Le cours
Résumé en cinq points
- Dans un espace normé de dimension finie, absolue convergence entraîne convergence, et tout se teste coordonnée par coordonnée.
- Le lien suite-série, c'est-à-dire l'équivalence entre la convergence de et celle de la série des écarts, transforme un problème de suite en problème de série et réciproquement.
- La comparaison série-intégrale, pour une fonction positive décroissante, donne à la fois la nature de la série et un équivalent des sommes partielles ou des restes.
- La sommation des relations de comparaison transmet , et équivalent aux restes si la série de référence converge, aux sommes partielles si elle diverge. La suite de référence doit être de signe constant.
- La sommabilité est ce qui autorise à sommer dans n'importe quel ordre, donc à intervertir deux signes somme et à faire un produit de Cauchy.
Pourquoi ce chapitre
La première année a donné les critères de convergence des séries numériques. Ce chapitre fait deux choses de plus.
- Il étend la notion de série au cas où le terme général est un vecteur, une matrice ou une fonction à valeurs dans un espace de dimension finie, ce qui servira pour l'exponentielle de matrice et pour les séries de fonctions.
- Il passe du qualitatif au quantitatif : savoir qu'une série converge ne suffit plus, il faut savoir estimer un reste ou une somme partielle.
Deux outils y répondent :
- la comparaison série-intégrale, qui transforme une somme en intégrale ;
- la sommation des relations de comparaison, qui permet d'intégrer un équivalent terme à terme.
Aux concours, ces deux techniques sont omniprésentes dans les questions de calcul asymptotique. Le programme insiste sur le caractère instrumental des séries, et écarte l'étude des séries semi-convergentes.
1Rappels de première année
Définition 1.1Convergence d'une série
Pour une suite de nombres complexes, la série de terme général converge si la suite des sommes partielles converge.
Le terme général d'une série convergente tend vers 0. Une série dont le terme général ne tend pas vers 0 est dite grossièrement divergente.
Propriété 1.2Séries de référence
- La série géométrique de raison converge si et seulement si , de somme quand on part de .
- La série de Riemann de terme général converge si et seulement si .
- La série exponentielle de terme général converge pour tout complexe , de somme .
Propriété 1.3Séries à termes positifs
- Une telle série converge si et seulement si ses sommes partielles sont majorées.
- Si à partir d'un certain rang, la convergence de entraîne celle de , et la divergence de entraîne celle de .
- Si et sont positives et équivalentes, les deux séries sont de même nature.
Théorème 1.4Critère spécial des séries alternées
Hypothèses
- est positive et décroissante ;
- .
Alors la série de terme général converge, sa somme est du signe de son premier terme, et le reste de rang est majoré en valeur absolue par .
Propriété 1.5Formule de Stirling (admise)
2Séries à valeurs dans un espace normé de dimension finie
Définition 2.1Série dans un espace normé
Soit un espace normé de dimension finie et une suite d'éléments de . La série de terme général converge si la suite des sommes partielles converge dans . On note alors sa somme, et le reste d'ordre est la différence entre la somme et la somme partielle de rang . Ce reste tend vers 0.
Propriété 2.2Linéarité de la somme
Si deux séries convergent, toute combinaison linéaire des termes généraux donne une série convergente dont la somme est la combinaison des sommes.
Attention
On ne peut pas séparer une série convergente en deux morceaux dont on ne sait rien.
Le terme général d'une série convergente tend vers 0. La contraposée sert de test de rejet immédiat.
Propriété 2.3Lien suite-série
La suite converge si et seulement si la série de terme général converge.
C'est une reformulation, puisque la somme partielle de cette série télescopique vaut . Pour étudier une suite, on étudie la série des écarts, et réciproquement.
Définition 2.4Convergence absolue
La série de terme général est absolument convergente si la série réelle de terme général converge.
Théorème 2.5Absolue convergence
Dans un espace normé de dimension finie, toute série absolument convergente est convergente.
Attention
La réciproque est fausse : la série alternée de terme général converge sans converger absolument. Le critère de Cauchy est hors programme, la preuve se fait donc coordonnée par coordonnée en revenant au cas réel.
Comme toutes les normes sont équivalentes en dimension finie, la nature d'une série et sa somme ne dépendent pas de la norme choisie. Tout se teste coordonnée par coordonnée dans une base fixe.
3Comparaison série-intégrale
Elle consiste à encadrer un terme par des intégrales pour ramener une somme à une intégrale, que l'on sait calculer.
Théorème 3.1Comparaison série-intégrale
Hypothèses
- est continue par morceaux, positive et décroissante sur ;
- est un entier.
Alors la décroissance donne En sommant, la série de terme général et l'intégrale de sur sont de même nature.
L'encadrement fournit bien plus que la nature. En cas de divergence, il donne un équivalent de la somme partielle. En cas de convergence, il donne un encadrement du reste, donc souvent un équivalent.
Trois exemples à savoir refaire :
Exemple 3.2Séries de Riemann
Avec , on retrouve la nature des séries de Riemann sans aucune autre connaissance.
Exemple 3.3Série harmonique
Avec , la somme est équivalente à . La différence entre cette somme et converge, sa limite est la constante d'Euler.
Exemple 3.4Reste de
Avec , le reste de rang de la série des est encadré entre et , donc équivalent à .
MéthodeEstimer un reste ou une somme partielle
- Poser .
- L'encadrement montre que .
- La série des est télescopique donc convergente quand a une limite.
- La série des converge donc, et le lien suite-série donne l'asymptotique cherchée.
C'est exactement le schéma qui produit la constante d'Euler, et c'est aussi celui qui permet d'établir la formule de Stirling à une constante près.
Attention
La monotonie est indispensable, la positivité aussi pour les encadrements. Si n'est pas monotone, l'encadrement tombe et la comparaison n'a plus lieu d'être.
4Règle de d'Alembert
Théorème 4.1Règle de d'Alembert
Hypothèses
- est une suite de réels strictement positifs ;
- tend vers une limite .
Alors :
- si , la série converge ;
- si , le terme général tend vers l'infini, donc la série diverge grossièrement ;
- si , on ne peut rien conclure.
Attention
Le cas est le piège : les séries de Riemann ont toutes un rapport de limite 1 et changent pourtant de nature selon .
On réserve la règle de d'Alembert aux termes généraux contenant des factorielles ou des puissances -ièmes, et on l'évite dans les autres cas. La version pour une série à termes complexes s'applique au module.
5Sommation des relations de comparaison
L'idée est qu'un équivalent du terme général se transmet aux restes ou aux sommes partielles. Dans toute la section, la suite de référence est de signe constant à partir d'un certain rang, hypothèse indispensable.
Théorème 5.1Cas où converge
Hypothèse : converge. On compare alors les restes et .
- Si , alors converge et .
- Si , alors converge et .
- Si , alors converge et .
Théorème 5.2Cas où diverge
Hypothèse : diverge. On compare alors les sommes partielles et .
- Si , alors .
- Si , alors .
- Si , alors diverge et .
Attention
On ne compare jamais un reste avec une somme partielle. Série convergente, on regarde les restes. Série divergente, on regarde les sommes partielles.
Théorème 5.3Théorème de Cesàro
Hypothèse : tend vers une limite , finie ou infinie.
Alors la moyenne arithmétique des premiers termes tend aussi vers .
Démonstration
Cas fini non nul : , la série de terme général constant égal à diverge, donc la somme partielle des est équivalente à , et on divise par . Le cas se traite avec la relation de négligeabilité.
Attention
La réciproque de Cesàro est fausse : la suite de terme général a des moyennes qui tendent vers 0 sans que la suite converge.
6Familles sommables
Remarque
Statut dans le programme : le programme de MP ne comporte pas de section autonome consacrée aux familles sommables. La notion y apparaît dans la partie probabilités, où l'espérance d'une variable aléatoire discrète est définie par la sommabilité d'une famille indexée par un ensemble au plus dénombrable, et le programme signale que le support d'une famille sommable de nombres complexes est dénombrable. Le vocabulaire ci-dessous est donc un outil, non un ensemble de théorèmes à démontrer.
Définition 6.1Famille sommable de réels positifs
Soit un ensemble au plus dénombrable et une famille de réels positifs. La famille est sommable si l'ensemble des sommes sur les parties finies de est majoré. La somme est alors la borne supérieure de ces sommes finies.
Pour , cela équivaut à la convergence de la série, et la somme est la même.
Définition 6.2Famille sommable de complexes
La famille de nombres complexes est sommable si la famille des l'est.
Pour , sommable équivaut à absolument convergente.
Propriété 6.3Indépendance de l'ordre
La somme d'une famille sommable ne dépend pas de l'ordre dans lequel on somme.
C'est ce que l'absolue convergence apporte de plus que la convergence simple, et ce qui rend la notion utile en probabilités, où il n'y a pas d'ordre naturel sur l'univers.
Théorème 6.4Sommation par paquets
Hypothèses
- est réunion d'une partition au plus dénombrable de parties ;
- la famille est sommable.
Alors la somme totale est la somme des sommes partielles sur chaque paquet.
Appliqué à , cela donne l'interversion des deux signes somme pour une famille doublement indexée sommable.
Propriété 6.5Cas positif
Pour une famille de réels positifs, l'interversion des sommations est toujours licite, avec la convention que la valeur peut être l'infini.
C'est ce qui permet de justifier proprement les calculs de séries doubles à termes positifs.
Attention
Sans sommabilité, l'interversion est fausse. Il existe des familles doublement indexées de réels pour lesquelles les deux sommations itérées donnent deux résultats différents.
7Produit de Cauchy
Définition 7.1Produit de Cauchy
Le produit de Cauchy de deux séries de terme général et est la série de terme général
Théorème 7.2Produit de Cauchy
Hypothèses
- est absolument convergente ;
- est absolument convergente.
Alors est absolument convergente et sa somme est le produit des deux sommes.
Le programme de MP énonce le produit de Cauchy dans la section sur les séries entières. La version pour les séries numériques absolument convergentes est le même résultat et se démontre avec les familles sommables. On l'utilise en signalant l'hypothèse d'absolue convergence, qui est indispensable.
Exemple 7.3Exponentielle
En appliquant ce résultat à la série exponentielle, on obtient , la formule du binôme apparaissant dans le calcul de .
Méthodes
MéthodeRéflexes du chapitre
- Avant tout, tester la divergence grossière : si le terme général ne tend pas vers 0, c'est fini.
- Pour une série à termes positifs, chercher un équivalent simple du terme général et comparer à une série de Riemann ou à une série géométrique.
- En présence de factorielles ou de puissances -ièmes, essayer la règle de d'Alembert.
- Pour estimer une somme partielle divergente ou un reste convergent, dessiner les rectangles et écrire l'encadrement de comparaison série-intégrale avec une fonction positive décroissante.
- Pour obtenir un développement asymptotique d'une suite, passer à la série des écarts, ou inversement.
- Pour intégrer un équivalent, utiliser la sommation des relations de comparaison, en vérifiant d'abord que la suite de référence est de signe constant, et en choisissant restes ou sommes partielles selon la nature de la série de référence.
- Pour intervertir deux signes somme, vérifier la sommabilité, ou se placer dans le cas de termes positifs où l'interversion est toujours permise.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Démontrer qu'une série absolument convergente à valeurs dans un espace de dimension finie converge.
- Utiliser le lien suite-série pour étudier une suite définie par une relation de récurrence.
- Établir la nature des séries de Riemann par comparaison série-intégrale.
- Montrer que , où est une constante.
- Donner un équivalent du reste de la série des par encadrement intégral.
- Énoncer la règle de d'Alembert avec ses trois cas et expliquer pourquoi le cas limite 1 ne conclut pas.
- Énoncer la sommation des relations de comparaison dans les deux cas, et en déduire le théorème de Cesàro.
- Énoncer le théorème du produit de Cauchy et l'appliquer à la série exponentielle.
Classiques et HP
Méthodes et approfondissements du chapitre · le statut est précisé pour MP.
HP · HORS PROGRAMME Transformation d’Abel finie et critère de Dirichlet
La transformation d’Abel est une identité finie, non un théorème nommé au programme MP. Le critère de Dirichlet est démontré dans cette fiche à partir de cette identité et de la convergence absolue. À distinguer du lemme d’Abel pour les séries entières et du théorème d’Abel radial.
MP, méthode classique d’analyse des séries
Prérequis
- Sommes partielles et somme géométrique complexe
- Convergence d’une série absolument convergente dans un espace de dimension finie, au programme MP
Identité finie de sommation par parties
PropositionSomme par parties finie
Soient des scalaires, et . En posant , on a Cette identité ne demande aucune hypothèse de convergence.
Démonstration
Montrons cette égalité. Écrivons dans la somme, puis séparons les deux sommes. Le changement d'indice fait apparaître le terme de bord et les différences : L'identité est établie.
Critère de Dirichlet
ThéorèmeCritère de Dirichlet pour les séries
Supposons que les sommes partielles soient bornées : . Supposons aussi que , que soit décroissante et que . Alors la série converge.
Démonstration
Montrons que les sommes partielles de convergent. Par l'identité finie, Le terme de bord vérifie . Comme , La série transformée converge donc absolument. L'identité finie montre alors que les sommes partielles de la série initiale tendent vers la somme de cette série transformée. Ainsi, converge.
Exemple : une série trigonométrique
ExempleSérie sinus
Pour un réel , la série converge.
Démonstration
Montrons que les sommes partielles de sont bornées. La somme géométrique donne donc son module est majoré par . Sa partie imaginaire montre que est bornée par . On applique alors le critère de Dirichlet à et . La suite est positive, décroissante et tend vers zéro. La série converge.
Attention : la borne des sommes partielles seule n’implique pas la convergence de . La décroissance vers zéro de est essentielle dans ce raisonnement.
Sources
- Programme officiel de mathématiques MP, Bulletin officiel n°31 (2021), notamment convergence absolue et lemme d’Abel pour les séries entières
- ENS, sujet Mathématiques C 2024, filières MP et MPI, repère de méthode sur les sommes partielles en partie I, question 6; la série trigonométrique de cette fiche n’est pas une question reproduite du sujet
- ENS, rapport Mathématiques C 2024, commentaire de la question 6 sur les manipulations de termes et de sommes partielles
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Le terme général d'une série convergente tend vers 0. Exigible avec démonstration, par différence de deux sommes partielles consécutives.
- Lien suite-série : la suite (an) converge si et seulement si la série de terme général an+1 − an converge. Exigible avec démonstration.
- Linéarité de la somme, reste d'ordre n d'une série convergente tendant vers 0. Exigibles.
- Dans un espace normé de dimension finie, toute série absolument convergente converge. Exigible avec démonstration. Le critère de Cauchy est hors programme.
- Comparaison série-intégrale : si f est continue par morceaux, positive et décroissante sur [n₀, +∞[, la série de terme général f(n) et l'intégrale de f sur [n₀, +∞[ sont de même nature, avec encadrement des sommes partielles et des restes. Exigible avec démonstration.
- Séries de Riemann : Σ1/nα converge si et seulement si α > 1. Exigible avec démonstration par comparaison série-intégrale.
- Règle de d'Alembert : si un > 0 et un+1/un tend vers l, convergence si l < 1, divergence grossière si l > 1, aucune conclusion si l = 1. Exigible avec démonstration.
- Sommation des relations de comparaison : si la suite de référence (vn) est de signe constant à partir d'un certain rang, les relations O, o et équivalent entre un et vn se transmettent aux restes si Σv_n converge, aux sommes partielles si Σv_n diverge. Exigible avec démonstration.
- Théorème de Cesàro, limite finie ou infinie. Exigible avec démonstration, comme cas particulier du précédent.
- Critère spécial des séries alternées, avec signe et majoration du reste. Rappel de première année, exigible avec démonstration par suites adjacentes.
- Formule de Stirling. Admise.
- Familles sommables : sommation par paquets, interversion des deux sommes pour une famille sommable, ou pour une famille de réels positifs avec valeur éventuellement infinie. Énoncés utilisables, introduits en probabilités, démonstrations non exigibles.
- Produit de Cauchy de deux séries absolument convergentes. Énoncé dans la section séries entières, démonstration non exigible.
- Hors programme : critère de Cauchy, transformation d'Abel, règle de Raabe-Duhamel, étude systématique des séries semi-convergentes.
Clés de démonstration
Absolue convergence entraîne convergence. Cas réel : un = un⁺ − un⁻ avec un⁺ = max(un, 0) et un⁻ = max(−un, 0), deux suites positives majorées par |un|, dont les séries convergent par comparaison. En dimension finie, on fixe une base et la norme infinie associée, équivalente à la norme donnée. Chaque coordonnée est majorée en valeur absolue par un multiple de ‖un‖, donc chaque série coordonnée converge absolument. Astuce : parties positive et négative, puis coordonnée par coordonnée grâce à l'équivalence des normes.
Comparaison série-intégrale. Pour k ≥ n₀ + 1, la décroissance donne f(k) ≤ f(t) ≤ f(k − 1) sur [k − 1, k], donc l'intégrale de f sur [k, k + 1] ≤ f(k) ≤ l'intégrale de f sur [k − 1, k]. On somme de n₀ + 1 à n. Si l'intégrale converge, les sommes partielles sont majorées et la série à termes positifs converge. Sinon, elles ne sont pas majorées. Astuce : le dessin des rectangles, un seul encadrement, puis on somme.
Règle de d'Alembert. Si l < 1, on choisit q avec l < q < 1. À partir d'un rang N, un+1 ≤ q un, donc un ≤ uN qn−N, et on compare à une série géométrique convergente. Si l > 1, à partir d'un certain rang un+1 ≥ un, la suite est croissante et strictement positive, elle ne tend pas vers 0. Astuce : la limite donne une inégalité stricte pour n grand, que l'on itère.
Sommation des relations de comparaison, cas convergent. Soit ε > 0. Il existe N tel que |uk| ≤ ε vk pour k ≥ N. Σ|uk| converge par comparaison, et pour n ≥ N, |Σk>n uk| ≤ Σk>n |uk| ≤ ε Σk>n vk. C'est exactement Rn(u) = o(Rn(v)). Astuce : on somme l'inégalité sur la queue, le ε sort de la somme. Le cas O est identique avec une constante, le cas équivalent s'obtient en appliquant le cas o à un − vn.
Cas divergent. Même inégalité |uk| ≤ ε vk pour k ≥ N. On coupe : |Sn(u)| ≤ |SN−1(u)| + ε Sn(v) = C + ε Sn(v). Comme Sn(v) tend vers +∞, C ≤ ε Sn(v) à partir d'un certain rang, d'où |Sn(u)| ≤ 2ε Sn(v). Astuce : la partie fixe devient négligeable parce que la somme partielle de référence explose.
Cesàro. Si un tend vers l fini, alors un − l = o(1), la série de terme constant 1 diverge avec sommes partielles n, donc Σk=1n (uk − l) = o(n). Si l = +∞, on utilise 1 = o(un). Astuce : c'est le cas divergent avec la suite de référence constante égale à 1.
Exemples et contre-exemples à connaître
- Σ(−1)n/n converge par le critère spécial et ne converge pas absolument. L'absolue convergence n'est pas nécessaire.
- Les séries de Riemann ont toutes un rapport un+1/un de limite 1, avec des natures différentes selon α. Le cas l = 1 de d'Alembert est réellement indécis.
- Séries de Bertrand : Σ1/(n ln n) diverge et Σ1/(n (ln n)²) converge, par comparaison série-intégrale avec les primitives ln(ln t) et −1/ln t.
- un = (−1)n/√n et vn = un + 1/n sont équivalentes, Σu_n converge et Σv_n diverge. Sans signe constant, l'équivalence ne transmet pas la nature.
- La suite (−1)n a des moyennes de Cesàro de limite 0 sans converger. La réciproque de Cesàro est fausse.
- La famille an,p sur N² définie par an,n = 1, an,n+1 = −1 et 0 sinon. Pour n fixé, la somme sur p vaut 0, donc Σn Σp an,p = 0. Pour p fixé, la somme sur n vaut 0 si p ≥ 1 et 1 si p = 0, donc Σp Σn an,p = 1. La famille n'est pas sommable et les deux sommes itérées diffèrent.
- Le produit de Cauchy de la série de terme général (−1)n/√(n + 1) par elle-même a un terme général de module au moins 1, car chacun des n + 1 produits a un module ≥ 1/(n + 1). Il diverge grossièrement, l'absolue convergence est indispensable.
- f(t) = sin²(πt)/t est positive, continue, non intégrable sur [1, +∞[, alors que f(n) = 0 pour tout entier n. La monotonie est indispensable à la comparaison série-intégrale.
Techniques du chapitre
Technique 1 : équivalent puis Riemann. Mini-exercice : un = 1/n − ln(1 + 1/n). Le développement de ln(1 + x) donne un ~ 1/(2n²) > 0, donc la série converge.
Technique 2 : somme partielle divergente par comparaison série-intégrale. Mini-exercice : Sn = Σk=1n √k. La fonction racine est croissante, donc l'intégrale de √t sur [k − 1, k] ≤ √k ≤ l'intégrale sur [k, k + 1]. En sommant, (2/3) n3/2 ≤ Sn ≤ (2/3)((n + 1)3/2 − 1), donc Sn ~ (2/3) n3/2. Pour une fonction croissante, l'encadrement est dans l'autre sens.
Technique 3 : reste convergent par comparaison série-intégrale. Mini-exercice : reste Rn de Σ1/k³. Pour t ↦ 1/t³ décroissante, l'intégrale de n + 1 à +∞ ≤ Rn ≤ l'intégrale de n à +∞, soit 1/(2(n + 1)²) ≤ Rn ≤ 1/(2n²), donc Rn ~ 1/(2n²).
Technique 4 : d'Alembert devant une factorielle. Mini-exercice : un = n!/nn. Le rapport un+1/un = (n/(n + 1))n = (1 + 1/n)−n tend vers 1/e < 1. La série converge.
Technique 5 : lien suite-série pour un développement asymptotique. Mini-exercice : wn = Hn − ln n, avec Hn = Σk=1n 1/k. On a wn+1 − wn = 1/(n + 1) − ln(1 + 1/n) = O(1/n²), série absolument convergente, donc (wn) converge vers un réel γ, la constante d'Euler, et Hn = ln n + γ + o(1).
Technique 6 : sommation d'équivalents. Mini-exercice : un = 1/(n + √n) ~ 1/n > 0. La série harmonique diverge, donc Σk=1n uk ~ Hn ~ ln n.
Technique 7 : interversion pour une famille positive. Mini-exercice : calculer Σk≥2 (ζ(k) − 1), où ζ(k) = Σn≥1 1/nk. Tous les termes 1/nk avec n ≥ 2 et k ≥ 2 sont positifs, on intervertit : Σn≥2 Σk≥2 1/nk = Σn≥2 1/(n(n − 1)) = Σn≥2 (1/(n − 1) − 1/n) = 1. La somme est finie, donc la famille est sommable et le calcul est justifié.
Technique 8 : série vectorielle par majoration en norme. Mini-exercice : A ∈ Mp(C) et ‖·‖ une norme sous-multiplicative. On a ‖An/n!‖ ≤ ‖A‖n/n!, terme général d'une série convergente, donc ΣAn/n! converge absolument dans Mp(C), de dimension finie. Cela définit exp(A) pour toute matrice.
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Séries de Bertrand Classique à maîtriser
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Soient α et β réels. Déterminer la nature de la série de terme général un = 1/(nα (ln n)β), n ≥ 2.
Technique comparaison à Riemann hors du cas α = 1, comparaison série-intégrale si α = 1.
Voir le corrigé
1. Cas : comparer à une série de Riemann convergente.
Choisissons tel que . Par croissances comparées,
Hypothèses du théorème de comparaison :
- pour tout ;
- ;
- la série converge, car .
Donc la série converge.
2. Cas : comparer à la série harmonique.
Par croissances comparées,
Les termes sont positifs et à partir d'un certain rang. La série harmonique diverge : par comparaison, diverge.
3. Cas : appliquer la comparaison série-intégrale.
Posons pour .
Vérifions les hypothèses avant d'appliquer le théorème :
- est continue sur ;
- est strictement positive sur cet intervalle ;
- est décroissante à partir d'un certain rang, car
Par comparaison série-intégrale, la série et l'intégrale de sont de même nature. Pour , le changement de variable donne
Cette intégrale de Riemann converge en si et seulement si .
Conclusion. La série converge si et seulement si
piège : Oublier de justifier la décroissance de f quand β < 0, ou croire que le logarithme peut changer la nature quand α ≠ 1.
Exercice 2. Terme général d'une série convergente à termes décroissants Classique à maîtriser
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Soit (un) une suite positive décroissante telle que Σu_n converge. Montrer que n un tend vers 0.
Technique minorer un bloc de termes consécutifs par le dernier, puis utiliser les restes.
Voir le corrigé
- Pour n ≥ 1, la décroissance donne Σk=n+12n uk ≥ n u2n. Le membre de gauche vaut Rn − R2n, différence de deux restes, et tend vers 0. Donc 2n u2n tend vers 0.
- Pour les rangs impairs, (2n + 1) u2n+1 ≤ (2n + 1) u2n = (2n u2n)(2n + 1)/(2n), qui tend vers 0.
- Les deux sous-suites tendent vers 0, donc n un tend vers 0.
piège : Oublier la décroissance. Avec un = 1/n si n est un carré parfait et 0 sinon, la série converge et n un = 1 pour une infinité de n.
Exercice 3. Série divergente et sommes partielles
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Soit (un) à termes strictement positifs avec Σu_n divergente, et Sn sa somme partielle de rang n. Montrer que Σu_n/S_n² converge et que Σu_n/Sn diverge.
Technique télescopage pour la convergence, minoration d'un bloc pour la divergence.
Voir le corrigé
- Pour n ≥ 1, un/S_n² = (Sn − Sn−1)/S_n² ≤ (Sn − Sn−1)/(Sn Sn−1) = 1/Sn−1 − 1/Sn. La série télescopique converge car 1/Sn tend vers 0, donc Σu_n/S_n² converge par comparaison de séries à termes positifs.
- Pour m > n, Σk=n+1m uk/Sk ≥ (1/Sm) Σk=n+1m uk = 1 − Sn/Sm, qui tend vers 1 quand m tend vers +∞ à n fixé.
- Si Σu_k/Sk convergeait, son reste Rn majorerait chacune de ces sommes de blocs, donc Rn ≥ 1 pour tout n, ce qui contredit Rn → 0. La série diverge.
piège : Chercher un équivalent explicite de un/Sn. Le résultat tient sans information sur la vitesse de divergence.
Exercice 4. Développement de la série harmonique Classique à maîtriser
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Montrer que Hn = ln n + γ + 1/(2n) + o(1/n).
Technique série des écarts de wn = Hn − ln n, puis sommation des relations de comparaison sur les restes.
Voir le corrigé
- wn+1 − wn = 1/(n + 1) − ln(1 + 1/n). Avec 1/(n + 1) = 1/n − 1/n² + o(1/n²) et ln(1 + 1/n) = 1/n − 1/(2n²) + o(1/n²), on obtient wn+1 − wn ~ −1/(2n²).
- La suite de référence 1/(2n²) est positive et sa série converge, donc Σ(wn+1 − wn) converge, (wn) converge vers γ, et γ − wn = Σk≥n (wk+1 − wk) ~ −Σk≥n 1/(2k²).
- Par comparaison série-intégrale, Σk≥n 1/k² ~ 1/n. Donc γ − wn ~ −1/(2n), soit Hn = ln n + γ + 1/(2n) + o(1/n).
piège : Sommer l'équivalent de 1 à n, ce qui compare des sommes partielles alors que la série converge. Il faut comparer les restes.
Exercice 5. Suite définie par un+1 = un + 1/un Classique à maîtriser
Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP
Soit u0 = 1 et un+1 = un + 1/un. Montrer que un tend vers +∞, que un ~ √(2n), puis que u_n² = 2n + (1/2) ln n + o(ln n).
Technique passer au carré pour obtenir un écart de limite constante, Cesàro, puis sommation d'équivalents.
Voir le corrigé
- La suite est strictement positive et croissante. Si elle convergeait vers l > 0, on aurait l = l + 1/l, absurde. Donc un tend vers +∞.
- un+1² = u_n² + 2 + 1/u_n², donc un+1² − u_n² tend vers 2. Par Cesàro, (u_n² − u_0²)/n tend vers 2, donc u_n² ~ 2n et un ~ √(2n).
- En sommant la relation de récurrence, u_n² − 2n − 1 = Σk=0n−1 1/u_k². Or 1/u_k² ~ 1/(2k), terme positif d'une série divergente, donc par sommation d'équivalents Σk=1n−1 1/u_k² ~ (1/2) Hn−1 ~ (1/2) ln n. D'où u_n² = 2n + (1/2) ln n + o(ln n).
piège : Écrire un ~ √(2n) puis « donc un − √(2n) tend vers 0 ». Un équivalent ne donne rien sur la différence.
Exercice 6. Somme partielle de (ln k)/k
Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP
Soit Sn = Σk=1n (ln k)/k. Donner un équivalent de Sn, puis montrer que Sn − (ln n)²/2 converge.
Technique comparaison série-intégrale avec une fonction décroissante seulement à partir d'un rang, puis série des écarts.
Voir le corrigé
- f(t) = (ln t)/t a pour dérivée (1 − ln t)/t², négative pour t ≥ e. Donc f est positive et décroissante sur [3, +∞[, et une primitive est (ln t)²/2.
- Pour k ≥ 4, l'intégrale de f sur [k, k + 1] ≤ f(k) ≤ l'intégrale de f sur [k − 1, k]. En sommant de 4 à n, Sn − S3 est encadré par ((ln(n + 1))² − (ln 4)²)/2 et ((ln n)² − (ln 3)²)/2. Donc Sn ~ (ln n)²/2.
- Posons wn = f(n) − intégrale de f sur [n, n + 1], pour n ≥ 3. L'encadrement donne 0 ≤ wn ≤ f(n) − f(n + 1), série télescopique convergente car f(n) tend vers 0. Donc Σw_n converge.
- Σk=3n wk = Sn − S2 − ((ln(n + 1))² − (ln 3)²)/2, donc Sn − (ln(n + 1))²/2 converge. Enfin (ln(n + 1))² − (ln n)² = ln(1 + 1/n)(ln(n + 1) + ln n) tend vers 0, d'où le résultat.
piège : Appliquer l'encadrement dès k = 2 alors que f croît sur [1, e]. Un encadrement faux reste faux, même sur les premiers termes.
Exercice 7. Série géométrique de matrices
Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP
Soit A ∈ Mp(C) et ‖·‖ une norme sous-multiplicative sur Mp(C) telle que ‖A‖ < 1. Montrer que ΣAn converge, que I − A est inversible et calculer son inverse.
Technique absolue convergence en dimension finie, puis télescopage et continuité du produit.
Voir le corrigé
- ‖An‖ ≤ ‖A‖n, terme général d'une série géométrique convergente. ΣAn converge absolument, donc converge puisque Mp(C) est de dimension finie. Notons S sa somme et Sn ses sommes partielles.
- (I − A) Sn = Σk=0n (Ak − Ak+1) = I − An+1, et ‖An+1‖ ≤ ‖A‖n+1 tend vers 0.
- L'application X ↦ (I − A)X est linéaire en dimension finie, donc continue. En passant à la limite, (I − A) S = I, et de même S (I − A) = I. Donc I − A est inversible d'inverse S.
piège : Passer à la limite dans un produit sans invoquer la continuité.
Exercice 8. Une série double à termes positifs
Approfondissement · Type oral Centrale
Pour x ∈ [0, 1[, montrer que Σn≥1 xn/(1 − xn) = Σm≥1 d(m) xm, où d(m) est le nombre de diviseurs positifs de m.
Technique développer chaque terme en série géométrique, puis sommer par paquets une famille positive.
Voir le corrigé
- Pour n ≥ 1, xn/(1 − xn) = Σk≥1 xnk, série géométrique de raison xn ∈ [0, 1[.
- La famille (xnk) indexée par (n, k) ∈ (N*)² est à termes positifs. Sa somme se calcule dans n'importe quel ordre, avec une valeur dans [0, +∞].
- On regroupe par paquets selon m = nk. Le paquet d'indice m contient autant de couples (n, k) que de diviseurs n de m, soit d(m) termes égaux à xm.
- Donc Σn≥1 Σk≥1 xnk = Σm≥1 d(m) xm. Le membre de gauche est fini, car xn/(1 − xn) ≤ xn/(1 − x), terme général d'une série convergente. La famille est sommable et l'égalité a lieu dans R.
piège : Intervertir sans le dire. Ici la positivité suffit, mais il faut l'énoncer, puis vérifier la finitude pour conclure dans R.
Exercice 9. Équivalent d'une suite définie par le rapport de ses termes
Approfondissement · Type oral Mines
Soit (un) strictement positive telle que un+1/un = 1 − α/n + O(1/n²), avec α réel. Montrer qu'il existe C > 0 tel que un ~ C/nα. En déduire la nature de Σu_n, puis un équivalent à une constante près de (2n)!/(4n (n!)²).
Technique passer au logarithme, série des écarts, comparaison à 1/n².
Voir le corrigé
- Posons vn = ln(nα un). Alors vn+1 − vn = α ln(1 + 1/n) + ln(1 − α/n + O(1/n²)).
- Avec ln(1 + x) = x + O(x²), le premier terme vaut α/n + O(1/n²) et le second −α/n + O(1/n²). Donc vn+1 − vn = O(1/n²).
- Σ1/n² converge, donc Σ(vn+1 − vn) converge absolument, (vn) converge vers un réel L, et nα un tend vers eL. D'où un ~ C/nα avec C = eL > 0.
- Par équivalence de séries à termes positifs, Σu_n converge si et seulement si α > 1.
- Pour un = (2n)!/(4n (n!)²), le rapport vaut (2n + 1)(2n + 2)/(4(n + 1)²) = (2n + 1)/(2n + 2) = 1 − 1/(2(n + 1)) = 1 − 1/(2n) + O(1/n²). Donc un ~ C/√n et Σu_n diverge. Stirling précise C = 1/√π.
piège : Conclure « d'Alembert donne 1, on ne sait rien » et s'arrêter. Le terme suivant du développement du rapport contient toute l'information.
Exercice HP. Critère de Dirichlet et série trigonométrique
Approfondissement hors programme
Approfondissement facultatif · hors programme en MP
- Soit une suite de scalaires dont les sommes partielles vérifient . Soit une suite positive décroissante qui tend vers zéro. En utilisant l’identité finie de sommation par parties, montrer que converge.
- Pour un réel , calculer une expression de et en déduire que est bornée indépendamment de .
- Conclure que la série converge.
Voir le corrigé
1. Critère de Dirichlet.
L’identité finie donne Le premier terme tend vers zéro puisque . La série transformée converge absolument, car La somme partielle initiale tend donc vers la somme de cette série transformée.
2. Sommes trigonométriques.
La formule géométrique donne Son module est au plus ; sa partie imaginaire est donc uniformément bornée.
3. Série sinus.
Appliquons la question 1 avec et . La suite est positive, décroissante et tend vers zéro. La série converge.
Erreurs fréquentes
- Utiliser un équivalent ou la sommation des relations de comparaison avec une suite de référence qui change de signe.
- Comparer un reste à une somme partielle. Série convergente, on regarde les restes. Série divergente, les sommes partielles.
- Appliquer la comparaison série-intégrale sans monotonie, ou avec un encadrement dans le mauvais sens pour une fonction croissante.
- Intervertir deux signes somme sans sommabilité ni positivité, ou faire un produit de Cauchy sans absolue convergence.
- Déduire d'un équivalent un ~ vn que un − vn tend vers 0, ou déduire de un → 0 la convergence de la série.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de mathématiques de MP, section « Séries numériques et vectorielles ». Elle couvre les séries à valeurs dans un espace normé de dimension finie, la comparaison série-intégrale, la règle de d'Alembert et la sommation des relations de comparaison. Les familles sommables et le produit de Cauchy sont traités en fin de fiche, avec indication de leur statut exact dans le programme. Les résultats de première année sur les séries numériques sont rappelés sans démonstration.