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ECG2 · ESH · semaine 3

L’analyse économique des échanges internationaux

Confrontation des données factuelles et des théories pour expliquer le contenu des échanges et les déterminants de la spécialisation. Débat entre libre-échange et protectionnisme et différences de performances commerciales entre nations, avec un questionnement sur la notion de compétitivité appliquée à une nation. Effets de la mondialisation en termes d'emploi et de répartition.

Sommaire

La fiche de cours

Résumé en cinq points

  1. L'avantage comparatif fonde le gain à l'échange, il se raisonne en coût d'opportunité et non en performance absolue.
  2. HOS explique la spécialisation par les dotations factorielles et prédit des effets distributifs, ce que confirment partiellement les études récentes.
  3. Le commerce entre pays semblables s'explique par les rendements croissants, la différenciation et le goût pour la variété, et l'approche par les firmes hétérogènes ajoute une sélection au sein des branches.
  4. La compétitivité nationale est une notion contestée, elle se décompose en compétitivité prix et hors prix et renvoie en dernier ressort à la productivité.
  5. Le libre échange produit un gain global et des perdants concentrés, la question politique porte moins sur son principe que sur la compensation des perdants.
Pourquoi ce chapitre

C'est le chapitre le plus théorique du module 3 et le plus rentable au concours. Il fournit l'arsenal analytique qui permet de ne pas se contenter de décrire les flux. Il s'articule au chapitre précédent, qui donnait les faits, et prépare le suivant, qui porte sur les règles du jeu commercial.

En dissertation, il couvre une famille entière de sujets, « le libre échange est il toujours souhaitable », « quels sont les déterminants de la spécialisation », « la compétitivité d'une nation a t elle un sens », « la mondialisation creuse t elle les inégalités ». En colle, on attend un modèle correctement posé, avec ses hypothèses, et surtout la capacité à dire ce que chaque théorie explique et ce qu'elle n'explique pas. Le réflexe décisif est chronologique, les théories traditionnelles expliquent le commerce inter branche entre pays différents, les théories nouvelles expliquent le commerce intra branche entre pays semblables, la théorie la plus récente descend au niveau de la firme.

Notions et mécanismes

Avantage absolu et avantage comparatif

Un pays détient un avantage absolu dans un bien s'il le produit avec moins de facteurs qu'un autre pays. Il détient un avantage comparatif dans le bien pour lequel son coût d'opportunité est le plus faible, c'est à dire le bien auquel il doit renoncer le moins pour en produire une unité.

Le mécanisme est celui de Ricardo. Même si un pays est moins efficace dans toutes les productions, il a intérêt à se spécialiser là où son désavantage est le moindre, et son partenaire là où son avantage est le plus grand. Les deux gagnent, à condition que le rapport d'échange international se situe entre les deux rapports d'échange internes. La source de l'avantage est ici la différence de technologie, donc de productivité du travail.

Dotations factorielles, le modèle HOS

Le modèle Heckscher Ohlin Samuelson retient une technologie identique partout et des dotations en facteurs différentes. Un pays exporte le bien qui utilise intensément le facteur dont il est relativement bien doté. Un pays abondant en travail peu qualifié exporte des biens intensifs en travail peu qualifié.

Trois résultats complètent le modèle.

Le théorème de Stolper Samuelson (1941) indique que l'ouverture élève la rémunération réelle du facteur abondant et abaisse celle du facteur rare. Dans un pays développé abondant en capital et en travail qualifié, l'ouverture pénalise donc le travail peu qualifié.

Le théorème d'égalisation du prix des facteurs (Samuelson, 1948) indique que sous des hypothèses fortes le commerce des biens suffit à égaliser les rémunérations des facteurs entre pays, même sans mobilité des facteurs. Le commerce est alors un substitut à la migration.

Le théorème de Rybczynski (1955) indique qu'à prix constants, l'augmentation de la dotation en un facteur accroît plus que proportionnellement la production du bien qui l'utilise intensément.

Le paradoxe de Leontief (1953) est le premier démenti empirique. Les États-Unis, pays le plus abondant en capital, exportaient des biens relativement plus intensifs en travail qu'ils n'en importaient. L'explication retenue passe par la prise en compte du capital humain, donc par la décomposition du facteur travail selon la qualification.

Commerce intra branche et rendements croissants

Le commerce intra branche est l'échange croisé de produits appartenant à la même branche, par exemple des automobiles allemandes contre des automobiles françaises. On le mesure par l'indice de Grubel et Lloyd, compris entre 0 et 1, qui vaut 1 quand exportations et importations d'une branche sont égales. Entre pays développés, il représente souvent les deux tiers des échanges.

Les théories traditionnelles ne peuvent pas l'expliquer, puisqu'elles prédisent une spécialisation par branche. Le mécanisme alternatif combine trois ingrédients, des rendements d'échelle croissants qui poussent chaque firme à concentrer une variété sur un seul site, une différenciation des produits qui fait que les variétés ne sont pas substituables, et un goût des consommateurs pour la variété. Chaque pays produit alors quelques variétés qu'il exporte, et importe celles des autres. Le gain à l'échange ne vient plus seulement de la spécialisation mais aussi de la baisse des coûts unitaires et de l'élargissement du choix.

On distingue le commerce intra branche horizontal, entre variétés de qualité comparable, et vertical, entre gammes de qualité différente, ce dernier restant lié aux écarts de dotations.

Compétitivité

La compétitivité prix est la capacité à proposer un prix inférieur à qualité donnée. Elle dépend des coûts unitaires, donc des salaires rapportés à la productivité, et du taux de change. La compétitivité hors prix ou structurelle est la capacité à vendre malgré un prix plus élevé, grâce à la qualité, à l'innovation, aux délais, au service après vente, à la réputation.

Le coût salarial unitaire est le rapport du coût du travail à la productivité du travail. Une hausse des salaires ne dégrade la compétitivité que si elle dépasse les gains de productivité.

Politique commerciale et ses effets

Un droit de douane élève le prix intérieur, réduit le surplus des consommateurs, augmente celui des producteurs nationaux et procure une recette publique. Le solde est négatif pour un petit pays, la perte sèche correspondant aux distorsions de consommation et de production. Pour un grand pays capable de peser sur le prix mondial, un droit de douane modéré peut améliorer ses termes de l'échange aux dépens de ses partenaires, c'est l'argument du tarif optimal, qui appelle toutefois des représailles.

Les termes de l'échange sont le rapport de l'indice des prix à l'exportation à l'indice des prix à l'importation. Une amélioration signifie qu'une même quantité exportée finance davantage d'importations.

Auteurs et théories de référence

Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), pour l'avantage absolu et l'idée que l'étendue du marché commande la division du travail.

David Ricardo, Des principes de l'économie politique et de l'impôt (1817), pour l'avantage comparatif, illustré par l'échange de drap et de vin entre l'Angleterre et le Portugal.

Eli Heckscher (1919) et Bertil Ohlin (1933) pour l'explication par les dotations factorielles, Paul Samuelson pour la formalisation et les théorèmes associés.

Friedrich List, Système national d'économie politique (1841), et avant lui Alexander Hamilton dans son rapport sur les manufactures de 1791, pour le protectionnisme éducateur au service des industries naissantes. L'argument est admis en théorie sous condition, la protection doit être temporaire, ciblée et accompagnée, sinon elle installe une rente.

Raúl Prebisch et Hans Singer, autour de 1950, pour la thèse de la dégradation tendancielle des termes de l'échange des pays exportateurs de produits primaires, qui a justifié les stratégies de substitution aux importations en Amérique latine. Arghiri Emmanuel, L'échange inégal (1969), pousse l'argument plus loin en faisant des écarts de salaires la source du transfert de valeur.

Staffan Burenstam Linder (1961) pour l'explication du commerce par la similitude des demandes, un pays exporte d'abord ce pour quoi il existe une demande intérieure forte.

Paul Krugman, articles de 1979 et 1980, pour la nouvelle théorie du commerce international, puis Geography and Trade (1991) pour l'agglomération. Prix Nobel en 2008. Dans un article de 1987 il examine sérieusement l'hypothèse d'une politique commerciale stratégique, avant d'en souligner la fragilité pratique. Dans un texte de 1994 sur la compétitivité comme obsession dangereuse, il soutient qu'un pays n'est pas une entreprise, qu'il ne peut pas faire faillite, et que le niveau de vie dépend avant tout de la productivité intérieure.

James Brander et Barbara Spencer, au début des années 1980, pour la politique commerciale stratégique. En situation d'oligopole international avec rentes, une subvention peut déplacer la rente vers la firme nationale. Le résultat est très sensible aux hypothèses et suppose que l'État connaisse la structure du marché.

Marc Melitz (2003) pour la nouvelle nouvelle théorie du commerce. Les firmes d'une même branche sont hétérogènes en productivité, l'exportation suppose des coûts fixes d'entrée, seules les firmes les plus productives exportent. L'ouverture opère une sélection, les firmes les plus efficaces croissent, les moins efficaces disparaissent, et la productivité moyenne de la branche augmente. Ce modèle explique un fait robuste, la très forte concentration des exportations sur un petit nombre d'entreprises.

Dani Rodrik, The Globalization Paradox (2011), pour le trilemme entre hyper mondialisation, État nation et démocratie, dont deux termes seulement peuvent être tenus ensemble.

Faits, chiffres et repères historiques

Le commerce intra branche représente une part majoritaire des échanges entre pays développés, l'indice de Grubel et Lloyd dépassant souvent 0,7 pour les échanges entre pays de l'Union européenne.

La concentration des exportations est spectaculaire. Selon les données douanières françaises exploitées par l'Insee, seule une petite minorité des entreprises exporte, de l'ordre de 4 % des entreprises françaises, et le premier centile des exportateurs réalise l'essentiel des ventes à l'étranger, de l'ordre de 70 %.

La part de marché de la France dans les exportations mondiales de biens est passée d'environ 6 % au début des années 1990 à de l'ordre de 2,5 à 3 % aujourd'hui selon l'OMC. Le solde commercial français des biens est déficitaire de manière continue depuis 2004, avec un creux historique proche de 160 milliards d'euros en 2022 sous l'effet de la facture énergétique, et un déficit revenu ensuite autour de 80 à 100 milliards d'euros. L'Allemagne a au contraire dégagé pendant les années 2010 un excédent courant proche de 7 à 8 % de son PIB.

Sur les effets d'emploi, les travaux de David Autor, David Dorn et Gordon Hanson sur le choc chinois, publiés à partir de 2013, estiment que la concurrence des importations chinoises a détruit de l'ordre d'un million d'emplois manufacturiers américains entre 1999 et 2011, et un total pouvant atteindre deux millions en tenant compte des effets locaux indirects. Cela reste minoritaire dans les destructions totales d'emplois industriels, mais très concentré géographiquement, ce qui explique l'intensité des réactions politiques.

Sur la répartition, Branko Milanovic présente dans Global Inequality (2016) la courbe dite de l'éléphant, qui montre entre 1988 et 2008 de forts gains de revenu réel pour les classes moyennes des pays émergents et pour le sommet mondial, et des gains très faibles pour les classes populaires et moyennes des pays riches. La part des salaires dans la valeur ajoutée a par ailleurs reculé dans la plupart des pays de l'OCDE depuis les années 1980, de plusieurs points.

Repères de politique commerciale, tarif Méline en France en 1892, tarif Smoot Hawley aux États-Unis en 1930, accord multifibres de 1974 à 2004 pour le textile, guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine ouverte en 2018 avec des droits portant sur plusieurs centaines de milliards de dollars d'échanges.

Débats et controverses

Libre échange contre protectionnisme. La théorie standard conclut à un gain collectif à l'échange, mais elle raisonne à plein emploi, sans coût d'ajustement et sans distribution. Les objections sérieuses portent sur l'industrie naissante, sur les secteurs stratégiques, sur les externalités d'apprentissage et sur la vitesse d'ajustement. Le protectionnisme a un coût certain pour le consommateur et un bénéfice incertain pour le producteur.

La compétitivité d'une nation a t elle un sens ? Krugman soutient que non, les nations ne se concurrencent pas comme des firmes et le commerce n'est pas un jeu à somme nulle. Ses contradicteurs répondent que la notion garde un sens appliquée à la capacité d'un territoire à attirer des activités et à financer ses importations, et qu'un déficit courant durable traduit une contrainte réelle.

Prix ou hors prix pour expliquer les écarts entre pays ? Le cas franco allemand nourrit ce débat. Une lecture met en avant le coût du travail et les réformes allemandes du début des années 2000, une autre met en avant la structure de l'appareil productif, la taille des entreprises, le positionnement en gamme et l'effort d'innovation.

La mondialisation explique t elle la désindustrialisation et les inégalités ? Les économistes du commerce insistent sur le rôle du progrès technique biaisé en faveur des qualifiés, qui expliquerait la plus grande part de la déformation des salaires. Les travaux sur le choc chinois montrent que l'effet du commerce, longtemps minimisé, est réel et localement massif. Le consensus actuel reconnaît un gain agrégé et des perdants identifiables insuffisamment compensés.

Ce qu'il faut savoir mobiliser en dissertation

  1. Exposer proprement l'avantage comparatif avec un exemple chiffré à deux biens et deux pays, en insistant sur le coût d'opportunité et non sur la productivité absolue.
  2. Savoir dire ce que chaque théorie explique, Ricardo et HOS le commerce inter branche entre pays différents, Krugman le commerce intra branche entre pays semblables, Melitz la sélection des firmes à l'intérieur d'une branche.
  3. Plan type pour « le libre échange est il souhaitable », gains théoriques et vérifications empiriques, coûts d'ajustement et effets distributifs, puis conditions d'un échange encadré et compensé.
  4. Plan type pour « la compétitivité d'une nation », pertinence limitée de la notion, contenu opérationnel prix et hors prix, déplacement du débat vers la productivité et l'attractivité.
  5. Auteurs à citer, Ricardo, Heckscher Ohlin Samuelson, Leontief pour le paradoxe, List et Hamilton pour le protectionnisme éducateur, Prebisch pour les termes de l'échange, Krugman, Melitz, Rodrik, Milanovic, Autor Dorn Hanson.
  6. Piège, écrire que Ricardo suppose l'avantage absolu ou qu'un pays sans avantage absolu ne peut pas échanger. C'est l'erreur la plus sanctionnée du chapitre.
  7. Piège, confondre théorème de Stolper Samuelson et théorème d'égalisation des prix des facteurs, ou attribuer à HOS des conclusions dynamiques qu'il ne contient pas.
  8. Piège, conclure d'un déficit commercial à une perte de bien être. Un déficit courant est aussi un financement extérieur, l'analyse doit passer par l'équilibre épargne investissement.

Méthodes et exercices

Notions et mécanismes clés

  • Avantage absolu : produire un bien avec moins de facteurs que le partenaire. Avantage comparatif : produire le bien dont le coût d'opportunité est le plus faible. Tout pays a un avantage comparatif, même sans avantage absolu.
  • Coût d'opportunité : quantité de l'autre bien à laquelle on renonce pour produire une unité de plus du bien considéré.
  • Rapport d'échange international : prix relatif auquel les deux pays échangent. L'échange est mutuellement avantageux s'il se situe entre les deux rapports d'échange internes.
  • Dotations factorielles et intensité factorielle : dans HOS, un pays exporte le bien qui utilise intensément le facteur dont il est relativement abondant.
  • Théorème de Stolper Samuelson : l'ouverture élève la rémunération réelle du facteur abondant et abaisse celle du facteur rare.
  • Théorème d'égalisation du prix des facteurs : sous hypothèses fortes, le commerce des biens égalise les rémunérations des facteurs entre pays sans mobilité des facteurs.
  • Théorème de Rybczynski : à prix constants, la hausse d'une dotation accroît plus que proportionnellement la production du bien qui l'utilise intensément.
  • Paradoxe de Leontief : en 1947, les exportations américaines étaient plus intensives en travail que les importations. Levé par la prise en compte du capital humain.
  • Commerce inter branche : échange de produits de branches différentes. Commerce intra branche : échange croisé de produits d'une même branche, mesuré par l'indice de Grubel et Lloyd, égal à 1 moins la valeur absolue de X moins M rapportée à X plus M.
  • Rendements d'échelle croissants : coût unitaire qui baisse avec la quantité produite. Ils poussent à concentrer chaque variété sur un site et fondent le commerce entre pays semblables.
  • Firmes hétérogènes : modèle de Melitz, seules les firmes les plus productives franchissent les coûts fixes de l'exportation.
  • Compétitivité prix : vendre moins cher à qualité donnée, fonction du coût salarial unitaire, rapport du coût du travail à la productivité, et du taux de change. Compétitivité hors prix : vendre malgré un prix plus élevé.
  • Termes de l'échange : indice des prix à l'exportation rapporté à l'indice des prix à l'importation.
  • Droit de douane : perte sèche pour un petit pays, tarif optimal possible pour un grand pays au risque des représailles.
  • Protectionnisme éducateur : protection temporaire d'une industrie naissante. Politique commerciale stratégique : subvention qui déplace une rente d'oligopole vers la firme nationale, résultat fragile.

Chaînes de raisonnement

Pourquoi un pays sans avantage absolu gagne à échanger. Chaque pays a un bien dans lequel son désavantage est le moindre. En s'y spécialisant, il libère du travail qui aurait été plus mal employé ailleurs. Si le rapport d'échange international est plus favorable que son rapport interne, il obtient l'autre bien à meilleur compte par l'échange que par la production. La production mondiale des deux biens augmente et chacun peut consommer plus.

Pourquoi l'ouverture fait des perdants dans HOS. L'ouverture élève le prix relatif du bien exportable, intensif dans le facteur abondant, dont la rémunération réelle monte. Le secteur importable, intensif dans le facteur rare, se contracte et la rémunération de ce facteur baisse. Dans un pays riche, le travail peu qualifié est le facteur rare, il perd, d'où la demande de protection.

Pourquoi des pays semblables échangent des produits semblables. Avec des rendements croissants, chaque firme produit une seule variété en grande série. Avec des consommateurs qui aiment la variété, chaque pays demande les variétés des autres. L'ouverture élargit le marché, baisse les coûts et multiplie les variétés. Le gain passe par l'échelle et par le choix, pas par la spécialisation.

Pourquoi l'ouverture augmente la productivité moyenne d'une branche. Exporter suppose des coûts fixes que seules les firmes assez productives couvrent. L'ouverture les fait croître, tandis que la concurrence des importations fait sortir les moins productives. La réallocation des parts de marché élève la productivité moyenne sans que chaque firme n'ait changé.

Pourquoi la compétitivité d'une nation est une notion contestée. Une entreprise qui perd des parts de marché peut disparaître. Une nation ne fait pas faillite, ses échanges se rééquilibrent par le change ou par les revenus, et le commerce n'est pas un jeu à somme nulle. Le niveau de vie dépend de la productivité, pas de la part de marché, et la course à la compétitivité pousse à des compressions salariales non coopératives.

Exemples et références à connaître

  1. David Ricardo, 1817, drap et vin entre l'Angleterre et le Portugal. Raisonner en coût d'opportunité, pas en heures absolues.
  2. Heckscher 1919, Ohlin 1933, Samuelson 1941 et 1948 pour Stolper Samuelson et l'égalisation, Rybczynski 1955.
  3. Wassily Leontief, 1953, paradoxe, premier grand test empirique.
  4. Paul Krugman, 1979 et 1980, nouvelle théorie du commerce. 1994, la compétitivité comme obsession dangereuse.
  5. Marc Melitz, 2003, firmes hétérogènes. En France, environ 4 % des entreprises exportent et le premier centile réalise de l'ordre de 70 % des exportations.
  6. Friedrich List, 1841, et Alexander Hamilton, 1791, protectionnisme éducateur. James Brander et Barbara Spencer, début des années 1980, politique commerciale stratégique.
  7. Raúl Prebisch et Hans Singer, vers 1950, dégradation tendancielle des termes de l'échange des exportateurs de produits primaires.
  8. David Autor, David Dorn et Gordon Hanson, à partir de 2013, choc chinois, de l'ordre d'un million d'emplois manufacturiers américains détruits entre 1999 et 2011.
  9. Branko Milanovic, 2016, courbe de l'éléphant entre 1988 et 2008. Dani Rodrik, 2011, trilemme entre hyper mondialisation, État nation et démocratie.
  10. Ordres de grandeur : indice de Grubel et Lloyd souvent supérieur à 0,7 entre pays de l'Union européenne, part de marché française passée d'environ 6 % au début des années 1990 à 2,5 à 3 %, déficit commercial français des biens continu depuis 2004, creux proche de 160 milliards d'euros en 2022.

Techniques

Poser un modèle en khôlle

Réflexe. Énoncer les hypothèses avant le résultat, nombre de pays, de biens et de facteurs, technologie identique ou différente, rendements constants ou croissants, plein emploi. Dire ensuite ce que le modèle explique et ce qu'il n'explique pas.

Mini-exemple. Pour Ricardo : un facteur, le travail, immobile entre pays et mobile entre branches, technologies différentes, rendements constants, plein emploi. Il explique le commerce inter branche entre pays différents, mais ni le commerce intra branche, ni la répartition interne des gains, ni l'origine des écarts de technologie.

Analyse d'un tableau de commerce par produits

Réflexe. Calculer les soldes par produit et l'indice de Grubel et Lloyd par branche. Proche de 0, spécialisation inter branche. Proche de 1, échange croisé.

Mini-exemple. Une branche exporte 30 et importe 20. Indice : 1 moins 10 sur 50, soit 0,8, intra branche dominant, à relier à Krugman. Une autre exporte 45 et importe 5. Indice : 1 moins 40 sur 50, soit 0,2, spécialisation nette, à relier à Ricardo ou HOS.

Le plan de dissertation sur ce chapitre

Deux gabarits. Sur un sujet normatif, libre-échange ou protectionnisme, gains théoriques, puis coûts et objections, puis conditions d'un échange encadré. Sur un sujet explicatif, contenu des échanges ou spécialisation, on suit l'ordre chronologique des théories en montrant à chaque étape le fait que la précédente n'expliquait pas.

Mini-exemple. « Pourquoi les nations échangent-elles ? » Première partie, parce qu'elles sont différentes, Ricardo et HOS, commerce inter branche. Deuxième partie, parce qu'elles se ressemblent, rendements croissants et variété, commerce intra branche. Troisième partie, parce que certaines firmes le peuvent, Melitz, et parce que des choix politiques l'autorisent.

Sujets classiques traités

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Sujet 3. Avantage comparatif, calcul complet

Classiques de khôlle et concours · Exercice chiffré de khôlle

Dans le pays A, un drap exige 100 heures et un vin 200 heures, pour 1 000 heures disponibles. Dans le pays B, un drap exige 80 heures et un vin 80 heures, pour 1 600 heures. En autarcie chacun consacre la moitié de ses heures à chaque bien. Montrer que B a l'avantage absolu partout, déterminer la spécialisation et un rapport d'échange avantageux pour les deux.

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Étape 1, B produit chaque bien avec moins d'heures, il a l'avantage absolu partout. Étape 2, coûts d'opportunité. Dans A, un drap coûte 100 sur 200 vin, soit 0,5 vin. Dans B, un drap coûte 80 sur 80 vin, soit 1 vin. A a l'avantage comparatif dans le drap, B dans le vin. Étape 3, rapport d'échange. Tout prix du drap compris entre 0,5 et 1 vin convient. On prend 1 drap contre 0,75 vin. Étape 4, production. En autarcie, A produit 5 draps et 2,5 vins, B produit 10 draps et 10 vins, total 15 draps et 12,5 vins. A, petit, se spécialise complètement et produit 10 draps. B, grand, se spécialise partiellement, par exemple 6 draps et 14 vins. Total mondial 16 draps et 14 vins, davantage des deux biens. Étape 5, gains. A vend 4 draps contre 3 vins, il consomme 6 draps et 3 vins contre 5 et 2,5 en autarcie. B consomme 10 draps et 11 vins contre 10 et 10. Les deux pays gagnent. Point où l'on se trompe : conclure de l'avantage absolu de B qu'il n'a aucun intérêt à échanger, ou imposer une spécialisation complète des deux pays alors qu'un grand pays reste souvent diversifié.

Sujet 4. Effets d'un droit de douane sur les surplus

Classiques de khôlle et concours · Exercice chiffré, type écrit

Un petit pays fait face à un prix mondial de 10. Sa demande est Q égale 120 moins 4P, son offre nationale Q égale 2P. Il instaure un droit spécifique de 5 par unité. Calculer importations, recette, variations de surplus et perte sèche.

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Étape 1, avant le droit, au prix 10, demande 80, offre 20, importations 60. Étape 2, après le droit, prix intérieur 15, demande 60, offre 30, importations 30. Étape 3, recette, 5 fois 30, soit 150. Étape 4, surplus. Perte des consommateurs, aire sous la demande entre 10 et 15, soit 350. Gain des producteurs, aire sous l'offre entre 10 et 15, soit 125. Étape 5, perte sèche, 350 moins 125 moins 150, soit 75. Vérification par les deux triangles, un demi fois 5 fois 10 et un demi fois 5 fois 20, soit 25 plus 50. Point où l'on se trompe : compter la recette comme une perte, elle est un transfert vers l'État.

Sujet 1. Le libre-échange est-il toujours souhaitable ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP

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Accroche : le choc chinois d'Autor, Dorn et Hanson. Problématique : le gain agrégé établi depuis Ricardo suffit-il à justifier le libre-échange quand ses coûts sont concentrés.

I. Un gain collectif solidement établi. Ricardo, HOS, Krugman, Melitz, quatre mécanismes concluant tous à un gain agrégé, confirmé par la croissance des pays ouverts, la baisse des prix et la variété.

II. Des coûts réels et concentrés. Stolper Samuelson, coûts d'ajustement, choc chinois, courbe de l'éléphant. Arguments d'industrie naissante, de secteurs stratégiques, de termes de l'échange pour les exportateurs de produits primaires.

III. Un échange à encadrer et à compenser. Le protectionnisme a un coût certain et un bénéfice incertain, mais le libre-échange sans compensation est politiquement instable, Rodrik. La réponse passe par la redistribution et la formation plus que par les droits de douane.

Sujet 2. La compétitivité d'une nation a-t-elle un sens ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet Ecricome

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Accroche : le rapport de 2012 sur la compétitivité de l'industrie française. Problématique : peut-on transposer à une nation un concept forgé pour l'entreprise.

I. Une notion opératoire. Compétitivité prix, coût salarial unitaire, taux de change. Compétitivité hors prix, qualité, gamme, innovation. Elle éclaire la divergence franco-allemande des années 2000 et la perte de parts de marché de la France.

II. Une notion trompeuse. Krugman 1994, une nation ne fait pas faillite, le commerce n'est pas à somme nulle, le niveau de vie dépend de la productivité. Un déficit courant est aussi un excès d'investissement sur l'épargne financé par des entrées de capitaux.

III. Un concept à redéfinir. Capacité d'un territoire à attirer des activités et à élever le revenu de ses habitants, donc productivité, attractivité, montée en gamme. Le cas franco-allemand montre que les facteurs hors prix pèsent davantage que le seul coût du travail.

Sujet 5. La mondialisation creuse-t-elle les inégalités ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP

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Accroche : la courbe de l'éléphant. Problématique : la mondialisation réduit-elle les inégalités entre nations en creusant celles au sein des nations.

I. Entre nations, une convergence partielle. Rattrapage asiatique, baisse de la pauvreté extrême. Mais convergence sélective, l'Afrique subsaharienne et les exportateurs de produits primaires restent en marge, Prebisch.

II. À l'intérieur des nations, une déformation. Stolper Samuelson, choc chinois, recul de la part des salaires. Mais le progrès technique biaisé explique une part majeure de la prime à la qualification, et les inégalités montent aussi chez les émergents gagnants.

III. Ce que les politiques changent. Les pays nordiques, ouverts et peu inégalitaires, montrent que redistribution et formation compensent. Rodrik sur l'arbitrage avec la démocratie.

Sujet 6. Termes de l'échange et coût salarial unitaire

Autres exercices · Analyse de document

Entre deux années, l'indice des prix à l'exportation d'un pays passe de 100 à 110 et l'indice des prix à l'importation de 100 à 125. Dans le même temps, le coût du travail par salarié augmente de 3 % et la productivité de 1 %. Calculer les termes de l'échange et la variation du coût salarial unitaire, puis commenter.

Voir le corrigé

Étape 1, termes de l'échange, 110 sur 125 fois 100, soit 88. Dégradation de 12 %, une même quantité exportée finance 12 % d'importations en moins. Étape 2, coût salarial unitaire, 1,03 sur 1,01, soit une hausse d'environ 2 %. Étape 3, commentaire. Une dégradation venue d'une baisse des prix à l'exportation améliorerait la compétitivité prix. Ici elle vient d'une hausse des prix à l'importation, typique d'un choc énergétique, donc c'est une perte sans contrepartie. La hausse du coût salarial unitaire dégrade la compétitivité prix à change constant. Point où l'on se trompe : comparer la hausse des salaires à l'inflation et non à la productivité.

Erreurs fréquentes

  1. Écrire que Ricardo suppose l'avantage absolu, ou qu'un pays moins productif partout ne peut pas échanger. C'est l'erreur la plus sanctionnée.
  2. Confondre Stolper Samuelson, qui porte sur la répartition à l'intérieur d'un pays, et l'égalisation des prix des facteurs, qui porte sur la convergence entre pays.
  3. Conclure d'un déficit commercial à un appauvrissement. Un déficit courant est aussi un financement extérieur, il faut passer par l'équilibre entre épargne et investissement.
  4. Présenter la politique commerciale stratégique comme une recette. Brander et Spencer eux-mêmes soulignent sa dépendance aux hypothèses, et Krugman en montre la fragilité pratique.
  5. Attribuer toute la désindustrialisation au commerce. Le progrès technique pèse davantage, même si le choc chinois est réel et localement massif.

Fiche rédigée à partir du programme officiel ECG d'ESH (2021), module 3, partie 3.1 « La dynamique de la mondialisation économique », point 3.1.2. Elle traite l'explication du contenu des échanges, les déterminants de la spécialisation, le débat entre libre échange et protectionnisme, les différences de performances commerciales entre nations et la pertinence de la notion de compétitivité, enfin les effets de la mondialisation sur l'emploi et la répartition.