Aller au contenu

Accueil › ECG › ESH

ECG1 · ESH · semaine 9

L’offre, la demande et l’équilibre du marché en concurrence parfaite

Équilibre partiel défini à l'aide des courbes d'offre et de demande et réactions des agents aux variations de prix avec effet-revenu et effet-substitution. Gains à l'échange retirés de la participation au marché. Enjeux de la notion d'équilibre général.

Sommaire

La fiche de cours

Résumé en cinq points

  1. La concurrence pure et parfaite repose sur cinq conditions, atomicité, homogénéité, libre entrée, transparence et mobilité des facteurs. Aucun marché réel ne les réunit toutes.
  2. L'équilibre partiel est le prix qui égalise offre et demande sur un marché, les autres étant supposés inchangés. Le prix rationne et informe à la fois.
  3. La statique comparative analyse les chocs par déplacement de courbes, l'ampleur des effets dépendant des élasticités.
  4. Les gains à l'échange se mesurent par les surplus. À l'équilibre concurrentiel le surplus collectif est maximal, et toute contrainte sur les prix crée une perte sèche.
  5. L'équilibre général et les deux théorèmes du bien-être fondent la défense théorique du marché, tout en révélant des hypothèses exigeantes et en laissant entière la question de la justice.
Pourquoi ce chapitre

Le marché concurrentiel est le modèle de référence de toute l'économie. Il n'est pas présenté comme une description du réel mais comme un point de comparaison. C'est parce qu'on sait ce que produit une concurrence parfaite qu'on peut mesurer ce que coûte un monopole, une externalité ou une asymétrie d'information. Le chapitre suivant sur les défaillances de marché n'a de sens que par rapport à celui-ci.

Il apporte aussi l'outil le plus utilisé en dissertation d'économie, le raisonnement de statique comparative. Un choc sur l'offre ou sur la demande, un déplacement de courbe, un nouveau prix d'équilibre. Bien mené, ce raisonnement structure une partie entière de copie sur l'énergie, sur le logement ou sur l'agriculture.

Enfin il pose la question normative de l'efficacité. Les deux théorèmes de l'économie du bien-être sont le cœur de la justification économique du marché, et aussi le point précis où l'on peut discuter cette justification, puisque l'efficacité au sens de Pareto ne dit rien de la justice.

Notions et mécanismes

Les cinq conditions de la concurrence pure et parfaite

L'atomicité signifie que les offreurs et les demandeurs sont nombreux et de petite taille, si bien qu'aucun ne peut influencer le prix. Tous sont preneurs de prix.

L'homogénéité signifie que le produit est identique quel que soit le vendeur, ce qui exclut toute différenciation par la marque ou la qualité.

La libre entrée et la libre sortie signifient qu'aucune barrière, juridique, technique ou financière, n'empêche d'entrer sur le marché ou de le quitter.

La transparence signifie que l'information sur les prix et les qualités est parfaite et gratuite pour tous.

La libre circulation des facteurs signifie que le travail et le capital se déplacent sans coût vers les emplois les plus rémunérateurs.

Les trois premières conditions caractérisent la concurrence pure, les deux dernières la concurrence parfaite. Aucun marché réel ne les réunit toutes. Les marchés financiers et certains marchés agricoles en sont les approximations les moins mauvaises.

La demande et l'offre de marché

La demande de marché est la somme horizontale des demandes individuelles. Elle est décroissante avec le prix pour deux raisons, l'effet de substitution au niveau de chaque consommateur et l'entrée de nouveaux consommateurs quand le prix baisse.

L'offre de marché est la somme horizontale des offres individuelles, chacune étant la partie croissante du coût marginal au-dessus du coût variable moyen. Elle est croissante avec le prix.

Il faut distinguer rigoureusement un déplacement le long de la courbe, provoqué par une variation du prix du bien lui-même, et un déplacement de la courbe entière, provoqué par tout autre facteur. Pour la demande, ces autres facteurs sont le revenu, le prix des biens liés, les goûts, la démographie, les anticipations. Pour l'offre, ce sont le prix des facteurs, la technologie, la fiscalité, le nombre de producteurs. La confusion entre les deux mouvements est la faute la plus coûteuse du chapitre.

L'équilibre partiel

L'équilibre partiel est le prix qui égalise la quantité offerte et la quantité demandée sur un marché, les autres marchés étant supposés inchangés. C'est la démarche de Marshall.

Le mécanisme d'ajustement est simple. Si le prix est supérieur au prix d'équilibre, l'offre excède la demande, les stocks s'accumulent et les vendeurs baissent leurs prix. Si le prix est inférieur, la demande excède l'offre, une pénurie apparaît et les prix montent. Le prix joue donc un double rôle, il rationne la demande et il informe sur la rareté relative.

Deux représentations de l'ajustement coexistent. Chez Walras, ce sont les prix qui s'ajustent en réponse à un écart de quantités, sous l'autorité fictive d'un commissaire-priseur qui centralise les offres et les demandes et n'autorise l'échange qu'au prix d'équilibre. C'est le tâtonnement. Chez Marshall, ce sont les quantités qui s'ajustent en réponse à un écart entre prix de demande et prix d'offre. Les deux critères de stabilité peuvent donner des conclusions différentes quand les courbes ont des pentes inhabituelles.

Le modèle de la toile d'araignée, formalisé notamment par Mordecai Ezekiel en 1938, montre qu'avec un délai de production, comme en agriculture, l'équilibre peut être atteint par oscillations convergentes, osciller indéfiniment ou diverger, selon les pentes relatives de l'offre et de la demande. C'est un contre-exemple utile à l'idée que le marché converge toujours.

La statique comparative

La méthode consiste à partir d'un équilibre, à introduire un choc, à déterminer quelle courbe se déplace et dans quel sens, puis à lire le nouveau prix et la nouvelle quantité.

Une hausse de la demande à offre inchangée augmente le prix et la quantité. Une hausse de l'offre à demande inchangée baisse le prix et augmente la quantité. Quand les deux courbes bougent, le sens de la quantité ou celui du prix reste indéterminé selon les ampleurs relatives, et il faut le dire plutôt que de trancher arbitrairement.

L'intensité des variations dépend des élasticités. Sur un marché où l'offre est très peu élastique à court terme, comme le logement dans une grande ville, un choc de demande se traduit presque entièrement en prix et très peu en quantités.

Effet de revenu et effet de substitution

Quand le prix d'un bien baisse, le consommateur réagit de deux façons. L'effet de substitution le pousse vers le bien devenu relativement moins cher, indépendamment de tout gain de pouvoir d'achat. L'effet de revenu traduit le fait qu'à revenu nominal inchangé, la baisse du prix augmente le pouvoir d'achat réel.

Pour un bien normal, les deux effets se renforcent et la demande augmente nettement. Pour un bien inférieur, ils s'opposent, l'effet de substitution l'emportant en général. Le bien Giffen est le cas limite où l'effet de revenu l'emporte et où la demande croît avec le prix. Il faut le citer comme une curiosité, pas comme un cas courant.

Côté producteur, la réaction au prix passe par l'ajustement des quantités le long du coût marginal à court terme, puis par l'entrée ou la sortie d'entreprises à long terme.

Les gains à l'échange

Le surplus du consommateur est la différence entre ce qu'un consommateur était prêt à payer, c'est-à-dire sa disposition à payer, et ce qu'il paie effectivement. Graphiquement, c'est l'aire entre la courbe de demande et le prix.

Le surplus du producteur est la différence entre le prix reçu et le prix minimal auquel il aurait accepté de vendre, donné par son coût marginal. Graphiquement, c'est l'aire entre le prix et la courbe d'offre.

La somme des deux est le surplus collectif. À l'équilibre concurrentiel, il est maximal. Toute intervention qui écarte la quantité échangée de la quantité d'équilibre crée une perte sèche, aire triangulaire correspondant à des échanges mutuellement avantageux qui n'ont pas lieu.

Applications classiques. Un prix plancher, comme un salaire minimum ou un prix agricole garanti, fixé au-dessus de l'équilibre crée un excédent. Un prix plafond, comme un loyer encadré, fixé en dessous crée une pénurie, des files d'attente et un marché parallèle. Une taxe unitaire déplace l'offre vers le haut et se partage entre acheteur et vendeur selon les élasticités, la charge pesant davantage sur le côté le moins élastique. Ces résultats sont des prédictions de modèle, à confronter aux études empiriques plutôt qu'à asséner.

L'équilibre général

L'équilibre général cherche un système de prix qui équilibre simultanément tous les marchés, biens et facteurs compris, en tenant compte de leurs interdépendances. Une hausse du prix du pétrole ne se limite pas au marché du pétrole, elle touche les transports, la chimie, le revenu réel des ménages et donc la demande de tous les autres biens.

La loi de Walras énonce que si tous les marchés sauf un sont à l'équilibre, le dernier l'est aussi, parce que la somme des valeurs des excès de demande est nulle par construction budgétaire.

Les enjeux sont de trois ordres. L'existence d'un équilibre, démontrée sous des hypothèses précises par Kenneth Arrow et Gérard Debreu en 1954, notamment la convexité des préférences et des technologies. L'unicité, qui n'est pas garantie en général. La stabilité, c'est-à-dire la convergence du tâtonnement vers l'équilibre, qui n'est pas garantie non plus.

Les deux théorèmes de l'économie du bien-être

Le premier théorème énonce que tout équilibre concurrentiel est un optimum de Pareto, sous réserve de marchés complets, d'absence d'externalités et d'information parfaite. C'est la formulation moderne de la main invisible.

Le second théorème énonce que tout optimum de Pareto peut être atteint comme équilibre concurrentiel, à condition de redistribuer au préalable les dotations initiales par des transferts forfaitaires. Il sépare l'efficacité de l'équité et suggère qu'on peut traiter la question distributive sans renoncer au marché. Sa portée pratique est limitée, car les transferts forfaitaires non distorsifs n'existent guère.

Un optimum de Pareto est une situation où l'on ne peut améliorer la situation d'un agent sans dégrader celle d'un autre. Ce critère est muet sur la répartition. Une situation où un agent détient tout peut être un optimum de Pareto.

Auteurs et théories de référence

Adam Smith formule en 1776 l'idée que la poursuite de l'intérêt individuel peut produire un ordre collectif satisfaisant, sous conditions institutionnelles et concurrentielles.

Antoine Augustin Cournot publie en 1838 ses recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses. Il introduit la fonction de demande et l'analyse mathématique du marché, et traite le duopole avant même le cas concurrentiel.

Léon Walras, dans ses Éléments d'économie politique pure de 1874, construit le système d'équilibre général et la fiction du commissaire-priseur. Son ambition est de montrer qu'un système de marchés interdépendants peut être cohérent.

Alfred Marshall, dans ses Principes de 1890, fonde l'équilibre partiel, utilise les élasticités et popularise le surplus du consommateur, qu'il reprend et systématise après les travaux de Jules Dupuit dans les années 1840 sur l'utilité des travaux publics.

Vilfredo Pareto donne en 1906 le critère d'optimalité qui porte son nom et sépare l'analyse de l'efficacité de celle de la justice.

Kenneth Arrow et Gérard Debreu démontrent en 1954 l'existence d'un équilibre général concurrentiel sous des hypothèses explicites. Debreu publie en 1959 sa théorie de la valeur. Ce travail est à la fois l'aboutissement du programme walrasien et la mise à nu de ses conditions de validité.

Friedrich Hayek développe à partir de 1945 une autre défense du marché, non par l'optimalité mais par l'information. Le prix résume une connaissance dispersée que nul ne détient en totalité, ce qui rend la planification centrale impossible en pratique.

Hugo Sonnenschein, Rolf Mantel et Gérard Debreu établissent dans les années soixante-dix que les fonctions d'excès de demande agrégées n'héritent pas des propriétés individuelles, ce qui ruine l'espoir d'unicité et de stabilité générales.

Faits, chiffres et repères historiques

Les marchés les plus proches du modèle concurrentiel sont les marchés de matières premières cotées et certains marchés agricoles. Le marché du blé, avec des milliers de producteurs et un produit standardisé, en est l'exemple de manuel. À l'inverse, la plupart des marchés de biens de consommation relèvent de la concurrence monopolistique, avec différenciation des produits.

Les interventions sur les prix fournissent des cas concrets. Le salaire minimum français est créé en 1950 sous le nom de SMIG, puis devient le SMIC en 1970 avec indexation sur la croissance. Il se situe autour de 11,9 euros brut de l'heure en 2025 et concerne de l'ordre de 12 à 17 % des salariés du privé selon les années, source Dares. L'encadrement des loyers est expérimenté à Paris à partir de 2015, suspendu, puis rétabli en 2019.

Le bouclier tarifaire mis en place en France à partir de fin 2021 sur le gaz et l'électricité est un cas d'école de plafonnement des prix, avec un coût budgétaire évalué à plusieurs dizaines de milliards d'euros sur 2022 et 2023 selon la Cour des comptes.

Sur le salaire minimum, l'étude de David Card et Alan Krueger publiée en 1994 sur la restauration rapide dans le New Jersey ne trouve pas l'effet négatif sur l'emploi prédit par le modèle concurrentiel simple. Elle a ouvert un débat empirique toujours vif et a contribué au prix reçu par Card en 2021. Le résultat s'explique notamment par l'existence d'un pouvoir de marché des employeurs sur le marché du travail.

Débats et controverses

Le premier débat porte sur le statut du modèle. Est-il une description approximative du réel ou une norme, un idéal de référence. La position méthodologique défendue par Friedman en 1953 est que le réalisme des hypothèses importe peu, seule compte la qualité des prédictions. Ses critiques répondent que des hypothèses fausses conduisent à des recommandations de politique économique erronées.

Le deuxième débat porte sur la stabilité. Le tâtonnement walrasien suppose qu'aucun échange n'a lieu hors équilibre, ce qui est une fiction. Les résultats de Sonnenschein, Mantel et Debreu montrent que la convergence n'est pas assurée. Les modèles de toile d'araignée et les bulles spéculatives fournissent des exemples de divergence.

Le troisième débat porte sur l'efficacité et la justice. Le critère de Pareto est très faible, il ne permet de comparer que des situations où personne ne perd. Amartya Sen souligne qu'un optimum de Pareto peut être profondément inégalitaire, et propose de juger les situations par les capabilités plutôt que par les seules utilités.

Le quatrième débat porte sur la place du marché. Karl Polanyi, dans son ouvrage de 1944 sur la grande transformation, soutient que le marché autorégulateur est une construction politique récente et que sa généralisation aux terres, au travail et à la monnaie, qu'il appelle des marchandises fictives, provoque en retour des mouvements de protection sociale. Michael Sandel prolonge cette réflexion sur les limites morales des marchés.

Ce qu'il faut savoir mobiliser en dissertation

  1. Énoncer les cinq conditions de la concurrence pure et parfaite et montrer immédiatement laquelle est violée dans le cas étudié.
  2. Mener une statique comparative propre, en disant quelle courbe se déplace et pourquoi, et en assumant l'indétermination quand les deux bougent.
  3. Utiliser les élasticités pour dire si un choc se traduit en prix ou en quantités, par exemple sur le logement ou l'énergie.
  4. Analyser un prix plafond ou un prix plancher avec excédent, pénurie et perte sèche, puis nuancer par les études empiriques, Card et Krueger 1994 pour le salaire minimum.
  5. Utiliser les deux théorèmes du bien-être pour structurer un sujet sur marché et justice sociale, en insistant sur la faiblesse du critère de Pareto.
  6. Opposer la justification du marché par l'optimalité, tradition walrasienne, et par l'information, tradition hayékienne. C'est un plan de dissertation à lui seul.
  7. Piège fréquent : confondre déplacement le long de la courbe et déplacement de la courbe. Le correcteur le repère immédiatement.
  8. Piège fréquent : présenter l'équilibre général comme une description du monde. Le citer plutôt comme la mise au jour des conditions très exigeantes sous lesquelles la main invisible fonctionne.

Méthodes et exercices

Notions et mécanismes clés

  • Preneur de prix : l'agent considère le prix comme une donnée et choisit seulement une quantité. C'est la conséquence opératoire de l'atomicité.
  • Fonction de demande : quantité demandée en fonction du prix, les autres déterminants étant fixés. On la note souvent Qd(P).
  • Fonction d'offre : quantité offerte en fonction du prix. À court terme, l'offre de l'entreprise est la partie croissante du coût marginal au-dessus du minimum du coût variable moyen, appelé seuil de fermeture.
  • Offre de long terme : avec libre entrée, le prix tend vers le minimum du coût moyen et le profit économique s'annule.
  • Excès de demande : Qd(P) moins Qo(P). Il est positif en situation de pénurie et négatif en situation d'excédent.
  • Élasticité-prix de la demande : variation relative de la quantité demandée divisée par variation relative du prix. Pour une variation infinitésimale, elle vaut (dQ/dP) × (P/Q).
  • Élasticité-prix de l'offre : même définition appliquée à la quantité offerte, en général positive.
  • Élasticité-revenu : elle est positive pour un bien normal et négative pour un bien inférieur. Elle est supérieure à 1 pour un bien de luxe.
  • Élasticité-prix croisée : elle est positive pour des biens substituables et négative pour des biens complémentaires.
  • Effet de substitution : variation de la demande due au changement des prix relatifs, à pouvoir d'achat maintenu constant. Il est toujours de sens opposé à la variation du prix.
  • Effet de revenu : variation de la demande due au changement du pouvoir d'achat réel. Son signe dépend de la nature du bien.
  • Décomposition de Slutsky : on neutralise l'effet de revenu en donnant au consommateur juste de quoi racheter son ancien panier. Chez Hicks, on lui donne de quoi retrouver son ancien niveau d'utilité.
  • Disposition à payer : prix maximal qu'un acheteur accepte pour une unité. Elle se lit sur la courbe de demande inverse.
  • Incidence fiscale : répartition effective de la charge d'une taxe entre acheteurs et vendeurs. Elle est indépendante de l'agent légalement redevable.
  • Perte sèche : baisse du surplus total qui n'est récupérée par personne, ni par l'État ni par un agent privé.
  • Rationnement efficace : hypothèse selon laquelle, en cas de pénurie, ce sont les acheteurs aux dispositions à payer les plus élevées qui sont servis. Sans elle, la perte due à un prix plafond est plus grande.
  • Tâtonnement : processus fictif où le prix de chaque marché monte si l'excès de demande est positif et baisse s'il est négatif, sans aucun échange hors équilibre.
  • Loi de Walras : la somme sur tous les marchés des prix multipliés par les excès de demande est nulle, pour tout système de prix.

Chaînes de raisonnement

Pourquoi la demande de marché est décroissante. Quand le prix d'un bien baisse, l'effet de substitution pousse chaque consommateur à en acheter davantage. L'effet de revenu va dans le même sens pour un bien normal. De plus, de nouveaux acheteurs dont la disposition à payer était juste inférieure à l'ancien prix entrent sur le marché. Même si quelques consommateurs réagissent de façon atypique, l'agrégation rend la demande de marché décroissante dans la quasi-totalité des cas.

Du coût marginal à l'offre de marché. Un producteur preneur de prix maximise son profit en produisant jusqu'au point où le coût marginal égale le prix. Tant que le prix couvre le coût variable moyen, il produit à court terme, même avec une perte. La somme horizontale de ces courbes donne l'offre de marché, et l'entrée ou la sortie d'entreprises la rend plus élastique à long terme.

Pourquoi l'équilibre maximise le surplus. Chaque unité échangée rapporte la différence entre la disposition à payer de l'acheteur et le coût marginal du vendeur. Tant que la demande est au-dessus de l'offre, une unité de plus crée du surplus. Au-delà de l'équilibre, elle en détruit. La quantité d'équilibre est donc exactement celle qui épuise tous les échanges mutuellement avantageux.

Pourquoi le côté le moins élastique supporte la taxe. Une taxe unitaire ouvre un écart entre le prix payé par l'acheteur et le prix reçu par le vendeur. Le côté qui peut facilement réduire sa quantité, par exemple parce qu'il dispose de substituts, refuse de payer plus ou de recevoir moins. C'est donc celui qui ne peut pas se dérober qui absorbe l'essentiel de l'écart.

Du prix plafond au marché parallèle. Un prix fixé sous l'équilibre augmente la quantité demandée et réduit la quantité offerte. La quantité échangée est alors celle de l'offre, plus faible qu'à l'équilibre. Les acheteurs non servis sont prêts à payer davantage, ce qui fait apparaître des files d'attente, des critères de sélection non monétaires et des paiements occultes.

De la loi de Walras à l'indétermination du niveau des prix. Les excès de demande ne dépendent que des prix relatifs, car multiplier tous les prix et tous les revenus par le même nombre ne change aucun choix. Avec n marchés, la loi de Walras rend une équation redondante. On fixe donc un bien numéraire et on détermine n moins 1 prix relatifs.

Pourquoi l'équilibre peut ne pas être atteint. Le tâtonnement converge si l'excès de demande de chaque bien réagit fortement et négativement à son propre prix, ce qui est vrai dans certains cas particuliers. Les résultats de Sonnenschein, Mantel et Debreu montrent que l'agrégation peut produire presque n'importe quelle forme d'excès de demande. La stabilité n'est donc pas une propriété générale des économies de marché, c'est une hypothèse.

Exemples et références à connaître

  1. Alfred Marshall et l'image des deux lames de ciseaux : ni l'utilité seule ni le coût seul ne déterminent le prix, c'est leur rencontre. C'est l'argument parfait pour dépasser l'opposition entre valeur-travail et valeur-utilité.
  2. Friedrich Hayek, article de 1945 sur l'usage de la connaissance dans la société. L'exemple de l'étain, dont le prix monte après une pénurie, pousse chaque utilisateur à économiser sans qu'il ait besoin d'en connaître la cause.
  3. Vernon Smith, expériences de marché en laboratoire à partir des années 1960, prix Nobel en 2002. Avec une enchère double et peu de participants, les prix convergent rapidement vers l'équilibre concurrentiel. C'est l'argument le plus fort en faveur du modèle malgré l'irréalisme de ses hypothèses.
  4. Herbert Scarf, 1960 : il construit une économie à trois biens où le tâtonnement tourne indéfiniment autour de l'équilibre sans l'atteindre. C'est le contre-exemple canonique de stabilité.
  5. Robert Jensen et Nolan Miller, 2008 : ils observent un comportement de type Giffen pour le riz chez des ménages très pauvres de la province chinoise du Hunan. C'est l'une des rares confirmations empiriques, obtenue dans un contexte de consommation de subsistance.
  6. Thorstein Veblen et la consommation ostentatoire : la demande de certains biens de luxe peut croître avec le prix, mais par un effet de signal social, pas par un effet de revenu. C'est à distinguer absolument du bien Giffen.
  7. Richard Lipsey et Kelvin Lancaster, 1956, théorie du second rang : si une condition d'optimalité est violée, rétablir les autres n'améliore pas nécessairement la situation. C'est une limite majeure à l'usage normatif du modèle concurrentiel.
  8. Ordres de grandeur d'élasticités, à citer avec prudence : l'élasticité-prix des carburants est souvent estimée entre moins 0,1 et moins 0,3 à court terme et nettement plus forte à long terme. Celle du tabac est faible, autour de moins 0,4 dans de nombreuses études.
  9. Rebecca Diamond et ses coauteurs, étude de 2019 sur le contrôle des loyers à San Francisco. Les locataires protégés restent davantage dans leur logement, mais les propriétaires concernés réduisent l'offre locative, de l'ordre de 15 % selon les auteurs. C'est l'illustration empirique nuancée d'un prix plafond.

Techniques

Calculer un équilibre et les surplus

Réflexe en quatre temps. On égalise Qd et Qo pour obtenir le prix, puis la quantité. On calcule les ordonnées à l'origine en prix, c'est-à-dire le prix pour lequel la demande s'annule et celui pour lequel l'offre s'annule. On calcule les surplus comme des aires de triangles, un demi fois base fois hauteur. On vérifie enfin que la somme des surplus est cohérente.

Mini-exemple. On pose Qd égale 100 moins 2P et Qo égale 2P moins 20. L'égalité donne 4P égale 120, soit P égale 30 et Q égale 40. La demande s'annule en P égale 50, l'offre en P égale 10. Le surplus du consommateur vaut un demi fois 40 fois 20, soit 400. Celui du producteur vaut aussi 400. Le surplus total vaut 800.

Mener une statique comparative sans erreur

Quatre questions, toujours dans cet ordre. Quel est le choc ? Quelle courbe touche-t-il directement ? Dans quel sens la déplace-t-il ? Que deviennent le prix et la quantité, en le disant avec les élasticités ? On écrit toujours « hausse de la demande » pour un déplacement de courbe et « hausse de la quantité demandée » pour un mouvement le long de la courbe.

Mini-exemple. Une vague de froid dans une région productrice de café. Le choc touche les récoltes, donc l'offre, qui se déplace vers la gauche. Le prix monte et la quantité baisse. La demande de café étant peu élastique, la hausse de prix est forte et la baisse de quantité modeste.

Lire l'incidence d'une taxe avec deux droites

Avec Qd égale a moins dP et Qo égale bP moins c, où b et d sont positifs, une taxe unitaire t fait supporter aux acheteurs une part b divisée par (b plus d) de la taxe, et aux vendeurs une part d divisée par (b plus d). Plus l'offre réagit au prix, plus la taxe retombe sur les acheteurs.

Mini-exemple. Si b vaut 3 et d vaut 1, les acheteurs supportent les trois quarts de la taxe. Une taxe de 8 euros par unité augmente le prix payé de 6 euros et baisse le prix reçu de 2 euros.

Construire un plan de dissertation sur le marché

Le chapitre fournit deux gabarits. Le premier, pour un sujet normatif, suit la séquence efficacité, conditions de l'efficacité, justice. Le second, pour un sujet sur l'intervention publique, suit la séquence prédictions du modèle, résultats empiriques, justifications de l'intervention malgré le coût. Dans les deux cas, le modèle concurrentiel est la référence de la première partie et c'est son relâchement qui fait avancer la copie.

Sujets classiques traités

Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.

Sujet 1. Exercice chiffré : équilibre, taxe et perte sèche

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Sur un marché, Qd égale 100 moins 2P et Qo égale 2P moins 20. Calculer l'équilibre et les élasticités-prix en ce point. L'État instaure une taxe de 10 par unité payée par les vendeurs. Calculer le nouvel équilibre, la répartition de la charge, la recette fiscale et la perte sèche.

Voir le corrigé

Étape 1, l'équilibre est P égale 30 et Q égale 40, voir la technique ci-dessus. Étape 2, l'élasticité-prix de la demande vaut moins 2 fois 30 sur 40, soit moins 1,5. Celle de l'offre vaut 2 fois 30 sur 40, soit 1,5. Étape 3, avec la taxe, le vendeur reçoit P moins 10, donc l'offre devient Qo égale 2(P moins 10) moins 20, soit 2P moins 40. L'égalité avec la demande donne P égale 35 pour l'acheteur, Q égale 30, et le vendeur reçoit 25. Étape 4, les acheteurs paient 5 de plus et les vendeurs reçoivent 5 de moins. Le partage est égal car les deux pentes sont égales. Étape 5, la recette vaut 10 fois 30, soit 300. Le surplus du consommateur vaut un demi fois 30 fois 15, soit 225. Le surplus du producteur vaut aussi 225. Le total vaut 225 plus 225 plus 300, soit 750. Étape 6, la perte sèche vaut 800 moins 750, soit 50. C'est bien le triangle de base 10 unités et de hauteur 10.

piège : Compter la recette fiscale comme une perte. Elle est transférée à l'État, seule la perte sèche est détruite.

Sujet 2. Faut-il contrôler les prix ?

Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP

Voir le corrigé

Accroche : le bouclier tarifaire de 2022. Problématique : le contrôle des prix a un coût d'efficacité certain, reste à savoir s'il peut être justifié par d'autres objectifs.

I. Le modèle concurrentiel condamne le contrôle des prix. Un prix plafond crée une pénurie et une perte sèche. Sur le marché du Sujet 1, un plafond à 25 fait tomber l'offre à 30 unités alors que la demande monte à 50. La perte sèche vaut 50, à condition que le rationnement soit efficace, et elle est plus élevée sinon. Un prix plancher crée un excédent coûteux à stocker ou à détruire, comme les excédents agricoles européens des années 1980. Le prix cesse de transmettre l'information sur la rareté, c'est l'argument de Hayek.

II. Les études empiriques nuancent ces prédictions. Sur le salaire minimum, l'étude de Card et Krueger ne trouve pas d'effet négatif net, ce qui s'explique si l'employeur dispose d'un pouvoir de monopsone. Sur les loyers, les effets de long terme sur l'offre sont en revanche documentés, voir l'étude sur San Francisco.

III. Le contrôle peut se justifier hors du cadre concurrentiel. Il peut servir face à un pouvoir de marché, face à un choc temporaire et brutal sur un bien de première nécessité, ou pour des objectifs de redistribution. Il faut cependant comparer avec des outils moins distorsifs, comme les transferts monétaires ciblés, en gardant à l'esprit que le second théorème du bien-être suppose des transferts forfaitaires difficiles à mettre en œuvre.

Sujet 3. Le marché concurrentiel est-il efficace ?

Autres exercices · Dissertation

Voir le corrigé

I. L'efficacité allocative. Maximisation du surplus en équilibre partiel, premier théorème du bien-être en équilibre général. Preuve expérimentale de convergence avec Vernon Smith.

II. Une efficacité conditionnelle. Existence démontrée sous hypothèses de convexité, unicité et stabilité non garanties, avec Scarf et Sonnenschein-Mantel-Debreu. Marchés complets et absence d'externalités rarement réunis. Théorie du second rang : corriger une seule imperfection ne rapproche pas forcément de l'optimum.

III. Efficacité ne veut pas dire justice. Le critère de Pareto est muet sur la répartition, voir Sen. Le second théorème prétend séparer les deux questions, mais sa portée pratique est faible. Ouverture sur une défense du marché qui ne repose pas sur l'optimalité : l'efficacité informationnelle chez Hayek.

Sujet 4. Qui paie une taxe ?

Classiques de khôlle et concours · Khôlle

Voir le corrigé

Plan attendu. Un, le redevable légal ne détermine pas la charge effective. Taxer l'acheteur ou le vendeur donne le même équilibre, seul l'écart entre prix payé et prix reçu compte. Deux, la charge se répartit selon les élasticités, avec la formule de la technique 3 et deux cas limites. Si l'offre est parfaitement inélastique, comme celle d'un terrain à court terme, le vendeur paie tout. Si la demande est parfaitement inélastique, l'acheteur paie tout. Trois, applications et limites. Les taxes sur les carburants retombent largement sur les consommateurs à court terme, car la demande est peu élastique. Les cotisations sociales dites patronales peuvent, à long terme, être répercutées sur les salaires nets. L'analyse suppose une concurrence parfaite, et en présence de pouvoir de marché la transmission de la taxe au prix peut être partielle ou même supérieure à la taxe.

piège : Affirmer que les cotisations patronales sont payées par l'employeur parce que la loi le dit.

Sujet 5. Pourquoi achète-t-on davantage quand le prix baisse ? Effets revenu et substitution

Classiques de khôlle et concours · Khôlle avec calcul

Un consommateur a pour utilité U égale x fois y, un revenu de 100, et paie 2 le bien x et 1 le bien y. Le prix de x passe à 1. Décomposer la hausse de la demande de x à la manière de Slutsky.

Voir le corrigé

Étape 1, avec cette utilité, le consommateur dépense la moitié de son revenu sur chaque bien. Il achète donc 100 divisé par (2 fois 2), soit 25 unités de x, et 50 unités de y. Étape 2, après la baisse, il achète 100 divisé par 2, soit 50 unités de x. La hausse totale vaut 25. Étape 3, pour neutraliser le gain de pouvoir d'achat, on calcule le coût de l'ancien panier aux nouveaux prix : 25 fois 1 plus 50 fois 1, soit 75. Avec un revenu de 75 et les nouveaux prix, il achèterait 37,5 unités de x. L'effet de substitution vaut 12,5. Étape 4, l'effet de revenu vaut 50 moins 37,5, soit 12,5. Les deux effets sont positifs, le bien est normal.

Prolongement oral : expliquer ce qui change pour un bien inférieur, puis pour un bien Giffen, en rappelant que l'effet de substitution garde toujours son signe.

Sujet 6. Le marché s'autorégule-t-il ?

Classiques de khôlle et concours · Dissertation ou khôlle

Voir le corrigé

I. Le mécanisme autorégulateur. Excédent et pénurie font varier le prix, le tâtonnement walrasien et l'ajustement marshallien par les quantités, la convergence observée en laboratoire.

II. Des équilibres qui peuvent ne pas être atteints. La toile d'araignée : si l'offre de la période t dépend du prix de la période précédente, avec Qd égale a moins dP et Qo égale bP moins c, les prix convergent quand b est inférieur à d, c'est-à-dire quand l'offre réagit moins au prix que la demande. Ils oscillent indéfiniment si b égale d, et divergent si b dépasse d. On y ajoute le contre-exemple de Scarf, les résultats de Sonnenschein-Mantel-Debreu et les bulles spéculatives, où une hausse de prix accroît la demande par anticipation.

III. L'autorégulation dépend des institutions. Chez Polanyi, le marché autorégulateur est une construction politique. Les marchés agricoles sont stabilisés par des stocks, des contrats à terme et des politiques publiques. La question devient celle des règles qui rendent la régulation marchande possible.

Sujet 7. Analyse de document : le prix de l'électricité en Europe en 2022

Autres exercices · Analyse de document

Voir le corrigé

Méthode attendue. Premier temps, décrire : niveau, évolution, unité, période, comparaison avec la moyenne antérieure. Deuxième temps, expliquer par la statique comparative. La baisse des livraisons de gaz et la faible disponibilité de production nucléaire en France déplacent l'offre vers la gauche. La demande, très peu élastique à court terme, fait porter l'ajustement presque entièrement sur le prix. Troisième temps, discuter les limites du modèle concurrentiel. Le marché européen fixe le prix selon la centrale la plus coûteuse appelée, souvent au gaz, ce qui est cohérent avec la tarification au coût marginal mais produit des rentes importantes pour les producteurs à bas coût. Le bouclier tarifaire relève d'une logique de prix plafond financé par l'État, il limite la hausse pour les ménages mais atténue le signal-prix qui pousse à économiser.

piège : Écrire que la demande a baissé parce que le prix a monté. C'est la quantité demandée qui a baissé, la courbe de demande n'a pas bougé du fait du prix.

Erreurs fréquentes

  1. Écrire qu'une hausse du prix fait baisser la demande. C'est la quantité demandée qui baisse, par un mouvement le long de la courbe. La demande, c'est-à-dire la courbe, ne se déplace que sous l'effet d'un autre déterminant.
  2. Faire bouger deux courbes et conclure sur le prix et la quantité à la fois. Quand l'offre et la demande augmentent ensemble, la quantité monte mais le sens du prix dépend des ampleurs relatives, et il faut le dire.
  3. Confondre bien Giffen, bien inférieur et bien de Veblen. Un bien inférieur n'a pas une demande croissante avec le prix, et le bien de Veblen relève d'un effet de signal, pas de l'effet de revenu.
  4. Oublier l'hypothèse de rationnement efficace dans le calcul du surplus sous prix plafond, ou compter la recette fiscale comme une perte sèche.
  5. Présenter le premier théorème du bien-être comme une preuve que le marché est juste. Il établit seulement l'efficacité au sens de Pareto, sous des hypothèses de marchés complets, d'absence d'externalités et d'information parfaite, et il ne dit rien de la répartition.

Fiche rédigée à partir du programme officiel d'ESH (2021), module 1, partie 1.2 « Le comportement des agents et le fonctionnement du marché », point 1.2.2. Elle couvre l'équilibre partiel par les courbes d'offre et de demande, les réactions aux variations de prix avec effet de revenu et effet de substitution, les gains à l'échange et les enjeux de l'équilibre général.