension infinie, la sphère unité n'est pas compacte.

Exercice 4. Le groupe orthogonal

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Montrer que On(R) est compact et n'est pas connexe par arcs.

Technique fermé borné en dimension finie, puis image continue d'un connexe par arcs.

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  1. On(R) est l'image réciproque de {In} par A ↦ AᵀA, continue car le produit matriciel l'est. C'est un fermé.
  2. Pour ‖A‖ = √tr(AᵀA), toute matrice orthogonale a pour norme √n. On(R) est borné, donc compact.
  3. Le déterminant est continu, vaut 1 en In et −1 en diag(−1, 1, …, 1), et ne prend que ces deux valeurs. Si On(R) était connexe par arcs, son image serait un intervalle contenant −1 et 1, donc 0.

piège : Dire « borné » sans choisir de norme.

Exercice 5. Distance à un sous-espace de dimension finie

Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP MP

Soient E un espace normé, F un sous-espace de dimension finie et a dans E. Montrer qu'il existe b dans F tel que ‖a − b‖ = d(a, F).

Technique se restreindre à un compact.

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  1. g : x ↦ ‖a − x‖ est continue sur F.
  2. Soient R = ‖a‖ = g(0) et K = {x ∈ F : g(x) ≤ R}. K contient 0, il est fermé dans F et borné, car ‖x‖ ≤ ‖x − a‖ + ‖a‖ ≤ 2R. F étant de dimension finie, K est compact.
  3. g atteint sur K un minimum en b. Hors de K, g(x) > R ≥ g(b). Donc g(b) = d(a, F).

piège : Affirmer qu'un fermé borné de E est compact : K l'est parce qu'il est inclus dans F. L'unicité est fausse en général : dans R² muni de ‖·‖∞, avec a = (0, 1) et F l'axe des abscisses, tous les (t, 0) avec |t| ≤ 1 réalisent la distance.

Exercice 6. Pas d'injection continue de R² dans R

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Montrer qu'aucune application continue de R² dans R n'est injective.

Technique retirer un point et comparer les connexités par arcs.

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  1. f(R²) est un intervalle I contenant deux réels u < v, donc w = (u + v)/2. On écrit w = f(a).
  2. R² privé de a est connexe par arcs. Pour b, c dans cet ensemble, si [b, c] évite a il convient. Sinon, on passe par un point d hors de la droite (bc) : [b, d] et [d, c] évitent a.
  3. Par injectivité, l'image de R² privé de a est I privé de w, qui contient u et v mais pas w. Ce n'est pas un intervalle, contradiction.

piège : Dire que R² privé d'un point est convexe ou étoilé. Il faut la ligne brisée.

Exercice 7. Point fixe d'une application strictement contractante sur un compact

Approfondissement · Type oral Mines

Soient K un compact non vide et f de K dans K telle que ‖f(x) − f(y)‖ < ‖x − y‖ pour x ≠ y. Montrer que f a un unique point fixe a et que toute suite xn+1 = f(xn) converge vers a.

Technique minimiser sur un compact, puis unique valeur d'adhérence.

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  1. f est 1-lipschitzienne, donc continue. g(x) = ‖f(x) − x‖ atteint son minimum sur K en a.
  2. Si f(a) ≠ a, g(f(a)) < g(a), absurde. Deux points fixes distincts a et b donneraient ‖a − b‖ < ‖a − b‖.
  3. dn = ‖xn − a‖ vérifie dn+1 = ‖f(xn) − f(a)‖ ≤ dn, donc décroît vers δ.
  4. Soit b limite de xφ(n). Alors ‖b − a‖ = δ, et xφ(n)+1 tend vers f(b), donc ‖f(b) − a‖ = δ. Si b ≠ a, δ = ‖f(b) − f(a)‖ < ‖b − a‖ = δ. Donc b = a.
  5. La suite vit dans un compact et a pour unique valeur d'adhérence a, donc elle converge vers a.

piège : Invoquer le point fixe de Banach, hors programme et inapplicable faute de constante k < 1.

Exercice 8. GL_n(C) est connexe par arcs

Approfondissement · D'après un écrit Mines ou Centrale

Montrer que deux matrices A et B de GL_n(C) sont reliées par un chemin dans GL_n(C).

Technique un polynôme non nul a un nombre fini de racines, que le plan complexe permet de contourner.

Voir le corrigé
  1. P(z) = det((1 − z)A + zB) est un polynôme avec P(0) = det A ≠ 0 et P(1) = det B ≠ 0. Il a un nombre fini de racines, distinctes de 0 et 1.
  2. Pour s réel, soit zs(t) = t + ist(1 − t), t dans [0, 1]. Pour s ≠ s', zs et zs' ne se rencontrent qu'en 0 et 1. Chaque racine est sur au plus une courbe, donc un s convient pour les éviter toutes.
  3. γ(t) = (1 − zs(t))A + zs(t)B est continue, inversible pour tout t, avec γ(0) = A et γ(1) = B.

piège : Prendre le segment réel de A à B, qui peut traverser une matrice non inversible, comme dans Mn(R).

Exercice 9. Forme linéaire continue et noyau fermé

Approfondissement · Type oral Centrale

Soit φ une forme linéaire non nulle sur un espace normé E. Montrer que φ est continue si et seulement si son noyau H est fermé.

Technique suite normalisée et adhérence d'un sous-espace.

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  1. Si φ est continue, H = φ⁻¹({0}) est fermé.
  2. Si φ n'est pas continue, pour tout n il existe zn ≠ 0 avec |φ(zn)| > n‖zn‖. On pose xn = zn/φ(zn) : φ(xn) = 1 et ‖xn‖ < 1/n.
  3. Soit a avec φ(a) = 1. Les a − xn sont dans H et tendent vers a.
  4. L'adhérence de H est un sous-espace, par passage à la limite dans λx_n + yn. Elle contient H et a, et E = H + Ka puisque x = (x − φ(x)a) + φ(x)a. Elle vaut donc E, et H ≠ E n'est pas fermé.

piège : Oublier de normaliser pour avoir φ(xn) = 1. Sinon, a − xn n'est pas dans le noyau.

Erreurs fréquentes

  1. Conclure à une limite en (0, 0) parce qu'elle est la même sur toutes les droites. Il faut une majoration uniforme, en polaires ou avec |xy| ≤ (x² + y²)/2.
  2. Parler de continuité ou de fermeture en dimension infinie sans préciser la norme. Un même sous-espace peut être fermé pour une norme et dense pour une autre.
  3. Annoncer une norme d'opérateur après la seule majoration, sans vecteur réalisant l'égalité ni suite approchant la borne.
  4. Appliquer les bornes atteintes sans compact, sur un ouvert ou sur Rn entier. On se restreint d'abord à une boule fermée, puis on justifie que l'extremum est global.
  5. Oublier que la limite de l'extraite doit appartenir à la partie, ou que « unique valeur d'adhérence entraîne convergence » exige un compact ou une suite bornée en dimension finie. La suite u2n = 0, u2n+1 = n a une seule valeur d'adhérence et diverge.

Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de mathématiques de MP, section « Topologie des espaces vectoriels normés ». Elle couvre les normes, les suites, la topologie, les limites et la continuité, les applications linéaires continues, la compacité, la connexité par arcs et le cas de la dimension finie. Les notions d'espace métrique, d'espace topologique, de suite de Cauchy et d'espace de Banach sont hors programme.

Au concours

Les questions des sujets corrigés qui travaillent ce chapitre. La première question de chaque sujet est en accès libre.

CCINP 2025, MP, Mathématiques 1