Ton programme de PSI : ce chapitre est traité par Premier principe appliqué aux transformations physico-chimiques (PC).
Hors programme en PSI, donc pas exigible :
- Enthalpie standard de dissociation de liaison
- Simulation numérique de la température d'un réacteur adiabatique (capacité numérique de PC)
Passages de la vidéo concernés : Enthalpie de dissociation de liaison (11:09), Réacteur adiabatique et emballement (20:29), Exercice 2 : liaisons contre Hess (29:05).
La fiche de cours
Résumé en cinq points
- Une grandeur de réaction est une dérivée par rapport à l'avancement à T et p fixées, pas une différence entre deux états.
- L'état standard fixe la pression à 1 bar et l'état physique, mais laisse la température libre. Une grandeur standard ne dépend que de T.
- La loi de Hess, conséquence du caractère de fonction d'état de l'enthalpie, donne ΔrH° = Σ νi ΔfH°(i).
- Monobare et monotherme, le transfert thermique vaut ξf · ΔrH°. Le signe de ΔrH° donne le sens de l'échange.
- Monobare et adiabatique, l'enthalpie est conservée. Un chemin fictif réaction à T₁ puis échauffement donne T₂ = T₁ − ξf·ΔrH°/Cp(final).
Pourquoi ce chapitre
En première année, le premier principe a été appliqué au corps pur et à ses changements d'état. Ici on l'applique à un système où une réaction chimique se produit. La question posée est simple à formuler : quand une réaction avance, combien d'énergie le système échange-t-il avec l'extérieur, et sous quelle forme.
Deux réponses sont exigibles. Si la transformation est monobare et monotherme, c'est-à-dire si le système revient à la température du milieu extérieur, toute l'énergie libérée part en transfert thermique et on sait le calculer. Si la transformation est monobare et adiabatique, rien ne sort, et c'est la température du système qui varie. Ces deux calculs sont les mêmes à un réarrangement près.
Aux concours, ce chapitre arrive rarement seul. Il sert de brique dans un problème de procédé industriel, de calorimétrie, de combustion de carburant ou de sécurité de réacteur. Il faut donc savoir mener le calcul vite et proprement, en annonçant clairement le chemin fictif utilisé.
Décrire un système physico-chimique
Avancement et grandeurs extensives
Le système est décrit par sa température T, sa pression p et les quantités de matière ni de chaque constituant. Quand la transformation est modélisée par une seule réaction d'équation Σ νi Ai = 0, où les nombres stœchiométriques νi sont positifs pour les produits et négatifs pour les réactifs, la composition est entièrement fixée par l'avancement ξ, en moles, avec ni(ξ) = ni(0) + νi ξ.
Une grandeur extensive X du système (volume, enthalpie, entropie, enthalpie libre) s'écrit alors comme une fonction de T, p et ξ.
Grandeur de réaction
La grandeur de réaction associée à X est la dérivée partielle de X par rapport à l'avancement, à température et pression fixées :
ΔrX = (∂X/∂ξ) à T et p constants.
C'est une grandeur intensive, exprimée en unité de X par mole d'avancement. Attention au symbole Δ : ce n'est pas une différence entre deux états, c'est une dérivée. ΔrH s'exprime en J·mol⁻¹, alors que la variation d'enthalpie du système ΔH s'exprime en J.
Si la grandeur de réaction est constante sur l'intervalle d'avancement considéré, alors la variation de X à T et p fixés vaut simplement ΔX = ΔrX · Δξ. C'est le cas des grandeurs standard, qui ne dépendent que de la température.
État standard et enthalpie standard de réaction
État standard
L'état standard est un état de référence conventionnel, défini à chaque température T, sous la pression standard p° = 1 bar. Il fixe la valeur numérique des grandeurs tabulées.
- Pour un gaz, l'état standard est le gaz parfait pur sous la pression p°, à la température T.
- Pour un liquide ou un solide, c'est le corps pur dans cet état physique, sous la pression p°, à la température T.
- Pour un soluté, c'est le soluté à la concentration c° = 1 mol·L⁻¹, dans une solution qui se comporterait comme infiniment diluée, sous p°.
L'état standard n'impose pas la température. On parle donc toujours de l'état standard à la température T, et une grandeur standard est une fonction de la seule température.
Enthalpie standard de réaction
L'enthalpie molaire standard d'un constituant i à la température T est notée H°_m,i(T). L'enthalpie standard de réaction est
ΔrH°(T) = Σ νi H°_m,i(T).
Le programme autorise à considérer ΔrH° comme indépendante de la température sur l'intervalle d'étude. C'est l'approximation d'Ellingham. Elle est correcte tant qu'aucun constituant ne change d'état dans l'intervalle, et elle revient à négliger la différence des capacités thermiques entre produits et réactifs.
Convention de vocabulaire : une réaction est exothermique si ΔrH° < 0, endothermique si ΔrH° > 0, athermique si ΔrH° est proche de zéro.
Point de vigilance : la valeur de ΔrH° dépend de l'écriture de l'équation de réaction. Doubler tous les coefficients double ΔrH°. Inverser le sens change le signe.
Loi de Hess et données tabulées
État standard de référence d'un élément
Pour un élément chimique donné, l'état standard de référence à la température T est l'état standard du corps simple le plus stable de cet élément à cette température, sous p°.
À 298 K, cela donne par exemple : le dioxygène gazeux pour l'oxygène, le dihydrogène gazeux pour l'hydrogène, le diazote gazeux pour l'azote, le carbone graphite pour le carbone, le dibrome liquide pour le brome, le diiode solide pour l'iode, le mercure liquide pour le mercure, le fer solide pour le fer. Le carbone diamant et le dioxygène sous forme d'ozone ne sont pas des états standard de référence.
Enthalpie standard de formation
L'enthalpie standard de formation d'un corps composé, notée ΔfH°(T), est l'enthalpie standard de la réaction qui forme une mole de ce corps, dans son état standard, à partir des corps simples pris dans leur état standard de référence à la même température.
Conséquence directe : l'enthalpie standard de formation d'un corps simple dans son état standard de référence est nulle par construction, à toute température. En revanche ΔfH° du carbone diamant n'est pas nulle, et ΔfH° de l'eau gazeuse à 298 K n'est pas nulle non plus, puisque l'état standard de référence n'est pas concerné ici, c'est un corps composé.
Loi de Hess
L'enthalpie est une fonction d'état. Sa variation ne dépend donc pas du chemin suivi. En décomposant chaque constituant en éléments, on obtient la loi de Hess :
ΔrH°(T) = Σ νi ΔfH°(i, T).
Même relation pour toute grandeur standard de réaction construite sur des fonctions d'état, en particulier l'entropie et l'enthalpie libre au chapitre suivant. Deuxième formulation utile : si une équation de réaction est combinaison linéaire d'autres équations, son enthalpie standard de réaction est la même combinaison linéaire.
Exemple classique. Combustion du méthane, CH₄(g) + 2 O₂(g) → CO₂(g) + 2 H₂O(l), avec ΔfH° en kJ·mol⁻¹ à 298 K : CH₄(g) −74,8, CO₂(g) −393,5, H₂O(l) −285,8, O₂(g) nulle. On obtient ΔrH° = (−393,5) + 2(−285,8) − (−74,8) = −890,3 kJ·mol⁻¹.
Enthalpie standard de dissociation de liaison
L'enthalpie standard de dissociation de la liaison A−B est l'enthalpie standard de la réaction, en phase gazeuse, A−B(g) → A(g) + B(g), les fragments étant pris à l'état d'atomes ou de radicaux gazeux. Elle est toujours positive : rompre une liaison coûte de l'énergie.
Ordres de grandeur à connaître, en kJ·mol⁻¹ : liaison H−H proche de 436, Cl−Cl proche de 242, O=O proche de 498, N≡N proche de 945, C−H proche de 415, C−C proche de 345, C=C proche de 610, C≡C proche de 835, O−H proche de 463, C=O proche de 745. Retenir l'idée générale : une liaison simple vaut quelques centaines de kJ·mol⁻¹, une liaison multiple davantage, et la liaison triple du diazote est parmi les plus fortes, ce qui explique l'inertie du diazote.
Ces valeurs permettent d'estimer une enthalpie standard de réaction en phase gazeuse : on somme les enthalpies de dissociation des liaisons rompues et on retranche celles des liaisons formées. L'estimation est approchée, car une enthalpie de liaison tabulée est une valeur moyenne sur de nombreuses molécules.
Effets thermiques d'une transformation monobare
Le résultat de base
Pour une transformation monobare, c'est-à-dire à pression extérieure constante, avec des pressions initiale et finale du système égales à cette pression extérieure, et en l'absence de tout travail autre que celui des forces de pression, le premier principe donne
ΔH = Q.
La variation d'enthalpie du système est égale au transfert thermique reçu. C'est ce résultat, déjà vu en première année, qui rend l'enthalpie si commode en chimie, la plupart des réactions du laboratoire se faisant à l'air libre.
Cas monotherme
On suppose de plus que l'état initial et l'état final sont à la même température T, celle du milieu extérieur, et que la transformation est modélisée par une réaction unique d'avancement final ξf. Alors
Q = ΔH = ξf · ΔrH°(T).
On néglige ici l'influence de la pression et de la composition sur l'enthalpie, ce qui est légitime dans le cadre du programme.
Lecture du signe. Si ΔrH° < 0, la réaction est exothermique, Q < 0, le système cède de l'énergie au milieu extérieur, qui s'échauffe. Si ΔrH° > 0, le système en reçoit et refroidit son environnement, ce qu'on observe avec la dissolution du nitrate d'ammonium dans l'eau.
Exemple. Combustion complète de 16 g de méthane, soit 1 mol, sous 1 bar, avec retour à 298 K et eau liquide. Le transfert thermique vers l'extérieur vaut environ 890 kJ.
Cas adiabatique
On suppose maintenant la transformation monobare et adiabatique, donc Q = 0 et ΔH = 0. Le système ne peut plus évacuer l'énergie, sa température varie. Le calcul repose sur un chemin fictif en deux étapes entre l'état initial à T₁ et l'état final à T₂, l'enthalpie étant une fonction d'état.
- Étape 1 : la réaction se fait entièrement, à la température T₁ constante, jusqu'à l'avancement final ξf. Variation d'enthalpie ξf · ΔrH°(T₁).
- Étape 2 : le système, dont la composition est celle de l'état final, passe de T₁ à T₂ sans réaction. Variation d'enthalpie égale à l'intégrale de Cp(final) entre T₁ et T₂, soit Cp(final)·(T₂ − T₁) si l'on suppose les capacités thermiques constantes.
La somme est nulle, d'où
T₂ = T₁ − ξf · ΔrH°(T₁) / Cp(final).
Pour une réaction exothermique, T₂ > T₁. C'est le calcul de la température de flamme dans le cas d'une combustion adiabatique.
Pièges fréquents. Il faut choisir la capacité thermique de l'état final, produits et éventuel réactif en excès et éventuel gaz inerte compris. Un gaz inerte, l'azote de l'air par exemple, ne participe pas à la réaction mais absorbe de l'énergie et abaisse donc nettement la température atteinte. Enfin le chemin inverse, échauffement puis réaction, est tout aussi valable, mais il demande alors la capacité thermique de l'état initial.
Mesures calorimétriques
Un calorimètre est un récipient calorifugé. On y mesure le transfert thermique d'une réaction en suivant l'élévation de température du contenu, ce qui revient à traiter l'ensemble comme adiabatique. Il faut connaître la capacité thermique du calorimètre et de ses accessoires, déterminée au préalable par un étalonnage électrique ou par un mélange d'eaux à deux températures.
Deux montages usuels. Le calorimètre ouvert fonctionne à pression constante et donne directement une enthalpie de réaction. La bombe calorimétrique fonctionne à volume constant et donne une énergie interne de réaction. Le lien entre les deux, pour des gaz supposés parfaits, s'écrit ΔrH° = ΔrU° + RT·Δν_gaz, où Δν_gaz est la somme algébrique des nombres stœchiométriques des constituants gazeux. À 298 K, RT vaut environ 2,5 kJ·mol⁻¹, la correction est donc faible devant une enthalpie de combustion.
Applications courantes. Le contenu calorique d'un aliment est une enthalpie de combustion mesurée en bombe calorimétrique. Pour un carburant, le pouvoir calorifique supérieur correspond à une eau finale liquide, le pouvoir calorifique inférieur à une eau finale gazeuse. La différence est l'enthalpie de vaporisation de l'eau formée, environ 44 kJ par mole d'eau à 298 K.
Ordres de grandeur utiles. Enthalpie standard de neutralisation d'un acide fort par une base forte en solution aqueuse, environ −57 kJ·mol⁻¹. Enthalpie de combustion d'un alcane, quelques centaines à quelques milliers de kJ·mol⁻¹ selon la taille de la chaîne. Capacité thermique massique de l'eau liquide, 4,18 J·K⁻¹·g⁻¹.
Capacité numérique : température d'un réacteur adiabatique au cours du temps
Le programme demande de tracer, avec un langage de programmation, l'évolution temporelle de la température d'un système adiabatique siège d'une réaction unique, la loi de vitesse et ΔrH° étant données.
Principe. On écrit deux équations couplées. La première est la loi cinétique, par exemple dξ/dt = V·k(T)·[A]ⁿ, avec k(T) donnée par la loi d'Arrhenius k(T) = Aarr·exp(−Ea/(RT)). La seconde est le bilan enthalpique local, obtenu en dérivant la relation adiabatique par rapport au temps :
Cp · dT/dt = −ΔrH° · dξ/dt.
On intègre numériquement ce système par un schéma d'Euler explicite, ou avec une routine d'intégration d'équations différentielles, puis on trace T en fonction de t.
Ce qu'il faut savoir commenter. Le couplage est positif pour une réaction exothermique : la température monte, donc k monte, donc la réaction accélère, donc la température monte plus vite. On obtient une courbe en S avec un emballement puis un palier quand le réactif limitant est épuisé. C'est exactement le phénomène que la sécurité des procédés cherche à éviter.
Méthodes
- Toujours écrire l'équation de réaction avant tout calcul. Les nombres stœchiométriques fixent la valeur de ΔrH°.
- Vérifier l'état physique de chaque constituant dans les données, en particulier pour l'eau. Une confusion entre H₂O(l) et H₂O(g) fausse le résultat de 44 kJ·mol⁻¹.
- Pour un calcul par loi de Hess, poser ΔrH° = Σ νi ΔfH°(i) et attribuer zéro aux corps simples dans leur état standard de référence.
- Pour un problème thermique, se demander d'abord si la transformation est monotherme ou adiabatique. Monotherme, on cherche Q. Adiabatique, on cherche T₂.
- Pour un calcul adiabatique, dessiner le chemin fictif en deux étapes et l'annoncer par écrit. C'est ce que le correcteur cherche.
- Ne pas oublier les espèces spectatrices dans la capacité thermique de l'état final.
- Contrôler l'ordre de grandeur final. Une température de flamme de 2 000 K est plausible, 50 000 K ne l'est pas.
Ce qu'il faut savoir refaire en khôlle
- Définir l'état standard d'un gaz, d'un liquide et d'un soluté, et expliquer pourquoi une grandeur standard dépend encore de la température.
- Distinguer ΔrH, grandeur de réaction en J·mol⁻¹, et ΔH, variation d'enthalpie en J.
- Énoncer la définition de l'enthalpie standard de formation et justifier qu'elle est nulle pour un corps simple dans son état standard de référence.
- Calculer une enthalpie standard de réaction par la loi de Hess à partir d'enthalpies de formation, puis à partir d'enthalpies de dissociation de liaison, et commenter l'écart.
- Calculer le transfert thermique d'une transformation monobare monotherme et en donner le signe et la signification.
- Mener le calcul de la température finale d'une transformation monobare adiabatique, en explicitant le chemin fictif.
- Expliquer le principe d'une mesure calorimétrique et le rôle de la capacité thermique du calorimètre.
- Décrire l'algorithme qui trace T(t) pour un réacteur adiabatique et expliquer l'emballement thermique.
Méthodes et exercices
Les résultats à connaître
- Grandeur de réaction : ΔrX = (∂X/∂ξ) à T et p fixées, intensive, en unité de X par mole. Définition exigible. Si ΔrX ne dépend pas de ξ, alors ΔX = ΔrX × Δξ à T et p fixées.
- État standard : p° = 1 bar, gaz parfait pur, corps pur condensé, soluté à c° dans une solution infiniment diluée, température libre. Définition exigible.
- Enthalpie standard de réaction ΔrH°(T) = Σ νi H°_m,i(T), supposée indépendante de T dans tout le programme (approximation d'Ellingham). Exigible, l'approximation est admise.
- État standard de référence d'un élément : corps simple le plus stable à T sous p°. ΔfH° d'un tel corps simple est nulle à toute T. Exigible avec justification.
- Loi de Hess : ΔrH° = Σ νi ΔfH°(i). Exigible avec démonstration par le caractère de fonction d'état.
- Combinaison linéaire d'équations : mêmes combinaisons des ΔrH°. Exigible.
- Enthalpie standard de dissociation de liaison, positive, définie en phase gazeuse. Estimation ΔrH° ≈ Σ liaisons rompues − Σ liaisons formées, valable seulement pour une réaction entre gaz. Exigible.
- Transformation monobare sans travail autre que celui des forces de pression : ΔH = Q. Exigible avec démonstration.
- Monobare et monotherme : Q = ξf ΔrH°(T). Exigible.
- Monobare et adiabatique : ΔH = 0, chemin fictif réaction à T₁ puis échauffement, T₂ = T₁ − ξf ΔrH°(T₁)/Cp(final). Exigible.
- Relation ΔrH° = ΔrU° + RT Δν_gaz pour des gaz parfaits : non explicitement au programme, fournie en général, démonstration simple à connaître.
- Loi de Kirchhoff, variation de ΔrH° avec T : hors programme, remplacée par l'approximation d'Ellingham.
Clés de démonstration
Loi de Hess. L'enthalpie est une fonction d'état, sa variation ne dépend pas du chemin. On remplace le chemin direct réactifs vers produits par un chemin en deux étapes, décomposition des réactifs en corps simples de référence puis recombinaison en produits. La première étape coûte −Σ νi ΔfH°(i) sur les réactifs, la seconde rapporte Σ νi ΔfH°(i) sur les produits. La somme algébrique donne la formule.
ΔH = Q en monobare. Premier principe ΔU = W + Q. Le seul travail est celui de la pression extérieure, W = −pext ΔV. Comme pext = p_initiale = p_finale = p, on a ΔU + pΔV = Δ(U + pV) = ΔH. L'astuce est d'utiliser l'égalité des pressions aux deux extrémités, pas une pression constante en cours de route.
Température adiabatique. ΔH = 0 et H fonction d'état. On dessine un chemin en deux étapes, réaction isotherme à T₁ jusqu'à ξf, puis échauffement du mélange final de T₁ à T₂. La somme des deux variations est nulle. Le chemin inverse, échauffement puis réaction à T₂, est tout aussi valable mais demande Cp(initial) et ΔrH°(T₂), égale à ΔrH°(T₁) dans l'approximation d'Ellingham.
Enthalpies de liaison. On passe par l'état intermédiaire où toutes les molécules sont atomisées en phase gazeuse. Rompre coûte les enthalpies de dissociation des réactifs, former les produits rapporte celles des produits. C'est encore un chemin fictif.
ΔrH° et ΔrU°. H = U + pV. Pour les gaz parfaits pV = nRT, pour les phases condensées pV est négligeable. Donc ΔrH° = ΔrU° + RT Σ νi(gaz).
Exemples et contre-exemples à connaître
- ΔfH°(O₂, g) = 0 mais ΔfH°(O₃, g) = +143 kJ·mol⁻¹ : un corps simple n'a une enthalpie de formation nulle que s'il est l'état standard de référence.
- ΔfH°(C, diamant) = +1,9 kJ·mol⁻¹, non nulle, le graphite est la référence. Même remarque pour Br₂(g), environ +31 kJ·mol⁻¹, la référence est Br₂(l).
- ΔfH°(H₂O, g) − ΔfH°(H₂O, l) = +44 kJ·mol⁻¹ à 298 K : c'est l'enthalpie de vaporisation, et la différence entre PCS et PCI d'un carburant.
- Neutralisation d'un acide fort par une base forte, −57 kJ·mol⁻¹ quel que soit l'acide, car la réaction est toujours H₃O⁺ + HO⁻ → 2 H₂O. Avec un acide faible la valeur change, il faut ajouter l'enthalpie de dissociation de l'acide.
- Dissolution du nitrate d'ammonium, environ +26 kJ·mol⁻¹, endothermique, principe de la poche de froid. Dissolution de la soude, exothermique. Une dissolution est une transformation physico-chimique à laquelle tout le chapitre s'applique.
- Combustion du méthane dans l'air et dans le dioxygène pur : même ΔrH°, mais le diazote spectateur absorbe de l'énergie et abaisse la température de flamme de plus de mille kelvins.
- Estimation par les liaisons contre loi de Hess sur l'hydrogénation de l'éthène : écart de quelques kJ·mol⁻¹, normal pour des valeurs moyennes de liaison. En phase liquide l'estimation est fausse, elle ignore les enthalpies de vaporisation.
Techniques du chapitre
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Loi de Hess avec les états physiques. Combustion de l'éthanol liquide, C₂H₅OH(l) + 3 O₂ → 2 CO₂ + 3 H₂O(l). ΔfH° en kJ·mol⁻¹ : éthanol −277,7, CO₂ −393,5, H₂O(l) −285,8. ΔrH° = 2(−393,5) + 3(−285,8) + 277,7 = −1 367 kJ·mol⁻¹. Avec H₂O(g) on aurait −1 235.
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Combiner des équations. Données : C(gr) + O₂ → CO₂, −393,5. CO + ½ O₂ → CO₂, −283,0. La différence donne C(gr) + ½ O₂ → CO : −393,5 + 283,0 = −110,5 kJ·mol⁻¹, qui est ΔfH°(CO).
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Estimer par les liaisons. H₂ + Cl₂ → 2 HCl en phase gazeuse. Rompues 436 + 242 = 678. Formées 2 × 431 = 862. ΔrH° ≈ −184 kJ·mol⁻¹, en excellent accord avec les tables ici.
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Transfert thermique avec réactif limitant. 0,50 mol de CH₄ et 0,80 mol de O₂, combustion complète monotherme, ΔrH° = −890 kJ·mol⁻¹. ξmax = min(0,50, 0,80/2) = 0,40 mol. Q = 0,40 × (−890) = −356 kJ, cédés au milieu extérieur.
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Bilan enthalpique adiabatique. ΔrH° = −100 kJ·mol⁻¹, ξf = 1 mol, Cp du mélange final 200 J·K⁻¹. 0 = ξf ΔrH° + Cp (T₂ − T₁), donc T₂ − T₁ = 100 000/200 = 500 K. Vérifier que Cp contient produits, réactif en excès et espèces inertes.
-
Calorimètre à pression constante. 50 mL de HCl à 1,0 mol·L⁻¹ et 50 mL de NaOH à 1,0 mol·L⁻¹, ΔT = +6,5 K, capacité thermique de l'eau 418 J·K⁻¹ et du calorimètre 20 J·K⁻¹. 0 = ξ ΔrH + 438 × 6,5, ξ = 0,050 mol, ΔrH = −2 850/0,050 = −57 kJ·mol⁻¹.
Exercices classiques corrigés
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Exercice 1. Enthalpie de formation par une combustion
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
L'enthalpie standard de combustion de l'éthanol liquide vaut −1 367 kJ·mol⁻¹, l'eau étant liquide. ΔfH°(CO₂, g) = −393,5 et ΔfH°(H₂O, l) = −285,8 kJ·mol⁻¹. En déduire ΔfH°(C₂H₅OH, l), puis l'enthalpie de combustion avec eau gazeuse, sachant ΔvapH°(H₂O) = 44 kJ·mol⁻¹.
Technique loi de Hess inversée, l'inconnue est un terme de la somme.
Voir le corrigé
- Équation : C₂H₅OH(l) + 3 O₂(g) → 2 CO₂(g) + 3 H₂O(l).
- ΔcH° = 2 ΔfH°(CO₂) + 3 ΔfH°(H₂O, l) − ΔfH°(éthanol). O₂ compte pour zéro.
- ΔfH°(éthanol) = −787,0 − 857,4 + 1 367 = −277 kJ·mol⁻¹.
- Eau gazeuse : il faut vaporiser 3 mol d'eau, ΔcH° = −1 367 + 3 × 44 = −1 235 kJ·mol⁻¹. C'est le pouvoir calorifique inférieur, plus petit en valeur absolue.
piège : Oublier le signe moins devant le terme du réactif, ou mettre ΔfH°(O₂) non nul.
Exercice 2. Liaisons contre loi de Hess
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Hydrogénation de l'éthène en phase gazeuse, C₂H₄ + H₂ → C₂H₆. Enthalpies de liaison en kJ·mol⁻¹ : C=C 610, C−C 345, C−H 415, H−H 436. Enthalpies de formation : C₂H₄ +52,5, C₂H₆ −84,7. Comparer les deux estimations.
Technique compter précisément les liaisons rompues et formées.
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- Rompues : une C=C et une H−H, 610 + 436 = 1 046.
- Formées : une C−C et deux C−H, 345 + 830 = 1 175. Les quatre C−H de l'éthène sont conservés, on ne les compte pas.
- Estimation : 1 046 − 1 175 = −129 kJ·mol⁻¹.
- Hess : −84,7 − 52,5 = −137,2 kJ·mol⁻¹. Écart de 8 kJ·mol⁻¹, soit 6 %, dû aux valeurs moyennes des liaisons.
piège : Recompter toutes les liaisons de chaque molécule. Le résultat est le même mais le risque d'erreur explose.
Exercice 3. PCS et PCI du méthane
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
ΔcH°(CH₄) = −890 kJ·mol⁻¹ avec eau liquide, ΔvapH°(H₂O) = 44 kJ·mol⁻¹, M(CH₄) = 16 g·mol⁻¹. Définir et calculer PCS et PCI en MJ·kg⁻¹. Lequel utilise une chaudière classique ?
Technique le changement d'état de l'eau est une étape du chemin.
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- PCS, eau liquide dans les fumées : 890 kJ·mol⁻¹, soit 890/0,016 = 55,6 MJ·kg⁻¹.
- PCI, eau gazeuse : 890 − 2 × 44 = 802 kJ·mol⁻¹, soit 50,1 MJ·kg⁻¹.
- Une chaudière classique évacue des fumées chaudes, l'eau reste vapeur, elle récupère au mieux le PCI. Une chaudière à condensation récupère la différence.
piège : Compter une seule mole d'eau. La combustion d'une mole de méthane en forme deux.
Exercice 4. Température de flamme du méthane dans l'air
Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP
Combustion adiabatique monobare de 1 mol de CH₄ dans l'air en proportions stœchiométriques, air composé de 21 % de O₂ et 79 % de N₂, départ à 298 K. ΔfH° en kJ·mol⁻¹ : CH₄ −74,8, CO₂ −393,5, H₂O(g) −241,8. Cp moyennes en J·K⁻¹·mol⁻¹ : CO₂ 54, H₂O(g) 41, N₂ 33, O₂ 34. Calculer la température finale, puis l'ordre de grandeur dans O₂ pur.
Technique chemin fictif, Cp du mélange final avec le diazote.
Voir le corrigé
- Équation : CH₄ + 2 O₂ → CO₂ + 2 H₂O(g). ΔrH° = −393,5 − 483,6 + 74,8 = −802,3 kJ·mol⁻¹. Eau gazeuse, car on est bien au-dessus de 373 K.
- Air : 2 mol de O₂ apportent 2 × 79/21 = 7,52 mol de N₂, spectatrices.
- Mélange final : 1 CO₂, 2 H₂O, 7,52 N₂. Cp = 54 + 82 + 248 = 384 J·K⁻¹.
- Étape 1 réaction à 298 K, −802,3 kJ. Étape 2 échauffement, 384 (T₂ − 298). Somme nulle : T₂ − 298 = 2 090 K, T₂ ≈ 2 390 K.
- Dans O₂ pur, Cp = 136 J·K⁻¹, T₂ − 298 ≈ 5 900 K. Valeur irréaliste, car à ces températures les Cp ne sont plus constantes et CO₂ et H₂O se dissocient. Le calcul donne un majorant.
piège : Oublier le diazote dans Cp, ou prendre l'eau liquide dans ΔrH°.
Exercice 5. Calorimétrie en deux temps
Classiques de khôlle et concours · Écrit CCINP
Un calorimètre contient 100 g d'eau à 20,0 °C. On ajoute 100 g d'eau à 40,0 °C, la température finale est 29,5 °C. On vide, on met 200 g d'eau à 20,0 °C et on dissout 0,10 mol de NH₄NO₃, la température finale est 17,0 °C. Capacité thermique massique de l'eau 4,18 J·K⁻¹·g⁻¹. Déterminer la capacité thermique du calorimètre puis l'enthalpie de dissolution.
Technique ΔH = 0 pour l'ensemble calorifugé, deux fois de suite.
Voir le corrigé
- Étalonnage : 418 × (29,5 − 20,0) + Ccal × (29,5 − 20,0) + 418 × (29,5 − 40,0) = 0. Donc 9,5 (418 + Ccal) = 4 389, Ccal = 44 J·K⁻¹.
- Dissolution : ξ ΔsolH + (836 + 44) × (17,0 − 20,0) = 0, en négligeant la capacité thermique du sel.
- ΔsolH = 880 × 3,0/0,10 = +26 kJ·mol⁻¹. Endothermique, cohérent avec le refroidissement.
piège : Mettre les deux masses d'eau du même côté du bilan, ou oublier le calorimètre dans la seconde expérience alors qu'on vient de le mesurer.
Exercice 6. Réacteur adiabatique avec conversion partielle
Classiques de khôlle et concours · Écrit e3a
Un mélange de 1 mol de N₂ et 3 mol de H₂ entre à 700 K dans un réacteur adiabatique monobare. La conversion de N₂ vaut 20 %. ΔrH° = −92 kJ·mol⁻¹ pour N₂ + 3 H₂ → 2 NH₃. Cp en J·K⁻¹·mol⁻¹ : N₂ 29, H₂ 29, NH₃ 36. Température de sortie.
Technique chemin fictif avec un avancement partiel, réactifs restants dans Cp.
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- ξf = 0,20 mol. Énergie libérée : 0,20 × 92 = 18,4 kJ.
- Mélange final : 0,80 N₂, 2,40 H₂, 0,40 NH₃. Cp = 23,2 + 69,6 + 14,4 = 107,2 J·K⁻¹.
- T₂ − T₁ = 18 400/107,2 = 172 K, T₂ ≈ 872 K.
- Commentaire : cet échauffement défavorise l'équilibre, exothermique, ce qui justifie les refroidissements intermédiaires du procédé.
piège : Prendre ξ = 1 mol, ou ne mettre que NH₃ dans Cp alors que 80 % des réactifs sont encore là.
Exercice 7. Bombe calorimétrique et enthalpie de formation
Approfondissement · Écrit Mines
La combustion de l'acide benzoïque solide en bombe calorimétrique donne ΔcU° = −3 226 kJ·mol⁻¹ à 298 K. ΔfH° : CO₂ −393,5, H₂O(l) −285,8 kJ·mol⁻¹. Calculer ΔcH° puis ΔfH°(C₆H₅COOH, s).
Technique correction RTΔν_gaz puis loi de Hess.
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- C₆H₅COOH(s) + 15/2 O₂(g) → 7 CO₂(g) + 3 H₂O(l), Δν_gaz = −0,5.
- ΔcH° = ΔcU° + RTΔν_gaz = −3 226 − 0,5 × 2,48 = −3 227,2 kJ·mol⁻¹.
- Hess : −3 227,2 = 7(−393,5) + 3(−285,8) − ΔfH°(acide).
- ΔfH°(acide) = −2 754,5 − 857,4 + 3 227,2 = −385 kJ·mol⁻¹.
piège : Oublier que ΔcH° se rapporte à une mole d'acide, ou compter O₂ dans Δν_gaz avec le mauvais signe.
Exercice 8. Emballement thermique, capacité numérique
Approfondissement · Écrit Centrale
Une réaction A → produits, d'ordre 1, exothermique, se déroule dans un réacteur fermé adiabatique monobare de volume V. On donne ΔrH° < 0, k(T) = Aarr exp(−Ea/(RT)), la capacité thermique Cp supposée constante et n₀ mol de A. Écrire le système différentiel, montrer que la température finale ne dépend pas de la cinétique, décrire l'algorithme et l'allure de T(t).
Technique coupler bilan cinétique et bilan enthalpique instantané.
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- Cinétique : dn_A/dt = −k(T) nA. Avancement ξ = n₀ − nA.
- Enthalpie : H fonction d'état constante, dH = ΔrH° dξ + Cp dT = 0, donc dT/dt = −ΔrH° k(T) nA/Cp.
- Intégration de l'étape 2 entre l'état initial et l'état final où nA = 0 : Tf = T₀ − ΔrH° n₀/Cp. La cinétique fixe la durée, pas l'état final.
- Algorithme : pas de temps δt, à chaque itération calculer k(T), puis nA ← nA − k nA δt, puis T ← T − ΔrH° k nA δt/Cp, stocker et tracer. Choisir δt petit devant 1/k(Tf), le régime le plus rapide.
- Allure : départ lent, accélération quand T monte car k augmente, puis palier à Tf quand A est épuisé. Courbe en S.
piège : Mettre à jour T avec l'ancien nA ou le nouveau sans cohérence, et utiliser k(T₀) tout au long, ce qui supprime l'emballement.
Erreurs fréquentes
- Confondre ΔrH, dérivée en J·mol⁻¹, et ΔH, variation en J. La première se multiplie par l'avancement pour donner la seconde.
- Attribuer une enthalpie de formation nulle à un corps simple qui n'est pas l'état de référence, ou à un corps composé.
- Se tromper d'état physique de l'eau, erreur de 44 kJ par mole d'eau formée.
- Dans un bilan adiabatique, oublier les espèces inertes et le réactif en excès dans Cp, ou prendre l'avancement maximal quand la conversion est partielle.
- Appliquer l'estimation par les liaisons à une réaction en phase condensée, ou compter des liaisons qui ne changent pas avec une erreur de décompte.
Fiche de cours rédigée à partir du programme officiel de PC (2021), partie 1 « Transformations chimiques de la matière : aspects thermodynamique et cinétique », paragraphe 1.1 « Premier principe de la thermodynamique appliqué aux transformations physico-chimiques ». Elle couvre l'état standard, l'enthalpie standard de réaction, la loi de Hess, les enthalpies standard de formation et de dissociation de liaison, et les effets thermiques d'une transformation monobare. Le second principe et le potentiel chimique font l'objet du chapitre suivant.