La fiche de cours
Résumé en cinq points
- La monnaie unique supprime le risque de change et les coûts de conversion, au prix de la perte de la politique monétaire nationale et du taux de change.
- La théorie des zones monétaires optimales fournit les critères d'évaluation, mobilité du travail, ouverture, diversification, transferts budgétaires, et la zone euro ne les satisfait que partiellement.
- L'architecture initiale reposait sur des règles budgétaires et une banque centrale indépendante, sans budget commun ni supervision bancaire, ce que la crise de 2010 à 2012 a révélé comme insuffisant.
- Les réponses apportées, mécanisme européen de stabilité, union bancaire, intervention de la BCE en 2012, puis NextGenerationEU en 2020, ont consolidé l'édifice sans l'achever.
- Le débat central porte sur l'articulation entre une politique monétaire unique et des politiques budgétaires nationales coordonnées par des règles, et sur l'opportunité d'une capacité budgétaire permanente.
Pourquoi ce chapitre
C'est le cœur analytique de la partie européenne. Il applique tous les outils des chapitres précédents, régimes de change, triangle d'incompatibilité, balance des paiements, à un cas unique au monde, celui d'une monnaie partagée par des États qui conservent leur souveraineté budgétaire.
En dissertation, il couvre « l'euro était il une bonne idée », « la zone euro est elle une zone monétaire optimale », « la monnaie unique sans budget commun est elle viable », « la BCE doit elle changer de mandat », « l'austérité était elle la bonne réponse à la crise de la zone euro ». En colle, on attend les critères de Mundell McKinnon Kenen, les critères de convergence de Maastricht chiffrés, la chronologie de la crise de 2010 à 2012, et la connaissance des instruments de la BCE.
Notions et mécanismes
Zone monétaire optimale
Une zone monétaire optimale est un ensemble de territoires pour lesquels l'adoption d'une monnaie unique procure plus d'avantages que de coûts.
Le gain est essentiellement microéconomique, disparition des coûts de conversion, suppression du risque de change, transparence des prix, approfondissement des échanges et des marchés financiers, crédibilité anti inflationniste empruntée.
Le coût est macroéconomique. Un pays qui adopte une monnaie commune perd deux instruments, sa politique monétaire autonome et son taux de change. S'il subit un choc asymétrique, c'est à dire un choc qui le frappe seul ou qui le frappe autrement que ses partenaires, il ne peut plus dévaluer ni baisser ses taux.
La théorie cherche donc les mécanismes de substitution.
Robert Mundell (1961) met en avant la mobilité des facteurs, en particulier du travail. Si les travailleurs quittent la région en récession pour la région en expansion, le choc se résorbe sans variation de change.
Ronald McKinnon (1963) met en avant le degré d'ouverture. Plus une économie est ouverte, moins la dévaluation est efficace, car elle se transmet vite aux prix intérieurs, donc moins le renoncement au change est coûteux.
Peter Kenen (1969) met en avant la diversification de la production. Une économie diversifiée est moins exposée aux chocs sectoriels, et elle a moins besoin d'un instrument de change.
À ces trois critères s'ajoutent deux conditions institutionnelles souvent jugées décisives, l'existence de transferts budgétaires entre régions, qui assurent un partage des risques, et une convergence des taux d'inflation et des cycles.
Jeffrey Frankel et Andrew Rose (1998) proposent la thèse de l'endogénéité des critères. Une zone peut ne pas être optimale avant l'union et le devenir après, parce que la monnaie unique intensifie le commerce et synchronise les cycles. Paul Krugman (1993) défend la thèse inverse, dite de spécialisation. L'intégration pousse à la concentration géographique des activités, donc rend les structures productives plus différentes, donc les chocs plus asymétriques.
Règles budgétaires et raisons d'être
Une union monétaire sans union budgétaire crée des incitations particulières. Un État peut s'endetter en comptant sur des taux d'intérêt bas garantis par la crédibilité collective, tout en faisant supporter aux autres le risque d'une crise. C'est un problème d'aléa moral et d'externalité.
D'où trois règles inscrites dans les traités. L'interdiction du financement monétaire des États par la banque centrale. La clause de non renflouement, selon laquelle ni l'Union ni les États ne répondent des dettes d'un autre État. Et des critères budgétaires chiffrés, encadrés par une procédure de déficit excessif.
La boucle entre banques et États
Les banques d'un pays détiennent massivement la dette de leur propre État. Si cet État est en difficulté, la valeur des titres baisse, les fonds propres des banques se dégradent, elles restreignent le crédit, l'activité recule, les recettes fiscales baissent, la situation de l'État empire. Inversement, si les banques doivent être sauvées, c'est l'État qui paie, ce qui dégrade sa dette. Cette boucle explique la violence de la crise de 2010 à 2012 et justifie l'union bancaire.
Dévaluation interne
Dans une union monétaire, un pays qui a perdu en compétitivité ne peut pas dévaluer. Il doit procéder à une dévaluation interne, c'est à dire faire baisser ses coûts salariaux et ses prix relativement à ses partenaires. Le mécanisme fonctionne mais il est lent, il passe par le chômage, et il alourdit le poids réel de la dette puisque les revenus nominaux baissent alors que la dette reste en euros.
Les instruments de la banque centrale
Les instruments conventionnels sont les taux directeurs, taux de la facilité de dépôt, taux des opérations principales de refinancement, taux de la facilité de prêt marginal, ainsi que les réserves obligatoires. Les instruments non conventionnels comprennent les opérations de refinancement de long terme, les achats fermes de titres, ou assouplissement quantitatif, et la communication sur la trajectoire future des taux.
Auteurs et théories de référence
Robert Mundell (1961), Ronald McKinnon (1963) et Peter Kenen (1969) pour les critères de zone monétaire optimale.
Jeffrey Frankel et Andrew Rose (1998) pour l'endogénéité, Paul Krugman (1993) pour la spécialisation et le risque de divergence.
Barry Eichengreen et Charles Wyplosz, travaux des années 1990, pour l'analyse critique de la conception institutionnelle de l'union monétaire européenne et de la fragilité d'une monnaie sans prêteur en dernier ressort souverain.
Paul De Grauwe, Economics of Monetary Union, pour la thèse de la fragilité. Un État de la zone euro emprunte dans une monnaie qu'il ne contrôle pas, il est donc exposé à des crises de liquidité auto réalisatrices que les États emprunteurs dans leur propre monnaie ne connaissent pas. Cette analyse justifie l'intervention de la banque centrale comme garante du marché de la dette souveraine.
Robert Barro et David Gordon (1983) et Finn Kydland et Edward Prescott (1977) pour l'incohérence temporelle et la nécessité d'une banque centrale indépendante liée par une règle, fondements théoriques du statut de la BCE.
Olivier Blanchard et Daniel Leigh (2013) pour la réévaluation des multiplicateurs budgétaires. Ils montrent que les prévisions officielles des années 2010 à 2012 ont sous estimé les multiplicateurs, donc l'effet récessif de la consolidation budgétaire, particulièrement dans une économie en bas de cycle et à taux directeurs proches de zéro.
Mario Draghi pour son discours de Londres du 26 juillet 2012, où il annonce que la BCE fera tout ce qui est nécessaire, dans le cadre de son mandat, pour préserver l'euro. Cet engagement a suffi à faire refluer les écarts de taux avant même qu'un seul titre ne soit acheté, ce qui illustre le rôle des anticipations.
Faits, chiffres et repères historiques
Avant l'euro. Plan Werner de 1970, resté sans suite après l'effondrement de Bretton Woods. Serpent monétaire européen de 1972, très instable. Système monétaire européen créé en mars 1979, fondé sur une unité de compte, l'écu, un mécanisme de change avec marges de plus ou moins 2,25 % et un indicateur de divergence. Il subit une crise majeure en septembre 1992, avec la sortie de la livre et de la lire, puis en août 1993 l'élargissement des marges à plus ou moins 15 %.
Maastricht. Rapport Delors de 1989, traité signé en février 1992. Trois phases, libération complète des mouvements de capitaux au 1er juillet 1990, création de l'Institut monétaire européen en 1994, fixation irrévocable des parités et création de la Banque centrale européenne en 1998 puis lancement de l'euro au 1er janvier 1999.
Les critères de convergence sont chiffrés et doivent être connus. Déficit public inférieur ou égal à 3 % du PIB. Dette publique inférieure ou égale à 60 % du PIB ou diminuant à un rythme satisfaisant. Inflation ne dépassant pas de plus de 1,5 point la moyenne des trois États les plus performants. Taux d'intérêt à long terme ne dépassant pas de plus de 2 points cette même référence. Participation au mécanisme de change pendant au moins deux ans sans dévaluation.
L'euro. Lancement scriptural le 1er janvier 1999 à onze pays, la Grèce rejoignant en 2001. Mise en circulation des pièces et billets le 1er janvier 2002. La zone s'est ensuite élargie, notamment à la Slovénie en 2007, à la Slovaquie en 2009, aux pays baltes entre 2011 et 2015, à la Croatie en 2023. La Bulgarie a été autorisée à adopter l'euro au 1er janvier 2026. Le Danemark bénéficie d'une clause d'exemption, la Suède n'a pas rejoint le mécanisme de change.
Les règles budgétaires. Pacte de stabilité et de croissance adopté en 1997, assoupli en 2005 après les dépassements français et allemand de 2003. Renforcement après la crise, avec le paquet de six textes en 2011, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance signé en mars 2012 qui introduit une règle de déficit structurel inférieur à 0,5 % du PIB, et le paquet de deux textes en 2013 qui instaure l'examen préalable des projets de budget nationaux. Les règles ont été suspendues par la clause dérogatoire générale de mars 2020 à fin 2023, puis réformées en avril 2024 autour de trajectoires pluriannuelles de dépense nette négociées pays par pays sur quatre à sept ans.
La crise de la zone euro. Révision du déficit grec à l'automne 2009, premier plan d'aide à la Grèce en mai 2010, création du Fonds européen de stabilité financière en 2010 puis du Mécanisme européen de stabilité en 2012, doté d'une capacité de prêt de l'ordre de 500 milliards d'euros. Les écarts de taux à dix ans atteignent des niveaux extrêmes, plus de 25 points pour la Grèce et plus de 5 points pour l'Espagne et l'Italie par rapport à l'Allemagne à l'été 2012. Discours de Draghi en juillet 2012, annonce du programme d'opérations monétaires sur titres en septembre 2012, jamais activé mais dissuasif. La Grèce perd environ un quart de son PIB entre 2008 et 2013 et connaît un chômage supérieur à 27 %. Restructuration de la dette grecque détenue par le secteur privé en 2012, avec une décote importante.
Politique monétaire récente. Programme d'achats d'actifs lancé en mars 2015, taux de la facilité de dépôt devenu négatif dès juin 2014 et porté à moins 0,5 % en 2019. Programme d'urgence pandémique annoncé en mars 2020 et porté à 1 850 milliards d'euros. Remontée rapide des taux à partir de juillet 2022 face à une inflation qui culmine à 10,6 % en octobre 2022 en zone euro, taux de dépôt porté à 4 % en septembre 2023, puis desserrement à partir de juin 2024 ramenant le taux autour de 2 % en 2025. Instrument de protection de la transmission créé en juillet 2022 pour contrer les écartements de taux jugés injustifiés. La stratégie de la BCE a été révisée en juillet 2021, la cible étant désormais une inflation de 2 % à moyen terme, symétrique, alors qu'elle était auparavant formulée comme un niveau inférieur à mais proche de 2 %.
Union bancaire. Mécanisme de surveillance unique opérationnel en novembre 2014, la BCE supervisant directement les banques les plus importantes. Mécanisme de résolution unique en 2016, avec un fonds alimenté par les banques. Le troisième pilier, la garantie européenne des dépôts, n'est toujours pas en place.
Budget commun. Aucun budget de stabilisation macroéconomique n'existe. La rupture de juillet 2020 réside dans NextGenerationEU, environ 750 milliards d'euros financés par un emprunt en commun, dont une part importante versée en subventions, remboursable jusqu'en 2058 et adossé à de nouvelles ressources propres. Sur le poids de l'euro, la monnaie représente environ 20 % des réserves de change mondiales, loin derrière le dollar.
Débats et controverses
La zone euro est elle une zone monétaire optimale ? L'évaluation au regard des critères est défavorable. La mobilité du travail entre pays reste faible, de l'ordre de quelques dixièmes de point de la population active par an, très en dessous de la mobilité interétatique américaine. Le budget commun est trop petit pour assurer des transferts stabilisateurs. Les structures productives sont hétérogènes. Les critères d'ouverture et de diversification sont en revanche plutôt satisfaits pour les grandes économies. Le débat reste ouvert entre la thèse de l'endogénéité et celle de la spécialisation, l'expérience depuis 1999 ne tranchant pas clairement, la synchronisation des cycles ayant augmenté mais les divergences de compétitivité aussi.
L'architecture initiale était elle viable ? Les critiques ont porté très tôt sur trois manques, l'absence de prêteur en dernier ressort pour les dettes souveraines, l'absence de supervision bancaire commune, l'absence de capacité budgétaire. La crise de 2010 à 2012 a validé ces critiques, et les réponses apportées, mécanisme européen de stabilité, union bancaire, intervention de la BCE, ont comblé une partie des manques sans achever l'édifice.
L'austérité était elle justifiée ? La position défendue à l'époque invoquait la nécessité de restaurer la confiance des marchés et évoquait des effets non keynésiens d'une consolidation crédible. La position critique, documentée par Blanchard et Leigh, souligne que la contraction simultanée de plusieurs pays partenaires en bas de cycle a multiplié les effets récessifs et dégradé les ratios de dette qu'elle voulait réduire. Le débat porte aujourd'hui moins sur le principe que sur le calendrier et la composition des ajustements.
Le mandat de la BCE doit il évoluer ? La question porte sur la place de l'emploi, sur la prise en compte du climat dans la politique d'achat d'actifs et de collatéral, et sur la légitimité démocratique d'une institution indépendante dont les décisions ont des effets distributifs forts. Les défenseurs du statu quo rappellent que l'indépendance et la cible de prix sont précisément ce qui donne à la BCE sa crédibilité et que l'élargissement du mandat exposerait la banque à des choix politiques.
Faut il une capacité budgétaire permanente ? Les partisans invoquent les critères de zone monétaire optimale et la nécessité d'un stabilisateur commun, par exemple une assurance chômage européenne. Les opposants invoquent l'aléa moral et l'absence de consentement démocratique à des transferts permanents. NextGenerationEU est présenté par les uns comme un précédent appelé à se répéter, par les autres comme une réponse exceptionnelle à une crise exceptionnelle.
Ce qu'il faut savoir mobiliser en dissertation
- Les trois critères historiques de zone monétaire optimale avec leurs auteurs et leurs dates, complétés par le critère budgétaire et le critère de convergence.
- Le débat endogénéité contre spécialisation, avec Frankel et Rose d'un côté, Krugman de l'autre, utilisable comme axe entier de dissertation.
- Les cinq critères de Maastricht chiffrés exactement, et la distinction entre convergence nominale et convergence réelle.
- La chronologie de la crise, 2009, 2010, 2012, avec le rôle du discours de Draghi et la création du mécanisme européen de stabilité.
- Le mécanisme de la boucle banques États, qui explique à la fois la crise et la réponse par l'union bancaire.
- Plan type pour « une monnaie unique sans budget commun est elle viable », rappel de la conception initiale et de son pari, révélation des failles par la crise, puis réponses partielles et question de la capacité budgétaire.
- Piège, dire que la BCE a un mandat dual comme la Réserve fédérale. Son objectif principal est la stabilité des prix, le soutien aux politiques économiques générales de l'Union n'intervient que sans préjudice de cet objectif.
- Piège, confondre les dates, 1999 pour l'euro scriptural, 2002 pour les billets et pièces, et confondre critères de convergence et pacte de stabilité, le premier conditionnant l'entrée, le second encadrant la suite.
Méthodes et exercices
Notions et mécanismes clés
- Stades de Balassa (1961) : zone de libre-échange, union douanière avec tarif extérieur commun, marché commun avec libre circulation des facteurs, union économique avec politiques coordonnées, intégration totale. L'Union les a parcourus sans suivre cet ordre à la lettre.
- Création et détournement de commerce (Viner, 1950) : l'union douanière crée du commerce quand un producteur partenaire efficace remplace un producteur national moins efficace. Elle en détourne quand un partenaire remplace un producteur tiers plus efficace.
- Marché unique : quatre libertés, marchandises, services, capitaux, personnes. Elles reposent sur la reconnaissance mutuelle des normes (arrêt Cassis de Dijon, 1979) plutôt que sur leur harmonisation complète.
- Politique de concurrence : contrôle des ententes, des abus de position dominante, des concentrations et des aides d'État. Les règles de concurrence nécessaires au marché intérieur sont une compétence exclusive de l'Union. La Commission contrôle seule les aides d'État et les grandes concentrations. Depuis 2004, elle partage l'application du droit des ententes et des abus de position dominante avec les autorités nationales de concurrence.
- Politique de cohésion : fonds structurels et fonds de cohésion, destinés aux régions en retard. Ils représentent environ un tiers du budget européen.
- Budget de l'Union : environ 1 % du revenu national brut européen, contre plus de 20 % du PIB pour le budget fédéral américain. Il est voté en équilibre et ne peut pas stabiliser le cycle.
- Solde structurel : solde public corrigé des effets de la conjoncture et des mesures ponctuelles. Il est inobservable et révisé après coup, ce qui fragilise les règles qui s'y réfèrent.
- Semestre européen : calendrier annuel de coordination, créé en 2011. La Commission y examine les budgets et les déséquilibres avant leur vote national.
- Écart de taux, ou spread : différence entre le taux à dix ans d'un État et le taux allemand. Il mesure la prime de risque de défaut et de sortie de la zone.
- Soldes Target2 : créances et dettes des banques centrales nationales dans le système de paiement de l'Eurosystème. Leur envolée traduit une fuite des capitaux privés de la périphérie, compensée par le refinancement de la banque centrale.
- Fragmentation financière : situation où les conditions de crédit divergent entre pays malgré un taux directeur unique. La politique monétaire ne se transmet plus de façon homogène.
- Renflouement interne : pertes imposées aux actionnaires puis aux créanciers d'une banque avant tout soutien public. C'est le principe du mécanisme de résolution unique. Il a été appliqué pour la première fois à grande échelle à Chypre en 2013.
- Conditionnalité : l'aide du Mécanisme européen de stabilité suppose en principe un protocole d'accord signé par l'État aidé. Il s'agit soit d'un programme d'ajustement complet, soit de conditions allégées pour une ligne de précaution. La ligne pandémique de 2020 fait exception : sa seule condition portait sur l'usage des fonds pour des dépenses de santé. Les achats au titre des opérations monétaires sur titres supposent un programme du MES, complet ou de précaution.
Chaînes de raisonnement
Pourquoi le marché unique appelait la monnaie unique. Tommaso Padoa-Schioppa (1987) montre qu'on ne peut pas avoir en même temps libre-échange, libre circulation des capitaux, changes fixes et autonomie des politiques monétaires. La libération des capitaux en 1990 rendait le système monétaire européen vulnérable, ce que confirment les crises de 1992 et 1993. Il fallait donc choisir. Soit laisser flotter les monnaies et risquer des dévaluations compétitives dans le marché unique. Soit supprimer les changes par une monnaie commune.
Pourquoi un taux unique peut être déstabilisant. Avec un taux nominal commun, un pays dont l'inflation est plus forte a un taux réel plus bas que ses voisins. Le crédit y est bon marché, la demande s'emballe, l'inflation monte encore, ce qui baisse davantage le taux réel. C'est la critique d'Alan Walters. Elle décrit exactement l'Irlande et l'Espagne entre 1999 et 2007.
Pourquoi la convergence nominale ne garantit pas la convergence réelle. Les critères de Maastricht portent sur des prix, des taux et des soldes, pas sur les niveaux de vie ni sur les structures productives. Un pays en rattrapage connaît des gains de productivité rapides dans l'industrie. Les salaires montent alors dans toute l'économie, et les prix des services augmentent. Cet effet Balassa-Samuelson crée une inflation structurellement plus forte. Il rend le critère d'inflation plus difficile à tenir pour les pays pauvres, et il entretient la chaîne de Walters une fois l'euro adopté.
Pourquoi la crise de la zone euro n'est pas d'abord une crise budgétaire. Entre 1999 et 2008, les capitaux du cœur financent la périphérie. Les coûts salariaux unitaires y augmentent nettement plus qu'en Allemagne, et les déficits courants se creusent. En 2008, ces flux s'arrêtent brutalement, les bulles immobilières éclatent, les États renflouent leurs banques et perdent leurs recettes. L'Espagne et l'Irlande avaient des excédents publics en 2007. Seule la Grèce correspond au récit d'un laxisme budgétaire.
Pourquoi une crise de liquidité peut devenir une crise de solvabilité. Si les investisseurs craignent un défaut, ils exigent un taux plus élevé. La charge de la dette s'alourdit, ce qui rend le défaut plus probable. Un État qui emprunte dans sa propre monnaie peut compter sur sa banque centrale pour briser cet enchaînement. Un État de la zone euro ne le pouvait pas avant 2012. L'annonce d'un acheteur potentiellement illimité supprime le mauvais équilibre sans dépenser un euro, ce qui explique le succès du discours de Draghi.
Pourquoi une austérité simultanée peut augmenter le ratio de dette. Le ratio rapporte une dette à un PIB. Une économie de x réduit la dette de x et le PIB de k fois x, où k est le multiplicateur. Le ratio monte à court terme si le produit du multiplicateur par le ratio de dette initial dépasse un. Autrement dit, la baisse relative du PIB l'emporte alors sur la baisse relative de la dette. C'est le cas d'un multiplicateur supérieur à un pour une dette de 100 % du PIB. Pour une dette de 130 %, un multiplicateur supérieur à 0,77 environ suffit. Ce cas est probable quand les taux directeurs sont bloqués et que tous les partenaires consolident en même temps. La consolidation paraît alors échouer alors même qu'elle est appliquée.
Exemples et références à connaître
- Rapport de la Commission « Un marché, une monnaie » (1990), qui chiffre les gains attendus de l'euro. Il est utile pour montrer le pari initial.
- Francesco Giavazzi et Marco Pagano (1988), l'avantage de se lier les mains. Un pays à inflation forte importe la crédibilité de la Bundesbank en fixant son change. C'est l'argument central du ralliement de la France et de l'Italie.
- Tamim Bayoumi et Barry Eichengreen (1993). Les chocs d'offre sont bien corrélés entre l'Allemagne et ses voisins proches, beaucoup moins avec l'Europe du Sud. C'est la base empirique de l'idée d'une Europe à deux vitesses.
- Olivier Blanchard et Lawrence Katz (1992) pour les États-Unis, Jörg Decressin et Antonio Fatás (1995) pour l'Europe. Aux États-Unis, un choc régional est absorbé surtout par la migration. En Europe, il l'est surtout par la baisse du taux d'activité. C'est un test direct du critère de Mundell.
- Pierfederico Asdrubali, Bent Sørensen et Oved Yosha (1996). Aux États-Unis, environ 39 % d'un choc régional est lissé par la détention croisée d'actifs, 23 % par le crédit, et 13 % seulement par le budget fédéral. C'est un argument pour l'union des marchés de capitaux autant que pour un budget commun.
- Andrew Rose (2000) : une monnaie commune multiplierait le commerce bilatéral par environ trois. Les estimations propres à l'euro sont bien plus modestes, de l'ordre de 5 à 15 %. Cette nuance de la thèse d'endogénéité est obligatoire.
- Espagne et Irlande en 2007 : dette publique de l'ordre de 35 % et de 25 % du PIB, avec des excédents budgétaires. C'est le contre-exemple à la lecture purement budgétaire de la crise.
- Chypre en 2013 : premier renflouement interne imposé aux gros déposants, et contrôle des capitaux dans une union monétaire. Cet exemple montre qu'un euro chypriote n'était plus tout à fait un euro allemand.
- Jurisprudence. La Cour de justice valide les opérations monétaires sur titres en 2015 (arrêt Gauweiler) et le programme d'achats de 2015 en 2018 (arrêt Weiss). La Cour constitutionnelle allemande conteste la proportionnalité de ce programme en mai 2020. Ces décisions illustrent la question de la légitimité de la BCE.
- Ordres de grandeur. Excédent courant allemand proche de 8 % du PIB au milieu des années 2010. Déficit courant espagnol proche de 10 % en 2007, grec proche de 15 % en 2008. Créance Target2 de la Bundesbank supérieure à 1 000 milliards d'euros au début des années 2020.
Techniques
Lire un graphique d'écarts de taux
Réflexe. Repérer trois phases et les nommer. D'abord une convergence avant 1999, qui traduit la disparition du risque de change. Ensuite des écarts très faibles de 1999 à 2008, qui traduisent une sous-évaluation du risque souverain. Enfin un écartement de 2010 à 2012, puis un reflux. Relier chaque rupture à un événement daté.
Mini-exemple. Une courbe des taux italien et allemand à dix ans montre un écart de plus de 5 points en 1995, d'environ 0,2 point en 2005, de plus de 5 points à l'été 2012, puis un reflux rapide. La lecture attendue cite le pari sur l'entrée dans l'euro, l'illusion de risque nul et la boucle banques États. Elle cite ensuite le discours de juillet 2012 et l'annonce de septembre. Si la courbe montre un nouvel écartement en 2022, citer la remontée des taux et l'instrument de protection de la transmission.
Calculer la dynamique de la dette
Réflexe. La variation du ratio de dette vaut approximativement l'écart entre taux apparent et croissance nominale, multiplié par le ratio initial, moins le solde primaire. Le signe de l'écart entre taux et croissance décide de tout.
Mini-exemple. Dette de 100 % du PIB, taux apparent de 4 %, croissance nominale de 1 %, excédent primaire de 1 %. Le ratio augmente d'environ 3 moins 1, soit 2 points par an. Pour le stabiliser, il faut un excédent primaire de 3 %. Si la croissance nominale passe à 5 %, un déficit primaire de 1 % suffit. Conclusion : la croissance et l'inflation comptent autant que l'effort budgétaire.
Tester l'adéquation du taux unique avec une règle de Taylor
Réflexe. Le taux recommandé est égal au taux réel neutre, plus l'inflation, plus la moitié de l'écart d'inflation à la cible, plus la moitié de l'écart de production. On compare ensuite le taux obtenu pour chaque pays au taux commun.
Mini-exemple. Taux neutre de 1 %, cible de 2 %. Pays A : inflation de 3 %, écart de production de plus 3 %. Son taux recommandé vaut 1 plus 3 plus 0,5 plus 1,5, soit 6 %. Pays B : inflation de 1,5 %, écart de production de moins 1 %. Son taux recommandé vaut 1 plus 1,5 moins 0,25 moins 0,5, soit 1,75 %. Un taux commun de 3 % est trop bas pour A et trop haut pour B. C'est la configuration Irlande contre Allemagne de 2006.
Vérifier un critère de convergence
Réflexe. Calculer la valeur de référence avant de juger. Les meilleurs résultats s'apprécient sur l'ensemble de l'Union, pas sur la seule zone euro.
Mini-exemple. Les trois inflations les plus basses sont 1,0 %, 1,2 % et 1,4 %. La moyenne est de 1,2 %, donc le seuil est de 2,7 %. Un pays à 2,9 % échoue. Commentaire attendu : si l'un des trois meilleurs est en déflation, la référence baisse mécaniquement. Un pays en rattrapage est en outre pénalisé par l'effet Balassa-Samuelson.
Construire le plan d'une dissertation sur l'euro
Réflexe. Les sujets sur l'euro appellent rarement un plan chronologique pur. Le plan efficace confronte la théorie à l'expérience, puis ouvre sur les réformes. On annonce dès l'introduction le critère d'évaluation choisi : efficacité, stabilité ou équité.
Mini-exemple. « L'euro a-t-il tenu ses promesses ? » Première partie, les promesses tenues : stabilité des prix, fin des crises de change internes, monnaie de réserve. Deuxième partie, les promesses déçues : divergence de compétitivité, crise de 2010, faible croissance. Troisième partie, des promesses réécrites : l'euro comme projet évolutif, avec l'union bancaire et NextGenerationEU.
Sujets classiques traités
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Sujet 4. L'euro a-t-il favorisé la convergence des économies européennes ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, une convergence nominale réelle : inflations et taux rapprochés avant 1999, écarts de taux très faibles jusqu'en 2008, rattrapage des pays d'Europe centrale entrés ensuite, comme la Slovaquie ou les pays baltes. Deux, une divergence réelle : chaîne de Walters, écart de coûts salariaux unitaires, déséquilibres courants, puis décrochage du Sud après 2010 et stagnation italienne. Trois, un bilan qui dépend de la période et du groupe de pays. Distinguer convergence nominale, convergence réelle et synchronisation des cycles. Citer l'effet Balassa-Samuelson.
Sujet 5. De l'union douanière au marché unique
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, l'union douanière du traité de Rome : tarif extérieur commun achevé en 1968, Viner pour les effets, PAC comme contrepartie politique. Deux, la relance par l'Acte unique de 1986 : constat des barrières non tarifaires, reconnaissance mutuelle, marché unique au 1er janvier 1993, politique de concurrence. Trois, les limites : services et marchés de capitaux encore fragmentés, hétérogénéité accrue par les élargissements de 2004 et 2007, concurrence fiscale et sociale. Conclure sur Padoa-Schioppa et le lien avec la monnaie unique.
Sujet 6. La crise de la zone euro
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, les causes profondes : déséquilibres courants de 1999 à 2008, bulles de crédit, absence de supervision commune, sous-évaluation du risque souverain. Deux, le déroulement : déclencheur grec, contagion à l'Irlande en 2010 puis au Portugal en 2011, boucle banques États en Espagne et en Italie, Chypre en 2013. Trois, les réponses et leur bilan : fonds de secours puis MES, union bancaire, action de la BCE, coût social de l'ajustement et débat ouvert par Blanchard et Leigh. Insister sur le fait qu'une crise de balance des paiements a pris l'apparence d'une crise budgétaire.
Sujet 7. Analyse de documents : écarts de taux et soldes Target2
Classiques de khôlle et concours · Khôlle, type oral HEC
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Documents : une courbe des écarts de taux espagnol et italien depuis 2007, et une courbe des soldes Target2 de l'Allemagne et de l'Italie. Plan attendu. Un, décrire les deux mouvements : pic des écarts en 2012 et divergence symétrique des soldes Target2. Deux, les relier : les capitaux privés quittent la périphérie, la banque centrale remplace ce financement, ce qui gonfle les dettes Target2 des pays du Sud et les créances allemandes. Trois, interpréter : fragmentation financière et risque de sortie de la zone. Montrer que la remontée des soldes après 2015 tient surtout aux achats de titres et au lieu de règlement, pas à une nouvelle panique. Ne pas présenter les soldes Target2 comme un crédit que l'Allemagne aurait consenti volontairement.
Sujet 1. La zone euro est-elle une zone monétaire optimale ?
Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP
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Accroche : l'euro a été lancé alors que la plupart des économistes américains doutaient de sa viabilité. Problématique : faut-il juger la zone sur ses caractéristiques de départ ou sur sa capacité à les transformer ?
I. Au regard des critères de 1999, la réponse est plutôt négative. La mobilité du travail est faible, selon Decressin et Fatás. Les chocs d'offre sont peu corrélés entre cœur et périphérie, selon Bayoumi et Eichengreen. Il n'existe pas de budget fédéral. En revanche, l'ouverture et la diversification des grandes économies sont satisfaisantes.
II. Les critères ne sont pas figés. La thèse d'endogénéité de Frankel et Rose s'appuie sur la synchronisation accrue des cycles. Mais l'effet commerce reste modeste et la compétitivité diverge, ce qui donne du poids à Krugman. La crise de 2010 révèle un choc commun aux effets asymétriques.
III. L'optimalité se construit par les institutions. Le partage privé des risques passe par l'union bancaire et l'union des marchés de capitaux, selon Asdrubali, Sørensen et Yosha. Le partage public passe par un embryon de capacité budgétaire avec NextGenerationEU. La zone n'était pas optimale. Elle cherche à le devenir par des mécanismes de substitution.
Sujet 2. Faut-il des règles budgétaires dans une union monétaire ?
Autres exercices · Dissertation, type sujet Ecricome
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Accroche : les règles européennes ont été violées par la France et l'Allemagne dès 2003. Problématique : les règles corrigent-elles une défaillance réelle ou créent-elles de nouveaux problèmes ?
I. Une justification solide. La dette d'un membre a des externalités sur les taux des autres. Une banque centrale commune crée un aléa moral et subit une pression à monétiser. Selon Kydland et Prescott, une règle protège du biais de court terme.
II. Des règles défaillantes. Elles sont procycliques, car elles imposent la rigueur en récession. Elles sont mal mesurées, car le solde structurel est révisé après coup. Elles sont peu crédibles, car les sanctions n'ont jamais été appliquées. Elles sont aveugles aux déséquilibres privés, comme le montrent l'Espagne et l'Irlande.
III. Des règles repensées. La réforme de 2024 se centre sur la dépense nette, observable, et sur des trajectoires propres à chaque pays. Une règle a cependant besoin d'un complément, une capacité budgétaire commune pour les chocs. Sans elle, elle reste un corset sans filet.
Sujet 3. La BCE a-t-elle outrepassé son mandat ?
Autres exercices · Dissertation, type sujet ESCP
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Accroche : en mai 2020, la Cour de Karlsruhe exige de la BCE qu'elle justifie la proportionnalité de ses achats. Problématique : l'élargissement des instruments a-t-il changé la nature de l'institution ?
I. Un mandat étroit et des interdits nets. La stabilité des prix est l'objectif principal, et le financement monétaire est interdit. L'indépendance se fonde sur Barro et Gordon.
II. Des interventions qui en repoussent les limites. Opérations annoncées en 2012, achats massifs de dette publique à partir de 2015 puis en 2020, instrument de 2022 ciblant des écarts entre pays. Ces actions ont des effets distributifs sur les prix d'actifs et sur les épargnants. Certains y voient une monétisation déguisée.
III. Une action restée juridiquement dans le mandat, mais politiquement exposée. Les arrêts de 2015 et 2018 valident le principe, à condition de respecter des garde-fous comme l'achat sur le marché secondaire et des limites par émetteur. La défense repose sur la transmission de la politique monétaire. Le vrai problème est l'absence d'autorité budgétaire commune, qui fait de la BCE l'acteur par défaut.
Erreurs fréquentes
- Présenter la crise de 2010 comme la seule conséquence du laxisme budgétaire. L'Espagne et l'Irlande étaient en excédent en 2007, et la cause commune est un déséquilibre de financement privé.
- Oublier les réalisations économiques. Le programme demande l'union douanière, le marché unique et la concurrence, pas seulement la monnaie.
- Réciter les critères de Mundell, McKinnon et Kenen sans les tester par des données, par exemple la mobilité du travail ou la corrélation des chocs.
- Confondre le taux nominal unique et le taux réel, qui diffère selon l'inflation de chaque pays. C'est la clé de la critique de Walters.
- Présenter NextGenerationEU comme un budget fédéral. Il est temporaire, lié à la reprise, et ne constitue pas un stabilisateur automatique.
Fiche rédigée à partir du programme officiel ECG d'ESH (2021), module 3, partie 3.3 « L'intégration européenne », point 3.3.2. Elle traite les réalisations de l'Europe dans les domaines économique et monétaire jusqu'à l'union économique et monétaire, les problèmes et débats liés à l'adoption et à l'existence d'une monnaie unique, et la gouvernance de l'Union abordée par les questions budgétaires et monétaires.