Le cours
Résumé en cinq points
- Une série est la suite de ses sommes partielles. Si le terme général ne tend pas vers 0, elle diverge grossièrement, mais la réciproque est fausse.
- Pour une série à termes positifs, convergence équivaut à sommes partielles majorées, et les critères de comparaison et d'équivalence s'appliquent.
- Les deux familles de référence sont les géométriques, qui convergent pour , et les séries de Riemann, qui convergent pour .
- La comparaison série-intégrale traite les termes de la forme avec monotone, et donne aussi des équivalents.
- Pour un signe quelconque, on passe par la convergence absolue et la domination, la semi-convergence étant hors programme.
Pourquoi ce chapitre
Une série est une suite, celle de ses sommes partielles. Tout le vocabulaire des suites s'y applique donc directement.
- On ne cherche presque jamais à calculer la somme : on cherche à décider si elle existe.
- Le chapitre est d'abord un catalogue de critères de convergence, où l'analyse asymptotique joue le premier rôle, avec les équivalents et les comparaisons.
- Le cas des séries à termes positifs est le cas de base : les sommes partielles y sont croissantes et tout se ramène à une question de majoration.
- Le cas général s'y ramène par convergence absolue.
- Deux familles de référence structurent tout : les séries géométriques et les séries de Riemann.
En deuxième année, ce chapitre sera le point de départ des séries entières et des séries de fonctions.
1Convergence et divergence
1.1Définitions
Définition 1.1Série et convergence
Soit une suite de nombres réels ou complexes. La somme partielle d'ordre est . La série de terme général , notée , est par définition la suite .
La série converge si la suite converge. Sa limite est alors la somme de la série, notée . Sinon la série diverge.
Attention
La suite et la série sont deux objets différents, et leurs natures ne coïncident pas : la suite constante égale à 1 converge, mais la série correspondante diverge.
Changer un nombre fini de termes ne change pas la nature de la série, mais change la somme. Le premier indice n'a pas d'importance pour la nature.
1.2Linéarité
Propriété 1.2Linéarité de la somme
Hypothèses
- et convergent ;
- est un scalaire.
Alors converge et
Attention
- Si converge et diverge, alors diverge.
- Si les deux divergent, on ne peut rien dire.
On ne sépare pas une somme en deux avant d'avoir justifié la convergence de chaque morceau. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre.
1.3Condition nécessaire de convergence
Théorème 1.3Condition nécessaire de convergence
Si converge, alors .
Démonstration
Notons la somme. Pour , . Les suites et tendent toutes deux vers , donc .
Par contraposée, si ne tend pas vers 0, la série diverge : c'est la divergence grossière, premier réflexe devant toute série.
Attention
La réciproque est fausse. Pour la série harmonique, et pourtant diverge. Ce contre-exemple est à connaître et à savoir justifier (voir la comparaison série-intégrale).
1.4Reste d'une série convergente
Définition 1.4Reste
Si converge de somme , le reste d'ordre est Il tend vers 0 quand .
Attention
Parler du reste n'a de sens que pour une série convergente. Écrire un reste avant d'avoir prouvé la convergence est une erreur classique.
1.5Lien suite-série
Théorème 1.5Lien suite-série
La suite et la série télescopique sont de même nature.
Démonstration
La somme partielle d'ordre de la série télescopique vaut . La série converge donc exactement quand la suite converge.
Pour étudier une suite, on étudie la série de ses accroissements, sur laquelle on dispose de tous les critères du chapitre. Ainsi la suite de terme général converge.
1.6Séries géométriques
Théorème 1.6Séries géométriques
Soit complexe. La série converge si et seulement si . Sa somme vaut alors
Démonstration
Pour , la somme partielle d'ordre vaut . Si , . Sinon le terme général ne tend pas vers 0 : divergence grossière.
Propriété 1.7Somme à partir du rang
Pour : Le numérateur est le premier terme effectivement sommé.
1.7Série exponentielle
Propriété 1.8Série exponentielle
Pour tout complexe , la série converge et
Dans le cas réel, ce résultat se démontre par l'inégalité de Taylor-Lagrange, vue au chapitre d'intégration. Dans le cas complexe, il est à connaître comme référence. C'est un exemple de série convergente dont le terme général décroît très vite.
2Séries à termes positifs
2.1Convention et théorème de base
Pour une série à termes positifs divergente, on convient d'écrire que sa somme vaut , avec les règles de calcul et la relation d'ordre usuelles dans .
Théorème 2.1Séries à termes positifs
Une série à termes positifs converge si et seulement si la suite de ses sommes partielles est majorée.
Démonstration
La suite des sommes partielles est croissante, puisque . Une suite croissante converge si et seulement si elle est majorée.
Une série à termes positifs a deux comportements possibles : convergence, ou divergence vers . Il n'y a jamais d'oscillation.
2.2Comparaison
Théorème 2.2Comparaison
Hypothèse : pour tout .
Alors la convergence de entraîne celle de , et la divergence de entraîne celle de .
Démonstration
Notons et les sommes partielles de et . On a . Si converge, est majorée, donc aussi, et converge. La seconde assertion est la contraposée. En cas de convergence, on a de plus l'inégalité entre les sommes.
Il suffit que l'inégalité soit vraie à partir d'un certain rang.
2.3Équivalence
Théorème 2.3Équivalence
Hypothèses
- et sont positives ;
- .
Alors les séries et sont de même nature.
Démonstration
Par définition de l'équivalence, à partir d'un certain rang, est compris entre et . On conclut par comparaison dans les deux sens.
Attention
- C'est un théorème sur la nature, pas sur la somme : deux séries équivalentes convergentes n'ont aucune raison d'avoir la même somme.
- Sans positivité, le résultat est faux. Il faut annoncer que le terme général est positif à partir d'un certain rang avant d'utiliser un équivalent.
2.4Comparaison série-intégrale, méthode des rectangles
Théorème 2.4Comparaison série-intégrale
Hypothèses
- est monotone sur ;
- est positive.
Alors, pour , si est décroissante : Si est croissante, les inégalités sont inversées :
En sommant ces inégalités, on encadre les sommes partielles de par des intégrales. On en déduit :
- la nature de la série ;
- souvent un équivalent des sommes partielles en cas de divergence ;
- un encadrement du reste, donc un équivalent, en cas de convergence.
C'est la même idée que pour les sommes de Riemann, utilisée ici sur un intervalle non borné.
Exemple 2.5Série harmonique
Pour , décroissante et positive, on obtient La série harmonique diverge donc, et sa somme partielle est équivalente à .
2.5Séries de Riemann
Théorème 2.6Séries de Riemann
Pour réel, la série converge si et seulement si .
Démonstration
- Pour , le terme général ne tend pas vers 0 : divergence grossière.
- Pour , la fonction est décroissante et positive sur . L'encadrement de la comparaison série-intégrale donne, pour :
- Pour , : divergence.
- Pour , . Cette quantité a une limite finie si et seulement si . Les sommes partielles sont alors majorées, et dans le cas contraire elles tendent vers .
Devant une série à termes positifs, on cherche un équivalent du terme général de la forme , et on conclut.
Exemple 2.7
- est positif à partir d'un certain rang et équivalent à : la série converge.
- est équivalent à : la série diverge.
Attention
Pour , la série diverge, mais très lentement. Un équivalent en ne permet pas de conclure par un vague argument de petitesse : il faut citer le cas des séries de Riemann.
3Convergence absolue
3.1Définition et théorème
Définition 3.1Convergence absolue
La série , à termes réels ou complexes, est absolument convergente si la série des modules converge. On dit aussi que la suite est sommable, et on note .
Théorème 3.2Convergence absolue
Toute série absolument convergente est convergente.
Le critère de Cauchy et la notion de semi-convergence sont hors programme, ce qui écarte notamment le critère des séries alternées. En PCSI, l'outil pour une série de signe non constant est la convergence absolue.
Attention
La réciproque est fausse en général : une série peut converger sans converger absolument. L'étude de tels cas ne relève pas du programme.
3.2Domination
Théorème 3.3Domination
Hypothèses
- est une suite complexe ;
- est une suite de réels positifs ;
- et converge.
Alors est absolument convergente, donc convergente.
C'est la forme la plus commode pour les séries de signe quelconque. On majore le module du terme général par quelque chose de connu, presque toujours une série de Riemann ou une géométrique.
Exemple 3.4
- , donc la série converge absolument.
- converge absolument pour la même raison.
- Pour , un développement asymptotique montre que le terme est un , donc la série converge.
Méthodes
MéthodeÉtudier la nature d'une série
- Regarder si le terme général tend vers 0. Sinon, conclure à la divergence grossière et s'arrêter.
- Regarder le signe. S'il est constant à partir d'un certain rang, on est dans le cadre des séries à termes positifs, quitte à changer le signe global.
- Chercher un équivalent simple du terme général, avec les développements limités usuels, et comparer à une série de Riemann ou à une géométrique.
- Si le signe n'est pas constant, majorer par un avec convergente connue, et appliquer la domination.
- Si la série ressemble à avec monotone, utiliser la comparaison série-intégrale, qui donne la nature et un équivalent des sommes partielles.
MéthodeCalculer une somme
Les cas accessibles en PCSI sont :
- la série géométrique et ses dérivées par manipulation d'indices ;
- la série exponentielle ;
- les sommes télescopiques obtenues par décomposition en éléments simples.
Pour , on écrit , ce qui télescope et donne 1.
Attention
Rédiger dans l'ordre : nature d'abord, valeur ensuite. Écrire la somme d'une série avant d'avoir prouvé sa convergence est une faute de fond.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Démontrer que le terme général d'une série convergente tend vers 0, et donner le contre-exemple de la réciproque.
- Établir la nature et la somme d'une série géométrique selon le module de la raison.
- Démontrer qu'une série à termes positifs converge si et seulement si ses sommes partielles sont majorées.
- Démontrer le théorème de comparaison, puis celui d'équivalence, en insistant sur l'hypothèse de signe.
- Établir la nature des séries de Riemann par comparaison série-intégrale.
- Montrer que est équivalente à , et que la suite converge, via le lien suite-série.
- Étudier une série de signe quelconque par majoration du module.
- Calculer la somme d'une série télescopique obtenue par décomposition en éléments simples.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de PCSI (2021), deuxième semestre, section « Séries numériques ». Elle prolonge l'étude des suites et utilise les outils d'analyse asymptotique, équivalents et comparaisons, vus en début de semestre. Les termes sont réels ou complexes.