Le cours
Résumé en cinq points
- La force de Lorentz s'écrit . Sur une particule chargée, la gravitation est négligeable de plusieurs ordres de grandeur.
- La force magnétique ne travaille jamais. Un champ électrique modifie l'énergie cinétique, un champ magnétique ne fait que courber la trajectoire.
- Dans un champ électrostatique uniforme, l'accélération vaut et est constante. La trajectoire est une parabole, ou une droite si la vitesse initiale est colinéaire au champ.
- Une accélération par une différence de potentiel donne , soit une énergie de électronvolts pour une charge élémentaire.
- Dans un champ magnétostatique uniforme avec vitesse initiale perpendiculaire, le mouvement est circulaire uniforme de rayon et de pulsation , indépendante de la vitesse.
Pourquoi ce chapitre
Ce chapitre est court et c'est voulu. Il ne contient aucune loi nouvelle de mécanique, il applique la deuxième loi de Newton à une force nouvelle, la force de Lorentz. Le programme demande que les étudiants soient autonomes sur deux situations de base :
- l'accélération par un champ électrique ;
- le mouvement circulaire dans un champ magnétique.
Ces deux situations se ramènent à des mouvements déjà connus, le mouvement à accélération constante et le mouvement circulaire uniforme.
Le chapitre installe une comparaison d'ordres de grandeur qui explique pourquoi on néglige systématiquement la gravitation à l'échelle des particules. Il donne le vocabulaire des accélérateurs, spectromètres de masse et dispositifs de déviation de faisceaux. Il prépare aussi le chapitre d'induction du second semestre.
1La force de Lorentz
1.1Expression
Définition 1.1Force de Lorentz
Une particule de charge , animée de la vitesse dans un référentiel où règnent un champ électrique et un champ magnétique , subit la force de Lorentz
On distingue deux contributions :
- la composante électrique, : elle est colinéaire à , de même sens si , de sens opposé si . Elle ne dépend pas de la vitesse, elle agit même sur une particule immobile ;
- la composante magnétique, : elle est perpendiculaire à la fois à et à . Elle est nulle si la particule est immobile, et nulle aussi si est colinéaire à .
RemarqueUnités
s'exprime en et en tesla. On vérifie l'homogénéité en remarquant que a bien la dimension d'un champ électrique.
Définition 1.2Champ uniforme, champ stationnaire
Un champ est uniforme s'il ne dépend pas du point, stationnaire s'il ne dépend pas du temps. Tout le chapitre se place dans ce cadre.
1.2Ordres de grandeur et comparaison des forces
Prenons un électron, de charge avec , et de masse .
Exemple 1.3Comparaison des forces sur un électron
- Force électrique. Dans un champ de , valeur courante entre les armatures d'un condensateur de travaux pratiques : .
- Force magnétique. Avec et , ordre de grandeur d'un aimant permanent puissant ou d'un électroaimant de laboratoire : .
- Force gravitationnelle. Le poids de l'électron vaut .
La force électrique est environ fois plus grande que le poids, et la force magnétique encore cent fois plus. On néglige donc systématiquement la gravitation dans l'étude du mouvement d'une particule chargée. Cette conclusion est exigible, et l'ordre de grandeur du rapport doit pouvoir être retrouvé rapidement.
RemarqueForce magnétique contre force électrique
Le rapport de la force magnétique à la force électrique vaut . Il est de l'ordre de 1 quand . Avec et , cela correspond à . Pour des particules lentes la force électrique domine, pour des particules rapides la force magnétique peut dominer.
Exemple 1.4Ordres de grandeur de champs magnétiques
- Champ magnétique terrestre : environ .
- Aimant de haut-parleur : de l'ordre de .
- Électroaimant de laboratoire ou appareil d'imagerie par résonance magnétique : de à .
1.3Puissance de la force de Lorentz
Propriété 1.5Puissance de la force de Lorentz
La puissance de la force de Lorentz vaut car le produit vectoriel est orthogonal à , donc son produit scalaire par est nul.
La force magnétique ne travaille jamais. Elle ne peut donc ni augmenter ni diminuer l'énergie cinétique d'une particule, elle ne fait que courber la trajectoire. Seul un champ électrique peut modifier l'énergie cinétique d'une particule chargée.
À retenir
Un champ électrique modifie l'énergie cinétique, un champ magnétique courbe la trajectoire sans fournir d'énergie.
Cette distinction explique le partage des rôles dans un accélérateur de particules : les champs électriques accélèrent, les champs magnétiques guident et focalisent.
2Mouvement dans un champ électrostatique uniforme
2.1Mise en équation
La particule n'est soumise qu'à la force électrique, le poids étant négligé. La deuxième loi de Newton dans un référentiel galiléen donne
Le champ étant uniforme et stationnaire, est un vecteur constant. On reconnaît un mouvement à vecteur accélération constant, exactement analogue au mouvement d'un projectile dans le champ de pesanteur uniforme, avec à la place de . Toutes les conclusions du chapitre de cinématique s'appliquent.
Propriété 2.1Équations horaires
Vitesse et position s'obtiennent par intégrations successives :
La trajectoire est une droite si est colinéaire à ou nulle, une parabole sinon.
2.2Déviation d'un faisceau
Dispositif type à savoir décrire. Une particule entre avec la vitesse selon , dans la région située entre deux plaques parallèles horizontales de longueur , séparées de , entre lesquelles règne un champ uniforme dirigé selon . Un écran est placé à la distance après les plaques.
Le mouvement selon est uniforme, , et le mouvement selon est uniformément accéléré : En éliminant le temps on obtient une parabole à l'intérieur des plaques, puis une droite une fois sorti du champ.
Propriété 2.2Déviation en sortie des plaques
La déviation en sortie des plaques vaut
Elle est proportionnelle au rapport de la particule, ce qui fait de ce dispositif un instrument de tri, et elle décroît quand la vitesse d'entrée augmente. C'est le principe historique du tube cathodique à déviation électrostatique.
2.3Accélération par une différence de potentiel
C'est la situation la plus utilisée. Une particule de charge part sans vitesse initiale d'un point et atteint un point , entre lesquels règne une différence de potentiel .
Propriété 2.3Vitesse acquise
Hypothèses
- particule de charge , sans vitesse initiale en ;
- seule la force électrique travaille ;
- différence de potentiel .
Alors le travail de la force électrique entre et vaut , et le théorème de l'énergie cinétique donne
Pour que la particule soit effectivement accélérée, il faut que soit positif. Un électron, de charge négative, est accéléré des potentiels bas vers les potentiels élevés, donc dans le sens inverse d'un proton.
Exemple 2.4Application numérique
Un électron accéléré sous atteint , soit environ de la vitesse de la lumière. Sous , le calcul classique donnerait , soit de , et le traitement relativiste devient indispensable. Il est bon de savoir signaler cette limite, même si la relativité est hors programme.
Définition 2.5Électronvolt
L'électronvolt est l'énergie acquise par une charge élémentaire accélérée sous :
Le dispositif précédent communique donc à un électron une énergie de électronvolts, ce qui évite les puissances de dix.
3Mouvement dans un champ magnétostatique uniforme
3.1Cadre d'étude
On se place dans le seul cas au programme, une vitesse initiale perpendiculaire au champ , supposé uniforme et stationnaire. On oriente l'axe selon , et est donc dans le plan .
3.2Deux résultats préalables
Propriété 3.1Norme de la vitesse constante
La force magnétique ne travaille pas, donc l'énergie cinétique est constante, donc est constante. Le mouvement est uniforme.
Propriété 3.2Mouvement plan
La force est à tout instant perpendiculaire à , donc l'accélération n'a pas de composante selon . Comme la vitesse initiale n'en a pas non plus, la composante selon de la vitesse reste nulle et le mouvement se fait dans le plan perpendiculaire à contenant le point de départ.
3.3Caractère circulaire, rayon et pulsation
Le mouvement est donc plan et uniforme. Comme il est uniforme, l'accélération n'a pas de composante tangentielle, elle est purement normale. Or la force a pour norme , constante. Une accélération purement normale et de norme constante impose un rayon de courbure constant, donc une trajectoire circulaire.
Théorème 3.3Mouvement circulaire uniforme
Hypothèses
- champ uniforme et stationnaire ;
- vitesse initiale perpendiculaire à ;
- seule la force de Lorentz agit.
Alors le mouvement est circulaire uniforme. En écrivant l'égalité de l'accélération normale avec , on obtient le rayon La pulsation cyclotron vaut
La pulsation, donc la période , ne dépend pas de la vitesse de la particule. Toutes les particules de même rapport charge sur masse tournent à la même fréquence, quelle que soit leur énergie. C'est le principe du cyclotron, où une tension alternative de fréquence fixe accélère les particules à chaque demi-tour tandis que leur rayon croît.
Exemple 3.4Ordres de grandeur
- Un électron de vitesse dans un champ de décrit un cercle de rayon d'environ .
- La fréquence cyclotron d'un électron dans vaut environ , celle d'un proton environ , l'écart venant du rapport des masses.
À retenir
et , indépendante de la vitesse.
3.4Sens de parcours
Le sens se détermine directement à partir de l'expression de la force, sans formule à mémoriser.
Exemple 3.5Charge positive
On prend selon et une particule positive de vitesse . Alors La force, donc le centre du cercle, est du côté des négatifs. La particule tourne donc dans le sens négatif autour de , c'est-à-dire dans le sens des aiguilles d'une montre quand on regarde depuis l'extrémité de .
Une charge négative tourne en sens inverse. Règle de synthèse : le vecteur rotation est antiparallèle à pour une charge positive, parallèle à pour une charge négative. Cette observation du sens de parcours permet d'identifier le signe de la charge sur une photographie de chambre à bulles.
3.5Applications
Exemple 3.6Spectromètre de masse
On accélère des ions sous une différence de potentiel , ce qui donne , puis on les fait entrer dans un champ magnétique uniforme perpendiculaire. Le rayon vaut alors Deux isotopes de même charge et de masses différentes décrivent donc des cercles de rayons différents et sont séparés. Le rayon mesuré donne accès à .
Autres exemples à citer :
- le confinement des particules chargées par le champ magnétique terrestre, qui les fait s'enrouler autour des lignes de champ et les guide vers les pôles, à l'origine des aurores polaires ;
- la déviation magnétique des faisceaux dans les accélérateurs ;
- la focalisation d'un faisceau d'électrons dans un microscope électronique.
Méthodes
MéthodeÉcarter le poids
- Comparer les ordres de grandeur de la force de Lorentz et du poids.
- Écarter explicitement le poids. Cela vaut un point et évite de traîner un terme inutile.
MéthodeChamp électrique uniforme
- Ne pas refaire la théorie.
- Reconnaître un mouvement à accélération constante.
- Réutiliser les résultats du chapitre de cinématique.
MéthodeVitesse acquise
- Utiliser le théorème de l'énergie cinétique avec le travail .
- Ne pas intégrer les équations horaires.
MéthodeChamp magnétique
- Établir que la norme de la vitesse est constante.
- Établir que le mouvement est plan. Le caractère circulaire en découle et la démonstration est courte.
- Retrouver le rayon par l'équation de l'accélération normale plutôt que par un calcul en coordonnées : c'est immédiat et sans erreur de signe.
MéthodeSens de rotation
- Faire le produit vectoriel sur un cas particulier.
- Ne pas mémoriser une règle.
AttentionHomogénéité
Vérifier l'homogénéité de et de : ces deux expressions sont souvent inversées sous la pression.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Écrire la force de Lorentz et distinguer précisément ses deux contributions.
- Comparer par le calcul les ordres de grandeur des forces électrique, magnétique et gravitationnelle sur un électron, et conclure.
- Montrer que la puissance de la force de Lorentz se réduit au terme électrique, et en tirer le rôle respectif des deux champs.
- Mettre en équation le mouvement dans un champ électrostatique uniforme et le caractériser comme un mouvement à accélération constante.
- Traiter la déviation d'un faisceau entre deux plaques et exprimer la déviation en sortie.
- Établir par un bilan énergétique et faire l'application numérique pour un électron sous .
- Démontrer que le mouvement dans un champ magnétique uniforme avec vitesse initiale perpendiculaire est circulaire uniforme, et établir le rayon et la pulsation cyclotron.
- Déterminer le sens de parcours à partir du produit vectoriel, et expliquer le principe du spectromètre de masse.
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Force de Lorentz. F = q(E + v × B) sur une charge ponctuelle q, dans le référentiel où les champs sont donnés. Loi admise, expression exigible.
- Cadre de validité. Particule non relativiste, champs extérieurs imposés, rayonnement de la particule négligé. La relativité est hors programme. Il faut la signaler dès que v dépasse environ c/10.
- Négligeabilité du poids. Pour un électron dans 10⁴ V/m, eE/(mg) vaut environ 10¹⁴. Exigible, à retrouver par le calcul.
- Puissance de la force de Lorentz. P = qE·v. Exigible avec démonstration.
- Rôle des deux champs. Dans un champ magnétique seul, l'énergie cinétique est constante, donc la norme de la vitesse aussi. Exigible avec justification.
- Champ entre deux plaques. Entre deux plaques planes parallèles distantes de d, sous la tension U, le champ est uniforme, de norme U/d. Il est dirigé vers la plaque de plus bas potentiel. Relation admise dans ce chapitre.
- Travail électrique. Le travail de qE de A vers B vaut q(VA − VB). Il ne dépend pas du chemin, et l'énergie potentielle associée vaut qV. Exigible.
- Mouvement dans E uniforme et stationnaire. L'accélération vaut qE/m et elle est constante. La trajectoire est une droite ou une parabole. Exigible avec démonstration.
- Vitesse acquise sous une tension U. Si la particule part du repos et si qU > 0, v = √(2qU/m). Dans le cas général, v² = v₀² + 2qU/m. Exigible avec démonstration.
- Déviation électrostatique. En sortie de plaques de longueur L, ys = qEL²/(2mv₀²) et tan α = qEL/(mv₀²). Exigible, à établir à chaque fois.
- Mouvement dans B uniforme avec v₀ ⊥ B. Le mouvement est circulaire uniforme, de rayon R = mv₀/(|q|B) et de pulsation ωc = |q|B/m. Exigible avec démonstration.
- Sens de parcours. Le vecteur rotation vaut Ω = − qB/m. Exigible, à retrouver par un produit vectoriel.
- Hors programme, à signaler. Vitesse initiale quelconque dans B (trajectoire en hélice). Mouvement général dans E et B superposés (cycloïde). Champs non uniformes. Seule la trajectoire rectiligne du filtre de Wien se traite avec les outils du programme, par un simple équilibre des forces.
Clés de démonstration
Puissance de la force de Lorentz. On calcule F·v = qE·v + q(v × B)·v. Le produit vectoriel v × B est orthogonal à v, donc le second terme est nul. L'astuce consiste à ne rien calculer en coordonnées : un produit mixte contenant deux fois le même vecteur est nul.
Accélération constante dans E. Le poids est écarté par ordre de grandeur, puis la deuxième loi de Newton donne ma = qE. Comme E est uniforme et stationnaire, a ne dépend ni du point ni du temps. L'astuce est l'analogie avec la chute libre : on remplace g par qE/m, et tout le chapitre de cinématique s'applique.
Vitesse acquise. On applique le théorème de l'énergie cinétique entre le départ et l'arrivée. Le travail vaut q(VA − VB) = qU quel que soit le trajet. L'astuce est le caractère conservatif de la force électrique : on évite d'intégrer les équations horaires.
Déviation en sortie de plaques. On projette : x = v₀t et y = ½(qE/m)t². À la sortie, t = L/v₀. L'angle se lit sur le rapport vy/vx. L'astuce est de calculer l'angle par les vitesses et non en dérivant l'équation de la trajectoire.
Mouvement circulaire, méthode géométrique. La norme de la vitesse est constante (bilan de puissance) et le mouvement est plan (aucune force selon B). L'accélération est donc purement normale, de norme constante |q|vB/m. En l'égalant à v²/R, on obtient un rayon de courbure constant, donc un cercle.
Mouvement circulaire, méthode analytique. On projette sur Ox et Oy et l'on obtient deux équations couplées. On pose w = vx + i vy, ce qui donne dw/dt = − iωw avec ω = qB/m. L'astuce est la variable complexe : elle découple le système et fournit en même temps le rayon, le centre et le sens de parcours.
Exemples et contre-exemples à connaître
- Vitesse initiale colinéaire à B. La force magnétique est nulle et le mouvement est rectiligne uniforme. C'est le contre-exemple à l'idée qu'un champ magnétique courbe toujours la trajectoire.
- Particule neutre. Un neutron ou un photon traverse les champs sans être dévié. Sur un cliché de chambre à bulles, une particule neutre ne laisse pas de trace.
- Électron et proton de même énergie cinétique. R = √(2mE_c)/(|q|B), donc le rapport des rayons vaut √(mp/me) ≈ 43. Le proton tourne beaucoup plus large.
- Électron sous 1 V. Sa vitesse vaut 5,9 × 10⁵ m/s. C'est l'ordre de grandeur de base pour les estimations mentales.
- Électron sous 1 MV. Le calcul classique donne 5,9 × 10⁸ m/s, soit plus que c. Ce résultat absurde montre la limite du modèle non relativiste.
- Tension retardatrice. Si qU < 0, la particule est freinée et peut rebrousser chemin. C'est le principe de la mesure d'une énergie cinétique par potentiel d'arrêt.
- Champ magnétique terrestre. Un électron à 10⁶ m/s dans 5 × 10⁻⁵ T décrit un cercle d'environ 11 cm, et un proton à la même vitesse un cercle d'environ 200 m. Cela montre l'efficacité du piégeage à grande échelle.
- Filtre de Wien. Avec E et B croisés, seules les particules de vitesse E/B vont tout droit, quels que soient leur charge et leur signe. Ce dispositif sélectionne une vitesse, il ne sélectionne pas une masse.
Techniques du chapitre
Écarter le poids par un rapport chiffré. Mini-exercice : proton dans un champ de 10³ V/m. On a eE = 1,6 × 10⁻¹⁶ N et mg = 1,6 × 10⁻²⁶ N. Le rapport vaut 10¹⁰, on néglige le poids.
Préférer le bilan d'énergie. Mini-exercice : électron entrant à 1,0 × 10⁶ m/s dans une zone accélératrice de 100 V. v² = v₀² + 2eU/m = 10¹² + 3,5 × 10¹³ = 3,6 × 10¹³ m²/s². On obtient v = 6,0 × 10⁶ m/s.
Compter en électronvolts. Mini-exercice : ion He²⁺ accéléré sous 5 kV. Sa charge vaut 2e, il gagne donc 10 keV, soit 1,6 × 10⁻¹⁵ J. Il ne faut pas oublier le facteur 2.
Orienter le champ à partir de la tension. Mini-exercice : plaques distantes de 1 cm sous 200 V. E = 2 × 10⁴ V/m, dirigé de la plaque positive vers la négative. Un électron est attiré vers la plaque positive.
Trouver le sens de parcours par un produit vectoriel. Mini-exercice : électron de vitesse v ey dans B ez. F = − evB (ey × ez) = − evB ex, donc le centre est du côté des x négatifs. L'électron monte avec le centre à sa gauche : il tourne dans le sens direct autour de B.
Écrire le rayon avec la quantité de mouvement. R = p/(|q|B). Mini-exercice : isotopes 235 et 238 de l'uranium, accélérés sous la même tension. Alors p = √(2mqU), donc R est proportionnel à √m. Le rapport des rayons vaut √(238/235) = 1,006.
Contrôler par l'homogénéité. qvB est une force, donc qB/m est une accélération divisée par une vitesse, soit une pulsation. Mini-exercice : repérer l'erreur dans R = |q|B/(mv). Cette expression a la dimension de l'inverse d'une longueur, elle est donc inversée.
Relier l'angle de déviation au rayon. Mini-exercice : particule entrant perpendiculairement dans une bande de champ B de largeur ℓ = 5 cm, avec R = 10 cm. Elle ressort déviée d'un angle θ tel que sin θ = ℓ/R = 0,5, soit θ = 30°.
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Canon à électrons
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Des électrons partent sans vitesse d'une cathode. Ils sont accélérés vers une anode distante de 2,0 cm, sous une tension U = 2,0 kV. Calculer la vitesse finale, justifier l'approche classique, estimer la durée du trajet et vérifier qu'on peut négliger le poids.
Technique Bilan d'énergie, puis mouvement uniformément accéléré.
Voir le corrigé
- Le poids est écarté. E = U/d = 10⁵ V/m, donc eE = 1,6 × 10⁻¹⁴ N contre mg = 8,9 × 10⁻³⁰ N.
- Théorème de l'énergie cinétique : ½mv² = eU, donc v = √(2eU/m) = 2,65 × 10⁷ m/s.
- v/c ≈ 0,09. Les corrections relativistes restent de l'ordre du pour cent, et le modèle classique est acceptable.
- Le mouvement est rectiligne et uniformément accéléré depuis le repos. La vitesse moyenne vaut donc v/2, et t = 2d/v = 1,5 ns.
piège : Écrire l'énergie acquise sous la forme − eU et conclure à une vitesse imaginaire. L'électron va de la cathode vers l'anode, donc vers les potentiels croissants, et il gagne bien eU.
Exercice 2. Déviation électrostatique sur un écran
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Un électron est accéléré sous U₀ = 1,0 kV, puis entre au milieu de deux plaques de longueur L = 4,0 cm, distantes de d = 1,0 cm et soumises à la tension U = 100 V. Un écran est placé à D = 20 cm de la sortie. Calculer la déviation Y sur l'écran. Montrer qu'elle ne dépend ni de la charge ni de la masse.
Technique Projection, angle de sortie, puis propagation rectiligne.
Voir le corrigé
- Dans les plaques, y = (eE/(2mv₀²)) x². En sortie, ys = eEL²/(2mv₀²) et tan α = eEL/(mv₀²).
- Après les plaques, la trajectoire est rectiligne : Y = ys + D tan α = (eEL/(mv₀²))(L/2 + D).
- La droite de sortie semble issue du milieu des plaques. C'est une propriété utile pour les constructions.
- Avec mv₀² = 2eU₀, on obtient Y = (EL/(2U₀))(L/2 + D). La charge et la masse ont disparu.
- Application numérique : E = 10⁴ V/m, Y = 0,2 × 0,22 = 4,4 cm.
- Vérification : ys = EL²/(4U₀) = 4 mm, qui reste inférieur à d/2 = 5 mm. L'électron ne heurte pas la plaque.
piège : Oublier de vérifier que la particule sort des plaques. Autre piège : croire que ce dispositif trie les masses alors que les particules ont été accélérées par la même tension.
Exercice 3. Mouvement circulaire par les équations couplées
Classiques de khôlle et concours · Niveau khôlle
Une charge q de masse m part de O avec la vitesse v₀ ex dans un champ B = B ez uniforme. Établir la trajectoire en projetant la deuxième loi de Newton. Donner le centre, le rayon et le sens de parcours. Faire l'application numérique pour un électron de 100 eV dans 1,0 mT.
Technique Variable complexe w = vx + i vy.
Voir le corrigé
- On a v × B = (vy B, − vx B, 0). En posant ω = qB/m, les équations sont dv_x/dt = ωv_y, dv_y/dt = − ωv_x et dv_z/dt = 0.
- Comme vz(0) = 0, vz reste nulle et le mouvement est plan.
- La combinaison des deux premières équations donne dw/dt = − iωw, donc w = v₀ e− iωt. Le module de la vitesse est constant.
- En intégrant avec z = x + iy nul à t = 0, on obtient z = (iv₀/ω)(e− iωt − 1). La trajectoire est le cercle de centre (0, − v₀/ω) et de rayon v₀/|ω|.
- Pour q > 0, le point tourne en e− iωt, c'est-à-dire dans le sens horaire vu depuis l'extrémité de B. Le sens est inversé pour q < 0.
- Électron de 100 eV : v = 5,9 × 10⁶ m/s, R = mv/(eB) = 3,4 cm et T = 2πm/(eB) = 36 ns.
piège : Poser ω = |q|B/m dès le départ, ce qui fait perdre l'information sur le sens de rotation.
Exercice 4. Spectromètre de masse de Dempster
Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP PC
Des ions ²⁰Ne⁺ et ²²Ne⁺ sont accélérés depuis le repos sous U = 1,0 kV. Ils entrent en O perpendiculairement à un champ B = 0,10 T et effectuent un demi-tour avant de frapper une plaque photographique. Calculer la distance entre les deux impacts. On prend 1 u = 1,66 × 10⁻²⁷ kg.
Technique Enchaîner le bilan d'énergie et le rayon cyclotron.
Voir le corrigé
- v = √(2eU/m), donc R = mv/(eB) = √(2mU/e)/B.
- Pour m = 20 u = 3,32 × 10⁻²⁶ kg, on trouve R₁ = 0,204 m.
- R est proportionnel à √m, donc R₂ = R₁√1,1 = 0,214 m.
- Après un demi-tour, l'impact se trouve à 2R du point d'entrée. L'écart vaut 2(R₂ − R₁) = 2,0 cm.
- Sensibilité : dR/R = dm/(2m). Une erreur relative de 1 % sur la tension donne 0,5 % sur le rayon.
piège : Utiliser la formule R = mv₀/(qB) avec la même vitesse pour les deux isotopes. Ils ont la même énergie, pas la même vitesse.
Exercice 5. Sélecteur de vitesse suivi d'un analyseur
Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP PC
Des ions ⁶Li⁺ et ⁷Li⁺ de vitesses variées se déplacent selon ex. Ils entrent dans une région où règnent B = 0,10 T selon ez et un champ E selon ey. Orienter E et régler sa norme pour que seuls les ions à 3,0 × 10⁵ m/s passent tout droit. Ces ions entrent ensuite dans un champ B' = 0,20 T seul. Calculer les rayons.
Technique Équilibre des forces, puis rayon cyclotron. Le mouvement des ions déviés dans E et B est hors programme.
Voir le corrigé
- La force magnétique vaut qv × B = − qvB ey. Pour la compenser, il faut qE = + qvB ey, donc E selon + ey.
- E = vB = 3,0 × 10⁴ V/m. La condition est indépendante de q et de son signe.
- Un ion plus rapide subit une force magnétique dominante et il est dévié. Seule la vitesse E/B traverse la fente de sortie.
- Dans B', R = mv/(eB'). Pour ⁷Li⁺, R = 1,16 × 10⁻²⁶ × 3 × 10⁵/(3,2 × 10⁻²⁰) = 10,9 cm. Pour ⁶Li⁺, R = 9,3 cm.
- Ici R est proportionnel à m, et non à √m comme dans l'exercice 4, car c'est la vitesse qui est fixée.
piège : Orienter E selon − ey par réflexe, sans avoir calculé le produit vectoriel.
Exercice 6. Cyclotron à protons
Classiques de khôlle et concours · D'après un écrit CCINP PC
Un cyclotron de rayon utile Rmax = 0,50 m baigne dans B = 1,5 T. À chaque passage entre les deux « dés », un proton gagne l'énergie correspondant à U = 20 kV. Calculer la fréquence de la tension, l'énergie finale, le nombre de tours et la durée de l'accélération. On néglige la durée de traversée de l'intervalle.
Technique Indépendance de la période vis-à-vis de la vitesse.
Voir le corrigé
- La période ne dépend pas de v. La tension doit s'inverser à chaque demi-tour, donc f = eB/(2πm) = 23 MHz.
- En sortie, v = eBR_max/m = 7,2 × 10⁷ m/s. L'énergie vaut Ec = (eBR_max)²/(2m) = 4,3 × 10⁻¹² J, soit 27 MeV.
- Chaque tour comporte deux passages, soit un gain de 40 keV par tour. Il faut donc environ 670 tours.
- Durée totale : 670 × 44 ns ≈ 29 µs.
- Après n tours, Ec est proportionnelle à n et R à √Ec, donc R croît comme √n. Les orbites se resserrent vers l'extérieur.
- v ≈ 0,24c, les effets relativistes commencent à décaler la fréquence. C'est la limite du cyclotron classique.
piège : Oublier le facteur 2 des deux passages par tour, ou croire que la fréquence doit augmenter avec la vitesse.
Exercice 7. Déflexion magnétique d'un faisceau
Classiques de khôlle et concours · Type oral CCINP
Des électrons accélérés sous 2,0 kV entrent perpendiculairement dans une bande de largeur ℓ où règne B = 1,0 mT, parallèle au plan d'entrée. Déterminer l'angle de déviation pour ℓ = 3,0 cm. Que se passe-t-il si ℓ est grand ? Comparer la dépendance en vitesse à celle d'une déviation électrostatique.
Technique Géométrie du cercle.
Voir le corrigé
- v = 2,65 × 10⁷ m/s, donc R = mv/(eB) = 15 cm.
- L'électron entre perpendiculairement à la face d'entrée. Le centre du cercle est donc sur cette face, et la trajectoire atteint au plus la profondeur R.
- Si ℓ < R, l'électron sort par la face opposée, dévié de θ avec sin θ = ℓ/R = 0,20, soit θ = 11,5°.
- Si ℓ ≥ R, il fait demi-tour et ressort par la face d'entrée.
- Pour une faible déviation, θ ≈ ℓ/R, qui est proportionnel à 1/v. La déviation électrostatique est proportionnelle à 1/v². À haute énergie, on dévie donc plutôt avec un champ magnétique.
piège : Écrire tan θ = ℓ/R par analogie avec le cas électrique.
Exercice 8. Spectromètre à temps de vol
Approfondissement · Type oral Centrale
Des ions de charge e et de masse m partent du repos. Ils sont accélérés sous U sur une longueur a, puis parcourent une zone sans champ de longueur L jusqu'à un détecteur. Exprimer le temps de vol. Faire l'application numérique pour m = 100 u, U = 10 kV, L = 1,0 m et a négligeable. Quel écart de temps sépare les masses 100 et 101 ?
Technique Bilan d'énergie et vitesse moyenne d'un mouvement uniformément accéléré.
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- La vitesse finale vaut v = √(2eU/m).
- Dans la zone d'accélération, partant du repos, la durée vaut 2a/v. Dans la zone libre, elle vaut L/v.
- Donc t = (L + 2a)√(m/(2eU)). Le temps de vol est proportionnel à √m.
- Application numérique : v = 1,39 × 10⁵ m/s et t = 7,2 µs.
- dt/t = dm/(2m) = 0,5 %, soit un écart de 36 ns, facilement mesurable par l'électronique.
piège : Compter la zone d'accélération à la vitesse finale, ce qui revient à écrire a/v au lieu de 2a/v.
Exercice 9. Miroir électrostatique
Approfondissement · Type écrit Mines-Ponts
Des électrons préalablement accélérés sous U₀ traversent en O une grille plane (y = 0), avec une vitesse inclinée de α sur la grille. Ils pénètrent dans une région où règne un champ uniforme E = E ey, de norme E = U/d, limitée par une plaque en y = d. Montrer qu'ils reviennent sur la grille, calculer le point de retour et la condition pour ne pas toucher la plaque. Commenter le cas α = 45°.
Technique Analogie avec le tir balistique.
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- La force − eE ey ramène l'électron vers la grille. L'accélération constante vaut − (eE/m) ey.
- y(t) = v₀ sin α t − (eE/(2m))t². Le retour a lieu à t = 2mv₀ sin α/(eE).
- Abscisse du retour : x = mv₀² sin 2α/(eE) = 2U₀ sin 2α/E.
- Profondeur maximale : h = mv₀² sin²α/(2eE) = U₀ sin²α/E. La condition h < d s'écrit U₀ sin²α < U. Seule l'énergie associée à la vitesse normale doit être inférieure à eU.
- dx/dα s'annule pour α = 45°. Des électrons de même énergie entrant avec des angles voisins de 45° reviennent au même point au premier ordre. C'est une focalisation.
- x est proportionnel à U₀. Le dispositif sépare donc les énergies : c'est un analyseur d'électrons.
piège : Appliquer la condition sur l'énergie totale eU₀ au lieu de la seule part normale eU₀ sin²α.
Erreurs fréquentes
- Signe de la charge. Un électron est accéléré vers les potentiels élevés, et il est poussé dans le sens opposé à E. Il faut porter q avec son signe jusqu'au bout.
- Rayon et pulsation inversés. R = mv/(|q|B) est une longueur, ωc = |q|B/m est l'inverse d'un temps. Une vérification d'homogénéité suffit.
- Même vitesse ou même énergie. Deux particules accélérées sous la même tension ont la même énergie par unité de charge, pas la même vitesse. Cela change la dépendance de R en m.
- Attribuer un travail à la force magnétique. Dans B seul, la norme de la vitesse ne varie jamais. Un calcul qui la fait varier est faux.
- Oublier le cadre. Il faut signaler l'approximation non relativiste quand v approche c. Il faut aussi refuser de traiter comme un cercle le cas d'une vitesse initiale non perpendiculaire à B, qui donne une hélice hors programme.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de physique de PCSI (2021), premier semestre, thème 2 « mouvements et interactions », partie 2.4. Elle couvre la force de Lorentz et sa puissance, le mouvement dans un champ électrostatique uniforme, et le mouvement dans un champ magnétostatique uniforme lorsque la vitesse initiale est perpendiculaire au champ.