Le cours
Résumé en cinq points
- Un produit scalaire est une forme bilinéaire symétrique définie positive, et le caractère défini est le seul point à vérifier soigneusement.
- Cauchy-Schwarz avec cas d'égalité se démontre par le discriminant d'un trinôme, et donne l'inégalité triangulaire.
- Une famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre, et Gram-Schmidt fabrique des bases orthonormées.
- Dans une base orthonormée, coordonnées, produit scalaire et norme se calculent comme dans canonique.
- Un sous-espace de dimension finie admet un supplémentaire orthogonal, et le projeté orthogonal est l'unique point du sous-espace le plus proche.
Pourquoi ce chapitre
Le produit scalaire apporte à un espace vectoriel une longueur et un angle. Des notions géométriques deviennent disponibles dans des espaces abstraits, en particulier dans des espaces de fonctions ou de polynômes.
- L'orthogonalité devient un outil de calcul : dans une base orthonormée, les coordonnées se lisent par de simples produits scalaires, sans résoudre de système.
- Le point d'arrivée est la projection orthogonale, qui résout le problème d'approximation au sens des moindres carrés : trouver l'élément d'un sous-espace le plus proche d'un vecteur donné.
- L'inégalité de Cauchy-Schwarz, avec ses cas d'égalité, sert aussi bien sur des sommes que sur des intégrales.
1Produit scalaire
1.1Définition
Définition 1.1Produit scalaire
Soit un -espace vectoriel. Un produit scalaire sur est une application qui à un couple de vecteurs associe un réel noté , vérifiant quatre propriétés :
- elle est bilinéaire : linéaire en chaque variable, l'autre étant fixée ;
- elle est symétrique : ;
- elle est positive : pour tout ;
- elle est définie : entraîne .
On dit qu'un produit scalaire est une forme bilinéaire symétrique définie positive. Grâce à la symétrie, il suffit de vérifier la linéarité par rapport à une seule variable.
Définition 1.2Espaces préhilbertien et euclidien
Un espace préhilbertien réel est un espace vectoriel réel muni d'un produit scalaire. Un espace euclidien est un espace préhilbertien réel de dimension finie.
Autres notations rencontrées : et .
1.2Exemples fondamentaux
Exemple 1.3Produit scalaire canonique sur
En écriture matricielle, si et sont les colonnes de coordonnées, .
Exemple 1.4Produit scalaire intégral
Sur l'espace des fonctions continues de dans , avec : La bilinéarité, la symétrie et la positivité sont immédiates. Le caractère défini vient du théorème sur les fonctions continues positives d'intégrale nulle, vu au chapitre d'intégration. C'est le seul point qui demande un argument, et il faut savoir le citer.
Exemple 1.5Produits scalaires sur
- ;
- pour réels distincts , sur .
Dans ce dernier cas, le caractère défini vient de ce qu'un polynôme de degré au plus ayant racines est nul. C'est une vérification classique.
Attention
Sur tout entier, pour un nombre fini de points n'est pas un produit scalaire : un polynôme non nul peut s'annuler en tous ces points. Le caractère défini est toujours le point à vérifier avec soin.
2Norme associée
2.1Définition
Définition 2.1Norme et distance
La norme de est . La distance de à est .
Propriété 2.2Propriétés de la norme
- , avec si et seulement si ;
- pour tout réel .
2.2Identités remarquables
Propriété 2.3Développement du carré
Propriété 2.4Identités de polarisation
Le produit scalaire est donc entièrement déterminé par la norme. C'est utile pour montrer qu'une application conserve le produit scalaire dès qu'elle conserve la norme.
2.3Inégalité de Cauchy-Schwarz
Théorème 2.5Inégalité de Cauchy-Schwarz
Pour tous vecteurs et : Il y a égalité si et seulement si la famille est liée, c'est-à-dire si l'un des deux vecteurs est multiple de l'autre.
Démonstration
Considérons le polynôme en défini par : Ce trinôme est positif pour tout réel. Si , le coefficient dominant est strictement positif et le discriminant est négatif ou nul, ce qui donne exactement l'inégalité au carré. Le cas est trivial.
Cas d'égalité : le discriminant est nul si et seulement si le trinôme a une racine double . Alors , donc et la famille est liée. Réciproquement, si la famille est liée, le calcul direct donne l'égalité.
Exemple 2.6Exemples d'usage
- Pour des sommes finies :
- Avec tous les égaux à 1 :
- Pour des intégrales :
2.4Inégalité triangulaire
Théorème 2.7Inégalité triangulaire
Pour tous vecteurs et : Il y a égalité si et seulement si et sont positivement liés : l'un est nul, ou l'autre en est un multiple par un réel positif.
Démonstration
On développe et on majore le double produit par Cauchy-Schwarz, ce qui donne . Le cas d'égalité impose l'égalité dans Cauchy-Schwarz et un produit scalaire positif.
Propriété 2.8Inégalité triangulaire renversée
3Orthogonalité
3.1Vecteurs et familles orthogonaux
Définition 3.1Orthogonalité
Deux vecteurs et sont orthogonaux si . Le vecteur nul est orthogonal à tout vecteur.
Une famille est orthogonale si ses vecteurs sont deux à deux orthogonaux. Elle est orthonormée, ou orthonormale, si de plus chaque vecteur est de norme 1.
Théorème 3.2Famille orthogonale
Toute famille orthogonale de vecteurs tous non nuls est libre.
Démonstration
On part d'une combinaison linéaire nulle et on en fait le produit scalaire avec . Tous les termes disparaissent sauf un, et il reste , donc puisque est non nul.
À retenir
Dans un espace euclidien de dimension , une famille orthonormée de vecteurs est une base.
3.2Orthogonal d'une partie
Définition 3.3Orthogonal d'une partie
Pour une partie de , l'orthogonal de , noté , est l'ensemble des vecteurs orthogonaux à tous les éléments de .
C'est toujours un sous-espace vectoriel de , même si n'en est pas un, ce qui se vérifie par bilinéarité.
L'orthogonal de est aussi l'orthogonal du sous-espace engendré par . On ne teste donc l'orthogonalité que sur une famille génératrice, donc sur une base, ce qui ramène le calcul à un système linéaire.
3.3Théorème de Pythagore
Théorème 3.4Pythagore
Deux vecteurs et sont orthogonaux si et seulement si
C'est une équivalence, contrairement au cas des triangles du collège. Elle découle directement du développement du carré.
Propriété 3.5Extension
Pour une famille orthogonale de vecteurs, la norme au carré de la somme est la somme des normes au carré.
3.4Algorithme d'orthonormalisation de Gram-Schmidt
Théorème 3.6Gram-Schmidt
Hypothèses
- est une famille libre d'un espace préhilbertien.
Alors il existe une famille orthonormée telle que, pour tout , .
Cette condition d'échelonnement fait partie de l'énoncé et assure l'unicité à des signes près.
MéthodeConstruction de Gram-Schmidt
- Poser .
- Par récurrence, retrancher à sa projection sur l'espace déjà construit :
- Le vecteur est non nul, sinon appartiendrait à l'espace engendré par les précédents, ce qui contredirait la liberté.
- Poser .
Exemple 3.7Dans
Avec le produit scalaire canonique, et .
- On pose .
- On a .
- On retranche : .
- En divisant par sa norme , on obtient .
Exemple 3.8Polynômes de Legendre
Sur muni de , l'orthonormalisation de fournit les premiers polynômes de Legendre normalisés. Les familles de polynômes orthogonaux sont l'illustration standard de ce chapitre.
4Bases orthonormées
4.1Existence
Théorème 4.1Existence
Tout espace euclidien non nul possède une base orthonormée.
Il suffit d'appliquer Gram-Schmidt à une base quelconque.
Théorème 4.2Base orthonormée incomplète
Toute famille orthonormée d'un espace euclidien peut être complétée en une base orthonormée.
On complète d'abord en une base quelconque, puis on applique Gram-Schmidt, qui ne modifie pas les premiers vecteurs puisqu'ils sont déjà orthonormés.
4.2Calculs dans une base orthonormée
Propriété 4.3Coordonnées, produit scalaire, norme
Hypothèses
- est une base orthonormée de ;
- a pour coordonnées et pour coordonnées .
Alors :
Les coordonnées se lisent directement par produit scalaire, sans résoudre de système. Dans une base orthonormée, tout se calcule comme dans muni du produit scalaire canonique.
5Projection orthogonale
5.1Supplémentaire orthogonal
Théorème 5.1Supplémentaire orthogonal
Hypothèses
- est un espace préhilbertien ;
- est un sous-espace de dimension finie de .
Alors et sont supplémentaires dans . On dit que est le supplémentaire orthogonal de .
Démonstration
L'intersection est nulle, car un vecteur de orthogonal à lui-même est nul. Pour la somme, on prend une base orthonormée de , on pose , et on vérifie que est orthogonal à chaque , donc à .
Attention
Ce théorème exige que soit de dimension finie. , lui, peut être de dimension infinie.
En dimension finie :
- ;
- ;
- un hyperplan est l'orthogonal d'une droite, engendrée par un vecteur dit vecteur normal à l'hyperplan.
5.2Projection orthogonale et expression
Définition 5.2Projection orthogonale
La projection orthogonale sur est la projection sur parallèlement à .
Propriété 5.3Expression du projeté
Hypothèses
- est une base orthonormée de .
Alors le projeté orthogonal de sur est
Attention
La base doit être orthonormée. Avec une base seulement orthogonale, chaque terme doit être divisé par la norme au carré du vecteur correspondant.
Exemple 5.4Dans
La projection orthogonale sur la droite engendrée par est Pour un plan d'équation , on projette plus vite en retranchant à sa projection sur la normale .
5.3Distance à un sous-espace
Théorème 5.5Meilleure approximation
Hypothèses
- est un sous-espace de dimension finie de ;
- et est son projeté orthogonal sur .
Alors est l'unique élément de qui minimise la distance de aux éléments de . On note cette distance minimale, et .
Démonstration
Pour , on écrit . Le premier terme est dans , le second dans , ils sont donc orthogonaux. Pythagore donne expression minimale exactement quand le second terme est nul, c'est-à-dire quand .
On en déduit aussi , autrement dit . Cet énoncé porte le nom d'inégalité de Bessel, hors programme, mais il est ici une simple conséquence de Pythagore.
Exemple 5.6Application type
Déterminer le minimum, sur les réels et , de C'est le carré de la distance de au sous-espace des fonctions affines, pour le produit scalaire intégral. On orthonormalise , on projette, et le minimum est atteint pour les coefficients du projeté.
Méthodes
MéthodeVérifier qu'une application est un produit scalaire
- Traiter rapidement la bilinéarité et la symétrie.
- Vérifier la positivité.
- Soigner le caractère défini, seul point non automatique.
MéthodeConstruire une base orthonormée
- Appliquer Gram-Schmidt à une base.
- Normaliser à chaque étape plutôt qu'à la fin, ce qui évite des erreurs.
MéthodeCalculer un projeté orthogonal
- Se procurer une base orthonormée du sous-espace.
- Appliquer la formule .
- Si le sous-espace est un hyperplan, projeter plutôt sur sa normale et retrancher : c'est beaucoup plus court.
MéthodeRésoudre une minimisation quadratique
- Reconnaître une distance à un sous-espace.
- Projeter.
MéthodeMontrer une inégalité avec Cauchy-Schwarz
Pour une inégalité entre une somme de produits et des sommes de carrés, ou entre des intégrales, penser à Cauchy-Schwarz, en choisissant soigneusement les deux vecteurs.
MéthodeMontrer qu'un vecteur est nul
Montrer qu'il est orthogonal à lui-même, ou orthogonal à tous les vecteurs d'une base.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Vérifier que l'intégrale du produit définit un produit scalaire sur les fonctions continues, en citant le théorème qui donne le caractère défini.
- Démontrer l'inégalité de Cauchy-Schwarz par le discriminant, avec le cas d'égalité.
- Démontrer l'inégalité triangulaire et son cas d'égalité.
- Démontrer qu'une famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre.
- Écrire et exécuter l'algorithme de Gram-Schmidt sur trois vecteurs de , puis sur .
- Démontrer que et son orthogonal sont supplémentaires quand est de dimension finie.
- Établir que le projeté orthogonal réalise la distance à , en utilisant Pythagore.
- Résoudre un problème de minimisation d'intégrale par projection orthogonale.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de PCSI (2021), deuxième semestre, section « Espaces préhilbertiens réels ». Elle généralise le produit scalaire du lycée à un espace vectoriel réel quelconque. Tous les espaces considérés sont des -espaces vectoriels. Chaque notion s'accompagne d'une figure en dimension 2 ou 3.