La fiche de cours
Résumé en cinq points
- La guerre froide est un affrontement global entre les États-Unis et l'URSS, sans guerre directe, résumé par la formule paix impossible, guerre improbable. Les blocs se forment entre 1947 et 1955.
- Elle alterne crises, comme Berlin et Cuba, et phases de détente, marquées par la maîtrise des armements et Helsinki. La dissuasion nucléaire et la course aux armements en sont le cœur.
- Les décolonisations, en Asie après 1945 puis en Afrique autour de 1960, font naître de nombreux États, parfois par la négociation, parfois par la guerre. Le tiers-monde tente de s'affirmer à Bandung en 1955 et par le non-alignement.
- Les superpuissances s'affrontent par procuration dans des conflits périphériques, Corée, Viêt Nam, Proche-Orient, Afghanistan, Afrique australe, qui ont aussi des causes locales.
- Les réformes de Gorbatchev, les révolutions de 1989 et la dissolution de l'URSS en 1991 mettent fin à la guerre froide, sans mettre fin aux conflits régionaux.
Pourquoi ce chapitre
De 1947 à 1991, le monde est structuré par l'affrontement de deux superpuissances, les États-Unis et l'URSS, et de deux modèles, le capitalisme libéral et le communisme. Dans le même temps, les empires coloniaux européens disparaissent, et plus d'une centaine d'États nouveaux apparaissent. Ces deux dynamiques se croisent sans cesse. Les superpuissances s'affrontent par alliés interposés dans les pays nouvellement indépendants, tandis que ceux-ci tentent de s'affirmer comme troisième force. Comprendre cette période est indispensable pour analyser le monde actuel, dont beaucoup de frontières, d'alliances, de conflits et d'institutions sont nés alors. Aux concours, la guerre froide est un réservoir d'exemples pour tous les sujets sur la puissance, la guerre, la dissuasion, les idéologies et les rapports Nord-Sud.
Notions et mécanismes
Définir la guerre froide
La guerre froide désigne l'affrontement global, idéologique, politique, économique, militaire et culturel, entre les États-Unis et l'URSS et leurs alliés, sans conflit armé direct entre les deux superpuissances. Le philosophe Raymond Aron en a donné une formule célèbre en 1948, paix impossible, guerre improbable. La paix est impossible car les deux camps sont irréconciliables. La guerre est improbable car elle serait trop destructrice, surtout après l'apparition de l'arme nucléaire des deux côtés. Le conflit se déplace donc vers d'autres terrains, la course aux armements, la propagande, la compétition économique et spatiale, et les guerres par procuration dans les périphéries.
La bipolarisation, de 1947 au début des années 1950
La Grande Alliance de la guerre se défait dès 1945 et 1946, sur la question de l'Allemagne et de l'Europe de l'Est, où l'URSS installe progressivement des régimes communistes. En mars 1946, Winston Churchill évoque à Fulton un rideau de fer tombé sur l'Europe. Le diplomate américain George Kennan théorise l'endiguement, ou containment, qui consiste à contenir l'expansion soviétique partout où elle se manifeste.
L'année 1947 marque la rupture. En mars, la doctrine Truman engage les États-Unis à soutenir les peuples libres contre les pressions extérieures ou intérieures, à commencer par la Grèce et la Turquie. En juin, le plan Marshall propose une aide économique massive à la reconstruction européenne. L'URSS la refuse pour elle et ses alliés, et Andreï Jdanov affirme en septembre la division du monde en deux camps, lors de la création du Kominform.
Les blocs se constituent ensuite. Coup de Prague en février 1948, qui fait basculer la Tchécoslovaquie dans le camp communiste. Blocus de Berlin-Ouest par les Soviétiques de juin 1948 à mai 1949, contourné par un pont aérien américain. Création de l'Alliance atlantique en avril 1949. Naissance de deux États allemands en 1949, la République fédérale d'Allemagne et la République démocratique allemande. Première bombe atomique soviétique en août 1949. Proclamation de la République populaire de Chine en octobre 1949. Création du Conseil d'assistance économique mutuelle, le Comecon, en 1949, et du pacte de Varsovie en 1955. La guerre de Corée, de 1950 à 1953, montre que la guerre froide peut devenir chaude sur un théâtre périphérique.
Crises et détente
Après la mort de Staline en 1953, Nikita Khrouchtchev prône la coexistence pacifique, confirmée au XXe congrès du Parti communiste soviétique en 1956. Elle n'exclut pas les crises. En 1956, les chars soviétiques écrasent l'insurrection de Budapest, tandis que la crise de Suez voit les États-Unis et l'URSS contraindre le Royaume-Uni, la France et Israël à se retirer d'Égypte. En août 1961, la RDA construit le mur de Berlin. En octobre 1962, la crise des missiles de Cuba, provoquée par l'installation de missiles soviétiques sur l'île, mène le monde au bord de la guerre nucléaire, avant un compromis.
La peur de l'escalade ouvre une période de détente. Installation d'une liaison directe entre Washington et Moscou en 1963, traité d'interdiction partielle des essais nucléaires la même année, traité de non-prolifération en 1968, accords SALT I sur la limitation des armements stratégiques en 1972. L'Ostpolitik du chancelier ouest-allemand Willy Brandt normalise les relations avec l'Est. L'Acte final de la conférence d'Helsinki, en 1975, reconnaît les frontières européennes et contient des engagements sur les droits de l'homme, dont les dissidents de l'Est se réclameront. La détente n'empêche pas les tensions, invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie en 1968, guerre du Viêt Nam.
Le monde communiste lui-même se divise. La rupture sino-soviétique, sensible à la fin des années 1950 et ouverte au début des années 1960, permet le rapprochement sino-américain, symbolisé par le voyage de Richard Nixon à Pékin en 1972. La bipolarité n'est donc jamais parfaite.
La course aux armements
La course aux armements est un moteur central de la guerre froide. Les États-Unis disposent de l'arme atomique en 1945, l'URSS en 1949, puis le Royaume-Uni en 1952, la France en 1960 et la Chine en 1964. La bombe thermonucléaire apparaît au début des années 1950. Le lancement du satellite soviétique Spoutnik, en octobre 1957, montre que l'URSS maîtrise les fusées capables d'atteindre le territoire américain, et lance la course à l'espace, jusqu'au premier homme sur la Lune, américain, en 1969.
La dissuasion nucléaire repose sur l'équilibre de la terreur. Chaque camp dispose d'une capacité de riposte suffisante pour infliger à l'agresseur des destructions inacceptables, ce qui rend l'attaque irrationnelle. On parle de destruction mutuelle assurée. La maîtrise des armements, par traités, vise à stabiliser cet équilibre sans le supprimer.
La fin des années 1970 et le début des années 1980 connaissent une nouvelle tension, parfois appelée guerre fraîche. Déploiement de missiles soviétiques SS-20 en Europe, décision de l'OTAN en 1979 de déployer des euromissiles américains, intervention soviétique en Afghanistan en décembre 1979, programme américain d'Initiative de défense stratégique annoncé par Ronald Reagan en 1983. Le traité sur les forces nucléaires intermédiaires, signé en décembre 1987, élimine toute une catégorie de missiles et ouvre la sortie de la guerre froide.
Les décolonisations
La décolonisation est le processus par lequel les territoires colonisés accèdent à l'indépendance. Ses causes sont multiples. L'affaiblissement des métropoles européennes par la guerre, la montée des nationalismes et des élites formées à l'occidentale, le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes inscrit dans la charte des Nations unies, la position des deux superpuissances, hostiles au colonialisme pour des raisons différentes.
Elle se fait en deux grandes vagues. En Asie d'abord, dans l'immédiat après-guerre. Indépendance de l'Inde et du Pakistan en août 1947, dans la violence de la partition, indépendance de l'Indonésie reconnue par les Pays-Bas en 1949, guerre d'Indochine de 1946 à 1954, terminée par la défaite française de Diên Biên Phu en mai 1954 et les accords de Genève. En Afrique ensuite. Indépendance du Ghana en 1957, dix-sept États africains indépendants en 1960, qu'on a appelée l'année de l'Afrique, guerre d'Algérie de 1954 à 1962, close par les accords d'Évian. Les colonies portugaises n'accèdent à l'indépendance qu'en 1974 et 1975, après la révolution des Œillets au Portugal.
On distingue des décolonisations négociées, comme celle de l'Afrique subsaharienne française ou de l'Inde, malgré les violences de la partition, et des décolonisations par la guerre, comme en Indochine, en Algérie ou dans les colonies portugaises. L'Assemblée générale des Nations unies adopte en 1960 une déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, qui condamne le colonialisme.
Le tiers-monde et le non-alignement
L'expression tiers-monde est forgée par le démographe Alfred Sauvy en 1952, par analogie avec le tiers état de 1789, ignoré, exploité, méprisé et qui veut, lui aussi, être quelque chose. Elle désigne les pays pauvres, souvent nouvellement indépendants, qui n'appartiennent à aucun des deux blocs.
La conférence de Bandung, en Indonésie, en avril 1955, réunit des pays d'Asie et d'Afrique qui condamnent le colonialisme et affirment leur volonté d'indépendance. Le mouvement des non-alignés naît à la conférence de Belgrade en 1961, autour de Tito, Nasser et Nehru. Les pays du Sud revendiquent ensuite un rééquilibrage économique, par le groupe des 77 créé en 1964 et par la demande d'un nouvel ordre économique international au milieu des années 1970, dans le contexte du premier choc pétrolier de 1973.
Le non-alignement reste en pratique limité. Beaucoup de pays du Sud dépendent économiquement ou militairement de l'une ou l'autre superpuissance, et le tiers-monde est traversé de rivalités.
Les conflits périphériques
Faute de guerre directe, les superpuissances s'affrontent indirectement dans des conflits régionaux, souvent nés de la décolonisation ou de rivalités locales, qu'elles alimentent en armes, en argent et en conseillers.
- Asie. Guerre de Corée, de 1950 à 1953, qui se termine par un armistice sur le 38e parallèle. Guerre du Viêt Nam, où l'engagement américain massif à partir de 1964 et 1965 se termine par le retrait américain en 1973 et la chute de Saïgon en 1975. Intervention soviétique en Afghanistan de 1979 à 1989, face à des moudjahidines soutenus notamment par les États-Unis et le Pakistan.
- Proche-Orient. Création d'Israël en 1948 et guerre avec les États arabes voisins, crise de Suez en 1956, guerre des Six Jours en 1967, guerre du Kippour en 1973. Les États-Unis soutiennent Israël, l'URSS plusieurs États arabes. La révolution islamique en Iran, en 1979, et la guerre entre l'Iran et l'Irak, de 1980 à 1988, introduisent des logiques qui échappent à la bipolarité.
- Afrique. Guerres en Angola et dans la Corne de l'Afrique, où interviennent l'URSS, Cuba, les États-Unis et l'Afrique du Sud.
- Amérique latine. Révolution cubaine en 1959, soutien américain à des régimes militaires et aux contre-révolutionnaires au Nicaragua dans les années 1980.
Ces conflits ne se réduisent pas à la guerre froide. Leurs causes locales, nationales, religieuses, territoriales, survivent souvent à la fin de celle-ci. Une lecture purement bipolaire est une erreur fréquente.
La fin de la guerre froide
Au milieu des années 1980, l'URSS est affaiblie par une économie en stagnation, le poids des dépenses militaires et l'enlisement afghan. Mikhaïl Gorbatchev, au pouvoir à partir de 1985, lance la perestroïka, restructuration économique, et la glasnost, transparence. Il renonce à la doctrine de souveraineté limitée qui justifiait les interventions en Europe de l'Est, retire les troupes d'Afghanistan en 1989 et signe des accords de désarmement.
En 1989, les régimes communistes d'Europe centrale et orientale s'effondrent, le plus souvent pacifiquement. Le mur de Berlin tombe le 9 novembre 1989. L'Allemagne est réunifiée le 3 octobre 1990. Le pacte de Varsovie est dissous en 1991, et l'URSS disparaît en décembre 1991, remplacée par quinze États indépendants, dont la Russie. La guerre du Golfe, en 1990 et 1991, voit une coalition dirigée par les États-Unis et autorisée par les Nations unies libérer le Koweït envahi par l'Irak, ce qui paraît annoncer un nouvel ordre mondial. Mais les guerres de l'ex-Yougoslavie, à partir de 1991, montrent vite le retour des conflits identitaires en Europe même.
Auteurs et théories de référence
- Raymond Aron, Le Grand Schisme, 1948, pour la formule paix impossible, guerre improbable, et Paix et guerre entre les nations, 1962.
- George Kennan, théoricien de l'endiguement, dans son long télégramme de 1946 et son article signé X en 1947.
- Alfred Sauvy, inventeur de l'expression tiers-monde en 1952.
- Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, 1961, texte majeur de la pensée anticoloniale.
- Georges-Henri Soutou, La Guerre de Cinquante Ans, 2001, qui lit la guerre froide comme un conflit idéologique et géopolitique de longue durée.
- Odd Arne Westad, La Guerre froide globale, qui insiste sur le rôle du tiers-monde dans l'affrontement.
- Francis Fukuyama, dont l'article de 1989 sur la fin de l'histoire interprète la victoire du modèle libéral comme l'aboutissement de l'évolution idéologique de l'humanité.
Faits, chiffres et repères chronologiques
- 1946, discours de Fulton. 1947, doctrine Truman, plan Marshall, doctrine Jdanov, indépendance de l'Inde et du Pakistan. 1948, coup de Prague, création d'Israël. 1948-1949, blocus de Berlin. 1949, OTAN, deux Allemagnes, bombe soviétique, Chine populaire.
- 1950-1953, guerre de Corée. 1954, Diên Biên Phu, début de la guerre d'Algérie. 1955, Bandung, pacte de Varsovie. 1956, Budapest et Suez. 1957, Spoutnik, indépendance du Ghana. 1960, année de l'Afrique. 1961, mur de Berlin, conférence de Belgrade. 1962, crise de Cuba, accords d'Évian.
- 1963, téléphone rouge. 1968, traité de non-prolifération, Printemps de Prague écrasé. 1972, Nixon à Pékin, SALT I. 1973, guerre du Kippour, premier choc pétrolier. 1975, Helsinki, chute de Saïgon. 1979, révolution iranienne, euromissiles, invasion de l'Afghanistan.
- 1985, Gorbatchev au pouvoir. 1987, traité sur les forces nucléaires intermédiaires. 1989, chute du mur de Berlin. 1990, réunification allemande. 1991, guerre du Golfe, fin de l'URSS.
Débats et controverses
- Les origines de la guerre froide. Pour l'école dite orthodoxe, l'expansionnisme soviétique en est la cause. Pour l'école révisionniste, apparue dans les années 1960, la politique américaine, soucieuse d'ouvrir les marchés, y a une large part. Les historiens post-révisionnistes, comme John Lewis Gaddis, insistent sur les perceptions croisées et, après l'ouverture des archives soviétiques, sur le rôle de l'idéologie et de Staline.
- Guerre froide ou paix armée ? L'absence de guerre directe entre les grands a coïncidé avec des dizaines de conflits meurtriers au Sud. L'expression de longue paix, employée par Gaddis, est contestée pour cette raison.
- La fin de la guerre froide. Victoire de la fermeté américaine sous Reagan, effondrement interne de l'économie soviétique, ou rôle décisif des choix de Gorbatchev et des sociétés civiles de l'Est ?
- Bilan des décolonisations. Indépendances politiques acquises, mais dépendances économiques persistantes, frontières héritées, conflits internes, ce qui nourrit les débats sur le néocolonialisme.
Ce qu'il faut savoir mobiliser en dissertation
- Une définition précise de la guerre froide, avec la formule d'Aron et la notion de dissuasion.
- Une périodisation argumentée, bipolarisation, coexistence pacifique et crises, détente, guerre fraîche, sortie de la guerre froide.
- La logique de la course aux armements et de la maîtrise des armements.
- Les deux vagues de décolonisation, leurs formes et leurs acteurs, avec des exemples précis en Asie et en Afrique.
- Le tiers-monde et le non-alignement, avec Bandung et Belgrade, et leurs limites.
- Des conflits périphériques analysés à plusieurs échelles, locale, régionale et globale.
- Les causes et les étapes de la fin de la guerre froide.
Méthodes et exercices
Notions et mécanismes clés
- Bipolarité : structure du système international où deux puissances dominent et organisent chacune un camp. Elle n'est jamais parfaite, à cause de la Chine, des non-alignés et des dissidences internes aux blocs.
- Bloc : ensemble d'États liés à une superpuissance par une alliance militaire, des liens économiques et un modèle politique. OTAN et plan Marshall à l'Ouest, pacte de Varsovie et Comecon à l'Est.
- Endiguement : stratégie américaine qui vise à contenir l'expansion soviétique partout où elle se manifeste, sans chercher à renverser le régime soviétique par la guerre.
- Refoulement : volonté de faire reculer le communisme, et non plus seulement de le contenir. Elle reste surtout un discours, comme le montre l'absence de réaction militaire à Budapest en 1956.
- Coexistence pacifique : doctrine soviétique de Khrouchtchev. La compétition entre les systèmes continue, mais sans guerre directe.
- Détente : phase de dialogue et d'accords entre les grands, de 1963 environ à la fin des années 1970. Elle gèle la rivalité sans la supprimer.
- Dissuasion nucléaire : empêcher l'adversaire d'attaquer en le menaçant de représailles qui lui coûteraient plus qu'il ne gagnerait. Elle suppose une capacité de seconde frappe, c'est-à-dire de riposter après avoir été frappé.
- Maîtrise des armements : limitation négociée des arsenaux pour stabiliser la dissuasion. À distinguer du désarmement, qui vise à les réduire ou à les supprimer.
- Guerre par procuration : conflit où les grandes puissances ne s'affrontent pas directement mais arment, financent ou conseillent des belligérants locaux.
- Décolonisation : accès des territoires colonisés à l'indépendance politique. On distingue la décolonisation négociée et la décolonisation par la guerre.
- Néocolonialisme : dépendance économique, monétaire ou militaire qui persiste après l'indépendance politique. Notion polémique, forgée par les dirigeants du Sud, notamment Kwame Nkrumah.
- Tiers-monde : ensemble des pays pauvres qui n'appartiennent à aucun des deux blocs. L'expression est d'Alfred Sauvy.
- Non-alignement : refus de s'intégrer à l'un des deux blocs militaires. Ce n'est pas la neutralité, car les non-alignés prennent position sur la décolonisation et le développement.
- Doctrine de souveraineté limitée : justification soviétique de l'intervention en Tchécoslovaquie en 1968, dite doctrine Brejnev. Un État socialiste ne peut pas quitter le camp socialiste.
- Effet domino : représentation américaine selon laquelle la chute d'un pays dans le communisme entraîne celle de ses voisins. Elle justifie l'engagement au Viêt Nam.
Chaînes de raisonnement
De la victoire commune à la rupture. Les Alliés n'ont en commun que l'ennemi nazi. Une fois celui-ci vaincu, les désaccords sur l'Allemagne, la Pologne et l'Europe de l'Est deviennent centraux. Chaque camp interprète les mesures de sécurité de l'autre comme une menace, et les blocs se figent entre 1947 et 1949.
De l'arme nucléaire à la guerre indirecte. Dès que les deux grands disposent de l'arme nucléaire et de vecteurs capables d'atteindre l'autre, une guerre directe devient suicidaire. L'affrontement se déplace vers la course aux armements, la propagande, l'espace et les périphéries. La dissuasion ne supprime pas la guerre, elle la déporte vers le Sud.
De la crise à la détente. La crise de Cuba montre que l'escalade peut échapper au contrôle des dirigeants. Les deux grands cherchent alors à éviter l'accident. Liaison directe en 1963, traités sur les essais et la non-prolifération, puis SALT I en 1972 en découlent.
De la guerre mondiale à la décolonisation. La guerre affaiblit les métropoles et ruine leur prestige, surtout en Asie. Les élites colonisées, souvent formées en Occident, retournent contre les métropoles les principes que celles-ci proclament, liberté et droit des peuples. Les deux superpuissances, hostiles aux empires européens, et l'ONU leur donnent une tribune.
Du local au global. Un conflit né de causes locales, frontière, nationalisme, guerre civile, attire l'intervention des grands. Chaque camp arme son allié pour ne pas laisser l'autre gagner une position. Le conflit s'internationalise et dure plus longtemps, comme en Angola après 1975.
De la stagnation soviétique à la fin de la guerre froide. L'économie soviétique stagne, alors que la course aux armements et l'Afghanistan coûtent cher. Gorbatchev choisit la réforme et renonce à maintenir par la force les régimes d'Europe de l'Est. Privés de la garantie soviétique, ces régimes tombent en 1989, et l'URSS elle-même se disloque en 1991.
Exemples et références à connaître
- L'article de George Kennan paru en 1947 sous la signature anonyme « X ». Texte fondateur de l'endiguement, qui recommande une pression patiente et ferme sur l'URSS.
- La guerre de Corée, 1950 à 1953. Le Conseil de sécurité autorise l'intervention pendant l'absence du délégué soviétique. La Chine intervient à la fin de 1950. Truman refuse d'étendre la guerre à la Chine et relève MacArthur de son commandement en avril 1951. L'exemple type d'une guerre limitée.
- Le mur de Berlin, construit en août 1961. Il stoppe l'exode des Allemands de l'Est vers l'Ouest et devient le symbole de la division de l'Europe.
- La crise de Cuba, octobre 1962. Blocus naval américain, puis retrait des missiles soviétiques contre la promesse de ne pas envahir l'île et un retrait discret des missiles américains de Turquie.
- Diên Biên Phu, mai 1954. Défaite d'une armée européenne face à une armée issue d'un mouvement de libération. Elle entraîne les accords de Genève et la partition provisoire du Viêt Nam au 17e parallèle.
- La partition de l'Inde, 1947. Plus de dix millions de déplacés et des centaines de milliers de morts. Exemple d'une décolonisation négociée qui reste pourtant violente.
- La conférence de Bandung, avril 1955. Nehru, Nasser, Soekarno et Zhou Enlai y condamnent le colonialisme. Premier acte collectif des pays d'Asie et d'Afrique.
- Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, 1950, et Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, 1961. Deux références de la critique anticoloniale.
- La résolution 1514 de l'Assemblée générale des Nations unies, décembre 1960. Elle proclame la nécessité de mettre fin rapidement au colonialisme.
- L'intervention soviétique en Afghanistan, décembre 1979 à février 1989. Les moudjahidines sont soutenus par les États-Unis, le Pakistan et l'Arabie saoudite. Le coût de cette guerre contribue à l'affaiblissement de l'URSS.
Techniques
Périodiser la guerre froide
On ne récite pas une liste de dates. On définit des phases par un critère, l'intensité de la rivalité, et on justifie chaque césure par un événement qui change la logique du système.
Mini-exemple. Quatre phases. Bipolarisation de 1947 à 1953, close par la mort de Staline et l'armistice de Corée. Coexistence et crises de 1953 à 1962, closes par Cuba. Détente de 1963 à 1979, close par l'Afghanistan et les euromissiles. Regain de tension puis sortie de la guerre froide de 1979 à 1991. Chaque césure se justifie en une phrase.
Analyser un conflit à trois échelles
Pour chaque conflit, on distingue l'échelle locale (acteurs, territoire, causes internes), l'échelle régionale (voisins, puissances intermédiaires) et l'échelle mondiale (rôle des deux grands). On montre comment elles s'imbriquent.
Mini-exemple. La guerre d'Afghanistan. Local : un régime communiste contesté par une société rurale et religieuse. Régional : le Pakistan sert de base arrière aux moudjahidines. Mondial : l'URSS intervient, les États-Unis arment la résistance. Conclusion : la guerre est à la fois guerre civile et guerre froide.
Articuler guerre froide et décolonisation
Ne jamais traiter les deux séparément. On se demande à chaque fois si la guerre froide a accéléré, freiné ou déformé l'indépendance.
Mini-exemple. L'Indochine. La guerre commence en 1946 comme une guerre coloniale. Après la victoire communiste en Chine en 1949 et le début de la guerre de Corée, les États-Unis financent une part croissante de l'effort français. Une guerre coloniale devient un front de la guerre froide.
Analyser un document de la guerre froide
On situe le document (auteur, date, destinataire), on dégage l'intention (convaincre, menacer, rassurer), on confronte le discours aux actes, puis on replace le texte dans la phase de la guerre froide.
Mini-exemple. Le discours de Kennedy à Berlin-Ouest en juin 1963, avec la formule « Ich bin ein Berliner ». Intention : réaffirmer la garantie américaine à la ville. Confrontation : les États-Unis n'ont rien fait pour empêcher la construction du mur en 1961. La garantie protège Berlin-Ouest, elle ne vise pas à réunifier la ville.
Sujets classiques traités
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Sujet 5. Berlin, capitale de la guerre froide
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Voir le corrigé
Plan attendu. Un, Berlin enjeu de la bipolarisation : partage en secteurs, blocus de 1948 et 1949, pont aérien. Deux, Berlin symbole de la division : mur de 1961, discours de Kennedy en 1963. Trois, Berlin lieu de la sortie de la guerre froide : chute du mur le 9 novembre 1989, réunification allemande en octobre 1990. Le colleur attend qu'on montre pourquoi une ville a pesé autant, par sa position enclavée et sa valeur symbolique.
Sujet 7. Pourquoi la guerre froide s'achève-t-elle ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
Voir le corrigé
Plan attendu. Un, les causes internes à l'URSS : stagnation, coût de l'armement et de l'Afghanistan, choix de Gorbatchev. Deux, les pressions extérieures : fermeté de Reagan, Initiative de défense stratégique, rôle des sociétés civiles de l'Est comme Solidarność en Pologne. Trois, un enchaînement rapide : traité de 1987, révolutions de 1989, réunification allemande, dissolution de l'URSS en décembre 1991. Le colleur attend une hiérarchie des causes, pas une liste.
Sujet 8. La crise de Cuba, octobre 1962
Classiques de khôlle et concours · Khôlle avec document
Voir le corrigé
Plan attendu. Un, les origines : révolution cubaine de 1959, débarquement manqué de la baie des Cochons en 1961, missiles américains en Turquie. Deux, la crise : découverte des sites par l'aviation américaine, blocus naval, négociation directe entre Kennedy et Khrouchtchev. Trois, les conséquences : compromis, liaison directe en 1963, début de la détente, mais aussi volonté soviétique de rattraper le retard nucléaire. Le colleur attend qu'on explique pourquoi la crise est un tournant.
Sujet 1. « Paix impossible, guerre improbable » : la guerre froide, 1947 à 1991
Autres exercices · Dissertation
Voir le corrigé
Problématique : comment un affrontement global a-t-il pu durer plus de quarante ans sans guerre directe entre les deux grands ?
I. La paix impossible. Deux modèles et deux blocs irréconciliables, de la doctrine Truman au mur de Berlin. La propagande et la compétition économique et spatiale font de chaque domaine un champ de bataille.
II. La guerre improbable. La dissuasion nucléaire fonde l'équilibre de la terreur. Les crises de Berlin et de Cuba se règlent sans guerre, et la détente institutionnalise la maîtrise des armements.
III. Mais la guerre bien réelle ailleurs. Corée, Viêt Nam, Afghanistan, Angola, Proche-Orient. La formule d'Aron vaut pour le Nord, pas pour le Sud.
Argument attendu : discuter l'idée de « longue paix » de John Lewis Gaddis au regard des guerres du Sud.
Sujet 2. Les décolonisations, 1945 à 1975
Autres exercices · Dissertation
Voir le corrigé
Problématique : pourquoi des empires qui semblaient solides en 1945 disparaissent-ils en une trentaine d'années, et à quel prix ?
I. Des causes convergentes. Affaiblissement des métropoles, nationalismes, ONU et droit des peuples, hostilité des deux grands aux empires européens.
II. Des chemins différents. Négociation (Ghana, Afrique subsaharienne française), guerre (Indochine, Algérie), indépendances tardives des colonies portugaises après la révolution des Œillets.
III. Des indépendances inachevées. Frontières héritées, dépendances économiques, guerres civiles souvent internationalisées par la guerre froide, comme au Congo après 1960.
piège : Faire de 1960 la date de toutes les indépendances. L'Asie précède l'Afrique.
Sujet 3. Le tiers-monde, acteur ou enjeu de la guerre froide ?
Autres exercices · Dissertation
Voir le corrigé
Problématique : les pays du Sud ont-ils subi la bipolarité ou ont-ils su l'utiliser ?
I. Un enjeu. Terrain des guerres par procuration, clientèles armées par les deux grands, coups d'État soutenus de l'extérieur, comme au Chili en 1973.
II. Un acteur. Bandung, le mouvement des non-alignés, le groupe des 77 et le nouvel ordre économique international. L'OPEP et le choc pétrolier de 1973 montrent un pouvoir réel.
III. Un acteur qui joue des deux grands. Nasser obtient de l'URSS le financement du barrage d'Assouan après le refus occidental. Le non-alignement est aussi une stratégie pour obtenir de l'aide des deux camps.
Argument attendu : le tiers-monde est hétérogène, et sa marge de manœuvre dépend des ressources et de la position de chaque État.
Sujet 4. L'arme nucléaire a-t-elle empêché la guerre ?
Autres exercices · Dissertation
Voir le corrigé
Problématique : la dissuasion a-t-elle garanti la paix entre les grands ou seulement déplacé et transformé la guerre ?
I. Une paix garantie entre les grands. Aucun affrontement direct, crises réglées par compromis, prudence partagée après Cuba.
II. Une paix dangereuse. Course aux armements, accidents évités de justesse, nouvelle tension des euromissiles.
III. Une paix limitée au Nord. Les conflits conventionnels se multiplient au Sud, et la prolifération commence, avec les bombes britannique, française et chinoise.
Sujet 6. Corée, Viêt Nam, Afghanistan : les guerres chaudes de la guerre froide
Autres exercices · Dissertation
Voir le corrigé
Problématique : que révèlent ces trois guerres des limites de la puissance des deux grands ?
I. Des guerres nées de causes locales. Division de la Corée en 1945, lutte pour l'indépendance puis la réunification au Viêt Nam, révolution et guerre civile en Afghanistan.
II. Des guerres internationalisées. Intervention américaine et chinoise en Corée, engagement américain massif au Viêt Nam à partir de 1965, intervention soviétique en Afghanistan en 1979.
III. Les limites de la puissance. Armistice sans victoire en Corée, retrait américain en 1973 puis chute de Saïgon en 1975, retrait soviétique en 1989. La supériorité matérielle ne garantit pas la victoire face à un adversaire soutenu et enraciné.
Erreurs fréquentes
- Faire de la guerre froide une chronologie. Le programme demande une synthèse. Il faut des phases, des logiques et des exemples choisis.
- Tout expliquer par la bipolarité. Les conflits du Proche-Orient, la révolution iranienne ou la guerre entre l'Iran et l'Irak ont des causes qui échappent aux deux grands.
- Séparer décolonisation et guerre froide. Les deux processus se croisent sans cesse, et une copie qui les juxtapose passe à côté du sujet.
- Confondre non-alignement et neutralité, ou détente et fin de la rivalité.
- Oublier les limites des superpuissances. Défaites américaine au Viêt Nam et soviétique en Afghanistan, schisme sino-soviétique, retrait français du commandement intégré de l'OTAN en 1966.
Fiche rédigée à partir du programme officiel d'histoire, géographie et géopolitique du monde contemporain (2021), module I « Les grandes mutations du monde de 1913 à nos jours », partie I.1 « Panorama géopolitique du monde de 1913 à la fin de la guerre froide », point I.1.3 « Géopolitique de la guerre froide, de la décolonisation et des conflits jusqu'aux années 1990 ». Le commentaire du programme précise que cette étude s'effectue dans une optique de synthèse et non d'énumération factuelle. La fiche traite la bipolarisation, les crises et la détente, la course aux armements, les décolonisations et l'émergence du tiers-monde, les conflits périphériques et la fin de la guerre froide. Le tableau du monde après la guerre froide relève du point I.2.1.