Aller au contenu

Accueil › BCPST › Maths

BCPST2 · Maths · semaine 8

Polynômes

Notation X, polynômes à coefficients réels ou complexes, degré, coefficient dominant et notations R[X], C[X] et Kn[X]. Racines, factorisation par (X moins alpha), ordre de multiplicité et majoration du nombre de racines distinctes par le degré. Racines conjuguées d'un polynôme réel, théorème de d'Alembert-Gauss admis et factorisation dans C[X].

Sommaire

Le cours

Résumé en cinq points

  1. Un polynôme est nul si et seulement si tous ses coefficients sont nuls. L'identification des coefficients est l'outil de base.
  2. Le degré d'un produit est la somme des degrés, celui d'une somme est majoré par le maximum des degrés. Le polynôme nul est de degré −∞-\infty.
  3. α\alpha est racine de PP si et seulement si P=(X−α)QP = (X - \alpha)Q. Des racines distinctes donnent des facteurs distincts, donc un polynôme non nul de degré nn a au plus nn racines distinctes.
  4. La multiplicité d'une racine est le plus grand exposant mm tel que (X−α)m(X - \alpha)^m divise PP. On la détermine par factorisation, pas par dérivation.
  5. Dans C\C, tout polynôme de degré n⩾1n \geqslant 1 se factorise en produit de facteurs de degré 1, avec nn racines comptées avec multiplicité. Pour un polynôme réel, les racines non réelles vont par paires conjuguées.
Pourquoi ce chapitre

Les polynômes sont partout en sciences :

  • équation caractéristique d'une suite ou d'une équation différentielle ;
  • calcul d'un pH ou d'un taux de conversion, qui conduit à une équation du second ou du troisième degré ;
  • ajustement d'une série de mesures par une courbe.

Le chapitre a aussi un rôle interne aux mathématiques. L'ensemble des polynômes est l'exemple le plus commode d'espace vectoriel qui n'est pas un espace de colonnes, et il sert de terrain d'entraînement pour le bloc d'algèbre linéaire qui suit. La recherche de valeurs propres se ramène souvent, en petite dimension, à la recherche des racines d'un polynôme.

Le programme de BCPST reste resserré : ni division euclidienne, ni arithmétique des polynômes, ni factorisation dans R[X]\R[X].

1Règles de calcul

1.1La notation X

Définition 1.1Polynôme

On note XX l'application qui à xx associe xx. Un polynôme à coefficients réels s'écrit P=a0+a1X+⋯+anXn,P = a_0 + a_1 X + \dots + a_n X^n, où les aka_k sont des réels et où XkX^k désigne l'application x↦xkx \mapsto x^k. On définit de la même façon les polynômes à coefficients complexes.

Les règles de calcul avec XX prolongent celles de R\R ou de C\C : on développe, on factorise, on réduit comme d'habitude.

Dans tout ce qui suit, K\K désigne R\R ou C\C. En BCPST, on identifie un polynôme et la fonction polynomiale associée. Cette identification est légitime, on le verra avec la majoration du nombre de racines, parce que deux polynômes qui prennent les mêmes valeurs en une infinité de points sont égaux.

1.2Opérations

La somme de deux polynômes, le produit d'un polynôme par un scalaire, le produit de deux polynômes et la composée de deux polynômes sont encore des polynômes. Le produit se calcule en développant et en regroupant les termes de même degré.

1.3Unicité de l'écriture

Propriété 1.2Unicité de l'écriture

Un polynôme est nul si et seulement si tous ses coefficients sont nuls. Par conséquent, deux polynômes sont égaux si et seulement si ils ont les mêmes coefficients.

C'est la technique d'identification des coefficients, constamment utilisée.

Exemple 1.3Décomposition de 1X(X+1)\frac{1}{X(X+1)}

On cherche aa et bb tels que 1X(X+1)=aX+bX+1\dfrac{1}{X(X+1)} = \dfrac{a}{X} + \dfrac{b}{X+1}. On met au même dénominateur et on identifie : a(X+1)+bX=1.a(X+1) + bX = 1. On obtient a+b=0a + b = 0 et a=1a = 1, donc a=1a = 1 et b=−1b = -1. C'est l'identité qui sert dans les sommes télescopiques.

1.4Degré et coefficient dominant

Définition 1.4Degré, coefficient dominant

Si PP est non nul, son degré, noté deg⁡P\deg P, est le plus grand entier nn tel que le coefficient ana_n soit non nul. Ce coefficient ana_n est le coefficient dominant. Un polynôme dont le coefficient dominant vaut 1 est unitaire.

On convient que le polynôme nul a pour degré −∞-\infty, convention qui rend les règles suivantes valables sans exception.

Propriété 1.5Degré d'une somme et d'un produit

Pour tous PP et QQ de K[X]\K[X] :

  • deg⁡(P+Q)⩽max⁡(deg⁡P,deg⁡Q)\deg(P + Q) \leqslant \max(\deg P, \deg Q), avec égalité dès que deg⁡P≠deg⁡Q\deg P \neq \deg Q ;
  • deg⁡(PQ)=deg⁡P+deg⁡Q\deg(PQ) = \deg P + \deg Q.

Exemple 1.6Inégalité stricte

P=X2+XP = X^2 + X et Q=−X2+1Q = -X^2 + 1 sont de degré 2, mais leur somme X+1X + 1 est de degré 1 : les termes de plus haut degré se simplifient.

Démonstration

Si PP a pour coefficient dominant aa et pour degré pp, et QQ pour coefficient dominant bb et pour degré qq, le coefficient de Xp+qX^{p+q} dans PQPQ vaut abab. Il est non nul car aa et bb sont des réels ou des complexes non nuls.

Conséquence : un produit de deux polynômes non nuls est non nul.

1.5Notations

On note K[X]\K[X] l'ensemble des polynômes à coefficients dans K\K, et Kn[X]\K_n[X] l'ensemble des polynômes de degré inférieur ou égal à nn, polynôme nul compris. On utilisera donc R[X]\R[X], C[X]\C[X], Rn[X]\R_n[X] et Cn[X]\C_n[X].

À retenir

Kn[X]\K_n[X] contient le polynôme nul et tous les polynômes de degré au plus nn : il est stable par somme et par produit par un scalaire.

Attention

L'ensemble des polynômes de degré exactement nn n'est pas stable par somme.

2Racines et factorisation

2.1Définition

Définition 2.1Racine

Soit PP un polynôme de K[X]\K[X] et α∈K\alpha \in \K. On dit que α\alpha est une racine de PP si P(α)=0P(\alpha) = 0.

2.2Factorisation par X − α

Théorème 2.2Factorisation par X−αX - \alpha

Hypothèses

  • P∈K[X]P \in \K[X] ;
  • α∈K\alpha \in \K.

Alors α\alpha est racine de PP si et seulement si il existe Q∈K[X]Q \in \K[X] tel que P=(X−α)QP = (X - \alpha)Q.

Démonstration

Sens indirect : si P=(X−α)QP = (X - \alpha)Q, alors P(α)=0×Q(α)=0P(\alpha) = 0 \times Q(\alpha) = 0.

Sens direct : on écrit P=∑akXkP = \sum a_k X^k et on utilise P(X)−P(α)=∑ak(Xk−αk).P(X) - P(\alpha) = \sum a_k (X^k - \alpha^k). Pour tout k⩾1k \geqslant 1, on a l'identité Xk−αk=(X−α)(Xk−1+αXk−2+⋯+αk−1).\begin{aligned} X^k - \alpha^k = (X - \alpha)\big(&X^{k-1} + \alpha X^{k-2}\\ &+ \dots + \alpha^{k-1}\big). \end{aligned} Chaque terme se factorise donc par X−αX - \alpha, et comme P(α)=0P(\alpha) = 0 on obtient P=(X−α)QP = (X - \alpha)Q pour un certain polynôme QQ.

La division euclidienne étant hors programme, c'est cette identité qu'il faut savoir écrire.

Remarque

Si PP est non nul de degré nn, alors QQ est de degré n−1n - 1.

2.3Plusieurs racines distinctes

Propriété 2.3Plusieurs racines distinctes

Hypothèses

  • α1,…,αr\alpha_1, \dots, \alpha_r sont des racines de PP deux à deux distinctes.

Alors il existe un polynôme QQ tel que P=(X−α1)⋯(X−αr) Q.P = (X - \alpha_1)\cdots(X - \alpha_r)\,Q.

Démonstration

Récurrence sur rr. Au rang 1, c'est le théorème précédent. Supposons le résultat au rang r−1r - 1 : P=(X−α1)⋯(X−αr−1)RP = (X - \alpha_1)\cdots(X - \alpha_{r-1})R. On évalue en αr\alpha_r, racine de PP différente des autres : chaque facteur αr−αi\alpha_r - \alpha_i est non nul, donc R(αr)=0R(\alpha_r) = 0. On factorise alors RR par X−αrX - \alpha_r et on conclut.

2.4Majoration du nombre de racines

Théorème 2.4Nombre de racines

Un polynôme non nul de degré nn admet au plus nn racines distinctes.

Démonstration

Si PP admettait rr racines distinctes avec r>nr > n, l'écriture précédente donnerait deg⁡P=r+deg⁡Q⩾r>n\deg P = r + \deg Q \geqslant r > n, ce qui contredit deg⁡P=n\deg P = n.

Corollaires :

  • Un polynôme qui admet une infinité de racines est le polynôme nul.
  • Si deux polynômes de degré au plus nn coïncident en n+1n + 1 points distincts, ils sont égaux.

Le second justifie l'identification entre polynôme et fonction polynomiale. C'est aussi l'argument pour dire qu'un ajustement polynomial de degré donné est déterminé par un nombre fini de mesures.

Exemple 2.5

Le seul polynôme PP de degré au plus 2 vérifiant P(0)=P(1)=P(2)=0P(0) = P(1) = P(2) = 0 est le polynôme nul, car il aurait trois racines pour un degré au plus 2.

2.5Ordre de multiplicité

Définition 2.6Ordre de multiplicité

Soit α\alpha une racine de PP non nul. L'ordre de multiplicité de α\alpha est le plus grand entier m⩾1m \geqslant 1 tel que (X−α)m(X - \alpha)^m divise PP, c'est-à-dire tel que P=(X−α)mQP = (X - \alpha)^m Q.

Ce mm existe car les exposants possibles sont bornés par le degré de PP. On a alors P=(X−α)mQP = (X - \alpha)^m Q avec Q(α)≠0Q(\alpha) \neq 0, et cette écriture caractérise mm.

On parle de racine simple quand m=1m = 1, double quand m=2m = 2, triple quand m=3m = 3.

Remarque

Le programme précise que la caractérisation de la multiplicité à l'aide des polynômes dérivés n'est pas un attendu. On détermine la multiplicité en factorisant, pas en dérivant.

Exemple 2.7

Pour P=X3−3X+2P = X^3 - 3X + 2, on remarque que 1 est racine. On factorise : P=(X−1)(X2+X−2)=(X−1)2(X+2).\begin{aligned} P &= (X - 1)(X^2 + X - 2)\\ &= (X - 1)^2(X + 2). \end{aligned} La racine 1 est double, la racine −2-2 est simple. La somme des multiplicités vaut 3, qui est le degré.

3Polynômes réels et polynômes complexes

3.1Racines conjuguées

Théorème 3.1Racines conjuguées

Hypothèses

  • PP est un polynôme à coefficients réels ;
  • α\alpha est un nombre complexe racine de PP.

Alors α‾\overline{\alpha} est aussi racine de PP.

Démonstration

Les coefficients aka_k étant réels, P(α‾)=∑akα‾k=∑akαk‾=P(α)‾=0‾=0.\begin{aligned} P(\overline{\alpha}) &= \sum a_k \overline{\alpha}^k\\ &= \overline{\sum a_k \alpha^k}\\ &= \overline{P(\alpha)} = \overline{0} = 0. \end{aligned}

Conséquence : les racines non réelles d'un polynôme réel vont par paires conjuguées, et elles ont la même multiplicité. En particulier, un polynôme réel de degré impair admet au moins une racine réelle, puisque les racines non réelles s'apparient.

Exemple 3.2

X2+1X^2 + 1 n'a pas de racine réelle, mais il a i\ii et −i-\ii comme racines dans C\C.

3.2Théorème de d'Alembert-Gauss

Théorème 3.3Théorème de d'Alembert-Gauss

Tout polynôme de C[X]\C[X] de degré supérieur ou égal à 1 admet au moins une racine complexe.

Remarque

Résultat admis.

Propriété 3.4Factorisation dans C[X]\C[X]

Hypothèses

  • P∈C[X]P \in \C[X] de degré n⩾1n \geqslant 1 ;
  • aa est son coefficient dominant ;
  • z1,…,zrz_1, \dots, z_r sont ses racines distinctes, de multiplicités m1,…,mrm_1, \dots, m_r.

Alors P=a (X−z1)m1⋯(X−zr)mr,P = a\,(X - z_1)^{m_1}\cdots(X - z_r)^{m_r}, et m1+⋯+mr=nm_1 + \dots + m_r = n.

On obtient cette écriture en appliquant le théorème de façon répétée, chaque factorisation faisant baisser le degré de 1.

À retenir

Dans C\C, un polynôme de degré nn a exactement nn racines comptées avec leur multiplicité : C\C est algébriquement clos.

Le programme précise que la factorisation dans R[X]\R[X], en facteurs de degré 1 et de degré 2, est hors programme. On ne l'utilise donc pas comme résultat de cours.

Exemple 3.5

Dans C[X]\C[X], X4−1=(X−1)(X+1)(X−i)(X+i)X^4 - 1 = (X - 1)(X + 1)(X - \ii)(X + \ii) : quatre racines simples pour un degré 4.

3.3Racines de l'unité et second degré

Deux outils de première année restent utiles.

  • Les racines nn-ièmes de l'unité sont les nn nombres complexes e2ikπ/n\e^{2\ii k\pi/n} pour k∈[ ⁣[0,n−1] ⁣]k \in \intent{0}{n-1}.
  • L'équation aX2+bX+c=0aX^2 + bX + c = 0 avec a≠0a \neq 0 se résout par le discriminant Δ=b2−4ac\Delta = b^2 - 4ac :
    • deux racines réelles distinctes si Δ>0\Delta > 0 ;
    • une racine double si Δ=0\Delta = 0 ;
    • deux racines complexes conjuguées si Δ<0\Delta < 0.

Méthodes

MéthodeMontrer qu'un polynôme est nul

Montrer que tous ses coefficients sont nuls, ou qu'il a plus de racines que son degré n'en autorise.

MéthodeIdentifier deux polynômes

Identifier les coefficients terme à terme.

MéthodeFactoriser un polynôme

  1. Chercher une racine évidente parmi les petites valeurs entières : 00, 11, −1-1, 22, −2-2.
  2. Factoriser par X−αX - \alpha : le quotient s'obtient en développant un produit à coefficients inconnus et en identifiant, puisque la division euclidienne est hors programme.
  3. Recommencer sur le quotient.

MéthodePolynôme réel avec une racine complexe non réelle

Une racine complexe non réelle étant connue, sa conjuguée est une deuxième racine, gratuitement.

MéthodeÉquation entre polynômes

Comparer les degrés des deux membres : cela élimine souvent la plupart des cas.

MéthodeProuver qu'une famille de polynômes est libre

Le réflexe est le résultat du chapitre suivant sur les degrés deux à deux distincts.

Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle

  1. Donner les règles de degré pour une somme et un produit, avec un exemple où l'inégalité sur la somme est stricte.
  2. Démontrer que α\alpha est racine de PP si et seulement si PP se factorise par X−αX - \alpha, en utilisant l'identité sur Xk−αkX^k - \alpha^k.
  3. Démontrer qu'un polynôme non nul de degré nn a au plus nn racines distinctes.
  4. En déduire qu'un polynôme ayant une infinité de racines est nul, et l'appliquer à une égalité de fonctions polynomiales.
  5. Déterminer la multiplicité d'une racine par factorisation, sur un exemple de degré 3 ou 4.
  6. Démontrer que les racines non réelles d'un polynôme réel sont conjuguées deux à deux.
  7. Énoncer le théorème de d'Alembert-Gauss et écrire la factorisation complète d'un polynôme dans C[X]\C[X].
  8. Justifier qu'un polynôme réel de degré impair a au moins une racine réelle.

Méthodes et exercices

Les résultats à connaître

  • Un polynôme est nul si et seulement si tous ses coefficients sont nuls. Deux polynômes sont donc égaux si et seulement si ils ont les mêmes coefficients : exigible sans démonstration.
  • Combinaison linéaire, produit et composée de polynômes sont des polynômes : exigible.
  • deg(P + Q) ≤ max(deg P, deg Q), avec égalité si deg P ≠ deg Q : exigible.
  • deg(PQ) = deg P + deg Q, avec la convention deg 0 = −∞ : exigible avec démonstration.
  • Si P est non nul, PQ = 0 impose Q = 0. Donc PQ = PR donne Q = R : corollaire exigible, à savoir justifier.
  • Pour Q non constant, deg(P ∘ Q) = deg P × deg Q : non listé au programme, à retrouver sur un exemple.
  • α est racine de P si et seulement si il existe Q avec P = (X − α)Q : exigible avec démonstration.
  • Si α₁, …, αr sont des racines deux à deux distinctes de P, alors P = (X − α₁)…(X − αr)Q : exigible, démonstration par récurrence.
  • Un polynôme non nul de degré n a au plus n racines distinctes : exigible avec démonstration.
  • Un polynôme ayant une infinité de racines est nul. Deux polynômes de Kn[X] qui coïncident en n + 1 points distincts sont égaux : corollaires exigibles.
  • Pour P non nul, α est racine d'ordre m si et seulement si P = (X − α)m Q avec Q(α) ≠ 0 : exigible.
  • Si P est à coefficients réels et α est racine complexe, alors ᾱ est racine, avec la même multiplicité : exigible avec démonstration.
  • Théorème de d'Alembert-Gauss : admis. Factorisation complète dans C[X] : conséquence exigible.
  • Un polynôme réel de degré impair a au moins une racine réelle : conséquence exigible.
  • Hors programme : division euclidienne, PGCD et arithmétique, multiplicité par dérivées successives, factorisation dans R[X] comme théorème, formule de Taylor polynomiale, relations coefficients-racines en degré quelconque, interpolation de Lagrange comme théorème de cours.

Clés de démonstration

Degré d'un produit. On écrit P = aXp + (termes de degré < p) et Q = bXq + (termes de degré < q). Le seul terme de degré p + q du produit est abXp+q, et ab ≠ 0 car a et b sont non nuls dans R ou C. L'astuce : isoler le terme dominant, et traiter à part le polynôme nul grâce à la convention −∞.

Factorisation par X − α. On écrit P − P(α) = Σ ak (Xᵏ − αᵏ), le terme k = 0 étant nul. Or Xᵏ − αᵏ = (X − α)(Xk−1 + αXk−2 + … + αk−1), donc X − α se met en facteur. L'astuce : cette identité géométrique remplace la division euclidienne.

Plusieurs racines distinctes. Récurrence sur r. Si P = (X − α₁)…(X − αr−1)R, on évalue en αr : le produit des αr − αi est non nul, donc R(αr) = 0 et on factorise R. L'astuce : l'hypothèse « deux à deux distinctes » rend chaque facteur non nul.

Au plus n racines. Avec r racines distinctes, P = (X − α₁)…(X − αr)Q avec Q non nul puisque P est non nul. Donc deg P = r + deg Q ≥ r. L'astuce : argument de degré, sans oublier que Q ≠ 0.

Caractérisation de la multiplicité. Si P = (X − α)m Q avec Q(α) ≠ 0 et aussi P = (X − α)m+1R, alors (X − α)m (Q − (X − α)R) = 0. Comme (X − α)m est non nul, Q = (X − α)R, d'où Q(α) = 0, contradiction. L'astuce : simplifier par un facteur non nul.

Racines conjuguées. Les coefficients étant réels, P(ᾱ) est le conjugué de P(α), qui vaut 0. Pour la multiplicité, on conjugue tous les coefficients dans P = (X − α)m Q avec Q(α) ≠ 0 : P est inchangé et on obtient P = (X − ᾱ)m Q₁, où Q₁(ᾱ) est le conjugué de Q(α), donc non nul. L'astuce : la conjugaison respecte sommes et produits.

Degré impair. Dans C, P de degré n a n racines comptées avec multiplicité. Les racines non réelles vont par paires de même multiplicité, leur total est pair. Il reste un total impair, donc au moins 1, pour les racines réelles. Autre preuve : P tend vers +∞ et −∞ aux deux bouts, et on applique le théorème des valeurs intermédiaires.

Factorisation dans C[X]. Récurrence sur le degré. D'Alembert-Gauss fournit une racine z, donc P = (X − z)Q avec deg Q = n − 1, et on applique l'hypothèse à Q. L'astuce : le degré baisse de 1 à chaque étape et le coefficient dominant se conserve.

Exemples et contre-exemples à connaître

  1. (X + 1)² − X² = 2X + 1 : deux polynômes de degré 2 dont la différence est de degré 1. L'égalité du degré d'une somme exige des degrés différents.
  2. Xⁿ + 1 et −Xⁿ sont de degré n, leur somme vaut 1. L'ensemble des polynômes de degré exactement n n'est pas stable par somme, contrairement à Kn[X].
  3. X − i admet i pour racine mais pas −i. Les racines conjuguées exigent des coefficients réels.
  4. X(X − 1)…(X − n) est non nul, de degré n + 1, et s'annule en n + 1 points. La condition « n + 1 points pour un degré au plus n » est optimale.
  5. X⁴ + 1 n'a aucune racine réelle. Un polynôme réel de degré pair peut n'en avoir aucune.
  6. X² + X + 1 a pour racines j = e2iπ/3 et j² = j̄. C'est la paire conjuguée type, et X³ − 1 = (X − 1)(X² + X + 1).
  7. X³ n'a qu'une racine distincte, 0, triple. Le nombre de racines distinctes peut être inférieur au degré, même dans C.
  8. Xⁿ − 1 a exactement n racines simples, les racines n-ièmes de l'unité. C'est la factorisation complète la plus demandée.
  9. (X² + 1) ∘ X³ = X⁶ + 1 est de degré 6 = 2 × 3. En revanche P ∘ 5 est constant : la formule du degré d'une composée exige Q non constant.

Techniques du chapitre

Technique 1, identifier les coefficients pour obtenir un quotient. Mini-exercice : factoriser X³ − 2X² − 5X + 6, dont 1 est racine. On cherche (X − 1)(X² + bX + c) = X³ + (b − 1)X² + (c − b)X − c. On identifie : b = −1, c = −6, et −c = 6 est cohérent. Enfin X² − X − 6 = (X − 3)(X + 2).

Technique 2, tester 1 et −1. P(1) est la somme des coefficients, P(−1) leur somme alternée. Mini-exercice : factoriser X³ + X² − X − 1. On a P(1) = P(−1) = 0. Par regroupement, P = X²(X + 1) − (X + 1) = (X + 1)²(X − 1). Donc −1 est double et 1 simple.

Technique 3, comparer les degrés d'abord. Mini-exercice : trouver les P réels tels que P(X²) = XP(X). Si P est non nul de degré n, alors 2n = n + 1, donc n = 1. Avec P = aX + b, on obtient aX² + b = aX² + bX, donc b = 0. Les solutions sont les aX, a réel, polynôme nul compris.

Technique 4, produire une infinité de racines. Mini-exercice : trouver les P tels que P(X + 1) = P(X). Par récurrence, P(k) = P(0) pour tout entier naturel k, donc P − P(0) a une infinité de racines. Il est nul et P est constant. Réciproquement, les constantes conviennent.

Technique 5, factoriser pour lire une multiplicité. Mini-exercice : multiplicités des racines de X⁴ − 2X³ + 2X − 1. On a P(1) = P(−1) = 0, et l'on vérifie en développant que P = (X − 1)³(X + 1). Donc 1 est triple et −1 simple.

Technique 6, compléter par les conjuguées. Mini-exercice : trouver le polynôme réel unitaire de degré 3 ayant pour racines 2 et 1 + i. La conjuguée 1 − i est racine, et trois racines distinctes pour un degré 3 donnent P = (X − 2)(X² − 2X + 2) = X³ − 4X² + 6X − 4.

Technique 7, simplifier par un facteur non nul. Mini-exercice : trouver les P non nuls tels que P² = X²P. On écrit P(P − X²) = 0. Un produit de polynômes n'est nul que si l'un des facteurs l'est. Comme P ≠ 0, on a P = X².

Exercices classiques corrigés

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Exercice 1. Factoriser complètement X⁴ + X³ + X + 1 dans C[X] et donner les multiplicités

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Technique regroupement de termes, puis second degré.

Voir le corrigé
  1. On regroupe : P = X³(X + 1) + (X + 1) = (X + 1)(X³ + 1).
  2. X³ + 1 s'annule en −1, et X³ + 1 = (X + 1)(X² − X + 1), à vérifier en développant.
  3. Donc P = (X + 1)²(X² − X + 1). Le discriminant du dernier facteur vaut −3, ses racines sont (1 + i√3)/2 et (1 − i√3)/2.
  4. Conclusion : −1 est double, les deux racines conjuguées sont simples. Total 4, le degré.

piège : S'arrêter à (X + 1)(X³ + 1) et déclarer −1 simple sans tester −1 sur le quotient.

Exercice 2

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Déterminer les racines complexes de X⁴ + 4, en déduire sa factorisation dans C[X], puis l'écrire comme produit de deux polynômes réels de degré 2.

Technique forme exponentielle, puis regroupement des paires conjuguées.

Voir le corrigé
  1. Avec z = reiθ et −4 = 4eiπ, l'équation z⁴ = −4 donne r = √2 et 4θ = π + 2kπ.
  2. Les racines sont 1 + i, −1 + i, −1 − i et 1 − i. Elles sont distinctes, le polynôme est unitaire de degré 4, donc X⁴ + 4 = (X − 1 − i)(X − 1 + i)(X + 1 − i)(X + 1 + i).
  3. On regroupe les conjuguées : (X − 1 − i)(X − 1 + i) = X² − 2X + 2 et (X + 1 − i)(X + 1 + i) = X² + 2X + 2.
  4. Vérification : (X² + 2)² − 4X² = X⁴ + 4.

piège : Invoquer « le théorème de factorisation dans R[X] », hors programme. On fait ici un calcul explicite.

Exercice 3

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Trouver les réels a et b tels que 1 soit racine au moins double de P = X⁴ + aX + b. Préciser la multiplicité exacte.

Technique factoriser par X − 1, puis imposer que 1 soit racine du quotient, sans dériver.

Voir le corrigé
  1. P(1) = 0 équivaut à b = −1 − a. Alors P = (X⁴ − 1) + a(X − 1) = (X − 1)(X³ + X² + X + 1 + a).
  2. 1 est au moins double si et seulement si le quotient s'annule en 1, soit 4 + a = 0. Donc a = −4 et b = 3.
  3. On identifie : X³ + X² + X − 3 = (X − 1)(X² + 2X + 3), d'où P = (X − 1)²(X² + 2X + 3).
  4. Le dernier facteur vaut 6 en 1, donc 1 est exactement double.

piège : Conclure « double » sans vérifier que le quotient final ne s'annule pas en 1.

Exercice 4. Déterminer tous les P de R[X] tels que P(X²) = (X² + 1)P(X)

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Technique comparaison des degrés, puis identification.

Voir le corrigé
  1. Le polynôme nul convient. Si P est non nul de degré n, on compare 2n et n + 2, donc n = 2.
  2. On pose P = aX² + bX + c. Alors P(X²) = aX⁴ + bX² + c et (X² + 1)P = aX⁴ + bX³ + (a + c)X² + bX + c.
  3. L'identification donne b = 0 et b = a + c, donc c = −a.
  4. Réciproquement, a(X⁴ − 1) = (X² + 1)a(X² − 1). Les solutions sont les a(X² − 1), a réel.

piège : Oublier le polynôme nul, ou écrire deg P(X²) = deg P + 2 au lieu de 2 deg P.

Exercice 5

Classiques de khôlle et concours · Écrit, type Agro-Véto

Soient a, b, c trois réels distincts et y₁, y₂, y₃ trois réels. Montrer qu'il existe un unique P de R₂[X] tel que P(a) = y₁, P(b) = y₂, P(c) = y₃. Application : trouver P de degré au plus 2 tel que P(0) = 1, P(1) = 3, P(2) = 7.

Technique existence par construction, unicité par comptage des racines.

Voir le corrigé
  1. On pose L₁ = (X − b)(X − c)/((a − b)(a − c)), et L₂, L₃ de même en échangeant les rôles. Les dénominateurs sont non nuls car les réels sont distincts.
  2. L₁ vaut 1 en a et 0 en b et c, de même pour les autres. Donc y₁L₁ + y₂L₂ + y₃L₃ est dans R₂[X] et convient.
  3. Si P et R conviennent, P − R est de degré au plus 2 et s'annule en trois points distincts, donc P = R.
  4. Application : P = αX² + βX + γ donne γ = 1, α + β = 2, 4α + 2β = 6. Donc α = β = 1 et P = X² + X + 1.

piège : Citer « le théorème de Lagrange » comme résultat de cours. En BCPST, on le démontre à la main.

Exercice 6

Classiques de khôlle et concours · Écrit, type G2E

Soit n ≥ 2 et ωk = e2ikπ/n pour 0 ≤ k ≤ n − 1. Montrer que Xⁿ − 1 = Πk=0n−1 (X − ωk). En déduire Σ ωk, puis le produit des 1 − ωk pour k de 1 à n − 1.

Technique n racines distinctes pour un degré n, puis simplification et évaluation.

Voir le corrigé
  1. Les ωk sont n racines distinctes de Xⁿ − 1, donc Xⁿ − 1 = Π(X − ωk) × Q. Les degrés imposent Q constant, et les coefficients dominants Q = 1.
  2. Le coefficient de Xn−1 vaut −Σ ωk à droite et 0 à gauche, puisque n ≥ 2. Donc Σ ωk = 0.
  3. Par l'identité géométrique, Xⁿ − 1 = (X − 1)(1 + X + … + Xn−1). Comme ω₀ = 1, on a aussi Xⁿ − 1 = (X − 1)Πk=1n−1(X − ωk).
  4. D'où (X − 1)(1 + X + … + Xn−1 − Πk≥1(X − ωk)) = 0, avec X − 1 non nul. Les deux polynômes sont égaux, et en évaluant en 1, Πk=1n−1(1 − ωk) = n.

piège : « diviser par X − 1 » puis évaluer en 1, ce qui n'a pas de sens pour des fonctions. On simplifie des polynômes, puis on évalue.

Exercice 7

Classiques de khôlle et concours · Écrit, type G2E

Montrer que pour tout n ∈ N, il existe un unique polynôme Tn tel que Tn(cos θ) = cos(nθ) pour tout réel θ. Donner son degré, son coefficient dominant et ses racines.

Technique récurrence double pour l'existence, infinité de racines pour l'unicité.

Voir le corrigé
  1. La formule cos((n + 1)θ) + cos((n − 1)θ) = 2cos θ cos(nθ) suggère T₀ = 1, T₁ = X et Tn+1 = 2XT_n − Tn−1. Par récurrence double, ces polynômes conviennent.
  2. Unicité : si T et T' conviennent, T − T' s'annule sur [−1, 1], qui est infini. Donc T = T'.
  3. Par récurrence, pour n ≥ 1, Tn est de degré n et de coefficient dominant 2n−1. En effet deg(2XT_n) = n + 1 > deg Tn−1, donc le terme dominant de Tn+1 est celui de 2XT_n.
  4. Pour 0 ≤ k ≤ n − 1, xk = cos((2k + 1)π/(2n)) vérifie Tn(xk) = cos((2k + 1)π/2) = 0. Les angles sont dans ]0, π[ où cos est injective, donc les xk sont distincts. Avec n racines pour un degré n, Tn = 2n−1Π(X − xk), toutes simples.

piège : Faire une récurrence simple alors que Tn+1 dépend de Tn et Tn−1, ou oublier que le coefficient dominant de T₀ vaut 1 et non 2−1.

Exercice 8

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Déterminer le polynôme P réel unitaire de degré 5 tel que i soit racine double et 0 soit racine.

Technique racines conjuguées de même multiplicité, puis total des multiplicités.

Voir le corrigé
  1. P est réel, donc −i est aussi racine double.
  2. Dans C[X], la somme des multiplicités vaut 5. Or i et −i comptent 2 chacune et 0 au moins 1. Le total atteint 5, donc 0 est simple et il n'y a pas d'autre racine.
  3. P étant unitaire, P = X(X − i)²(X + i)² = X(X² + 1)² = X⁵ + 2X³ + X.

piège : Oublier que −i hérite de la multiplicité 2 et chercher une cinquième racine inconnue.

Exercice 9. Déterminer tous les P de C[X] tels que P(X²) = P(X)²

Classiques de khôlle et concours · Type oral, plus délicat

Technique comparer le coefficient dominant, puis le coefficient du « deuxième terme ».

Voir le corrigé
  1. P = 0 convient. Soit P non nul de degré n. Les termes dominants donnent an = a_n², donc an = 1.
  2. Si P ≠ Xⁿ, on note k < n le plus grand indice tel que ak ≠ 0. Dans P², le coefficient de Xn+k est Σi+j=n+k ai aj. Un ai n'est non nul que si i = n ou i ≤ k. Si i ≤ k, alors j ≥ n, donc j = n et i = k. Ce coefficient vaut 2a_k ≠ 0.
  3. P(X²) ne contient que des degrés pairs 2j, de coefficient aj. Le coefficient de Xn+k vaut 0 si n + k est impair, et a(n+k)/2 sinon. Comme k < (n + k)/2 < n, il est nul. Contradiction.
  4. Donc P = Xⁿ, et réciproquement X2n = (Xⁿ)². Les solutions sont 0 et les Xⁿ, n ∈ N.

piège : Ne comparer que les termes dominants, ce qui laisse croire que tout polynôme unitaire convient.

Erreurs fréquentes

  1. Écrire deg(P + Q) = max(deg P, deg Q) sans vérifier que les degrés diffèrent ou que les coefficients dominants ne se compensent pas.
  2. Simplifier PQ = PR en Q = R sans dire que P est non nul, ou oublier le polynôme nul parmi les solutions d'une équation polynomiale.
  3. Appliquer les racines conjuguées à un polynôme à coefficients complexes, ou oublier qu'elles ont même multiplicité.
  4. Déclarer une racine double ou triple sans vérifier que le quotient ne s'annule plus en α. On factorise jusqu'au bout. La dérivation n'est pas un attendu, et si on l'utilise il faut justifier le résultat invoqué.
  5. Confondre « au plus n racines distinctes » avec « exactement n racines ». Dans R, rien n'est garanti. Dans C, on a n racines comptées avec multiplicité, pas n racines distinctes.

Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de BCPST deuxième année (2021), partie « Algèbre – Polynômes ». Elle couvre les règles de calcul, le degré, les racines, la factorisation par X−αX - \alpha, la multiplicité, le cas des polynômes réels et le théorème de d'Alembert-Gauss.