Le cours
Résumé en cinq points
- La division euclidienne de par non nul donne un unique couple avec , reste toujours positif.
- L'algorithme d'Euclide calcule et, remonté, fournit une relation de Bézout .
- Théorème de Bézout : équivaut à l'existence de et avec . Lemme de Gauss : et entraînent .
- Tout entier se décompose de façon unique en produit de facteurs premiers, ce que traduisent les valuations -adiques, avec min pour le PGCD et max pour le PPCM.
- Les congruences sont compatibles avec l'addition et la multiplication, pas avec la simplification, sauf si le facteur simplifié est premier avec le module. Petit théorème de Fermat : si est premier et ne divise pas .
Pourquoi ce chapitre
L'arithmétique est le premier chapitre où l'on démontre des théorèmes d'existence et d'unicité à partir de presque rien. Elle sert de banc d'essai aux modes de raisonnement vus en début d'année :
- la récurrence forte ;
- la disjonction de cas ;
- l'absurde.
Elle fournit aussi un modèle que l'on reproduira presque à l'identique dans le chapitre sur les polynômes, où division euclidienne, PGCD, Bézout et Gauss réapparaissent mot pour mot. Aux concours, elle apparaît dans les exercices de dénombrement, dans les problèmes de suites d'entiers, et comme source d'exercices courts en khôlle. Le chapitre est court en contenu mais dense en techniques.
1Divisibilité et division euclidienne
1.1Divisibilité
Définition 1.1Divisibilité
Soient et deux entiers relatifs. On dit que divise , et on note , s'il existe un entier tel que . On dit aussi que est un multiple de .
Propriété 1.2Propriétés immédiates
- Tout entier divise .
- Le seul entier divisible par tous les entiers est .
- Si et , alors .
- Si et , alors divise toute combinaison , avec et entiers.
Cette dernière propriété est l'outil le plus utilisé du chapitre.
Définition 1.3Entiers associés
Si et , alors ou . On dit que et sont associés.
Deux entiers se divisent mutuellement si et seulement s'ils ont la même valeur absolue. Ce défaut d'unicité oblige à choisir le représentant positif quand on définit le PGCD.
Propriété 1.4Remarque de taille
Hypothèses
- ;
- .
Alors .
Un entier non nul n'a donc qu'un nombre fini de diviseurs, ce qui légitime la définition du PGCD.
1.2Division euclidienne
Théorème 1.5Division euclidienne
Hypothèses
- est un entier relatif ;
- est un entier non nul.
Alors il existe un unique couple d'entiers relatifs tel que L'entier est le quotient, est le reste.
Démonstration
Existence pour : l'ensemble des entiers tels que est non vide et majoré, donc il admet un plus grand élément . Alors , et vérifie .
Unicité : si avec deux restes dans , alors . Donc divise , qui est de valeur absolue strictement inférieure à . Ainsi puis .
Propriété 1.6Lien avec la divisibilité
divise si et seulement si le reste de la division euclidienne de par est nul.
Attention
Le reste est toujours positif ou nul, même quand est négatif. La division euclidienne de par donne et , pas et .
2PGCD, algorithme d'Euclide, PPCM
2.1Définition du PGCD
Définition 2.1PGCD
Soient et deux entiers naturels non tous les deux nuls. L'ensemble de leurs diviseurs communs positifs est non vide, car il contient , et fini, car l'un au moins de et est non nul. Il admet donc un plus grand élément pour l'ordre naturel de . C'est le PGCD de et , noté .
On étend la définition à deux entiers relatifs en posant . On convient que .
2.2Algorithme d'Euclide
Lemme 2.2Lemme fondamental
Si , alors l'ensemble des diviseurs communs à et est égal à l'ensemble des diviseurs communs à et . En particulier .
Démonstration
Un diviseur commun à et divise . Réciproquement, un diviseur commun à et divise .
MéthodeAlgorithme d'Euclide
- Remplacer le couple par , où est le reste de la division de par .
- Recommencer tant que le second terme n'est pas nul.
- Le dernier reste non nul est .
Les restes forment une suite d'entiers naturels strictement décroissante, donc l'algorithme s'arrête.
Exemple 2.3Calcul de
Donc .
Propriété 2.4Homogénéité
Pour tout entier , .
On le lit directement sur l'algorithme d'Euclide, dont toutes les lignes sont multipliées par .
2.3Deux caractérisations du PGCD
Théorème 2.5Diviseurs communs
L'ensemble des diviseurs communs à et est exactement l'ensemble des diviseurs de .
Ainsi est aussi le plus grand élément de l'ensemble des diviseurs communs pour la relation de divisibilité, et pas seulement pour l'ordre naturel. Tout diviseur commun à et divise .
2.4Relation de Bézout
Théorème 2.6Relation de Bézout
Pour tous entiers et , il existe des entiers et tels que .
Démonstration
On remonte l'algorithme d'Euclide. Chaque reste s'écrit comme combinaison des deux termes précédents, donc de proche en proche comme combinaison de et . En pratique on utilise l'algorithme d'Euclide étendu, qui calcule et en même temps que le PGCD.
Attention
Le couple n'est jamais unique. Si , alors pour tout entier les entiers et conviennent aussi.
Exemple 2.7Sur l'exemple précédent
2.5PPCM
Définition 2.8PPCM
Le PPCM de deux entiers non nuls et , noté , est le plus petit élément strictement positif de l'ensemble de leurs multiples communs. L'ensemble des multiples communs à et est exactement l'ensemble des multiples de .
Propriété 2.9Lien avec le PGCD
Pour et entiers non nuls, .
2.6PGCD d'un nombre fini d'entiers
On définit de même le PGCD de , avec une relation de Bézout : il existe des entiers tels que vaille ce PGCD.
3Entiers premiers entre eux
3.1Définition et théorème de Bézout
Définition 3.1Entiers premiers entre eux
Deux entiers et sont premiers entre eux si , c'est-à-dire si leurs seuls diviseurs communs sont et .
Théorème 3.2Théorème de Bézout
et sont premiers entre eux si et seulement s'il existe des entiers et tels que .
Démonstration
Le sens direct vient de la relation de Bézout. Pour la réciproque, si , tout diviseur commun à et divise , donc vaut .
Attention
La relation de Bézout, , existe toujours. Le théorème de Bézout est une équivalence, et il concerne le cas où le second membre vaut . Écrire ne prouve pas que : cela prouve seulement que divise .
Propriété 3.3Forme irréductible
Hypothèses
- et sont non tous nuls ;
- .
Alors et avec .
C'est la mise sous forme irréductible d'un rationnel : tout rationnel s'écrit avec et , et cette écriture est unique.
3.2Lemme de Gauss
Théorème 3.4Lemme de Gauss
Hypothèses
- divise ;
- .
Alors divise .
Démonstration
Il existe et avec . On multiplie par : . Or divise , et divise donc . Donc divise .
Conséquences classiques :
- si et divisent et si , alors divise ;
- si et , alors .
3.3Entiers premiers entre eux dans leur ensemble ou deux à deux
Définition 3.5Dans leur ensemble, deux à deux
Les entiers sont premiers entre eux dans leur ensemble si leur PGCD vaut . Ils sont premiers entre eux deux à deux si dès que .
La seconde condition est strictement plus forte.
Exemple 3.6Contre-exemple
Les entiers , , sont premiers entre eux dans leur ensemble, car aucun entier supérieur à ne les divise tous, mais aucun couple n'est formé d'entiers premiers entre eux.
4Nombres premiers
4.1Définition et infinité
Définition 4.1Nombre premier
Un entier est premier s'il est supérieur ou égal à et si ses seuls diviseurs positifs sont et .
L'entier n'est pas premier, par convention qui rend l'unicité de la décomposition vraie.
Propriété 4.2Diviseur premier
Tout entier admet un diviseur premier.
Démonstration
Récurrence forte, ou prendre le plus petit diviseur de supérieur ou égal à .
Théorème 4.3Infinité des nombres premiers
L'ensemble des nombres premiers est infini.
Démonstration
Par l'absurde. Si étaient tous les nombres premiers, l'entier serait supérieur ou égal à , donc aurait un diviseur premier . Mais divise aussi le produit, donc diviserait . Contradiction.
Propriété 4.4Test de primalité
Hypothèses
- ;
- n'est divisible par aucun entier tel que .
Alors est premier.
Le crible d'Ératosthène applique la même idée pour lister les premiers jusqu'à : on raye de proche en proche les multiples de chaque entier non encore rayé.
4.2Lemme d'Euclide et décomposition
Lemme 4.5Lemme d'Euclide
Hypothèses
- est premier ;
- divise un produit .
Alors divise ou divise .
Démonstration
Si ne divise pas , alors car les seuls diviseurs de sont et , et le lemme de Gauss donne .
Théorème 4.6Théorème fondamental de l'arithmétique
Tout entier naturel s'écrit comme produit de nombres premiers, et cette écriture est unique à l'ordre des facteurs près.
L'existence se démontre par récurrence forte, l'unicité par le lemme d'Euclide.
4.3Valuation p-adique
Définition 4.7Valuation -adique
Pour premier et entier non nul, la valuation -adique de , notée , est l'exposant de dans la décomposition de . C'est le plus grand entier tel que divise .
On a pour tous les sauf un nombre fini, et s'écrit au signe près comme le produit des .
Propriété 4.8Propriétés des valuations
- ;
- divise si et seulement si pour tout premier ;
- ;
- .
La relation s'en déduit, puisque min plus max vaut la somme.
Attention
La décomposition en facteurs premiers coûte cher. Pour un PGCD de grands nombres, l'algorithme d'Euclide reste bien plus efficace.
5Congruences
5.1Définition et règles de calcul
Définition 5.1Congruence
Soit un entier naturel. On dit que est congru à modulo , et on note , si divise .
C'est une relation d'équivalence sur : elle est réflexive, symétrique et transitive.
Propriété 5.2Compatibilité
Hypothèses
- ;
- .
Alors et . Par récurrence, pour tout entier naturel .
Attention
On ne simplifie pas librement. De on ne peut pas déduire . La simplification par est licite quand , grâce au lemme de Gauss.
Exemple 5.3Reste de modulo
On remarque que . Donc puis .
5.2Inverse modulo n
Définition 5.4Inverse modulo
Un entier est inversible modulo s'il existe un entier tel que .
Cela se produit si et seulement si . L'entier s'obtient par l'algorithme d'Euclide étendu : d'une relation on tire .
Pour résoudre avec , on multiplie par un inverse de et on obtient l'unique solution .
Exemple 5.5Résoudre
Comme , l'inverse de est . Donc .
5.3Petit théorème de Fermat
Théorème 5.6Petit théorème de Fermat
Hypothèses
- est un nombre premier ;
- est un entier.
Alors . Si de plus ne divise pas , alors .
Les deux formes sont équivalentes. La seconde se déduit de la première en simplifiant par , ce qui est permis car .
Attention
La réciproque est fausse. Il existe des entiers non premiers tels que pour tout premier avec . Le petit théorème de Fermat sert donc à prouver qu'un nombre n'est pas premier, pas à prouver qu'il l'est.
Méthodes
MéthodeMontrer que divise
- Écrire comme combinaison d'expressions dont est facteur,
- ou raisonner modulo en montrant que .
MéthodeRésoudre une équation diophantienne
- Calculer . Il y a des solutions si et seulement si divise .
- Trouver une solution particulière par l'algorithme d'Euclide étendu.
- Décrire toutes les solutions en soustrayant deux solutions et en appliquant le lemme de Gauss.
MéthodeProuver qu'une fraction est irréductible
- Exhiber une relation de Bézout entre le numérateur et le dénominateur.
MéthodeÉtudier un reste de division par
- Travailler modulo .
- Chercher la période des puissances.
- Une disjonction de cas sur le reste est souvent décisive.
MéthodeDivisibilité par plusieurs entiers premiers entre eux deux à deux
- Traiter chaque module à part.
- Conclure par le lemme de Gauss.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Énoncer et démontrer le théorème de la division euclidienne, existence et unicité.
- Dérouler l'algorithme d'Euclide sur deux entiers de trois chiffres, puis remonter pour obtenir une relation de Bézout.
- Démontrer le lemme de Gauss à partir du théorème de Bézout.
- Résoudre entièrement une équation diophantienne du type .
- Démontrer que l'ensemble des nombres premiers est infini.
- Démontrer l'unicité de la décomposition en facteurs premiers en utilisant le lemme d'Euclide.
- Calculer un reste de puissance modulo un entier, avec ou sans le petit théorème de Fermat.
- Donner un exemple d'entiers premiers entre eux dans leur ensemble mais pas deux à deux.
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Si a | b et b | a alors |a| = |b| : exigible avec démonstration. Si a | b et b ≠ 0 alors |a| ≤ |b|.
- Division euclidienne : pour a ∈ Z et b ≠ 0, il existe un unique couple (q, r) avec a = bq + r et 0 ≤ r < |b|. Exigible avec démonstration.
- Les diviseurs communs à a et b sont exactement les diviseurs de a ∧ b : exigible avec démonstration par l'algorithme d'Euclide. En conséquence a ∧ b est le plus grand diviseur commun aussi au sens de la divisibilité.
- Lemme d'Euclide : si a = bq + r alors a ∧ b = b ∧ r. Exigible avec démonstration. L'algorithme d'Euclide se termine car les restes décroissent strictement.
- Relation de Bézout : il existe u et v dans Z avec au + bv = a ∧ b. Exigible avec démonstration par remontée de l'algorithme.
- PPCM : les multiples communs à a et b non nuls sont les multiples de a ∨ b, et (a ∧ b)(a ∨ b) = |ab|. Exigible.
- Théorème de Bézout : a ∧ b = 1 si et seulement s'il existe u et v avec au + bv = 1. Exigible avec démonstration. Forme irréductible d'un rationnel en conséquence.
- Lemme de Gauss : si a | bc et a ∧ b = 1 alors a | c. Exigible avec démonstration.
- Conséquences : si b | a, c | a et b ∧ c = 1 alors bc | a. Si a ∧ b = 1 et a ∧ c = 1 alors a ∧ bc = 1. Exigibles.
- PGCD de plusieurs entiers, relation de Bézout, entiers premiers entre eux dans leur ensemble et deux à deux : exigibles.
- Tout entier n ≥ 2 admet un diviseur premier, et l'ensemble des nombres premiers est infini : exigibles avec démonstration.
- Lemme d'Euclide pour les premiers : si p premier divise ab alors p | a ou p | b. Exigible avec démonstration.
- Existence et unicité de la décomposition en facteurs premiers : exigible avec démonstration.
- Valuations p-adiques : vp(ab) = vp(a) + vp(b), a | b si et seulement si vp(a) ≤ vp(b) pour tout p, et vp(a ∧ b) = min, vp(a ∨ b) = max. Exigibles.
- Congruences : compatibilité avec la somme et le produit, donc avec les puissances. Exigible avec démonstration.
- Inverse modulo n : a est inversible modulo n si et seulement si a ∧ n = 1. Exigible, c'est Bézout.
- Petit théorème de Fermat : pour p premier, ap ≡ a [p], et ap−1 ≡ 1 [p] si p ne divise pas a. Exigible, démonstration classique par le binôme et récurrence.
- Hors programme signalé : anneaux Z/nZ, idéaux de Z, théorème chinois comme énoncé général, indicatrice d'Euler, théorème de Wilson. Les exercices qui en approchent se traitent à la main avec Bézout et Gauss.
Clés de démonstration
Division euclidienne. Pour b > 0, l'ensemble des entiers k tels que bk ≤ a est non vide et majoré, il a un plus grand élément q, et r = a − bq vérifie 0 ≤ r < b. Pour l'unicité, deux écritures donnent b(q − q') = r' − r avec |r' − r| < b, donc r = r'. L'astuce : un multiple de b de valeur absolue strictement inférieure à b est nul.
Lemme d'Euclide. Un diviseur commun à a et b divise a − bq = r. Un diviseur commun à b et r divise bq + r = a. L'astuce : la propriété « d divise toute combinaison ub + vc » fait tout.
Bézout. Le dernier reste non nul de l'algorithme s'écrit comme combinaison des deux restes précédents, qui sont eux-mêmes combinaisons des deux d'avant, et ainsi de suite jusqu'à a et b. L'astuce : remonter en remplaçant à chaque étape le reste le plus récent, sans jamais développer les produits trop tôt.
Théorème de Bézout, sens réciproque. Si au + bv = 1, tout diviseur commun à a et b divise 1. L'astuce : le sens direct est la relation de Bézout, le sens réciproque est une ligne.
Gauss. On multiplie au + bv = 1 par c : acu + bcv = c. Chaque terme est divisible par a. L'astuce : faire apparaître c à partir de 1.
Infinité des premiers. Si p₁, …, pr étaient tous les premiers, N = p₁⋯pr + 1 aurait un diviseur premier pi, qui diviserait aussi N − p₁⋯pr = 1. L'astuce : N n'est pas forcément premier, il a seulement un diviseur premier nouveau.
Unicité de la décomposition. Si p₁⋯pr = q₁⋯qs, alors p₁ divise le produit des qj, donc l'un d'eux par le lemme d'Euclide itéré, donc lui est égal. On simplifie et on recommence par récurrence. L'astuce : le lemme d'Euclide est la seule chose qui distingue les premiers des autres entiers.
Fermat. Pour 1 ≤ k ≤ p − 1, p divise k!(p − k)! C(p, k) = p! mais p est premier avec k!(p − k)!, donc p | C(p, k) par Gauss. Alors (a + 1)p ≡ ap + 1 [p], et une récurrence sur a ≥ 0 donne ap ≡ a. Pour a < 0 on utilise (−a)p ≡ −a et la parité de p ou le cas p = 2. L'astuce : le binôme modulo p ne garde que les deux termes extrêmes.
Exemples et contre-exemples à connaître
- La division euclidienne de −7 par 3 donne q = −3 et r = 2, pas q = −2 et r = −1. Le reste est toujours dans [0, |b|[.
- 6, 10 et 15 sont premiers entre eux dans leur ensemble, aucun couple ne l'est. Les deux notions ne coïncident pas.
- 3 × 3 + 2 × (−2) = 5 alors que 3 ∧ 2 = 1. Une relation au + bv = d prouve seulement que a ∧ b divise d, sauf si d = 1.
- 2 × 3 ≡ 2 × 0 [6] et pourtant 3 ≢ 0 [6]. On ne simplifie une congruence que par un entier premier avec le module.
- 210 = 1024 = 3 × 341 + 1, donc 2340 ≡ 1 [341], et pourtant 341 = 11 × 31 n'est pas premier. La réciproque du petit théorème de Fermat est fausse.
- Le couple de Bézout n'est pas unique : 3 × (−1) + 2 × 2 = 1 et 3 × 1 + 2 × (−1) = 1. On passe de l'un à l'autre en ajoutant (b, −a).
- 1 n'est pas premier. Sans cette convention, 6 = 2 × 3 = 1 × 2 × 3 et l'unicité de la décomposition serait fausse.
- n² + n + 41 est premier pour n allant de 0 à 39, mais 40² + 40 + 41 = 41². Aucune liste de cas ne démontre une primalité.
- a ∧ 0 = |a| pour tout a, et 0 ∧ 0 = 0 par convention. Les cas dégénérés sont à vérifier avant d'écrire un quotient a/(a ∧ b).
Techniques du chapitre
Technique 1, Euclide étendu. Mini-exercice : relation de Bézout pour 17 et 5. 17 = 3 × 5 + 2, puis 5 = 2 × 2 + 1. Remontée : 1 = 5 − 2 × 2 = 5 − 2 × (17 − 3 × 5) = 7 × 5 − 2 × 17. Vérification : 35 − 34 = 1.
Technique 2, équation diophantienne ax + by = c. Mini-exercice : résoudre 17x + 5y = 3 dans Z². Solution particulière : (x, y) = (−6, 21), obtenue en multipliant la relation précédente par 3. Si (x, y) est solution, 17(x + 6) = 5(21 − y), donc 5 | 17(x + 6), et 5 ∧ 17 = 1 donne 5 | x + 6. Solutions : x = −6 + 5k, y = 21 − 17k, k ∈ Z, et l'on vérifie qu'elles conviennent.
Technique 3, reste d'une puissance par périodicité. Mini-exercice : reste de 2100 modulo 7. 2³ = 8 ≡ 1 [7], et 100 = 3 × 33 + 1, donc 2100 = (2³)33 × 2 ≡ 2 [7].
Technique 4, Fermat pour réduire un exposant. Mini-exercice : reste de 3100 modulo 13. 13 est premier et ne divise pas 3, donc 312 ≡ 1 [13]. Comme 100 = 8 × 12 + 4, 3100 ≡ 3⁴ = 81 = 6 × 13 + 3 ≡ 3 [13].
Technique 5, disjonction sur les restes. Mini-exercice : montrer qu'un carré est congru à 0 ou 1 modulo 4. Si n = 2k, n² = 4k². Si n = 2k + 1, n² = 4(k² + k) + 1. Conséquence : un entier congru à 3 modulo 4 n'est pas somme de deux carrés.
Technique 6, Gauss pour une divisibilité par un produit. Mini-exercice : si 3 | n et 5 | n, alors 15 | n. On écrit n = 3k, alors 5 | 3k et 5 ∧ 3 = 1, donc 5 | k, et n = 15k'. Sans la primalité relative, 4 | 12 et 6 | 12 ne donnent pas 24 | 12.
Technique 7, valuations pour PGCD et PPCM. Mini-exercice : 360 = 2³ × 3² × 5 et 84 = 2² × 3 × 7. Le PGCD prend les minimums des exposants, 2² × 3 = 12, le PPCM les maximums, 2³ × 3² × 5 × 7 = 2520. Contrôle : 12 × 2520 = 30240 = 360 × 84.
Technique 8, fraction irréductible par Bézout. Mini-exercice : montrer que (n + 1)/(2n + 3) est irréductible pour tout entier n ≥ 0. On a (2n + 3) − 2(n + 1) = 1, relation de Bézout, donc (n + 1) ∧ (2n + 3) = 1.
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Soient a et b des entiers premiers entre eux. Montrer que a + b et ab sont premiers entre eux.
Technique raisonner avec un diviseur premier commun, ou avec Gauss.
Voir le corrigé
- Soit p un nombre premier qui divise a + b et ab. Par le lemme d'Euclide, p | a ou p | b.
- Si p | a, alors p divise (a + b) − a = b. De même dans l'autre cas. Donc p divise a et b, ce qui contredit a ∧ b = 1.
- Aucun premier ne divise à la fois a + b et ab, donc leur PGCD, qui n'a aucun diviseur premier, vaut 1.
piège : Écrire « a ∧ b = 1 donc a ∧ (a + b) = 1 » sans le justifier. C'est vrai, et cela se justifie par la même idée, un diviseur commun à a et a + b divise b.
Exercice 2. Résoudre dans Z² l'équation 21x + 15y = 9
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Technique réduire par le PGCD, solution particulière, Gauss pour la solution générale.
Voir le corrigé
- 21 ∧ 15 = 3, et 3 | 9, donc il y a des solutions. L'équation équivaut à 7x + 5y = 3.
- 7 × (−1) + 5 × 2 = 3, donc (−1, 2) est solution.
- Si (x, y) est solution, 7(x + 1) = 5(2 − y). Donc 5 | 7(x + 1), et 5 ∧ 7 = 1 donne 5 | x + 1, soit x = −1 + 5k. En reportant, 7 × 5k = 5(2 − y), donc y = 2 − 7k.
- Réciproquement 7(−1 + 5k) + 5(2 − 7k) = 3. Solutions : (−1 + 5k, 2 − 7k), k ∈ Z.
piège : Oublier de vérifier que le PGCD divise le second membre, ce qui pour 21x + 15y = 10 donne immédiatement l'absence de solution.
Exercice 3
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Soit n ≥ 1 un entier. Montrer que √n est rationnel si et seulement si n est un carré parfait.
Technique valuations p-adiques et parité.
Voir le corrigé
- Si n = m², √n = m est rationnel.
- Supposons √n = p/q avec p, q entiers strictement positifs. Alors nq² = p². Pour tout nombre premier l, vl(n) + 2v_l(q) = 2v_l(p).
- Donc vl(n) est pair pour tout l. En posant m égal au produit des lvl(n)/2, on obtient n = m².
piège : Vouloir refaire la preuve par parité de √2, qui ne se généralise pas telle quelle. Les valuations rendent la preuve uniforme.
Exercice 4. Montrer que pour tout entier n, 30 divise n⁵ − n
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Technique divisibilité par 2, 3 et 5 séparément, puis Gauss.
Voir le corrigé
- Modulo 5 : 5 est premier, donc n⁵ ≡ n [5] par Fermat.
- n⁵ − n = n(n − 1)(n + 1)(n² + 1). Parmi deux entiers consécutifs l'un est pair, parmi trois consécutifs l'un est multiple de 3. Donc 2 et 3 divisent n⁵ − n.
- 2, 3 et 5 sont premiers entre eux deux à deux. Par Gauss, 2 × 3 = 6 divise n⁵ − n, puis 6 ∧ 5 = 1 donne 30 | n⁵ − n.
piège : Conclure 30 | n⁵ − n dès que 2, 3, 5 divisent, sans invoquer la primalité deux à deux. L'argument est faux avec 4 et 6.
Exercice 5. Soit n ≥ 2. Montrer que si 2n − 1 est premier, alors n est premier
Classiques de khôlle et concours · Khôlle vers écrit
Technique contraposée et factorisation de xb − 1.
Voir le corrigé
- Supposons n non premier : n = ab avec 1 < a < n.
- Avec x = 2a, on a 2n − 1 = xb − 1 = (x − 1)(xb−1 + … + x + 1). Donc 2a − 1 divise 2n − 1.
- Comme 1 < a < n, on a 1 < 2a − 1 < 2n − 1 : diviseur strict, donc 2n − 1 n'est pas premier.
- La réciproque est fausse : 211 − 1 = 2047 = 23 × 89.
piège : Oublier de vérifier que le diviseur exhibé est différent de 1 et de 2n − 1, ce qui est le cœur de l'argument.
Exercice 6. Trouver tous les entiers x tels que x ≡ 2 [5] et x ≡ 3 [7]
Classiques de khôlle et concours · Écrit, type CCINP
Technique paramétrer par la première congruence, inverser modulo 7, conclure avec Gauss.
Voir le corrigé
- x ≡ 2 [5] équivaut à x = 2 + 5k avec k ∈ Z. La seconde condition devient 5k ≡ 1 [7].
- 5 × 3 = 15 ≡ 1 [7], donc 3 est un inverse de 5 modulo 7. En multipliant par 3 : k ≡ 3 [7], soit k = 3 + 7m.
- x = 2 + 5(3 + 7m) = 17 + 35m. Vérification : 17 = 3 × 5 + 2 = 2 × 7 + 3.
- Réciproquement ces entiers conviennent. Les solutions sont les x ≡ 17 [35].
piège : Écrire x ≡ 17 [12] en additionnant les modules, ou diviser 5k ≡ 1 par 5 sans passer par un inverse. Le théorème chinois n'est pas au programme, on refait ce calcul à chaque fois.
Exercice 7. Montrer qu'il existe une infinité de nombres premiers congrus à 3 modulo 4
Classiques de khôlle et concours · Écrit, type CCINP
Technique variante de la preuve d'Euclide avec un entier bien choisi.
Voir le corrigé
- Supposons qu'il n'y en ait qu'un nombre fini, p₁, …, pr, et posons N = 4p₁⋯pr − 1. N ≥ 3 est impair, il admet une décomposition en facteurs premiers impairs, chacun congru à 1 ou à 3 modulo 4.
- Un produit d'entiers congrus à 1 modulo 4 est congru à 1 modulo 4, par compatibilité du produit. Or N ≡ −1 ≡ 3 [4]. Donc l'un des facteurs premiers de N est congru à 3 modulo 4.
- Ce facteur est l'un des pi, donc il divise 4p₁⋯pr, donc il divise 4p₁⋯pr − N = 1. Contradiction.
piège : Prendre N = 4p₁⋯pr + 1, qui est congru à 1 modulo 4 et ne force aucun facteur à être congru à 3. Le choix du signe est le point clé.
Exercice 8. Soit p un nombre premier. Montrer que (p − 1)! ≡ −1 [p]
Classiques de khôlle et concours · Type oral
Technique inverses modulo p, appariement, cas des éléments égaux à leur inverse.
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- Pour 1 ≤ a ≤ p − 1, a ∧ p = 1, donc a admet un inverse modulo p, que l'on peut choisir dans {1, …, p − 1}, et il est unique dans cet ensemble.
- a est son propre inverse si et seulement si a² ≡ 1 [p], soit p | (a − 1)(a + 1), soit par Euclide a ≡ 1 ou a ≡ −1 [p], c'est à dire a = 1 ou a = p − 1.
- Les entiers de 2 à p − 2 se regroupent en paires d'inverses distincts, chaque paire ayant un produit congru à 1. Donc 2 × 3 × ⋯ × (p − 2) ≡ 1 [p].
- (p − 1)! ≡ 1 × 1 × (p − 1) ≡ −1 [p]. Les cas p = 2 et p = 3 se vérifient à la main.
piège : Oublier que 1 et p − 1 sont leurs propres inverses et les inclure dans les paires. Ce résultat, dit théorème de Wilson, n'est pas au programme, sa preuve l'est.
Exercice 9
Approfondissement · Écrit, type Centrale
Soit p premier et n ≥ 1. Montrer que vp(n!) est la somme des parties entières de n/pk pour k ≥ 1. Par combien de zéros se termine l'écriture décimale de 100! ?
Technique compter les contributions étage par étage.
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- vp(n!) est la somme des vp(m) pour m de 1 à n, par multiplicativité de la valuation.
- Un entier m de valuation exactement j est compté une fois par chaque puissance pk avec k ≤ j. Donc la somme des vp(m) est la somme, sur k ≥ 1, du nombre de multiples de pk dans {1, …, n}, qui vaut la partie entière de n/pk. La somme est finie car pk > n à partir d'un certain rang.
- Pour 100! : v5 = 20 + 4 + 0 = 24 et v2 = 50 + 25 + 12 + 6 + 3 + 1 = 97. Le nombre de zéros terminaux est v10(100!) = min(v2, v5) = 24.
piège : Compter seulement les multiples de 5, qui donnent 20, et oublier que 25, 50, 75 et 100 apportent un facteur 5 supplémentaire.
Erreurs fréquentes
- Écrire un reste négatif ou supérieur au diviseur. Le reste vit dans [0, |b|[, et c'est ce qui donne l'unicité.
- Conclure a ∧ b = d à partir de au + bv = d. Cela ne marche que pour d = 1. Sinon on sait seulement que a ∧ b divise d.
- Simplifier une congruence par un facteur non premier avec le module, ou ajouter des modules quand on combine deux congruences.
- Confondre premiers entre eux dans leur ensemble et deux à deux. Gauss et la divisibilité par un produit exigent la version deux à deux.
- Utiliser la réciproque du petit théorème de Fermat, ou prouver qu'un nombre est premier en testant quelques cas. Le seul test complet est la recherche de diviseurs jusqu'à la racine carrée.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de MPSI (2021), partie « Arithmétique dans l'ensemble des entiers relatifs ». Elle couvre la divisibilité, la division euclidienne, le PGCD et l'algorithme d'Euclide, les entiers premiers entre eux, les nombres premiers et les congruences. L'approche reste élémentaire : elle n'utilise pas le langage des structures algébriques. Les anneaux sont explicitement hors programme.