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ECG1 · Maths approfondies · semaine 9

Nombres réels et exemples de suites

Valeur absolue, inégalité triangulaire, majorant, minorant, borne supérieure et borne inférieure, théorème de la borne supérieure et partie entière. Suites arithmético-géométriques. Suites vérifiant une relation linéaire de récurrence d'ordre 2, limitées aux équations caractéristiques à racines réelles, la construction de R est hors programme.

Sommaire

Le cours

Résumé en cinq points

  1. La valeur absolue mesure une distance. L'inégalité triangulaire et le découpage par une quantité intermédiaire sont les outils de base de l'analyse.
  2. Le maximum appartient à la partie, la borne supérieure non nécessairement. Quand le maximum existe, les deux coïncident.
  3. Toute partie non vide majorée de R\R admet une borne supérieure. Ce théorème est admis et il caractérise R\R.
  4. Une suite arithmético-géométrique se ramène à une suite géométrique en soustrayant le point fixe.
  5. Une récurrence linéaire d'ordre 2 se résout par l'équation caractéristique, avec deux formes selon que les racines réelles sont distinctes ou confondues.
Pourquoi ce chapitre

L'analyse repose sur les inégalités et sur la structure de R\R. Ce chapitre fournit deux outils :

  • la valeur absolue, qui mesure un écart ;
  • la borne supérieure, qui garantit l'existence de certains nombres.

Le théorème de la borne supérieure est la propriété qui distingue R\R de l'ensemble des rationnels. Il fera marcher le théorème de la limite monotone au chapitre suivant.

La seconde moitié du chapitre traite deux familles de suites que l'on doit savoir résoudre explicitement : les suites arithmético-géométriques et les suites récurrentes linéaires d'ordre 2. Ces deux modèles reviennent en probabilités et en économie, dès qu'un phénomène se décrit d'une période à la suivante.

1Valeur absolue et inégalités

1.1Définition

Définition 1.1Valeur absolue

La valeur absolue d'un réel xx vaut xx si x⩾0x \geqslant 0, et −x-x sinon. Elle est toujours positive ou nulle, et elle est nulle si et seulement si x=0x = 0.

Propriété 1.2Propriétés de base

Pour tous réels xx et yy :

  • ∣xy∣=∣x∣ ∣y∣\abs{xy} = \abs{x}\,\abs{y} ;
  • ∣x∣=x2\abs{x} = \sqrt{x^2}.

Interprétation : ∣x−y∣\abs{x - y} est la distance entre xx et yy sur la droite réelle. C'est cette lecture qu'il faut avoir en tête dans toutes les définitions de limite.

1.2Encadrements

Propriété 1.3Valeur absolue et encadrement

Pour tout réel a⩾0a \geqslant 0 et tous réels xx et yy :

  • ∣x∣⩽a  ⟺  −a⩽x⩽a\abs{x} \leqslant a \iff -a \leqslant x \leqslant a ;
  • ∣x−y∣⩽a  ⟺  y−a⩽x⩽y+a\abs{x - y} \leqslant a \iff y - a \leqslant x \leqslant y + a.

Passer instantanément d'une valeur absolue à un encadrement, et inversement, est un réflexe exigible.

1.3Inégalité triangulaire

Théorème 1.4Inégalité triangulaire

Pour tous réels xx et yy : ∣x+y∣⩽∣x∣+∣y∣.\abs{x + y} \leqslant \abs{x} + \abs{y}. L'égalité a lieu exactement quand xx et yy sont de même signe au sens large, c'est-à-dire quand xy⩾0xy \geqslant 0.

Démonstration

On encadre xx et yy par leurs valeurs absolues, puis on somme : −∣x∣⩽x⩽∣x∣,−∣y∣⩽y⩽∣y∣.\begin{aligned} -\abs{x} \leqslant x &\leqslant \abs{x},\\ -\abs{y} \leqslant y &\leqslant \abs{y}. \end{aligned} On obtient −(∣x∣+∣y∣)⩽x+y⩽∣x∣+∣y∣-(\abs{x} + \abs{y}) \leqslant x + y \leqslant \abs{x} + \abs{y}, d'où le résultat.

Propriété 1.5Inégalité triangulaire inversée

Pour tous réels xx et yy : ∣ ∣x∣−∣y∣ ∣⩽∣x−y∣.\big|\,\abs{x} - \abs{y}\,\big| \leqslant \abs{x - y}.

Elle sert à minorer un écart.

MéthodeMajorer un écart

Pour majorer ∣un−l∣\abs{u_n - l} :

  1. Introduire une quantité intermédiaire vnv_n.
  2. Découper avec l'inégalité triangulaire : ∣un−l∣⩽∣un−vn∣+∣vn−l∣.\abs{u_n - l} \leqslant \abs{u_n - v_n} + \abs{v_n - l}.

C'est le mécanisme de presque toutes les preuves de convergence.

2Majorants, minorants, bornes

2.1Vocabulaire

Définition 2.1Majorant, minorant, maximum

Soit AA une partie non vide de R\R.

  • Un réel MM est un majorant de AA quand tout élément de AA est inférieur ou égal à MM. On dit alors que AA est majorée.
  • Un réel mm est un minorant de AA quand tout élément de AA est supérieur ou égal à mm. On dit alors que AA est minorée.
  • AA est bornée quand elle est à la fois majorée et minorée.
  • Si un majorant de AA appartient à AA, il est unique et s'appelle le maximum de AA. Même définition pour le minimum.

Une partie majorée possède une infinité de majorants, puisque tout nombre plus grand qu'un majorant en est un.

Attention

Une partie majorée n'a pas toujours de maximum. L'intervalle ]0,1[\intoo{0}{1} est majoré par 1, mais 1 ne lui appartient pas, et aucun élément de l'intervalle n'en est le plus grand.

2.2Borne supérieure et borne inférieure

Définition 2.2Bornes

La borne supérieure de AA, notée sup⁡A\sup A, est le plus petit des majorants de AA, quand il existe. La borne inférieure, notée inf⁡A\inf A, est le plus grand des minorants.

Propriété 2.3Caractérisation de la borne supérieure

Un réel ss est la borne supérieure de AA si et seulement si :

  • ss majore AA ;
  • pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe un élément de AA strictement supérieur à s−εs - \varepsilon.

Autrement dit, aucun nombre plus petit que ss ne majore AA.

Propriété 2.4Lien avec le maximum

Quand le maximum de AA existe, il coïncide avec la borne supérieure.

Exemple 2.5La réciproque est fausse

La borne supérieure peut exister sans appartenir à AA. Pour ]0,1[\intoo{0}{1}, la borne supérieure vaut 1 et il n'y a pas de maximum.

2.3Théorème de la borne supérieure

Théorème 2.6Théorème de la borne supérieure

  • Toute partie non vide et majorée de R\R admet une borne supérieure.
  • Toute partie non vide et minorée de R\R admet une borne inférieure.

Résultat admis, conformément au programme. Il est pourtant la propriété qui caractérise R\R. Il est faux dans Q\Q : l'ensemble des rationnels dont le carré est inférieur à 2 est non vide et majoré, mais il n'a pas de borne supérieure rationnelle.

Conséquence, exploitée au chapitre suivant : toute suite croissante et majorée converge, et sa limite est la borne supérieure de l'ensemble de ses valeurs.

2.4Partie entière

Définition 2.7Partie entière

Pour tout réel xx, il existe un unique entier relatif nn tel que n⩽x<n+1n \leqslant x < n + 1. Cet entier est la partie entière de xx, notée ⌊x⌋\lfloor x \rfloor.

Le programme réserve la notation E(⋅)E(\cdot) à l'espérance mathématique.

Propriété 2.8Encadrement fondamental

Pour tout réel xx : ⌊x⌋⩽x<⌊x⌋+1,\lfloor x \rfloor \leqslant x < \lfloor x \rfloor + 1, donc aussi x−1<⌊x⌋⩽xx - 1 < \lfloor x \rfloor \leqslant x.

Cet encadrement sert à obtenir des limites par encadrement.

Exemple 2.9Limite de ⌊nx⌋/n\lfloor nx \rfloor / n

Pour tout réel xx fixé, la suite de terme général ⌊nx⌋n\dfrac{\lfloor nx \rfloor}{n} tend vers xx quand n→+∞n \to +\infty.

3Vocabulaire sur les suites

Définition 3.1Suite réelle

Une suite réelle est une application de N\N, ou d'une partie de N\N formée des entiers supérieurs à n0n_0, dans R\R. On note unu_n le terme d'indice nn.

  • Une suite est majorée, minorée ou bornée quand l'ensemble de ses valeurs l'est.
  • Elle est croissante quand un+1⩾unu_{n+1} \geqslant u_n pour tout nn, strictement croissante quand l'inégalité est stricte, et de même pour la décroissance.
  • Elle est monotone quand elle est croissante ou décroissante.

MéthodeÉtudier la monotonie

  1. Comparer un+1u_{n+1} et unu_n par la différence un+1−unu_{n+1} - u_n.
  2. Quand tous les termes sont strictement positifs, comparer plutôt le quotient un+1/unu_{n+1}/u_n à 1.

Deux modèles simples :

  • une suite arithmétique de raison rr vérifie un+1=un+ru_{n+1} = u_n + r, et un=u0+nru_n = u_0 + nr ;
  • une suite géométrique de raison qq vérifie un+1=q unu_{n+1} = q\,u_n, et un=u0qnu_n = u_0 q^n.

4Suites arithmético-géométriques

4.1Définition et méthode

Définition 4.1Suite arithmético-géométrique

Une suite arithmético-géométrique vérifie un+1=a un+bu_{n+1} = a\,u_n + b, où aa et bb sont des réels fixés.

Si a=1a = 1, la suite est arithmétique et se traite directement. On suppose donc a≠1a \neq 1. Le programme demande de se ramener au cas géométrique.

MéthodeRésoudre un+1=aun+bu_{n+1} = a u_n + b avec a≠1a \neq 1

  1. Chercher le point fixe, l'unique réel cc vérifiant c=ac+bc = ac + b. Comme a≠1a \neq 1, c=b1−ac = \dfrac{b}{1 - a}.
  2. Poser vn=un−cv_n = u_n - c. En soustrayant les deux relations, vn+1=a vnv_{n+1} = a\,v_n : la suite vv est géométrique de raison aa.
  3. Conclure : vn=v0anv_n = v_0 a^n, donc un=c+(u0−c) an.u_n = c + (u_0 - c)\,a^n.

4.2Comportement

La limite se lit sur aa.

  • Si ∣a∣<1\abs{a} < 1, la suite converge vers le point fixe cc, quelle que soit la valeur initiale.
  • Si a=−1a = -1 et u0≠cu_0 \neq c, la suite est périodique de période 2.
  • Si ∣a∣>1\abs{a} > 1 et u0≠cu_0 \neq c, la suite diverge.

Exemple 4.2Un cas numérique

Soit u0=0u_0 = 0 et un+1=0,5 un+3u_{n+1} = 0{,}5\,u_n + 3. Le point fixe est c=6c = 6. On pose vn=un−6v_n = u_n - 6, d'où vn+1=0,5 vnv_{n+1} = 0{,}5\,v_n et v0=−6v_0 = -6. Ainsi un=6−6×0,5n,u_n = 6 - 6 \times 0{,}5^n, suite croissante qui converge vers 6.

Attention

Il faut annoncer le changement de suite, démontrer que la nouvelle suite est géométrique, puis revenir à unu_n. Poser vnv_n sans justification coûte des points.

5Suites récurrentes linéaires d'ordre 2

5.1Cadre

On considère les suites réelles vérifiant, pour tout nn, un+2=a un+1+b un,u_{n+2} = a\,u_{n+1} + b\,u_n, où aa et bb sont des réels fixés et b≠0b \neq 0. Une telle suite est entièrement déterminée par u0u_0 et u1u_1.

Propriété 5.1Structure de l'ensemble des solutions

L'ensemble de ces suites est un sous-espace vectoriel de l'espace des suites réelles, puisqu'une combinaison linéaire de deux solutions vérifie encore la relation.

Le programme signale que ce chapitre est l'occasion d'illustrer concrètement les notions de famille libre, génératrice et base.

5.2Équation caractéristique

On cherche les suites géométriques solutions, de terme général rnr^n avec r≠0r \neq 0. En reportant dans la relation et en simplifiant par rnr^n, on obtient r2=ar+br^2 = ar + b.

Définition 5.2Équation caractéristique

L'équation caractéristique est r2−ar−b=0r^2 - ar - b = 0.

Le programme se limite au cas où elle a des solutions réelles.

Théorème 5.3Solutions de la récurrence d'ordre 2

Hypothèses

  • un+2=a un+1+b unu_{n+2} = a\,u_{n+1} + b\,u_n avec b≠0b \neq 0 ;
  • l'équation caractéristique a des solutions réelles.

Alors, selon le cas :

  • deux racines réelles distinctes r1r_1 et r2r_2 : les solutions sont exactement les suites un=α r1n+β r2nu_n = \alpha\,r_1^n + \beta\,r_2^n, avec α\alpha et β\beta réels ;
  • une racine double rr : les solutions sont exactement les suites un=(α+βn) rnu_n = (\alpha + \beta n)\,r^n, avec α\alpha et β\beta réels.

Les constantes α\alpha et β\beta sont déterminées par u0u_0 et u1u_1.

  • Dans le premier cas, les deux suites géométriques associées forment une base de l'espace des solutions.
  • Dans le second, la suite de terme général n rnn\,r^n est la seconde solution de base : elle apparaît précisément dans le cas de la racine double.

Les constantes se déterminent en écrivant le système de deux équations obtenu à partir de u0u_0 et u1u_1. Ce système a toujours une unique solution.

5.3Exemples

Exemple 5.4Racines distinctes

Soit un+2=5 un+1−6 unu_{n+2} = 5\,u_{n+1} - 6\,u_n, avec u0=0u_0 = 0 et u1=1u_1 = 1. L'équation caractéristique r2−5r+6=0r^2 - 5r + 6 = 0 a pour racines 2 et 3. On écrit un=α 2n+β 3nu_n = \alpha\,2^n + \beta\,3^n. Les conditions initiales donnent α+β=0,2α+3β=1,\begin{aligned} \alpha + \beta &= 0,\\ 2\alpha + 3\beta &= 1, \end{aligned} d'où β=1\beta = 1 et α=−1\alpha = -1. Donc un=3n−2nu_n = 3^n - 2^n.

Exemple 5.5Racine double

Soit un+2=4 un+1−4 unu_{n+2} = 4\,u_{n+1} - 4\,u_n, avec u0=1u_0 = 1 et u1=4u_1 = 4. L'équation caractéristique r2−4r+4=0r^2 - 4r + 4 = 0 a pour racine double 2. On écrit un=(α+βn) 2nu_n = (\alpha + \beta n)\,2^n. Les conditions initiales donnent α=1\alpha = 1 puis 2(1+β)=42(1 + \beta) = 4, donc β=1\beta = 1. Ainsi un=(1+n) 2n.u_n = (1 + n)\,2^n.

Attention

Si l'équation caractéristique n'a pas de racine réelle, la méthode ne s'applique pas. Le programme exclut ce cas en première année, les nombres complexes n'étant pas au programme.

Méthodes

MéthodeRéflexes du chapitre

  1. Devant une inégalité avec valeur absolue, la transformer immédiatement en encadrement.
  2. Pour majorer un écart, insérer une quantité intermédiaire et appliquer l'inégalité triangulaire.
  3. Pour montrer qu'un réel est la borne supérieure d'une partie, prouver qu'il majore, puis qu'aucun nombre plus petit ne majore.
  4. Devant une suite définie par un+1=a un+bu_{n+1} = a\,u_n + b, chercher le point fixe et poser vn=un−cv_n = u_n - c.
  5. Devant une récurrence d'ordre 2, écrire l'équation caractéristique, discuter selon le discriminant, puis déterminer les constantes avec les deux premiers termes.
  6. Vérifier systématiquement la formule obtenue sur u0u_0 et u1u_1, ce qui est un contrôle en deux lignes.

Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle

  1. Démontrer l'inégalité triangulaire et préciser le cas d'égalité.
  2. Démontrer l'inégalité triangulaire inversée à partir de la première.
  3. Donner un exemple de partie majorée sans maximum, et préciser sa borne supérieure.
  4. Énoncer la caractérisation de la borne supérieure avec un ε\varepsilon, et l'utiliser.
  5. Encadrer la partie entière et en déduire la limite de ⌊nx⌋/n\lfloor nx \rfloor / n.
  6. Résoudre entièrement une suite arithmético-géométrique, en justifiant le changement de suite.
  7. Résoudre une récurrence linéaire d'ordre 2 dans le cas de deux racines distinctes, puis dans le cas d'une racine double.
  8. Justifier que l'ensemble des suites vérifiant une récurrence linéaire d'ordre 2 est un sous-espace vectoriel, et en donner une base.

Méthodes et exercices

Les résultats à connaître

  • Pour tous réels x et y, |xy| = |x| |y| et |x| = √(x²). Exigible.
  • Pour a ≥ 0, |x| ≤ a équivaut à −a ≤ x ≤ a, et |x| ≥ a équivaut à (x ≤ −a ou x ≥ a). Exigible, c'est un réflexe.
  • Inégalité triangulaire, |x + y| ≤ |x| + |y|, avec égalité si et seulement si xy ≥ 0. Exigible avec démonstration.
  • Inégalité triangulaire inversée, ||x| − |y|| ≤ |x − y|. Exigible avec démonstration.
  • Unicité du maximum d'une partie, quand il existe. Exigible, démonstration courte.
  • Quand le maximum de A existe, il coïncide avec la borne supérieure de A. Exigible, le programme le mentionne.
  • Caractérisation de la borne supérieure. s = sup A si et seulement si s majore A et, pour tout ε > 0, il existe a dans A avec a > s − ε. Exigible, démonstration courte.
  • Théorème de la borne supérieure. Toute partie non vide et majorée de R admet une borne supérieure. Admis.
  • N n'est pas majoré dans R (propriété d'Archimède). Non listé au programme, se déduit du théorème précédent.
  • Existence et unicité de la partie entière, avec ⌊x⌋ ≤ x < ⌊x⌋ + 1. Exigible. L'existence repose sur la propriété d'Archimède.
  • Pour tout entier relatif k, ⌊x + k⌋ = ⌊x⌋ + k. Exigible, découle de l'unicité.
  • Suite arithmético-géométrique avec a ≠ 1, un = c + (u0 − c) an où c = b/(1 − a). Exigible avec démonstration, en passant par une suite géométrique.
  • Récurrence un+2 = a un+1 + b un avec b ≠ 0. Les solutions forment un sous-espace vectoriel, de base (r1n), (r2n) si l'équation caractéristique a deux racines réelles distinctes, et (rn), (n rn) si elle a une racine double. Exigible avec démonstration.
  • Hors programme : la construction de R, le cas d'une équation caractéristique sans racine réelle, les récurrences linéaires d'ordre 3 ou plus, la densité de Q dans R comme résultat de cours.

Clés de démonstration

Inégalité triangulaire. Les deux membres sont positifs, on compare leurs carrés. On a (x + y)² = x² + 2xy + y² et (|x| + |y|)² = x² + 2|xy| + y², et xy ≤ |xy|. Astuce, le passage au carré donne le cas d'égalité : xy = |xy|, c'est-à-dire xy ≥ 0.

Inégalité triangulaire inversée. On écrit x = (x − y) + y, d'où |x| − |y| ≤ |x − y|. On échange x et y pour obtenir |y| − |x| ≤ |x − y|. Astuce, les deux inégalités forment un encadrement, qu'on retraduit en valeur absolue.

Maximum et borne supérieure. Si M et M' sont deux maxima, M est dans A et M' majore A, donc M ≤ M', et par symétrie M' ≤ M. Si M est le maximum, tout majorant de A est supérieur ou égal à M puisque M est dans A, donc M est le plus petit majorant. Astuce, utiliser les deux casquettes du maximum, élément de A et majorant.

Caractérisation avec ε. Si s = sup A et ε > 0, le réel s − ε est plus petit que s, donc ne majore pas A, d'où un élément a > s − ε. Réciproquement, si un majorant M vérifiait M < s, le choix ε = s − M fournirait un élément de A strictement supérieur à M, absurde. Astuce, raisonner par l'absurde en prenant ε égal à l'écart.

Unicité de la partie entière. Si n ≤ x < n + 1 et m ≤ x < m + 1, alors −1 < n − m < 1. Astuce, un entier de valeur absolue strictement inférieure à 1 est nul.

Suites arithmético-géométriques. On écrit un+1 = a un + b et c = ac + b, puis on soustrait : un+1 − c = a(un − c). Astuce, la constante b disparaît, c'est tout l'intérêt du point fixe.

Récurrences d'ordre 2. La suite (rn) est solution si et seulement si r est racine, et les solutions sont stables par combinaison linéaire. Pour une solution u, le système donné par u0 et u1 a pour déterminant r2 − r1 ≠ 0 dans le cas distinct, et r ≠ 0 dans le cas double, puis une récurrence double montre que u coïncide avec la combinaison trouvée. Astuce, deux solutions ayant les mêmes deux premiers termes sont égales. Dans le cas double, r = a/2 et (n + 2) rn+2 − a(n + 1) rn+1 − b n rn = rn (n(r² − ar − b) + r(2r − a)) = 0.

Exemples et contre-exemples à connaître

  1. A = {1 − 1/n, n ≥ 1}. Sup 1 sans maximum, minimum 0. La partie majorée sans maximum la plus simple à rédiger.
  2. L'ensemble vide et N n'ont pas de borne supérieure dans R. Les hypothèses « non vide » et « majorée » sont indispensables.
  3. |1 + (−1)| = 0 < |1| + |−1| = 2. L'inégalité triangulaire est stricte dès que les signes diffèrent.
  4. ⌊−1,5⌋ = −2 et non −1. La partie entière n'est pas la troncature, et ⌊−x⌋ ≠ −⌊x⌋ si x n'est pas entier.
  5. ⌊0,5 + 0,5⌋ = 1 alors que ⌊0,5⌋ + ⌊0,5⌋ = 0. La partie entière n'est pas additive.
  6. un+1 = −un + 2 avec u0 = 0 donne 0, 2, 0, 2. Le cas a = −1 produit une suite 2-périodique, sans limite.
  7. un+1 = un + 3 n'a pas de point fixe. Pour a = 1, la formule c = b/(1 − a) n'a pas de sens.
  8. un+2 = un+1 + un (Fibonacci). Racines (1 + √5)/2 et (1 − √5)/2, calculs à mener sans approximation.
  9. un+2 = −un. L'équation r² + 1 = 0 n'a pas de racine réelle, cas hors programme. À la main, un+4 = un.

Techniques du chapitre

Traduire une valeur absolue en encadrement. Résoudre |2x − 3| < 5. On écrit −5 < 2x − 3 < 5, soit −2 < 2x < 8, donc −1 < x < 4. Aucune disjonction de cas.

Majorer ou minorer par l'inégalité triangulaire. Pour |x| ≤ 1, encadrer |x³ − 2x + 5|. Majoration, |x³| + 2|x| + 5 ≤ 8. Minoration par l'inégalité inversée, |x³ − 2x + 5| ≥ 5 − |x³ − 2x| ≥ 5 − 3 = 2.

Prouver qu'un réel est la borne supérieure. A = {n/(n + 1), n ∈ N}. On a n/(n + 1) < 1, donc 1 majore A. Pour ε dans ]0, 1[, n/(n + 1) > 1 − ε équivaut à n > 1/ε − 1, ce qui arrive. Donc sup A = 1, non atteint.

Résoudre une équation avec partie entière. Résoudre ⌊2x⌋ = 3. Par définition 3 ≤ 2x < 4, donc x appartient à [3/2, 2[.

Poser x = ⌊x⌋ + f. Calculer ⌊x⌋ + ⌊−x⌋. Si x est entier, la somme vaut 0. Sinon f est dans ]0, 1[ et −x = (−⌊x⌋ − 1) + (1 − f) avec 1 − f dans ]0, 1[, donc la somme vaut −1.

Repérer une arithmético-géométrique cachée. pn+1 = 0,7 pn + 0,2 (1 − pn) se développe en pn+1 = 0,5 pn + 0,2. Point fixe 0,4, donc pn = 0,4 + (p0 − 0,4) × 0,5n.

Normaliser une récurrence d'ordre 2. Pour 2un+2 = 3un+1 − un, l'équation caractéristique est 2r² − 3r + 1 = 0, de racines 1 et 1/2. Donc un = α + β (1/2)n.

Passer par la suite des différences. Si un+2 − un+1 = 2(un+1 − un), la suite vn = un+1 − un est géométrique de raison 2, puis un = u0 + Σk=0n−1 vk par télescopage.

Exercices classiques corrigés

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Exercice 1. Maximum par valeur absolue

Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle

Montrer que pour tous réels x et y, max(x, y) = (x + y + |x − y|)/2 et min(x, y) = (x + y − |x − y|)/2.

Technique disjonction de cas sur le signe de x − y.

Voir le corrigé
  1. Si x ≥ y, |x − y| = x − y, et les formules donnent x = max(x, y) et y = min(x, y). 2. Si x < y, |x − y| = y − x, et elles donnent y et x. 3. Les formules sont vraies dans les deux cas.

piège : Invoquer la symétrie pour ne traiter qu'un cas sans vérifier que les formules sont symétriques en x et y.

Exercice 2. Une inégalité triangulaire déformée

Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle

Montrer que pour tous réels x et y, |x + y|/(1 + |x + y|) ≤ |x|/(1 + |x|) + |y|/(1 + |y|).

Technique monotonie d'une fonction auxiliaire.

Voir le corrigé
  1. La fonction f(t) = t/(1 + t) = 1 − 1/(1 + t) est croissante sur [0, +∞[. 2. Comme |x + y| ≤ |x| + |y|, f(|x + y|) ≤ f(|x| + |y|). 3. On écrit f(|x| + |y|) = |x|/(1 + |x| + |y|) + |y|/(1 + |x| + |y|). 4. Chaque fraction a un dénominateur plus grand que la fraction correspondante du membre de droite, donc elle est plus petite.

piège : Tout réduire au même dénominateur et s'y perdre.

Exercice 3. Bornes d'une partie définie par une suite

Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle

Déterminer sup et inf de A = {(−1)n + 1/n, n ≥ 1}, en précisant s'ils sont atteints.

Technique séparer indices pairs et impairs, puis caractérisation avec ε.

Voir le corrigé
  1. Pour n pair, l'élément vaut 1 + 1/n ≤ 3/2, avec égalité pour n = 2. Pour n impair, il vaut −1 + 1/n ≤ 0. Donc 3/2 est le maximum, donc la borne supérieure. 2. Pour tout n, (−1)n + 1/n > −1, donc −1 minore A sans être atteint. 3. Soit ε > 0. Comme N n'est pas majoré, il existe n impair avec n > 1/ε. Alors −1 + 1/n < −1 + ε. Donc inf A = −1, sans minimum.

piège : Conclure inf A = −1 après avoir seulement montré que −1 est un minorant.

Exercice 4. Borne supérieure d'une somme de parties

Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle

Soient A et B non vides et majorées, et A + B = {a + b, a ∈ A, b ∈ B}. Montrer que sup(A + B) = sup A + sup B.

Technique caractérisation avec ε, en partageant ε en deux.

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  1. A + B est non vide et majorée par sup A + sup B, donc sup(A + B) existe. 2. Soit ε > 0. Il existe a dans A avec a > sup A − ε/2 et b dans B avec b > sup B − ε/2. 3. Alors a + b est dans A + B et a + b > sup A + sup B − ε. 4. La caractérisation conclut.

piège : Supposer que sup A est un élément de A, ce qui rend la preuve fausse quand la borne n'est pas atteinte.

Exercice 5. Une identité sur la partie entière

Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle

Montrer que pour tout réel x, ⌊x⌋ + ⌊x + 1/2⌋ = ⌊2x⌋.

Technique écrire x = n + f avec n = ⌊x⌋ et f dans [0, 1[.

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  1. Si f < 1/2, f + 1/2 est dans [1/2, 1[, donc ⌊x + 1/2⌋ = n, et 2f est dans [0, 1[, donc ⌊2x⌋ = 2n. Les deux membres valent 2n. 2. Si f ≥ 1/2, f + 1/2 est dans [1, 3/2[, donc ⌊x + 1/2⌋ = n + 1, et 2f est dans [1, 2[, donc ⌊2x⌋ = 2n + 1. Les deux membres valent 2n + 1.

piège : Écrire ⌊x + 1/2⌋ = ⌊x⌋ + ⌊1/2⌋.

Exercice 6. Une chaîne à deux états

Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit Ecricome

Chaque jour, une personne prend le bus ou le vélo. Après un jour de bus, elle reprend le bus avec probabilité 0,6. Après un jour de vélo, elle prend le bus avec probabilité 0,3. Le jour 0, elle prend le bus. On note pn la probabilité de prendre le bus le jour n. Exprimer pn et étudier son comportement.

Technique probabilités totales, puis arithmético-géométrique.

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  1. Avec le système complet « bus le jour n », « vélo le jour n », pn+1 = 0,6 pn + 0,3 (1 − pn) = 0,3 pn + 0,3. 2. Le point fixe vérifie c = 0,3c + 0,3, donc c = 3/7. 3. On pose vn = pn − 3/7. En soustrayant, vn+1 = 0,3 vn, avec v0 = 4/7. 4. Donc pn = 3/7 + (4/7) × 0,3n, qui décroît et tend vers 3/7.

piège : Écrire pn+1 = 0,6 pn + 0,3 en oubliant le facteur 1 − pn.

Exercice 7. Racines distinctes et suite entière

Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit Ecricome

Soit u0 = 0, u1 = 1 et un+2 = un+1 + 2u_n. Exprimer un, puis montrer que tous les termes sont entiers.

Technique équation caractéristique puis conditions initiales.

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  1. r² − r − 2 = 0 a pour racines 2 et −1. 2. On écrit un = α 2n + β (−1)n. Les conditions donnent α + β = 0 et 2α − β = 1, d'où α = 1/3 et β = −1/3. 3. Donc un = (2n − (−1)n)/3. Contrôle, u2 = 1 et u3 = 3. 4. Les termes sont entiers par récurrence double sur la relation, sans la formule.

piège : Douter du résultat à cause des fractions 1/3.

Exercice 8. Base de l'espace des solutions

Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit BCE, type EDHEC

Soit E l'ensemble des suites réelles vérifiant un+2 = 4un+1 − 4u_n. Montrer que E est un sous-espace vectoriel et que x = (2n) et y = (n 2n) en forment une base.

Technique stabilité, liberté par les premiers termes, génération par récurrence double.

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  1. La suite nulle est dans E, et si u, v sont dans E et λ réel, λu + v vérifie la relation par linéarité. 2. x est dans E, et pour y, (n + 2) 2n+2 − 4(n + 1) 2n+1 + 4n 2n = 2n (4n + 8 − 8n − 8 + 4n) = 0. 3. Liberté. Si αx + βy est nulle, l'indice 0 donne α = 0 et l'indice 1 donne 2β = 0. 4. Génération. Pour u dans E, on pose α = u0 et β = u1/2 − u0. La suite αx + βy est dans E et a les mêmes deux premiers termes que u, donc lui est égale par récurrence double.

piège : Affirmer la liberté sans l'écrire. Deux termes bien choisis suffisent.

Exercice 9. Récurrence d'ordre 2 avec constante

Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit BCE, type emlyon

Soit u0 = 0, u1 = 1 et un+2 = 3un+1 − 2u_n + 2. Exprimer un.

Technique relation non homogène, on passe par la suite des différences.

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  1. Une constante solution vérifierait c = 3c − 2c + 2, soit 0 = 2, impossible car 1 est racine de r² − 3r + 2. 2. On pose vn = un+1 − un. Alors vn+1 = 2un+1 − 2u_n + 2 = 2v_n + 2. 3. Point fixe −2 et v0 = 1, donc vn = −2 + 3 × 2n. 4. Par télescopage, un = Σk=0n−1 vk = 3(2n − 1) − 2n. Contrôle, u2 = 5 et u3 = 15.

piège : Appliquer l'équation caractéristique en ignorant le terme constant.

Exercice 10. Propriété d'Archimède

Classiques de khôlle et concours · Niveau écrit HEC ou ESSEC

(a) Déduire du théorème de la borne supérieure que N n'est pas majoré dans R. (b) En déduire l'existence de la partie entière. (c) Pour x < y réels, montrer qu'il existe un rationnel strictement compris entre x et y. Ce dernier résultat n'est pas au programme comme résultat de cours, il est entièrement démontré ici.

Technique absurde sur la borne supérieure, puis encadrement.

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  1. (a) Si N était majoré, il aurait une borne supérieure s. Comme s − 1 ne majore pas N, il existe un entier n > s − 1, et n + 1 > s, contradiction. 2. (b) Pour x ≥ 0, l'ensemble des entiers naturels k ≤ x contient 0 et est fini par (a). Son plus grand élément n vérifie n ≤ x < n + 1. Pour x < 0, on applique ce résultat à x + m, avec m entier tel que x + m ≥ 0, puis on retranche m. 3. (c) Par (a), il existe un entier q ≥ 1 avec q > 1/(y − x), donc qy − qx > 1. On pose p = ⌊qx⌋ + 1. Alors qx < p ≤ qx + 1 < qy, et en divisant par q, x < p/q < y.

piège : Utiliser la partie entière pour démontrer (a), ce qui est circulaire.

Erreurs fréquentes

  1. Affirmer que la borne supérieure appartient à la partie, ou conclure à une borne supérieure après avoir seulement exhibé un majorant, sans la condition avec ε.
  2. Traiter la partie entière comme une troncature ou comme additive, par exemple ⌊−x⌋ = −⌊x⌋ ou ⌊x + y⌋ = ⌊x⌋ + ⌊y⌋.
  3. Écrire |x − y| ≤ |x| − |y|, qui est faux. Le bon énoncé est ||x| − |y|| ≤ |x − y|.
  4. Poser vn = un − c sans calculer le point fixe ni prouver que v est géométrique, ou utiliser c = b/(1 − a) alors que a = 1.
  5. Oublier la solution (n rn) en cas de racine double, appliquer l'équation caractéristique à une relation avec terme constant, ou écrire le système des constantes avec u1 et u2 quand l'énoncé donne u0 et u1.

Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel d'ECG mathématiques approfondies (2021), enseignement du premier semestre, partie IV « Suites de nombres réels », paragraphes « Vocabulaire sur l'ensemble R\R des nombres réels » et « Exemples de suites réelles ». Le programme précise que la construction de R\R est hors programme et que le théorème de la borne supérieure est admis.