Le cours
Résumé en cinq points
- Intensité et tension sont des grandeurs algébriques. Le signe dépend de l'orientation choisie, jamais de la physique seule.
- L'ARQS suppose la taille du circuit très petite devant la longueur d'onde du signal, soit . C'est sous cette condition que les lois des nœuds et des mailles s'appliquent.
- Les trois dipôles linéaires sont caractérisés par , et . Ils imposent la continuité de pour le condensateur et de pour la bobine.
- Une résistance dissipe . Un condensateur stocke , une bobine .
- Les diviseurs ne valent que sous condition : même courant pour le diviseur de tension, même tension pour le diviseur de courant. Les résistances d'entrée et de sortie disent si un appareil perturbe le circuit qu'il observe.
Pourquoi ce chapitre
C'est la boîte à outils de toute l'électrocinétique de MPSI et de MP. On y définit proprement quatre grandeurs de base :
- la charge ;
- l'intensité ;
- la tension ;
- la puissance.
On y voit ensuite les deux lois qui permettent de mettre un circuit en équations.
Le chapitre insiste sur un point souvent négligé au lycée, l'algébrisation. Une intensité et une tension sont des grandeurs signées, dont le signe dépend d'une orientation choisie par celui qui résout.
Le deuxième apport est la notion de cadre de validité. Les lois des circuits ne sont pas universelles, elles supposent l'approximation des régimes quasi stationnaires.
Enfin, le chapitre introduit les résistances d'entrée et de sortie, qui expliquent pourquoi un montage réel ne se comporte pas comme le schéma idéal.
1Grandeurs électriques
1.1Charge et intensité
La charge électrique est quantifiée, multiple entier de la charge élémentaire . Elle est aussi conservée, c'est un postulat.
Pourtant on traite le courant comme une grandeur continue.
Exemple 1.1Justification par l'échelle
Un courant de correspond au passage d'environ charges élémentaires par seconde. Même sur une durée d'une microseconde, le nombre de porteurs en jeu reste de l'ordre de . La granularité de la charge est donc invisible à notre échelle de mesure, et une description continue est légitime.
Définition 1.2Intensité du courant
L'intensité du courant à travers une section orientée d'un conducteur est le débit de charge, où est la charge traversant la section pendant dans le sens de l'orientation. L'unité est l'ampère, .
L'intensité est algébrique. On choisit d'abord une flèche sur le schéma, puis on calcule.
AttentionSigne d'une intensité
Un résultat négatif signifie que le courant circule dans le sens opposé à la flèche. Ce n'est pas une erreur.
Exemple 1.3Ordres de grandeur des intensités
- quelques ou pour un capteur ou un circuit de mesure ;
- quelques dans un montage d'électronique de travaux pratiques ;
- quelques centaines de pour une diode électroluminescente de puissance ;
- quelques ampères pour un appareil ménager ;
- quelques centaines d'ampères pour un démarreur d'automobile.
1.2Potentiel, tension
En régime quasi stationnaire on peut définir en chaque point du circuit un potentiel électrique , défini à une constante additive près. On fixe cette constante en choisissant un point de référence, la masse, dont le potentiel est pris nul.
Définition 1.4Tension
La tension entre deux points A et B est . Elle se représente par une flèche allant de B vers A. Son unité est le volt.
Exemple 1.5Ordres de grandeur des tensions
- quelques à quelques pour un capteur ou un signal biologique ;
- quelques volts en électronique ;
- pour une pile usuelle ;
- pour une batterie d'automobile ;
- pour le secteur en valeur efficace ;
- plusieurs centaines de pour une ligne de transport.
1.3Puissance et conventions
Propriété 1.6Puissance reçue en convention récepteur
Hypothèse
- convention récepteur, flèches de tension et de courant de sens opposés.
Alors la puissance reçue par un dipôle vaut . Si le dipôle reçoit effectivement de l'énergie, si il en fournit.
En convention générateur, flèches de même sens, la quantité est la puissance fournie par le dipôle au reste du circuit.
Il n'y a pas de dipôle intrinsèquement récepteur ou générateur, seulement une convention de dessin. On l'utilise par confort : convention générateur pour les sources, convention récepteur pour les autres dipôles.
À retenir
La seule règle absolue est de rester cohérent entre le schéma et les calculs.
1.4Approximation des régimes quasi stationnaires
Les signaux électriques se propagent le long des fils à une vitesse de l'ordre de . Pour un circuit de taille caractéristique , le temps de propagation d'un bout à l'autre vaut . Pour un signal de fréquence , la période est .
Définition 1.7ARQS
L'approximation des régimes quasi stationnaires consiste à négliger devant . La condition s'écrit Le circuit est alors très petit devant la longueur d'onde associée au signal.
Dans ce cadre, l'intensité est la même en tout point d'une branche au même instant, et le potentiel est défini sans ambiguïté en chaque nœud. Toute la théorie des circuits en dépend.
Exemple 1.8Applications numériques
- Montage de paillasse, : la condition impose . En pratique on considère l'ARQS valable jusqu'à quelques , avec une marge confortable.
- Ligne de transport de à : la longueur d'onde vaut et la condition reste vérifiée, de façon plus serrée.
- Circuit intégré à : la longueur d'onde est de et l'ARQS cesse d'être valable à l'échelle de la carte.
2Lois de Kirchhoff
2.1Loi des nœuds
Loi 2.1Loi des nœuds
Hypothèse
- ARQS.
Alors en un nœud, la somme algébrique des intensités est nulle. Autrement dit, la somme des intensités qui arrivent est égale à la somme de celles qui partent.
C'est une conséquence directe de la conservation de la charge jointe à l'ARQS. La charge ne pouvant ni être créée ni détruite, et ne pouvant pas s'accumuler durablement en un nœud qui n'a pas de capacité propre, tout ce qui entre ressort au même instant.
2.2Loi des mailles
Loi 2.2Loi des mailles
Hypothèse
- ARQS.
Alors le long d'une maille orientée, la somme algébrique des tensions est nulle.
Elle traduit le fait que le potentiel est une fonction bien définie des points du circuit : un parcours fermé ramène à la valeur de départ.
MéthodeAppliquer la loi des mailles
- Orienter la maille.
- Compter positivement les tensions dont la flèche est dans le sens de parcours.
- Compter négativement les autres.
3Dipôles linéaires
3.1Relations courant-tension
Toutes les relations qui suivent sont écrites en convention récepteur.
Loi 3.1Loi d'Ohm
Hypothèse
- conducteur ohmique, de résistance indépendante de et de , en particulier à température constante.
Alors .
Propriété 3.2Condensateur et bobine
- Condensateur : . La capacité s'exprime en farads.
- Bobine : . L'inductance s'exprime en henrys.
On néglige ici la résistance interne de l'enroulement : une bobine réelle se modélise par une inductance en série avec une résistance.
Ces trois relations sont linéaires. C'est ce qui autorise, plus tard, le principe de superposition et la notation complexe.
Exemple 3.3Ordres de grandeur des composants
- Résistances : de quelques ohms à quelques mégohms, valeurs de travaux pratiques entre et .
- Capacités : de quelques pour un câble coaxial à quelques pour un condensateur de filtrage d'alimentation, valeurs de travaux pratiques de l'ordre du au .
- Inductances : du à quelques henrys, valeurs de travaux pratiques de l'ordre de à .
3.2Continuité, comportement limite
Propriété 3.4Continuité
Hypothèse
- intensité bornée dans le condensateur, tension bornée aux bornes de la bobine.
Alors la tension aux bornes d'un condensateur est continue, et l'intensité traversant une bobine est continue.
Une variation instantanée de la tension aux bornes d'un condensateur exigerait une intensité infinie.
Propriété 3.5Régime permanent continu
En régime permanent continu, toutes les dérivées sont nulles :
- le condensateur se comporte comme un interrupteur ouvert, ;
- la bobine se comporte comme un fil, .
3.3Énergie
Propriété 3.6Puissance dissipée par effet Joule
Dans une résistance, Elle est toujours positive : une résistance ne peut que recevoir de l'énergie et la convertir en chaleur.
Propriété 3.7Énergie stockée dans un condensateur
Démonstration
La puissance reçue vaut et on intègre.
Propriété 3.8Énergie stockée dans une bobine
établie de la même façon à partir de .
Ces deux dipôles sont des réservoirs. Ils peuvent recevoir ou restituer de l'énergie : la puissance reçue change de signe au cours du temps. La continuité de pour le condensateur et de pour la bobine s'interprète comme la continuité de l'énergie stockée.
3.4Sources
Définition 3.9Sources idéales
Une source idéale de tension impose une tension quelle que soit l'intensité débitée. Une source idéale de courant impose une intensité quelle que soit la tension à ses bornes.
Ces deux modèles sont des idéalisations : aucune source réelle ne peut fournir une puissance infinie.
Définition 3.10Modèle de Thévenin
Une source réelle se modélise par une source idéale de tension en série avec une résistance , la résistance interne. La caractéristique est alors en convention générateur. La tension à vide vaut , et le courant de court-circuit .
4Associations et diviseurs
4.1Résistances équivalentes
Propriété 4.1Association en série
Deux résistances en série sont traversées par la même intensité, et
Propriété 4.2Association en parallèle
Deux résistances en parallèle sont soumises à la même tension, et
Contrôles de cohérence à faire systématiquement :
- en série, est plus grande que chacune ;
- en parallèle, est plus petite que la plus petite des deux ;
- en parallèle avec des résistances très différentes, la plus petite impose sa valeur.
4.2Diviseur de tension
Propriété 4.3Diviseur de tension
Hypothèses
- deux résistances en série soumises à une tension totale ;
- les deux sont traversées par la même intensité.
Alors la tension aux bornes de vaut
Démonstration
La même intensité traverse les deux, puis .
AttentionCondition d'emploi
Si un troisième dipôle est branché en dérivation sur , la formule est fausse. C'est l'erreur classique du chapitre.
4.3Diviseur de courant
Propriété 4.4Diviseur de courant
Hypothèse
- deux résistances en parallèle alimentées par un courant total .
Alors l'intensité dans vaut
AttentionCroisement des indices
Le plus de courant va dans la plus petite résistance.
5Résistance d'entrée, résistance de sortie
Un appareil réel, générateur ou instrument de mesure, ne se comporte pas comme un élément idéal.
Définition 5.1Résistance de sortie
La résistance de sortie est la résistance interne du modèle de Thévenin d'un générateur ou d'un étage. Un générateur basse fréquence de laboratoire a typiquement une résistance de sortie de .
Si on lui branche une charge , la tension effectivement délivrée vaut et non . L'écart est négligeable si , sensible sinon.
Définition 5.2Résistance d'entrée
La résistance d'entrée est la résistance équivalente que présente un appareil vu de ses bornes d'entrée.
Exemple 5.3Appareils usuels
- Oscilloscope : en parallèle avec une capacité de l'ordre de à .
- Voltmètre : environ .
- Ampèremètre : une résistance très faible, de l'ordre de l'ohm ou moins.
Conséquences pratiques :
- un bon voltmètre a une résistance d'entrée grande devant celle du dipôle observé, sinon il modifie le circuit qu'il mesure ;
- un bon ampèremètre a une résistance faible devant celle de la branche ;
- la capacité d'entrée de l'oscilloscope devient gênante en haute fréquence : elle dérive du signal vers la masse.
À retenir
Pour chaîner deux étages sans perturbation, la résistance de sortie du premier doit être petite devant la résistance d'entrée du second.
6Exemple traité, un pont diviseur alimenté par un générateur réel
Cet exemple mobilise tout le chapitre sur un montage de travaux pratiques.
6.1Énoncé
Un générateur basse fréquence réglé en continu est modélisé par une source de Thévenin de force électromotrice et de résistance de sortie . Il alimente deux résistances en série, et . On mesure la tension aux bornes de avec un voltmètre de résistance d'entrée .
6.2Résolution pas à pas
MéthodeRésoudre le pont diviseur
- Orienter : un courant sort de la borne positive du générateur, en convention générateur pour la source, en convention récepteur pour les résistances.
- Simplifier : le voltmètre est en parallèle sur . L'association vaut , soit . L'écart relatif avec est de , l'appareil ne perturbe pas la mesure. On remplace donc l'association par .
- Appliquer le diviseur de tension : les trois résistances , et sont maintenant parcourues par le même courant. On obtient Sans la résistance de sortie on aurait trouvé , soit un écart de , parfaitement mesurable.
- Faire le bilan de puissance : l'intensité vaut . La puissance fournie par la source idéale vaut . Elle se répartit en perdus dans le générateur et dissipés dans les deux résistances.
- Contrôler : la somme des puissances reçues par tous les dipôles est nulle.
6.3Variantes à savoir traiter
- Avec un oscilloscope de résistance d'entrée , l'effet reste négligeable pour des résistances de l'ordre du kilohm. Il devient sensible si vaut plusieurs centaines de kilohms : le diviseur est alors chargé et la tension mesurée est plus faible que la tension à vide.
- Avec des résistances de à la place de et , la résistance de sortie du générateur n'est plus négligeable du tout. La tension totale disponible chute nettement dès que l'on branche la charge. C'est l'illustration expérimentale de la règle précédente : un étage de sortie doit présenter une résistance faible devant la résistance d'entrée de l'étage qu'il alimente.
AttentionErreurs fréquentes
- Oublier la résistance de sortie du générateur.
- Appliquer le diviseur de tension alors qu'un appareil de faible résistance d'entrée est branché en dérivation.
- Confondre la tension à vide, lue sur l'affichage du générateur, avec la tension réellement délivrée.
Méthodes
MéthodeMettre un circuit en équations
- Orienter le schéma : une flèche de courant par branche, une flèche de tension par dipôle, une masse choisie.
- Compter les inconnues et les équations. Avec nœuds, on écrit lois des nœuds indépendantes. On complète avec des lois des mailles indépendantes et les relations des dipôles.
- Chercher les simplifications avant de calculer : associations série et parallèle, diviseurs, symétries.
MéthodeAppliquer un diviseur de tension
- Vérifier qu'aucune branche ne dérive de courant entre les deux résistances.
- Appliquer la formule.
MéthodeVérifier l'homogénéité
Vérifier chaque résultat : est un temps, est un temps, est une pulsation.
MéthodeJuger un appareil de mesure
Comparer sa résistance d'entrée à la résistance équivalente vue entre ses bornes avant de le considérer comme idéal.
MéthodeMesurer une résistance de sortie ou d'entrée
- Résistance de sortie d'un générateur : mesurer la tension à vide, puis la tension sur une charge connue, et remonter à .
- Résistance d'entrée d'un appareil : insérer une résistance connue en série et observer la chute de tension.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Justifier qu'on peut traiter la charge comme une grandeur continue, avec l'argument numérique.
- Écrire la condition de validité de l'ARQS en fonction de la taille du circuit et de la fréquence, et l'appliquer numériquement à un cas concret.
- Relier la loi des nœuds à la conservation de la charge.
- Établir les expressions de l'énergie stockée dans un condensateur et dans une bobine à partir de la puissance reçue.
- Démontrer les formules du diviseur de tension et du diviseur de courant, et énoncer leurs conditions d'emploi.
- Donner le comportement d'un condensateur et d'une bobine en régime permanent continu, et les propriétés de continuité associées.
- Expliquer l'effet de la résistance de sortie d'un générateur basse fréquence et de la résistance d'entrée d'un oscilloscope sur une mesure.
- Calculer la tension délivrée par un générateur de Thévenin à un pont diviseur, et estimer l'erreur commise en négligeant sa résistance de sortie.
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Charge quantifiée, multiple de e, et conservée. Ce sont des postulats. Justifier par un argument numérique la description continue du courant : exigible.
- Intensité i = dq/dt, débit de charge à travers une section orientée. Définition exigible.
- Potentiel défini à une constante près, masse, tension uAB = VA − VB. Définitions exigibles.
- Puissance p = u i, reçue en convention récepteur, fournie en convention générateur. Exigible.
- ARQS : L ≪ c / f, c'est-à-dire une taille du circuit petite devant la longueur d'onde. Condition exigible, justifiée en comparant le temps de propagation à la période.
- Loi des nœuds. Exigible, à relier à la conservation de la charge.
- Loi des mailles. Utilisation exigible, justifiée par l'existence du potentiel en ARQS.
- Relations u = R i, i = C du/dt, u = L di/dt en convention récepteur. Ce sont des modèles, admis. Leur utilisation est exigible.
- Continuité de la tension aux bornes d'un condensateur et de l'intensité dans une bobine, pour des grandeurs bornées. Exigible avec justification.
- Effet Joule, P = R i² ≥ 0. Exigible.
- Énergies stockées ½ C u² et ½ L i². Exigibles avec démonstration.
- Modèle de Thévenin d'une source, u = e − r i en convention générateur. Exigible.
- Association de deux résistances en série ou en parallèle. Exigible avec démonstration.
- Diviseurs de tension et de courant. Exigibles avec démonstration et conditions d'emploi.
- Résistances d'entrée et de sortie. Capacité exigible : les évaluer à l'aide d'une notice ou d'une mesure, et en tirer les conséquences sur un GBF, un oscilloscope ou un multimètre.
- Non cités par le programme de MPSI : le modèle de Norton, l'équivalence Thévenin-Norton, le théorème de Millman, la caractéristique d'un dipôle non linéaire et le point de fonctionnement. S'ils apparaissent dans un énoncé guidé, on les redémontre avec la loi des nœuds.
Clés de démonstration
Grandeurs continues. On compte les charges élémentaires qui passent pendant la plus courte durée mesurable. Pour 1 mA pendant 1 ns, on trouve N = i Δt / e ≈ 6 × 10⁶, et l'arrivée d'une charge de plus ou de moins est invisible. Astuce : choisir le cas le plus défavorable, faible courant et durée courte, pour que l'argument porte vraiment.
Loi des nœuds. On entoure le nœud d'une surface fermée. Par conservation, la charge intérieure Q vérifie dQ/dt = somme des intensités entrantes. En ARQS, un nœud n'accumule pas de charge, donc dQ/dt = 0 et la somme est nulle. Astuce : c'est un bilan entrée-sortie, le même que pour un débit d'eau à une jonction de tuyaux.
Loi des mailles. On parcourt la maille A, B, …, Z, A. La somme uAB + uBC + … + uZA vaut VA − VA = 0. Astuce : un télescopage des potentiels, qui n'a de sens que si le potentiel est défini en chaque point, c'est-à-dire en ARQS.
Énergie stockée. Pour un condensateur, p = u i = C u du/dt = d(½ C u²)/dt. On intègre depuis l'état déchargé, d'énergie nulle. Astuce : reconnaître la dérivée d'un carré. Même calcul pour la bobine avec p = L i di/dt.
Continuité. On écrit uC(t₂) − uC(t₁) = (1/C) ∫ i dt entre t₁ et t₂. Si i est borné par Imax, cet écart est au plus Imax |t₂ − t₁| / C et tend vers zéro. Astuce : passer à la forme intégrale plutôt que de parler de « dérivée infinie ».
Associations. En série, aucun nœud ne sépare les résistances, qui ont donc la même intensité, et la loi des mailles ajoute les tensions : u = (R₁ + R₂) i. En parallèle, la tension est commune et la loi des nœuds ajoute les intensités : i = u / R₁ + u / R₂. Astuce : identifier d'abord la grandeur commune.
Diviseurs. Pour la tension, on calcule le courant commun i = u / (R₁ + R₂), puis u₁ = R₁ i. Pour le courant, on calcule la tension commune u = i R₁ R₂ / (R₁ + R₂), puis i₁ = u / R₁ = i R₂ / (R₁ + R₂). Astuce : repasser par la grandeur commune évite l'erreur d'indice.
Source réelle chargée. Une source de Thévenin branchée sur une charge R forme un diviseur de tension : u = e R / (R + r). Astuce : ce seul diviseur explique toute la partie sur les résistances de sortie.
Exemples et contre-exemples à connaître
- Le pont diviseur chargé. Brancher une charge Rc aux bornes de R₂ revient à remplacer R₂ par R₂ ∥ Rc, et la tension baisse. C'est l'erreur n° 1 du chapitre.
- N résistances égales valent N R en série et R / N en parallèle. C'est le contrôle de calcul le plus rapide.
- Une résistance très grande en parallèle, ou très petite en série, ne change presque rien. Cela justifie qu'on néglige un bon voltmètre ou un bon ampèremètre.
- Un dipôle en parallèle avec un fil est court-circuité : sa tension est nulle, et s'il s'agit d'une résistance, elle n'est parcourue par aucun courant.
- Une source idéale de tension court-circuitée, ou deux sources idéales de fém différentes branchées en parallèle, conduisent à une contradiction dans la loi des mailles. Le modèle idéal est alors inutilisable, il faut les résistances internes.
- Un ampèremètre branché en parallèle par erreur court-circuite le dipôle et peut griller son fusible. Un voltmètre branché en série coupe presque tout le courant.
- Un GBF de résistance de sortie 50 Ω branché sur 50 Ω délivre la moitié de sa fém. C'est aussi la charge qui reçoit la puissance maximale.
- L'ARQS en défaut. Dans un câble coaxial le signal se propage à environ 2 × 10⁸ m/s. À 100 MHz, la longueur d'onde vaut 2 m, et un câble de 2 m n'est plus quasi stationnaire.
- Une bobine réelle, en régime continu, n'est pas un fil mais une résistance de quelques ohms à quelques dizaines d'ohms.
Techniques du chapitre
Technique 1 : orienter puis accepter le signe. Une résistance de 100 Ω, courant orienté de A vers B, avec VA = 2 V et VB = 5 V. On a i = (VA − VB) / R = − 30 mA : le courant circule de B vers A. La puissance reçue R i² = 90 mW reste positive.
Technique 2 : réduire avant de calculer. Une source de 12 V alimente R₁ = 2 Ω en série avec R₂ = 3 Ω ∥ R₃ = 6 Ω. On a R₂ ∥ R₃ = 2 Ω, i = 12 / 4 = 3 A et une tension de 6 V aux bornes du groupe parallèle. D'où i₂ = 2 A et i₃ = 1 A, et on vérifie que i₂ + i₃ = i.
Technique 3 : la loi des nœuds en potentiels. Un nœud N est relié par trois résistances égales R à des points de potentiels 0 V, 3 V et 12 V. La somme des courants entrants s'écrit (3 − V)/R + (12 − V)/R + (0 − V)/R = 0. On obtient V = 5 V, sans jamais écrire de maille.
Technique 4 : le régime permanent continu. Une bobine de 0,50 H et de résistance 10 Ω est alimentée sous 5,0 V à travers 40 Ω. En régime permanent, elle se réduit à 10 Ω : i = 5,0 / 50 = 0,10 A. L'énergie stockée vaut ½ × 0,50 × 0,010 = 2,5 mJ.
Technique 5 : chiffrer la perturbation d'un appareil. Un voltmètre de 10 MΩ mesure la tension aux bornes de R₂ dans un pont de 1 MΩ et 1 MΩ alimenté sous E. On a R₂ ∥ Rv ≈ 0,909 MΩ et u = E × 0,909 / 1,909 ≈ 0,476 E au lieu de 0,5 E. L'erreur vaut environ 5 %, elle n'est plus négligeable.
Technique 6 : remonter à une résistance de sortie. Un GBF affiche 4,00 V à vide et 2,67 V sur une charge de 100 Ω. De u = e R / (R + r), on tire r = R (e / u − 1) = 100 × 0,50 ≈ 50 Ω. Variante rapide : on règle R jusqu'à obtenir u = e / 2, et alors r = R.
Technique 7 : tester l'ARQS avec la bonne vitesse. Une sonde reliée par 1,5 m de câble coaxial transporte un signal à 20 MHz. La longueur d'onde vaut 2 × 10⁸ / 2 × 10⁷ = 10 m. Le rapport 1,5 / 10 = 0,15 rend l'ARQS discutable, et des effets de propagation sont attendus.
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Jusqu'où le courant est-il continu ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Combien de charges élémentaires traversent une section en 1 µs pour un courant de 1 A, puis pour un courant de capteur de 1 nA ? Sachant que l'écart relatif aléatoire sur un nombre N d'événements indépendants est de l'ordre de 1 / √N, discuter la légitimité d'une description continue.
Technique ordre de grandeur de N = i Δt / e.
Voir le corrigé
- Pour 1 A, N = 10⁻⁶ / 1,6 × 10⁻¹⁹ ≈ 6 × 10¹². Les fluctuations relatives valent environ 4 × 10⁻⁷, elles sont indétectables.
- Pour 1 nA, N ≈ 6 × 10³ et les fluctuations relatives sont de l'ordre de 1 %.
- La description continue reste acceptable, mais la granularité apparaît sous forme de bruit dans les mesures de très faibles courants sur des temps courts.
- Conclusion : la description continue est une approximation d'échelle, pas une propriété absolue.
piège : Conclure à la continuité sans calcul. On attend un nombre, et la comparaison de ce nombre à 1.
Exercice 2. Deux sources sur une même charge
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Deux sources de Thévenin (e₁ = 10 V, R₁ = 1,0 kΩ) et (e₂ = 2,0 V, R₂ = 1,0 kΩ) ont leurs bornes négatives à la masse et leurs bornes positives reliées à un nœud N. Une résistance R₃ = 1,0 kΩ relie N à la masse. Calculer les trois intensités et faire le bilan de puissance.
Technique loi des nœuds en potentiels, puis interprétation des signes.
Voir le corrigé
- On oriente i₁ et i₂ vers N, sortant des bornes positives, et i₃ de N vers la masse.
- La loi des nœuds donne (10 − V)/R + (2 − V)/R = V / R, d'où V = 4,0 V.
- On en tire i₁ = 6,0 mA, i₂ = − 2,0 mA et i₃ = 4,0 mA.
- i₂ < 0 : le courant entre dans la source 2 par sa borne positive. En convention générateur, elle fournit e₂ i₂ = − 4 mW, c'est-à-dire qu'elle reçoit 4 mW. Une batterie en charge fonctionne ainsi.
- Bilan : la source 1 fournit 60 mW. Les résistances reçoivent 36 + 4 + 16 = 56 mW et la source 2 reçoit 4 mW. Le total fait bien 60 mW.
piège : Changer l'orientation de i₂ en cours de calcul parce que le résultat est négatif.
Exercice 3. Le shunt d'un ampèremètre
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Un galvanomètre de résistance rg = 100 Ω dévie au maximum pour 1,0 mA. On veut mesurer jusqu'à 1,0 A en plaçant une résistance Rs en parallèle. Calculer Rs et la résistance de l'appareil obtenu.
Technique diviseur de courant.
Voir le corrigé
- Le galvanomètre et Rs sont en parallèle, parcourus par le courant total I.
- Par le diviseur de courant, ig = I Rs / (Rs + rg).
- On impose ig = 10⁻³ I, d'où Rs = rg / 999 ≈ 0,10 Ω.
- La résistance de l'ampèremètre vaut rg ∥ Rs ≈ 0,10 Ω. Elle est faible, comme il se doit pour un appareil placé en série.
piège : Écrire ig = I rg / (Rs + rg). C'est la plus petite résistance qui prend le plus de courant.
Exercice 4. Régime permanent et continuité
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Une source E = 12 V, un interrupteur K et une résistance R₁ = 100 Ω sont en série jusqu'à un nœud A. Entre A et la masse sont placés en parallèle un condensateur C = 10 µF et une branche formée d'une bobine L = 0,10 H en série avec R₂ = 200 Ω. K est fermé depuis longtemps. Calculer les énergies stockées, puis la valeur de du_C/dt juste après l'ouverture de K.
Technique comportements limites, puis continuité de uC et de iL.
Voir le corrigé
- En régime permanent, C est un circuit ouvert et L un fil. On a i = E / (R₁ + R₂) = 40 mA et uC = R₂ i = 8,0 V.
- EC = ½ × 10⁻⁵ × 64 = 320 µJ et EL = ½ × 0,10 × (0,040)² = 80 µJ.
- Juste après l'ouverture, par continuité, uC = 8,0 V et iL = 40 mA. Plus aucun courant ne traverse R₁.
- La loi des nœuds en A, courants orientés vers la masse, donne iC + iL = 0, donc iC = − 40 mA.
- du_C/dt = iC / C = − 4,0 × 10³ V/s. Le condensateur commence à se décharger dans la bobine.
piège : Croire que iC doit rester nul. Seule uC est continue, iC passe brutalement de 0 à − 40 mA.
Exercice 5. Mesurer une résistance au voltmètre et à l'ampèremètre
Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP MP
On mesure R par u / I avec un ampèremètre de résistance RA = 1,0 Ω et un voltmètre de résistance RV = 10 MΩ. Montage (a) : le voltmètre est aux bornes de l'ensemble formé par R et l'ampèremètre. Montage (b) : le voltmètre est aux bornes de R seule et l'ampèremètre mesure le courant total. Exprimer la résistance mesurée dans chaque cas et choisir le montage selon R.
Technique associations série et parallèle appliquées aux appareils.
Voir le corrigé
- Montage (a) : l'ampèremètre mesure exactement le courant de R, mais le voltmètre ajoute la chute dans l'ampèremètre. On mesure R + RA, soit une erreur relative RA / R.
- Montage (b) : le voltmètre lit la bonne tension, mais l'ampèremètre compte aussi le courant du voltmètre. On mesure R ∥ RV, soit une erreur relative d'environ − R / RV si R ≪ RV.
- Les deux erreurs sont égales pour R = √(RA RV) ≈ 3 kΩ.
- Pour R = 100 Ω, le montage (a) se trompe de 1 % et le montage (b) de 10⁻⁵ : on choisit (b). Pour R = 1 MΩ, c'est l'inverse, le montage (b) se trompe d'environ 9 %.
piège : Retenir « le bon montage » sans le critère. Il dépend de R comparée à √(RA RV).
Exercice 6. Adaptation en puissance
Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP MP
Une source (e, r) alimente une charge R. Pour quelle valeur de R la puissance reçue par la charge est-elle maximale ? Que vaut alors le rendement ? Application avec e = 10 V et r = 50 Ω.
Technique diviseur de tension, puis étude de fonction.
Voir le corrigé
- i = e / (R + r), donc P(R) = e² R / (R + r)².
- P'(R) = e² (r − R) / (R + r)³. La dérivée s'annule et change de signe en R = r : c'est un maximum.
- Pmax = e² / (4 r) = 0,50 W.
- Le rendement vaut η = R / (R + r) = 1/2. La moitié de la puissance est perdue dans la source.
- Pour R = 1 kΩ, P ≈ 91 mW mais η ≈ 95 %.
piège : Confondre puissance maximale et rendement maximal. Le réseau électrique cherche le rendement, pas l'adaptation.
Exercice 7. Pont de Wheatstone et jauge de contrainte
Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP MP
Deux branches sont alimentées en parallèle sous E = 5,0 V. Branche 1 : deux résistances R, de point milieu A. Branche 2 : R en haut et une jauge Rx = R (1 + x) en bas, de point milieu B. Calculer u = VB − VA, puis sa valeur pour x = 2 × 10⁻³. Quelle condition sur l'appareil de mesure ?
Technique deux diviseurs de tension à vide.
Voir le corrigé
- Si l'appareil ne prélève aucun courant, chaque branche est un diviseur non chargé.
- VA = E / 2 et VB = E (1 + x) / (2 + x).
- u = E x / (2 (2 + x)) ≈ E x / 4 au premier ordre.
- Numériquement, u ≈ 2,5 mV. Le pont est équilibré, u = 0, pour x = 0.
- En éteignant la source, la résistance vue entre A et B vaut R/2 + R ∥ Rx ≈ R. Le voltmètre doit donc avoir une résistance d'entrée très grande devant R.
piège : Appliquer les diviseurs sans vérifier que l'appareil branché entre A et B ne dérive pas de courant.
Exercice 8. L'échelle infinie
Approfondissement · Type écrit Mines
Une échelle est formée de cellules identiques : une résistance R en série, puis une résistance R en parallèle vers la masse, répétées à l'infini. On admet que la résistance d'entrée Re converge. La calculer, puis trouver le rapport des tensions d'entrée de deux cellules successives.
Technique invariance par ajout d'une cellule, puis diviseur de tension.
Voir le corrigé
- Ajouter une cellule en tête ne change pas une échelle infinie. On a donc Re = R + R ∥ Re.
- Cela donne R_e² − R Re − R² = 0. On garde la racine positive, Re = R (1 + √5) / 2 = φ R ≈ 1,62 R.
- Derrière la première résistance série, on voit R ∥ Re = Re − R = R / φ.
- Par le diviseur de tension, un+1 / un = (R / φ) / (φ R) = 1 / φ² ≈ 0,38.
- La tension décroît géométriquement le long de l'échelle. C'est un modèle de câble atténuateur.
piège : Garder la racine négative, ou appliquer le diviseur avec R au lieu de R ∥ Re.
Exercice 9. Le cube de résistances
Approfondissement · Type oral Centrale
Les douze arêtes d'un cube sont des résistances R. Calculer la résistance équivalente entre deux sommets diagonalement opposés A et B.
Technique symétrie, loi des nœuds, loi des mailles.
Voir le corrigé
- Aucune association série ou parallèle n'apparaît : il faut raisonner sur les courants.
- On injecte I en A. Par symétrie, les trois arêtes issues de A portent chacune I / 3.
- Chacun des trois sommets atteints répartit son courant sur deux arêtes : I / 6 sur chacune des six arêtes centrales.
- Les trois arêtes aboutissant en B portent à nouveau I / 3.
- Sur un chemin de A à B, la chute de potentiel vaut R I/3 + R I/6 + R I/3 = 5 R I / 6. D'où R_éq = 5R/6.
- Pour s'auto-évaluer, les valeurs connues sont 3R/4 pour la diagonale d'une face et 7R/12 pour deux sommets voisins.
piège : Chercher de force des associations série et parallèle. Il faut repérer les sommets équipotentiels par symétrie.
Erreurs fréquentes
- Appliquer un diviseur de tension alors qu'une charge ou un appareil dérive du courant entre les deux résistances.
- Mélanger les conventions : écrire u = R i en convention générateur, ou prendre la puissance fournie pour la puissance reçue.
- Oublier la résistance de sortie du GBF, ou confondre la tension affichée, qui est la fém à vide, avec la tension réellement délivrée.
- Croire que le courant dans un condensateur ou la tension aux bornes d'une bobine doivent être continus. Seuls uC et iL le sont.
- Utiliser les lois de Kirchhoff sans vérifier l'ARQS, ou la vérifier avec c alors que le signal se propage plus lentement dans un câble.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de physique-chimie de MPSI (2021), premier semestre, thème 1 « ondes et signaux », partie 1.2 « Signaux électriques dans l'ARQS ». Elle couvre les grandeurs électriques, les lois de Kirchhoff, les dipôles linéaires, les associations de deux résistances, les ponts diviseurs, le modèle de Thévenin et les notions de résistance d'entrée et de sortie. Les régimes transitoires font l'objet des chapitres suivants. Contrairement à celui de PCSI, le programme de MPSI ne mentionne pas l'étude de la caractéristique d'un dipôle non linéaire ni la notion de point de fonctionnement. Ces points ne sont donc pas exigibles ici.