Le cours
Résumé en cinq points
- L'intensité est un débit de charges, la tension une différence de potentiel. Les deux sont algébriques et n'ont de sens qu'avec une flèche dessinée sur le schéma.
- Loi des nœuds : conservation de la charge. Loi des mailles : le potentiel est une fonction du point. Ce sont les deux seules lois générales des circuits.
- Une source réelle se modélise par en convention générateur, un dipôle résistif par en convention récepteur.
- Les résistances s'ajoutent en série, leurs inverses s'ajoutent en parallèle. Le pont diviseur de tension ne vaut que si les deux résistances sont traversées par le même courant.
- La puissance reçue vaut . Dans une résistance elle vaut et est toujours dissipée. Un bilan de puissance s'obtient en multipliant la loi des mailles par l'intensité.
Pourquoi ce chapitre
Presque toute mesure physique passe aujourd'hui par un signal électrique. Un thermomètre, un pH-mètre, un sismomètre, un capteur de lumière délivrent une tension que l'on enregistre. Ce chapitre donne les outils minimaux pour comprendre et concevoir le circuit qui entoure un capteur :
- les deux lois de Kirchhoff ;
- la loi d'Ohm ;
- le pont diviseur de tension ;
- le bilan de puissance.
Il installe aussi une discipline de rédaction : l'algébrisation. Une flèche de tension et une flèche de courant orientées et dessinées avant tout calcul évitent la moitié des erreurs de signe. Enfin il fixe les ordres de grandeur nécessaires à la prévention du risque électrique.
1Les grandeurs électriques
1.1Charge et intensité
La charge électrique s'exprime en coulombs. Elle est quantifiée : tout porteur porte un multiple entier de la charge élémentaire . Les porteurs sont les électrons dans un métal, les ions en solution, ce qui est le cas dans les milieux biologiques.
Définition 1.1Intensité du courant
L'intensité du courant dans une branche est le débit de charges à travers une section du conducteur. Si est la charge algébrique traversant la section dans le sens choisi pendant la durée , alors L'unité est l'ampère : .
Comme toute grandeur algébrique, l'intensité n'a de sens qu'une fois une flèche d'orientation dessinée sur le schéma. Une intensité négative signifie que le courant circule dans le sens opposé à la flèche choisie.
RemarqueSens conventionnel
Le sens conventionnel du courant est celui du déplacement des charges positives, donc l'opposé du déplacement des électrons dans un métal.
1.2Régime stationnaire
Définition 1.2Régime stationnaire
En régime variable, les grandeurs dépendent du temps. En régime stationnaire, ou continu, toutes les grandeurs électriques sont indépendantes du temps. On note alors les grandeurs en majuscules, et .
C'est le cadre de tout ce chapitre.
1.3Potentiel et tension
À chaque point d'un circuit on associe un potentiel électrique , en volts. Le potentiel n'est défini qu'à une constante près : il faut choisir une référence, le point de potentiel nul, appelé masse et représenté par un symbole dédié sur le schéma.
Définition 1.3Tension
La tension entre deux points A et B est la différence de potentiel On la représente par une flèche allant de B vers A, c'est-à-dire pointant vers le premier indice.
La tension ne dépend pas du choix de la référence.
RemarqueMise à la terre
La mise à la terre relie une carcasse métallique au sol, dont le potentiel sert de référence. Elle protège l'utilisateur en offrant au courant de défaut un chemin qui ne passe pas par le corps.
1.4Loi des nœuds
Définition 1.4Nœud
Un nœud est un point du circuit où se rejoignent au moins trois branches.
Loi 1.5Loi des nœuds
Hypothèses
- régime stationnaire ;
- conservation de la charge : rien ne s'accumule en un nœud.
Alors la somme des intensités algébriques qui arrivent en un nœud est égale à la somme de celles qui en repartent. En pratique, on écrit la somme algébrique des courants, comptés positivement quand ils entrent et négativement quand ils sortent, et on l'égale à zéro.
Conséquence immédiate : deux dipôles en série sont traversés par la même intensité.
1.5Loi des mailles
Définition 1.6Maille
Une maille est un chemin fermé du circuit.
Loi 1.7Loi des mailles
Hypothèse : le potentiel est une fonction bien définie en chaque point, on revient donc à sa valeur de départ après un tour complet.
Alors la somme algébrique des tensions le long d'une maille orientée est nulle. On compte positivement les tensions dont la flèche est dans le sens de parcours et négativement les autres.
Conséquence immédiate : deux dipôles en parallèle portent la même tension.
1.6Conventions récepteur et générateur
Sur un dipôle, on oriente la flèche de courant et la flèche de tension. Deux choix seulement :
- convention récepteur : les deux flèches sont en sens contraire. La puissance reçue s'écrit alors ;
- convention générateur : les deux flèches sont dans le même sens. La puissance fournie au reste du circuit s'écrit alors .
Ces conventions ne présagent pas du comportement réel du dipôle. Un dipôle en convention récepteur qui donne négatif se comporte en générateur. C'est le cas d'un accumulateur en charge et d'un accumulateur en décharge, décrits avec la même convention.
1.7Ordres de grandeur et risque électrique
Exemple 1.8Tensions
- potentiel de repos d'une membrane cellulaire : de l'ordre de ;
- pile usuelle : ;
- batterie de voiture : ;
- secteur : en valeur efficace ;
- ligne de transport : .
Exemple 1.9Intensités
- quelques microampères pour un signal de capteur ;
- quelques milliampères en électronique ;
- plusieurs ampères pour un appareil électroménager.
La résistance du corps humain entre deux mains est de l'ordre de quelques milliers d'ohms à sec, et chute fortement si la peau est humide. Ce qui blesse est le courant qui traverse le corps, pas la tension en elle-même.
RemarqueRepères de risque
- seuil de perception : de l'ordre du milliampère ;
- contraction musculaire empêchant de lâcher la prise : vers ;
- risque sérieux de fibrillation cardiaque : au-delà de quelques dizaines de milliampères.
C'est pourquoi les tensions de sécurité en milieu humide sont très basses et pourquoi on ne manipule jamais un montage sous tension avec les mains humides.
2Circuits en régime continu
2.1Dipôle et caractéristique
Définition 2.1Dipôle et caractéristique
Un dipôle est un composant à deux bornes. Sa caractéristique est la courbe donnant en fonction de , ou l'inverse, en convention récepteur. Elle résume tout son comportement.
2.2Source de tension et représentation de Thévenin
Définition 2.2Source de tension idéale
Une source de tension idéale impose entre ses bornes une tension constante , appelée force électromotrice, quelle que soit l'intensité débitée. Sa caractéristique est une droite horizontale.
C'est un modèle : aucun générateur réel ne peut débiter un courant infini.
Définition 2.3Représentation de Thévenin
La représentation de Thévenin modélise une source réelle par une source de tension idéale de force électromotrice en série avec une résistance interne . En convention générateur, sa caractéristique est
Lecture de la caractéristique : c'est une droite de pente , d'ordonnée à l'origine .
- La valeur de se lit à courant nul : c'est la tension à vide.
- Le point où s'annule donne le courant de court-circuit .
- Plus est faible, plus la source est proche de l'idéale.
Une pile usée se reconnaît à une résistance interne devenue grande : sa tension chute dès qu'on lui demande du courant.
2.3Dipôle résistif et loi d'Ohm
Loi 2.4Loi d'Ohm
Hypothèses
- conducteur ohmique à température fixée ;
- dipôle linéaire (pas une diode) ;
- convention récepteur.
Alors où est la résistance, en ohms. La caractéristique est une droite passant par l'origine, de pente .
La conductance est , en siemens. La loi d'Ohm est une loi de comportement. Elle cesse d'être vérifiée si le composant s'échauffe notablement.
AttentionSigne de la loi d'Ohm
Le signe compte : en convention générateur, la même résistance obéit à .
2.4Associations de deux résistances
Propriété 2.5Résistance équivalente en série
Hypothèse : les deux résistances sont traversées par la même intensité.
Alors la loi des mailles donne , donc Elle est plus grande que chacune des deux.
Propriété 2.6Résistance équivalente en parallèle
Hypothèse : les deux résistances portent la même tension.
Alors la loi des nœuds donne , donc soit . Elle est plus petite que chacune des deux.
RemarqueVérification rapide
Si les deux résistances sont égales à , l'association série vaut et l'association parallèle vaut .
2.5Pont diviseur de tension
Propriété 2.7Pont diviseur de tension
Hypothèses
- deux résistances et en série, soumises à une tension totale ;
- elles sont réellement traversées par la même intensité (aucun dipôle en dérivation).
Alors la tension aux bornes de vaut
Démonstration
L'intensité commune vaut par association série, puis .
AttentionCondition de validité
Si un troisième dipôle est branché en dérivation sur , la formule est fausse. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre. Remède : soit on inclut le dipôle de dérivation dans une résistance équivalente, soit on revient aux lois des nœuds et des mailles.
2.6Mettre en œuvre un capteur résistif
Définition 2.8Capteur résistif
Un capteur résistif est un dipôle dont la résistance dépend d'une grandeur physique.
Exemple 2.9Capteurs résistifs
- la thermistance, dont la résistance dépend de la température ;
- la photorésistance, dont la résistance chute quand l'éclairement augmente ;
- la jauge de contrainte, dont la résistance varie avec l'allongement.
Montage type. On place le capteur en série avec une résistance fixe , et on alimente l'ensemble par une source de tension continue de force électromotrice . On mesure la tension aux bornes de l'un des deux dipôles, avec un voltmètre ou une entrée analogique de microcontrôleur. Le pont diviseur donne On inverse cette relation pour remonter à , puis à la grandeur mesurée grâce à une courbe d'étalonnage.
Deux précautions :
- choisir du même ordre que la résistance du capteur rend la tension mesurée plus sensible aux variations ;
- la résistance d'entrée du voltmètre doit être très grande devant celle du capteur, sinon le pont diviseur est faussé par la dérivation.
3Aspect énergétique
3.1Puissance électrique
Définition 3.1Puissance et énergie électriques
La puissance reçue par un dipôle en convention récepteur vaut , en watts. L'énergie reçue pendant une durée en régime stationnaire vaut , en joules.
Le kilowattheure est une unité pratique d'énergie : .
3.2Effet Joule
Propriété 3.2Effet Joule
Pour un dipôle résistif en convention récepteur, en remplaçant par , la puissance reçue s'écrit Elle est toujours positive, quel que soit le signe de .
Une résistance ne peut donc que recevoir de l'énergie électrique, jamais en fournir. Cette énergie est entièrement convertie en énergie interne et cédée au milieu extérieur sous forme de transfert thermique. C'est l'effet Joule, utile dans une bouilloire ou un radiateur, nuisible dans une ligne électrique et dans un circuit intégré.
Exemple 3.3Lignes à très haute tension
Pour transporter une puissance donnée , augmenter permet de diminuer , donc de diminuer les pertes en dans les câbles. C'est la raison des lignes à très haute tension.
RemarqueOrdres de grandeur de puissance
- diode électroluminescente de signalisation : ;
- lampe domestique : ;
- ordinateur portable : ;
- métabolisme de base humain : environ ;
- bouilloire : .
3.3Bilan de puissance dans un circuit
Capacité exigible. On considère par exemple une source réelle de force électromotrice et de résistance interne alimentant une résistance . La loi des mailles donne . En multipliant chaque terme par , on obtient
Lecture de chaque terme :
- est la puissance fournie par la source idéale, convertie d'une autre forme d'énergie, chimique dans une pile ;
- est la puissance dissipée par effet Joule dans la source elle-même, elle est perdue ;
- est la puissance utile, dissipée dans la résistance de charge.
MéthodeBilan de puissance
- Écrire la loi des mailles.
- Multiplier par l'intensité.
- Identifier chaque terme comme une puissance fournie ou reçue.
À retenir
Le bilan traduit la conservation de l'énergie : la somme des puissances fournies est égale à la somme des puissances reçues.
4Capacités expérimentales et numériques
- Utiliser un multimètre numérique. L'ampèremètre se branche en série dans la branche dont on mesure le courant, et sa résistance interne doit être très faible. Le voltmètre se branche en dérivation aux bornes du dipôle, et sa résistance interne doit être très grande.
- Relever la caractéristique d'un dipôle en faisant varier la tension d'alimentation, puis tracer en fonction de avec matplotlib, avec légende et échelles adaptées. Pour un dipôle résistif, la pente obtenue par polyfit de numpy donne avec son incertitude.
- Déterminer et d'une source réelle en traçant en fonction de et en exploitant l'ordonnée à l'origine et la pente.
- Mettre en œuvre un capteur résistif dans un pont diviseur, tracer la courbe d'étalonnage et l'exploiter pour une mesure.
- Respecter les règles de sécurité : ne jamais modifier un montage sous tension, vérifier le câblage avant d'alimenter.
AttentionAmpèremètre et voltmètre
Inverser les deux appareils est une erreur classique. Brancher un ampèremètre en dérivation sur une source revient à la court-circuiter.
Méthodes
MéthodeRésoudre un circuit en régime continu
- Dessiner le schéma au propre. Placer la masse, orienter toutes les flèches de courant et de tension avant tout calcul.
- Repérer ce qui est en série et ce qui est en parallèle. Deux dipôles en série ont le même courant, deux dipôles en parallèle ont la même tension.
- Simplifier par associations équivalentes avant d'écrire des équations.
- Avant d'utiliser un pont diviseur, vérifier qu'aucune branche ne dérive le courant.
- Compter les inconnues et écrire autant d'équations indépendantes, en combinant lois des nœuds et lois des mailles.
- Vérifier le résultat. Une résistance équivalente parallèle plus grande que chacune des résistances est une erreur, une puissance Joule négative aussi.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Relier l'intensité au débit de charges et commenter le sens conventionnel du courant.
- Énoncer la loi des nœuds et la loi des mailles, et dire de quel principe physique chacune découle.
- Dessiner un dipôle en convention récepteur puis en convention générateur, et écrire la loi d'Ohm dans les deux cas.
- Tracer la caractéristique d'une source modélisée par une représentation de Thévenin et y lire et .
- Démontrer les deux formules d'association de résistances à partir des lois de Kirchhoff.
- Démontrer la formule du pont diviseur de tension et énoncer sa condition de validité.
- Décrire le montage d'un capteur résistif et expliquer le choix de la résistance associée.
- Établir un bilan de puissance complet dans un circuit à une maille et nommer chaque terme.
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Intensité : i = dq/dt, avec dq la charge algébrique traversant une section dans le sens de la flèche. Relation exigible, ainsi que I = n·q·v·S pour des porteurs de densité n, de charge q et de vitesse moyenne v.
- Loi des nœuds : la somme des intensités entrantes est égale à la somme des intensités sortantes. Exigible avec justification par la conservation de la charge en régime stationnaire. En régime variable, elle suppose une approximation vue en S.3.
- Loi des mailles : la somme algébrique des tensions le long d'une maille orientée est nulle. Exigible avec justification, le potentiel est une fonction du point.
- Conventions : en convention récepteur, P = U·I est la puissance reçue. En convention générateur, P = U·I est la puissance fournie. Exigible.
- Source idéale de tension : U = E quel que soit I. Modèle, exigible.
- Représentation de Thévenin : U = E − r·I en convention générateur. Exigible, avec lecture de E et de r sur la caractéristique.
- Loi d'Ohm : U = R·I en convention récepteur, pour un conducteur ohmique à température fixée. Loi de comportement expérimentale, exigible sans démonstration.
- Association série de deux résistances : Rs = R₁ + R₂. Exigible avec démonstration.
- Association parallèle de deux résistances : 1/Rp = 1/R₁ + 1/R₂. Exigible avec démonstration.
- Pont diviseur de tension : U₁ = U·R₁/(R₁ + R₂), si R₁ et R₂ sont traversées par la même intensité. Exigible avec démonstration et condition.
- Puissance et énergie : P = U·I, W = U·I·Δt en régime stationnaire. Exigible.
- Effet Joule : P = R·I² = U²/R ≥ 0. Exigible avec démonstration.
- Bilan de puissance d'un circuit : exigible.
- Hors programme : diviseur de courant, théorème de Millman, équivalence Thévenin et Norton, superposition. On peut toujours retrouver leurs résultats par les lois des nœuds et des mailles, et c'est ce qu'on attend. La formule R = ρ·L/S ne s'utilise que si elle est fournie.
Clés de démonstration
Intensité et débit. Pendant dt, les porteurs qui traversent la section S sont ceux contenus dans un cylindre de longueur v·dt. Ce cylindre contient n·S·v·dt porteurs, qui transportent la charge dq = n·q·S·v·dt. En divisant par dt, on obtient I = n·q·v·S. L'astuce est de compter les porteurs dans un volume balayé.
Loi des nœuds. On entoure le nœud d'une surface fermée. En régime stationnaire, la charge contenue dans cette surface ne varie pas. Ce qui entre compense donc exactement ce qui sort. L'astuce est d'invoquer la conservation de la charge et l'absence d'accumulation.
Loi des mailles. On écrit chaque tension comme une différence de potentiels, UAB = VA − VB. Le long d'une maille A, B, C, retour en A, la somme télescopique (VA − VB) + (VB − VC) + (VC − VA) est nulle. L'astuce est le télescopage, possible parce que le potentiel ne prend qu'une valeur en chaque point.
Association série. La loi des nœuds impose la même intensité I dans R₁ et dans R₂. La loi des mailles donne U = U₁ + U₂ = (R₁ + R₂)·I. On identifie avec U = Rs·I. L'astuce est l'égalité des courants.
Association parallèle. La loi des mailles impose la même tension U aux bornes de R₁ et de R₂. La loi des nœuds donne I = I₁ + I₂ = U/R₁ + U/R₂. On identifie avec I = U/Rp. L'astuce est l'égalité des tensions. Ici les conductances s'ajoutent.
Pont diviseur. Même courant dans les deux résistances, donc I = U/(R₁ + R₂). Puis U₁ = R₁·I. Tout repose sur l'hypothèse que rien ne sort entre R₁ et R₂. Si une branche en dérivation prélève du courant, la première égalité tombe.
Effet Joule et bilan. On remplace U par R·I dans P = U·I, ce qui donne un carré, donc une grandeur positive. Pour un circuit, on écrit la loi des mailles puis on multiplie chaque terme par I. Chaque produit se lit comme une puissance fournie ou reçue. C'est la traduction de la conservation de l'énergie.
Exemples et contre-exemples à connaître
- Deux résistances égales à R : 2R en série, R/2 en parallèle. C'est le test de cohérence le plus rapide.
- R en parallèle avec une résistance très petite : l'ensemble vaut à peu près la petite. Un fil idéal en parallèle court-circuite R, qui ne voit plus aucun courant.
- Interrupteur ouvert : I = 0, mais la tension à ses bornes peut valoir E. Un courant nul n'implique pas une tension nulle.
- Pont diviseur chargé : deux résistances R sous E donnent E/2 à vide, mais E/3 si l'on branche une troisième résistance R sur la sortie. C'est le contre-exemple fondamental de la formule.
- Accumulateur en charge : décrit en convention générateur, il donne U·I < 0. Il reçoit de la puissance. La convention ne dit rien du comportement réel.
- Pile usée : sa tension à vide reste proche de 1,5 V, mais sa résistance interne a beaucoup augmenté. Un voltmètre seul ne la détecte pas.
- Diode : sa caractéristique n'est pas une droite. La loi d'Ohm ne s'y applique pas.
- Voltmètre branché en série : il ne mesure presque que la tension de la source et bloque le courant. Ampèremètre branché en dérivation sur une source : il la court-circuite.
- Même résistance, tensions différentes : sur un corps de résistance 1 kΩ, 230 V donnent 230 mA, potentiellement mortels. 12 V donnent 12 mA, déjà au-dessus du seuil de non-lâcher (environ 10 mA) mais loin du risque sérieux de fibrillation.
Techniques du chapitre
-
Placer la masse et raisonner en potentiels. Pile de 9 V, pôle moins à la masse, en série avec R₁ = 1 kΩ puis R₂ = 2 kΩ. I = 9/3000 = 3 mA. Le point entre R₁ et R₂ est au potentiel R₂·I = 6 V, et U_R₁ = 9 − 6 = 3 V.
-
Réduire de l'intérieur vers l'extérieur. Réseau : 6 Ω en parallèle avec 3 Ω, le tout en série avec 4 Ω. 6·3/(6 + 3) = 2 Ω, puis 2 + 4 = 6 Ω. On ne combine jamais deux dipôles qui ne sont ni en série ni en parallèle.
-
Tester le pont diviseur avant de l'écrire. E = 10 V sur R et 3R en série : la tension aux bornes de 3R vaut 7,5 V. Si l'on branche R sur 3R, on remplace d'abord 3R∥R par 3R/4, et U = 10 × (3/4)/(1 + 3/4) = 4,3 V.
-
Loi des nœuds écrite en potentiels. Deux sources, E₁ = 12 V et E₂ = 6 V, de résistances internes 2 Ω, alimentent en parallèle R = 4 Ω. Soit V le potentiel du nœud commun. (12 − V)/2 + (6 − V)/2 = V/4 donne V = 7,2 V. I₁ = 2,4 A et I₂ = −0,6 A : la source 2 est en charge.
-
Lire une caractéristique de Thévenin. Tension à vide 4,5 V, droite extrapolée coupant l'axe des courants à 2,25 A. E = 4,5 V et r = 4,5/2,25 = 2 Ω. On extrapole le courant de court-circuit, on ne le mesure jamais sur une vraie pile.
-
Multiplier la loi des mailles par I. Source E = 12 V, r = 0,5 Ω, charge R = 5,5 Ω. I = 12/6 = 2 A. E·I = 24 W fournis, r·I² = 2 W perdus, R·I² = 22 W utiles. Le rendement vaut 92 %.
-
Convertir les capacités de batterie. Batterie de téléphone : 2000 mA·h sous 3,7 V. Charge 2 × 3600 = 7200 C. Énergie 7200 × 3,7 = 26,6 kJ, soit 7,4 W·h.
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Vitesse des électrons dans un fil
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Un fil de cuivre de section 1,5 mm² est parcouru par 10 A. On donne la densité d'électrons libres n = 8,5·10²⁸ m⁻³. Calculer le nombre d'électrons traversant une section par seconde, puis leur vitesse moyenne. Commenter.
Technique relier l'intensité au débit de charges.
Voir le corrigé
- Chaque seconde passe une charge de 10 C, soit 10/(1,6·10⁻¹⁹) = 6,3·10¹⁹ électrons.
- I = n·e·v·S donne v = 10/(8,5·10²⁸ × 1,6·10⁻¹⁹ × 1,5·10⁻⁶) = 4,9·10⁻⁴ m·s⁻¹, soit un demi-millimètre par seconde.
- Un électron met environ 34 min pour parcourir un mètre. Pourtant la lampe s'allume instantanément. Ce qui se propage vite, c'est la mise en mouvement de tous les électrons du circuit, pas les électrons eux-mêmes.
piège : Confondre la vitesse des porteurs avec la vitesse du signal électrique.
Exercice 2. Réseau à trois résistances
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Une source idéale E = 12 V alimente R₁ = 100 Ω en série avec l'association parallèle de R₂ = 200 Ω et R₃ = 300 Ω. Calculer toutes les intensités et toutes les tensions.
Technique réduction, puis remontée vers les branches.
Voir le corrigé
- R₂∥R₃ = 200 × 300/500 = 120 Ω. Résistance totale 220 Ω.
- I₁ = 12/220 = 54,5 mA. Pont diviseur légitime entre R₁ et le bloc équivalent : U₂₃ = 12 × 120/220 = 6,55 V, et U₁ = 5,45 V.
- I₂ = 6,55/200 = 32,7 mA, I₃ = 6,55/300 = 21,8 mA.
- Vérification par la loi des nœuds : 32,7 + 21,8 = 54,5 mA.
piège : Appliquer le pont diviseur entre R₁ et R₂ seule, alors que R₃ dérive du courant.
Exercice 3. Pont diviseur chargé
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Deux résistances R en série sous E. On branche une charge RL en parallèle sur la résistance du bas. Exprimer la tension de sortie U. Dans quelle condition vaut-elle E/2 à moins de 5 % près ?
Technique remplacer la dérivation par une résistance équivalente.
Voir le corrigé
- Le bloc du bas vaut Req = R·RL/(R + RL).
- Pont diviseur entre R et Req : U = E·Req/(R + Req) = E·RL/(R + 2R_L).
- Si RL tend vers l'infini, U tend vers E/2. Si RL = R, U = E/3, soit 33 % d'erreur.
- L'écart relatif vaut (E/2 − U)/(E/2) = 1 − 2R_L/(R + 2R_L) = R/(R + 2R_L). Il est inférieur à 5 % si et seulement si R + 2R_L ≥ 20R, soit RL ≥ 9,5R. En pratique, il faut une charge environ dix fois plus grande que R (pour RL = 10R, l'écart vaut 4,8 %).
piège : C'est exactement la raison pour laquelle un voltmètre doit avoir une grande résistance d'entrée.
Exercice 4. Caractériser une pile
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Une pile débite 0,10 A sous 1,40 V, puis 0,40 A sous 1,10 V. Déterminer E et r. On la branche sur R = 4,0 Ω. Calculer I, U et le rendement.
Technique caractéristique de Thévenin en convention générateur.
Voir le corrigé
- U = E − r·I, donc r = (1,40 − 1,10)/(0,40 − 0,10) = 1,0 Ω.
- E = 1,40 + 1,0 × 0,10 = 1,50 V. Courant de court-circuit extrapolé 1,5 A.
- Avec R = 4,0 Ω : I = 1,50/5,0 = 0,30 A, U = R·I = 1,20 V.
- Puissance utile 0,36 W, pertes internes 0,09 W, fournie 0,45 W. Rendement 80 %.
piège : Écrire U = E + r·I en changeant de convention sans changer le signe.
Exercice 5. Risque électrique
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Une personne touche d'une main la carcasse d'un appareil portée par un défaut à 230 V, les pieds au sol. La résistance totale du trajet vaut environ 5 kΩ avec des chaussures sèches, 1 kΩ pieds nus sur sol mouillé. Estimer le courant. Quelle tension maximale garantit moins de 10 mA dans le cas humide ? Rôle de la mise à la terre ?
Technique loi d'Ohm et repères physiologiques.
Voir le corrigé
- Cas sec : I = 230/5000 = 46 mA, au-delà du seuil de non-lâcher et proche du risque de fibrillation.
- Cas humide : I = 230 mA, très dangereux.
- I < 10 mA avec 1 kΩ impose U < 10 V. C'est l'ordre de grandeur des très basses tensions de sécurité en milieu humide.
- Reliée à la terre par un conducteur de très faible résistance, la carcasse reste à un potentiel proche de celui du sol. Le courant de défaut passe par ce conducteur, et le dispositif de protection le détecte et coupe le circuit.
piège : Dire que la tension tue. C'est le courant, fixé par la tension et par une résistance très variable.
Exercice 6. Puissance maximale transférée
Classiques de khôlle et concours · Type écrit Agro-Véto
Une source E, r alimente une résistance R variable. Exprimer la puissance P reçue par R. Pour quelle valeur est-elle maximale ? Que vaut alors le rendement ?
Technique bilan de puissance puis étude de fonction.
Voir le corrigé
- I = E/(R + r), P = R·E²/(R + r)².
- dP/dR = E²·(r − R)/(R + r)³. P croît puis décroît, avec un maximum en R = r.
- Pmax = E²/(4r). Pour E = 4,5 V et r = 1,5 Ω, Pmax = 3,4 W.
- Le rendement vaut R/(R + r), soit 50 % au maximum de puissance. On perd autant dans la source que dans la charge.
piège : Croire que puissance maximale et rendement maximal coïncident. Le rendement tend vers 1 quand R devient grande, mais la puissance tend alors vers zéro.
Exercice 7. Thermomètre à thermistance
Classiques de khôlle et concours · Type écrit Agro-Véto
Une thermistance Rc est en série avec R₀ = 10 kΩ sous E = 5,0 V. On mesure U aux bornes de R₀. Étalonnage : Rc = 10,0 kΩ à 25 °C, 8,0 kΩ à 30 °C, 6,5 kΩ à 35 °C, 5,3 kΩ à 40 °C. On lit U = 3,0 V. Déterminer la température. Justifier le choix de R₀ et discuter les perturbations.
Technique inverser un pont diviseur, puis optimiser sa sensibilité.
Voir le corrigé
- U = E·R₀/(R₀ + Rc), donc Rc = R₀·(E/U − 1) = 10 × (5/3 − 1) = 6,67 kΩ.
- Interpolation linéaire entre 30 et 35 °C : T ≈ 30 + 5 × (8,0 − 6,67)/(8,0 − 6,5) = 34 °C.
- Sensibilité : dU/dR_c = −E·R₀/(R₀ + Rc)². À Rc fixée, la dérivée de R₀/(R₀ + Rc)² par rapport à R₀ vaut (Rc − R₀)/(R₀ + Rc)³. Elle s'annule en R₀ = Rc, qui maximise la sensibilité.
- Un voltmètre de 10 MΩ en parallèle sur R₀ la fait passer à 9,99 kΩ : erreur négligeable. Le courant vaut 0,3 mA, la puissance Joule dans le capteur 0,6 mW. Il faut qu'elle ne l'échauffe pas notablement.
piège : Oublier l'auto-échauffement, qui fausse la température mesurée.
Exercice 8. Pont de Wheatstone et jauge de contrainte
Classiques de khôlle et concours · Type écrit G2E
Deux ponts diviseurs sont alimentés en parallèle par E. Branche 1 : R₁ en haut, R₂ en bas, point milieu A. Branche 2 : R₃ en haut, R₄ en bas, point milieu B. Le bas est à la masse. Exprimer UAB. Condition d'équilibre. On prend R₁ = R₃ = R₄ = R et une jauge R₂ = R·(1 + x) avec x petit.
Technique deux ponts diviseurs, légitimes car rien n'est prélevé en A et en B.
Voir le corrigé
- VA = E·R₂/(R₁ + R₂), VB = E·R₄/(R₃ + R₄), UAB = VA − VB.
- UAB = 0 si et seulement si R₂·(R₃ + R₄) = R₄·(R₁ + R₂), soit R₁·R₄ = R₂·R₃.
- Avec la jauge : UAB = E·[(1 + x)/(2 + x) − 1/2] = E·x/(2(2 + x)), environ E·x/4.
- Pour E = 5 V et x = 2·10⁻³, UAB = 2,5 mV. Mesurer VA seul reviendrait à détecter 2,5 mV sur 2,5 V. Le pont donne directement l'écart, mesuré autour de zéro.
piège : L'hypothèse d'un voltmètre de résistance infinie entre A et B est indispensable. Sinon les deux ponts sont chargés.
Exercice 9. Pertes en ligne
Classiques de khôlle et concours · Type écrit Agro-Véto
Une ville reçoit P = 10 MW sous la tension Uc. La ligne a une résistance totale de 5,0 Ω. Comparer Uc = 20 kV et Uc = 400 kV. Établir la loi générale.
Technique bilan de puissance sur une maille.
Voir le corrigé
- I = P/Uc : 500 A à 20 kV, 25 A à 400 kV.
- Pertes R·I² : 5 × 500² = 1,25 MW, soit 12,5 % de P. À 400 kV : 5 × 25² = 3,1 kW, soit 0,03 %.
- Bilan : la centrale fournit P + R·I², soit 11,25 MW sous 22,5 kV dans le premier cas.
- Loi générale : pertes/P = R·P/U_c². Multiplier la tension par 20 divise les pertes par 400.
piège : Calculer les pertes par U_c²/R. Uc n'est pas la tension aux bornes de la ligne, qui vaut seulement R·I.
Exercice 10. Échelle infinie de résistances
Approfondissement · Type oral ENS, plus exigeant
Une échelle est formée de cellules identiques. Chaque cellule comporte une résistance R en série, puis une résistance R en parallèle vers la masse. On admet que la résistance d'entrée Re de l'échelle infinie existe. La calculer, puis trouver le rapport des tensions d'une cellule à la suivante.
Technique invariance par ajout d'une cellule, avec seulement des associations de deux résistances.
Voir le corrigé
- Ajouter une cellule devant l'échelle infinie ne la change pas. Re = R + R·Re/(R + Re).
- Après développement, R_e² − R·Re − R² = 0. La racine positive est Re = R·(1 + √5)/2, environ 1,618R.
- Le bloc en parallèle vaut R∥Re = Re − R d'après l'équation. Pont diviseur : V_(n+1)/Vn = (Re − R)/Re, environ 0,382.
- La tension décroît géométriquement, d'un facteur 0,382 par cellule. Une échelle de quelques cellules terminée par une résistance quelconque, par exemple R, a donc une résistance d'entrée très proche de Re. Terminée exactement par Re, elle lui est rigoureusement équivalente quel que soit le nombre de cellules, par la même invariance qu'à l'étape 1.
piège : Oublier de justifier le choix de la racine positive, ou écrire le pont diviseur avec R au lieu du bloc R∥Re.
Erreurs fréquentes
- Appliquer le pont diviseur à deux résistances qui ne sont pas traversées par le même courant, parce qu'une branche en dérivation n'a pas été repérée.
- Écrire des lois sans flèches dessinées, puis mélanger les conventions. Cela donne U = R·I en convention générateur ou une puissance Joule négative.
- Additionner des résistances en parallèle, ou trouver une résistance parallèle plus grande que chacune des deux.
- Confondre tension à vide et tension en charge d'une source réelle, ou lire E sur la pente et r sur l'ordonnée à l'origine.
- Calculer une puissance dissipée par U²/R avec une tension qui n'est pas celle aux bornes de la résistance considérée, typiquement dans les exercices de lignes et de bilans.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de BCPST 1 (2021), thème S « ondes et signaux », partie S.2. Elle couvre les grandeurs électriques et leurs lois, l'étude des circuits en régime continu autour du dipôle résistif et de la source de tension, et l'aspect énergétique. La dynamique des circuits du premier ordre relève de la partie S.3, au second semestre.