La fiche de cours
Résumé en cinq points
- Les émissions humaines de dioxyde de carbone proviennent des combustibles fossiles et du ciment, qui court-circuitent le sous-cycle géologique, et des changements d'usage des sols.
- Environ la moitié du carbone émis reste dans l'atmosphère, le reste étant absorbé à parts comparables par l'océan et par la biosphère continentale, avec pour contrepartie l'acidification des eaux de surface.
- Trois traceurs indépendants, carbone quatorze, composition isotopique stable et teneur en dioxygène, établissent l'origine fossile de l'excès atmosphérique.
- Les activités humaines ont approximativement doublé l'entrée d'azote réactif dans les écosystèmes, principalement par la synthèse industrielle d'engrais, et cet azote produit une cascade d'effets successifs.
- Les excédents azotés, essentiellement sous forme de nitrate lessivable, alimentent l'eutrophisation des milieux aquatiques, dont les marées vertes illustrent le couplage entre bassins versants agricoles et écosystèmes côtiers.
Pourquoi ce chapitre
Ce chapitre est court mais il ne fonctionne que s'il s'appuie sur les deux précédents. On y reprend les cycles du carbone et de l'azote, non plus dans leur fonctionnement naturel, mais pour identifier où une activité humaine ajoute un flux, en supprime un, ou déplace un stock. La démarche attendue est toujours la même : repérer le flux modifié, le comparer aux flux naturels du même cycle, puis en déduire la conséquence sur les réservoirs.
C'est aussi le chapitre qui articule les cycles avec le climat et avec la gestion des sols, et qui montre le couplage entre écosystèmes terrestres et écosystèmes aquatiques. Le programme insiste pour que l'eutrophisation serve précisément à illustrer ce couplage, à travers l'exemple des marées vertes, sans entrer dans le détail des processus.
Au concours, l'attente est d'abord quantitative et argumentative. Il faut savoir dresser un bilan chiffré, justifier l'origine anthropique d'une perturbation par des traceurs, et raisonner sur des flux plutôt que de citer des conséquences.
Notions et mécanismes
L'origine du dioxyde de carbone émis par les activités humaines
Deux grandes origines sont à distinguer, et cette distinction est demandée explicitement.
La première est l'utilisation des combustibles fossiles, charbon, pétrole et gaz naturel, à laquelle s'ajoute la production de ciment, qui décarbonate du calcaire. Ce flux représente aujourd'hui de l'ordre de dix gigatonnes de carbone par an. Sa particularité est essentielle : il prélève du carbone dans le réservoir géologique, qui appartient au sous-cycle lent, et l'injecte dans le sous-cycle rapide. Autrement dit, il court-circuite un cycle de plusieurs centaines de millions d'années en quelques décennies. Le stock fossile ainsi mobilisé est du même ordre de grandeur que le contenu carboné de l'atmosphère, ce qui explique l'ampleur de l'effet.
La seconde origine est le changement d'usage des sols, principalement la déforestation et la mise en culture. Elle représente de l'ordre d'une à deux gigatonnes de carbone par an. Ce flux reste à l'intérieur du sous-cycle rapide, puisqu'il transfère du carbone de la biomasse et des sols vers l'atmosphère. Il agit par deux voies, la combustion ou la décomposition de la biomasse détruite, et la perte de carbone organique des sols lorsqu'ils sont labourés et exposés.
L'origine anthropique de l'augmentation observée se démontre par des traceurs, et non seulement par la coïncidence chronologique. Le carbone des combustibles fossiles, issu d'une matière organique très ancienne, ne contient plus de carbone quatorze, dont la période est bien plus courte que l'âge des gisements. La dilution du carbone quatorze atmosphérique par du carbone fossile est donc un premier indice. Par ailleurs, la photosynthèse discrimine les isotopes stables et enrichit la matière organique en carbone douze. Le carbone fossile étant d'origine organique, son ajout à l'atmosphère abaisse le rapport isotopique du dioxyde de carbone atmosphérique, ce qui est observé. Enfin, toute combustion consomme du dioxygène, et la teneur en dioxygène de l'atmosphère diminue lentement, dans les proportions attendues. Ces trois arguments convergent et excluent une origine volcanique ou océanique.
Le devenir de ce dioxyde de carbone
Le point central du chapitre est qu'une fraction seulement des émissions reste dans l'atmosphère. Le bilan global s'écrit comme une répartition entre trois destinations.
Environ la moitié du carbone émis chaque année demeure dans l'atmosphère. La concentration en dioxyde de carbone est ainsi passée d'environ deux cent quatre-vingts parties par million avant l'industrialisation à plus de quatre cents aujourd'hui, soit une augmentation de près de la moitié.
Un quart environ est absorbé par l'océan. Le mécanisme est celui vu dans le cycle du carbone, la dissolution du gaz suivie de sa conversion en carbone inorganique dissous, puis l'entraînement d'une partie vers la profondeur par la pompe physique. Ce puits a une contrepartie chimique directe, l'acidification des eaux de surface. La dissolution du dioxyde de carbone produit un acide faible qui libère des protons, ce qui abaisse le pH de l'océan de surface d'environ une dizaine de centièmes d'unité depuis la période préindustrielle, soit une augmentation d'environ trente pour cent de la concentration en protons. Cette acidification diminue la concentration en ions carbonate, ce qui rend la précipitation du carbonate de calcium plus coûteuse pour les organismes calcificateurs.
Le dernier quart environ est absorbé par la biosphère continentale et les sols. Plusieurs causes se combinent, l'augmentation de la concentration en dioxyde de carbone qui stimule la photosynthèse, l'allongement des saisons de végétation, et les dépôts d'azote qui lèvent partiellement la limitation azotée.
Deux nuances importantes. D'abord, ces puits ne sont pas garantis. La solubilité du dioxyde de carbone diminue quand l'eau se réchauffe, et l'effet fertilisant du dioxyde de carbone est plafonné par la disponibilité en eau et en éléments minéraux, notamment l'azote. Ensuite, même si les émissions cessaient, l'excès atmosphérique ne disparaîtrait pas rapidement, puisque son élimination définitive passe par l'altération des silicates, donc par le sous-cycle lent. La perturbation du carbone est durable par construction.
L'accumulation de composés azotés réactifs
On appelle azote réactif toute forme de l'azote autre que le diazote, donc l'ammonium, l'ammoniac, les nitrates, les oxydes d'azote et l'azote organique. Ces formes sont assimilables ou chimiquement actives, contrairement au diazote.
Avant l'industrialisation, l'entrée d'azote réactif dans la biosphère dépendait presque uniquement de la fixation biologique, à laquelle s'ajoutait une contribution mineure des éclairs. Trois activités humaines ont ajouté des flux du même ordre de grandeur. La synthèse industrielle d'ammoniac à partir du diazote de l'air et de dihydrogène, sous haute pression et haute température avec un catalyseur, produit les engrais azotés minéraux. La culture massive de légumineuses augmente la fixation symbiotique. Et toute combustion à haute température oxyde une partie du diazote de l'air en oxydes d'azote.
Le résultat est que le flux de fixation anthropique est aujourd'hui comparable au flux de fixation biologique naturelle continentale, c'est-à-dire que les sociétés humaines ont approximativement doublé l'entrée d'azote réactif dans les écosystèmes terrestres. C'est la perturbation relative la plus forte parmi les grands cycles, bien supérieure en proportion à celle du carbone.
Une particularité aggrave la situation. Un atome d'azote réactif n'est pas consommé une fois pour toutes : il passe successivement d'une forme à une autre, de l'ammoniac au nitrate, du nitrate à l'oxyde nitreux, et produit à chaque étape un effet différent, dans un compartiment différent. On parle de cascade de l'azote. Le même atome peut ainsi contribuer à l'eutrophisation d'une rivière, puis à l'effet de serre, avant d'être éventuellement dénitrifié en diazote.
Le devenir des engrais azotés
Le programme demande d'identifier le devenir des engrais, agents à la fois de fertilisation et d'eutrophisation. Le raisonnement se conduit comme un bilan d'entrée et de sortie à l'échelle d'une parcelle.
La part prélevée par la culture et exportée à la récolte est le seul devenir utile. Elle dépasse rarement la moitié de l'azote apporté, et souvent moins, selon la date et la forme de l'apport, l'état du sol et le climat.
Le reste se répartit entre plusieurs pertes. Une fraction est immobilisée dans la matière organique du sol, sous l'effet de l'organisation microbienne, et sera libérée plus tard. Une fraction est volatilisée sous forme d'ammoniac, surtout lorsque l'engrais est épandu en surface. Une fraction est dénitrifiée dans les microsites anoxiques, ce qui renvoie de l'azote à l'atmosphère, mais avec une production d'oxyde nitreux lorsque la dénitrification est incomplète. Une fraction enfin est lessivée sous forme de nitrate.
Ce dernier point doit être relié au chapitre précédent. Le nitrate est un anion, donc il n'est pas retenu par le complexe d'échange du sol, qui est globalement chargé négativement. Il reste dans la solution du sol et descend avec l'eau de drainage vers les nappes, ou rejoint les cours d'eau par ruissellement et par les réseaux de drainage. Les pertes sont maximales quand le sol est nu et la pluviométrie forte, c'est-à-dire hors période de végétation, ce qui justifie les pratiques de couverture hivernale des sols.
L'eutrophisation et les marées vertes
L'eutrophisation est l'enrichissement d'un écosystème aquatique en éléments nutritifs, principalement azote et phosphore, et l'ensemble des conséquences qui en découlent.
L'enchaînement est simple à énoncer. L'apport de nutriments lève la limitation de la production primaire. Les producteurs primaires prolifèrent, algues microscopiques en pleine eau ou macroalgues sur les fonds. Cette biomasse abondante meurt et alimente les décomposeurs. Leur respiration consomme le dioxygène dissous, d'autant plus que la solubilité de ce gaz est faible. Le milieu devient hypoxique puis anoxique près du fond, ce qui provoque la mortalité des animaux aquatiques et la disparition des espèces sensibles. Les conditions anoxiques favorisent en outre des métabolismes anaérobies produisant des composés toxiques. La biodiversité s'effondre, et l'écosystème bascule vers un état dominé par quelques espèces tolérantes.
Il faut savoir préciser quel élément est limitant, car c'est lui qui commande. En eau douce, le phosphore est le plus souvent le facteur limitant. En milieu marin côtier, c'est plutôt l'azote, ce qui explique que les apports de nitrate d'origine agricole y soient déterminants.
Les marées vertes constituent l'exemple imposé. Sur certains littoraux, des algues vertes macroscopiques prolifèrent au printemps et en été, puis s'échouent en masse sur les plages. Trois conditions se conjuguent. Une géographie favorable, avec des baies peu profondes, largement éclairées, et un renouvellement des eaux limité qui empêche la dispersion des nutriments. Un ensoleillement et une température élevés à la belle saison. Et surtout un apport continu de nitrate par les fleuves, drainant des bassins versants où l'excédent azoté agricole est élevé. En se décomposant sur l'estran, les algues échouées consomment l'oxygène et produisent des gaz malodorants et toxiques.
L'intérêt pédagogique de cet exemple est le couplage entre écosystèmes. La cause est terrestre, agricole, diffuse et située parfois à des dizaines de kilomètres. L'effet est marin, côtier et concentré. Le vecteur est l'eau, et le maillon chimique clé est la mobilité du nitrate. C'est ce raisonnement de bassin versant qu'il faut savoir tenir, plutôt que la description des espèces impliquées.
Exemples et ordres de grandeur
- Émissions liées aux combustibles fossiles et au ciment, de l'ordre de dix gigatonnes de carbone par an. Changement d'usage des sols, de l'ordre d'une à deux gigatonnes de carbone par an.
- Répartition du carbone émis, environ la moitié dans l'atmosphère, environ un quart dans l'océan, environ un quart dans la biosphère continentale et les sols.
- Dioxyde de carbone atmosphérique, environ 280 parties par million avant l'industrialisation, plus de 400 aujourd'hui.
- Acidification de l'océan de surface, baisse du pH de l'ordre du dixième d'unité depuis la période préindustrielle, soit environ trente pour cent de protons en plus.
- Fixation anthropique d'azote réactif, du même ordre de grandeur que la fixation biologique naturelle continentale, soit un doublement approximatif de l'entrée d'azote réactif.
- Efficience d'utilisation des engrais azotés, souvent inférieure à la moitié de l'azote apporté.
- Durée de vie atmosphérique de l'oxyde nitreux, de l'ordre du siècle, celle du méthane de l'ordre de la décennie, et persistance de l'excès de dioxyde de carbone sur des siècles à des millénaires.
Méthodes et savoir-faire
La première méthode est le bilan de flux. Devant un schéma de cycle perturbé, on identifie les flux ajoutés par l'activité humaine, on les compare aux flux naturels du même cycle, et on calcule l'accumulation résultante par différence entre entrées et sorties. Un déséquilibre de quelques gigatonnes de carbone par an face à des flux naturels de plus de cent gigatonnes paraît faible, mais il s'applique à un réservoir de quelques centaines et il s'accumule année après année : c'est ce raisonnement qu'il faut expliciter.
La deuxième méthode est l'attribution par traceur. Devant des courbes de concentration, de composition isotopique et de teneur en dioxygène, on montre que seules les émissions de carbone fossile expliquent simultanément la hausse de la concentration, la baisse du rapport isotopique et la baisse du dioxygène.
La troisième méthode concerne les bilans azotés. À l'échelle de la parcelle, on compare les entrées, engrais minéraux et organiques, fixation symbiotique, dépôts atmosphériques, aux sorties, exportations par la récolte, pertes gazeuses, lessivage. Le solde renseigne sur le risque de perte vers le milieu. À l'échelle du bassin versant, on relie les concentrations en nitrate mesurées à l'exutoire à l'occupation des sols en amont et au régime des pluies.
À mobiliser en colle et à l'écrit
- Distinguer les deux origines du dioxyde de carbone anthropique et préciser le sous-cycle concerné par chacune.
- Argumenter l'origine fossile de l'excès de dioxyde de carbone par trois traceurs indépendants.
- Dresser la répartition du carbone émis entre atmosphère, océan et biosphère continentale, avec les ordres de grandeur.
- Expliquer l'acidification des océans comme conséquence chimique directe du puits océanique, et ses effets sur la calcification.
- Justifier que la perturbation du cycle de l'azote est proportionnellement plus forte que celle du carbone.
- Détailler le devenir des engrais azotés et expliquer pourquoi le nitrate est la forme la plus perdue.
- Enchaîner les étapes de l'eutrophisation jusqu'à l'anoxie, et l'illustrer par les marées vertes en raisonnant à l'échelle du bassin versant.
- Pièges fréquents : dire que l'océan absorbe le dioxyde de carbone sans mentionner l'acidification, confondre eutrophisation et pollution toxique, oublier que le phosphore est souvent le facteur limitant en eau douce, présenter les puits de carbone comme permanents.
Méthodes et exercices
Notions et mécanismes clés
- Flux anthropique : transfert de matière entre réservoirs créé ou amplifié par une activité humaine. Il se compare toujours aux flux naturels du même cycle et à la taille du réservoir qui le reçoit.
- Fraction atmosphérique : part des émissions annuelles de dioxyde de carbone qui reste dans l'atmosphère. Elle vaut environ 0,45 et elle reste assez stable depuis plusieurs décennies.
- Conversion utile : 1 partie par million de dioxyde de carbone atmosphérique correspond à environ 2,1 gigatonnes de carbone.
- Puits : réservoir dont le stock augmente parce qu'il reçoit plus qu'il ne cède. L'océan et la biosphère continentale sont aujourd'hui des puits nets.
- Réaction bilan du puits océanique : CO₂ + H₂O + CO₃²⁻ → 2 HCO₃⁻. Le puits consomme donc les ions carbonate.
- Pouvoir tampon de l'eau de mer : capacité à convertir le dioxyde de carbone dissous en hydrogénocarbonate. Elle diminue à mesure que les ions carbonate s'épuisent, et l'océan absorbe alors moins bien.
- Signature isotopique : la matière organique, et donc le carbone fossile, est appauvrie en carbone 13 et dépourvue de carbone 14.
- Azote réactif : toute forme de l'azote autre que le diazote. Sa création anthropique passe surtout par la synthèse industrielle d'ammoniac.
- Efficience azotée : rapport entre l'azote exporté par la récolte et l'azote apporté. Le complément constitue le surplus, exposé aux pertes.
- Organisation microbienne : incorporation d'azote minéral dans la biomasse des décomposeurs. Elle est forte quand la matière organique a un rapport C/N élevé, comme la paille.
- Lessivage du nitrate : entraînement de l'anion nitrate par l'eau de drainage. Il n'est pas retenu par le complexe argilo-humique chargé négativement.
- Transport du phosphate : le phosphate est retenu dans le sol par adsorption et précipitation. Il rejoint les eaux surtout par l'érosion des particules et par les effluents urbains.
- Élément limitant : nutriment dont l'ajout augmente la production primaire. Le rapport atomique moyen du phytoplancton, dit de Redfield, vaut C:N:P = 106:16:1. Un rapport N:P dissous inférieur à 16 suggère une limitation par l'azote, et un rapport supérieur une limitation par le phosphore.
- Zone humide ripisylve et zone tampon : bande de sol saturé en bordure de cours d'eau où la dénitrification élimine une partie du nitrate avant la rivière.
Chaînes de raisonnement
Pourquoi un petit flux produit un grand effet. Les échanges bruts naturels entre l'atmosphère, la biosphère et l'océan atteignent environ deux cents gigatonnes de carbone par an, mais ils se compensent presque. Le flux anthropique, d'environ onze gigatonnes, n'est compensé par aucun flux de retour de même ampleur. C'est le déséquilibre net, et non le flux brut, qui s'accumule dans un réservoir d'environ huit cent cinquante gigatonnes.
Du puits océanique à la calcification. Le dioxyde de carbone dissous réagit avec les ions carbonate pour former de l'hydrogénocarbonate. La concentration en carbonate baisse, donc l'eau devient moins sursaturée vis-à-vis du carbonate de calcium. Les organismes calcifiants doivent dépenser plus d'énergie pour construire leur squelette, surtout ceux qui fabriquent de l'aragonite, plus soluble que la calcite.
Pourquoi le nitrate part et le phosphate reste. Le nitrate est un anion très soluble, sans affinité pour le complexe d'échange, qui retient surtout des cations. Le phosphate se fixe sur les oxydes de fer et d'aluminium et précipite avec le calcium. On en tire deux voies de transfert : le nitrate part par l'eau d'infiltration, le phosphate part avec les particules érodées.
Du champ à la baie. Un surplus azoté en automne se trouve dans un sol nu, sans racines pour le prélever. Les pluies d'hiver lessivent le nitrate vers les nappes et les rivières, qui l'amènent au littoral avec un décalage de quelques mois à plusieurs années selon le temps de séjour dans la nappe. Au printemps, lumière et température lèvent les autres limitations, et l'azote devient le seul facteur qui commande la prolifération.
Pourquoi l'azote est plus perturbé que le carbone. Le flux anthropique de carbone représente quelques pour cent des flux bruts naturels. Le flux anthropique d'azote réactif est du même ordre que toute la fixation biologique naturelle continentale. Comme chaque atome d'azote réactif agit plusieurs fois en cascade, l'effet sur les écosystèmes est encore multiplié.
Pourquoi l'arrêt des émissions ne suffit pas. L'océan de surface s'équilibre vite, mais le mélange avec l'océan profond demande des siècles. La neutralisation par dissolution des carbonates sédimentaires demande des milliers d'années. Le retour complet passe par l'altération des silicates, qui opère sur des centaines de milliers d'années.
Exemples et références à connaître
- Courbe de Keeling : mesures continues du dioxyde de carbone à Mauna Loa (Hawaï) depuis 1958. Elle montre une hausse régulière et une oscillation saisonnière due à la photosynthèse des continents de l'hémisphère Nord.
- Effet Suess : dilution du carbone 14 atmosphérique par le carbone fossile, mise en évidence par Hans Suess dans les cernes d'arbres au milieu du vingtième siècle. Après 1955, les essais nucléaires ont brouillé ce signal en injectant du carbone 14.
- Composition isotopique : le carbone 13 du dioxyde de carbone atmosphérique est passé d'environ moins 6,5 pour mille avant l'industrialisation à environ moins 8,5 pour mille aujourd'hui. La matière organique des plantes en C3 est proche de moins 27 pour mille.
- Revelle et Suess ont montré dès 1957 que l'océan n'absorbe pas le dioxyde de carbone aussi facilement que sa taille le laisse croire, à cause de la chimie des carbonates.
- Procédé Haber-Bosch : synthèse de l'ammoniac à partir du diazote et du dihydrogène, industrialisée avant la Première Guerre mondiale. Il produit aujourd'hui de l'ordre de cent vingt millions de tonnes d'azote par an. Il nourrit indirectement une grande partie de l'humanité.
- Oxyde nitreux : son pouvoir de réchauffement global est près de trois cents fois celui du dioxyde de carbone à l'horizon d'un siècle. C'est aussi aujourd'hui le principal gaz destructeur de l'ozone stratosphérique.
- Expérience du lac 226 dans la région des lacs expérimentaux du Canada (David Schindler, années 1970) : un lac coupé en deux par un rideau. La moitié enrichie en carbone, azote et phosphore s'est couverte d'algues, pas la moitié sans phosphore. C'est la démonstration de la limitation par le phosphore en eau douce.
- Lac Léman : eutrophisé dans les années 1970, restauré par la déphosphatation des eaux usées et la limitation des phosphates dans les lessives. C'est l'exemple d'une remédiation ciblée sur l'élément limitant.
- Marées vertes bretonnes, baies de Saint-Brieuc et de Lannion : prolifération d'algues vertes du genre Ulva, alimentée par le nitrate de bassins versants d'élevage intensif. La décomposition des algues échouées dégage du sulfure d'hydrogène, toxique.
- Zone hypoxique du golfe du Mexique, à l'embouchure du Mississippi : de l'ordre de dix à vingt mille kilomètres carrés certains étés, alimentée par le nitrate du bassin agricole du Midwest. C'est l'exemple de couplage continent-océan à l'échelle d'un continent. Seuil de potabilité européen : 50 milligrammes de nitrate par litre.
Techniques
Lecture d'une courbe temporelle de concentration
Réflexe en trois temps. Séparer la tendance de fond de l'oscillation saisonnière. Chiffrer la pente en unité par an, puis la convertir en masse de carbone. Relier chaque composante à un processus : émissions nettes pour la tendance, photosynthèse et respiration continentales pour l'oscillation.
Mini-exemple. Une courbe passe de 316 à 420 parties par million entre 1959 et 2023, avec une amplitude annuelle de 6 parties par million. La pente moyenne vaut 104 sur 64 ans, soit environ 1,6 partie par million par an, et elle augmente au cours du temps. La concentration est maximale vers mai, à la fin de l'hiver biologique pendant lequel la respiration des écosystèmes et des sols l'a emporté, au moment où la photosynthèse commence à dépasser la respiration. Elle est minimale vers septembre et octobre, à la fin de la saison de croissance. L'oscillation est plus forte au Nord, qui porte l'essentiel des terres émergées.
Conversion d'unités, le passage obligé
Pour le carbone, on multiplie les parties par million par 2,1 pour obtenir des gigatonnes de carbone, et on multiplie par 44 sur 12 pour passer du carbone au dioxyde de carbone. Pour l'azote, on multiplie par 62 sur 14 pour passer d'une masse d'azote à une masse de nitrate. Une erreur de conversion invalide tout le bilan. Écrire l'unité à chaque ligne.
Schéma bilan du cycle perturbé
Dessiner les réservoirs en boîtes, avec leur stock. Tracer en noir les flux naturels, en rouge les flux anthropiques, en bleu les puits qui répondent à la perturbation. Écrire le solde de chaque réservoir à côté de la boîte. Pour l'azote, placer la parcelle, la nappe, la rivière et la baie les unes à la suite des autres, pour faire apparaître la cascade et le couplage.
Plan de synthèse sur ce chapitre
Gabarit efficace : l'origine du flux perturbateur, son devenir dans les réservoirs, les conséquences et leviers d'action. Chaque partie doit contenir un chiffre et un mécanisme. Éviter le plan catalogue « effets sur l'air, l'eau, le sol », qui empêche de raisonner en flux.
Sujets classiques traités
Choisis ton niveau. Difficulté indicative ; les exercices qui se suivent restent dans l'ordre.
Sujet 1. Bilan chiffré du carbone anthropique
Classiques de khôlle et concours · Exercice de khôlle
Sur une année récente, les combustibles fossiles et le ciment émettent 9,8 gigatonnes de carbone et le changement d'usage des sols 1,2. La concentration atmosphérique augmente de 2,4 parties par million. Des mesures de carbone inorganique dissous donnent un puits océanique de 2,9 gigatonnes. Calculer la fraction atmosphérique et le puits continental.
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Étape 1, émissions totales, 9,8 + 1,2 = 11 gigatonnes. Étape 2, accumulation atmosphérique, 2,4 × 2,1 ≈ 5,0 gigatonnes, donc une fraction atmosphérique d'environ 0,46. Étape 3, puits continental par différence, 11 − 5,0 − 2,9 ≈ 3,1 gigatonnes. Étape 4, discuter : le puits continental est obtenu par soustraction, il concentre donc toutes les incertitudes des autres termes. Point où l'on se trompe : ajouter des gigatonnes de dioxyde de carbone à des gigatonnes de carbone, avec un facteur 3,67 d'écart.
Sujet 2. Démontrer l'origine fossile de l'excès de dioxyde de carbone
Classiques de khôlle et concours · Analyse de documents, type écrit G2E
Quatre documents : la hausse du dioxyde de carbone, la baisse de sa teneur en carbone 13, la baisse du rapport dioxygène sur diazote, et une concentration plus élevée dans l'hémisphère Nord que dans l'hémisphère Sud. Discuter trois hypothèses : volcanisme, dégazage océanique, combustion de carbone fossile.
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Étape 1, volcanisme : son flux est d'environ un dixième de gigatonne de carbone par an, cent fois trop faible. Son carbone mantellique est proche de moins 5 pour mille et ne ferait pas baisser le carbone 13, et il ne consomme pas de dioxygène. Étape 2, dégazage océanique : le carbone inorganique océanique est plus riche en carbone 13 que l'atmosphère, il ferait monter le rapport isotopique. De plus, le carbone dissous de l'océan augmente, l'océan est donc un puits et non une source. Étape 3, combustion fossile : elle explique simultanément la hausse de concentration, la baisse du carbone 13, la baisse du dioxygène et le gradient Nord-Sud, puisque l'essentiel des émissions industrielles se situe au Nord. Point où l'on se trompe : conclure à partir de la seule coïncidence chronologique, qui ne départage aucune hypothèse.
Sujet 3. L'acidification des océans et ses conséquences
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, mécanisme chimique : dissolution, formation d'acide carbonique, libération de protons, consommation des ions carbonate. Deux, chiffrage : une baisse du pH de 0,1 multiplie la concentration en protons par 10 puissance 0,1, soit environ 1,26. Une baisse de 0,11 donne 1,29, d'où le chiffre de trente pour cent couramment cité. Trois, conséquences biologiques : calcification plus coûteuse chez les coraux, les coccolithophoridés et les ptéropodes, fragilité accrue des formes à aragonite. Quatre, rétroaction : moins de carbonate signifie un pouvoir tampon plus faible, donc un puits océanique moins efficace. Argument attendu : l'acidification n'est pas un effet du réchauffement, elle est la conséquence directe du puits, et elle se produirait même sans aucun changement de température.
Sujet 5. Les marées vertes, un couplage entre écosystèmes terrestres et marins
Classiques de khôlle et concours · Synthèse, type écrit Agro-Véto
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Accroche : certaines plages bretonnes voient échouer chaque été plusieurs dizaines de milliers de tonnes d'algues vertes, alors que la cause se trouve dans des élevages situés à l'intérieur des terres. Problématique : comment un excédent agricole diffus devient-il une nuisance côtière concentrée ?
I. La source terrestre. Excédent azoté des bassins versants d'élevage et de cultures, sols nus en hiver, lessivage du nitrate vers les nappes puis les rivières.
II. Le vecteur et le piège. Rivières côtières qui débouchent dans des baies peu profondes, bien éclairées, à faible renouvellement des eaux, où le nitrate s'accumule. En mer côtière, l'azote est l'élément limitant.
III. La réponse de l'écosystème. Prolifération d'algues libres au printemps, échouage, décomposition sur l'estran, consommation du dioxygène et dégagement de sulfure d'hydrogène.
IV. Les leviers. Réduire les apports au niveau du bassin versant, restaurer les zones humides dénitrifiantes. Ramasser les algues traite les effets et non la cause. Le temps de séjour dans les nappes explique le délai entre les efforts et les résultats.
Conclusion : on raisonne à l'échelle du bassin versant et on désigne le nitrate comme maillon chimique. Rappel : le programme exclut le détail de la biologie des algues.
Sujet 7. La perturbation du cycle de l'azote est-elle plus grave que celle du carbone ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, perturbation relative : environ cinq pour cent des flux bruts naturels pour le carbone, doublement de l'entrée d'azote réactif pour l'azote. Deux, perturbation absolue et durée : le carbone s'accumule durablement dans l'atmosphère et domine le forçage climatique, alors que l'azote réactif finit par être dénitrifié en quelques années à quelques décennies, sauf l'oxyde nitreux qui persiste environ un siècle. Trois, cascade : un même atome d'azote contribue successivement à l'acidification des sols par dépôt d'ammoniac, à l'eutrophisation par le nitrate et à l'effet de serre par l'oxyde nitreux. Quatre, couplage des deux cycles : les dépôts d'azote stimulent le puits continental de carbone. Argument attendu : « plus grave » doit être défini, en proportion, en durée ou en diversité d'effets, avant de conclure.
Sujet 8. Les puits de carbone sont-ils pérennes ?
Classiques de khôlle et concours · Khôlle
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Plan attendu. Un, puits océanique : la solubilité baisse quand l'eau se réchauffe, le pouvoir tampon diminue avec la baisse du carbonate, et le réchauffement stratifie l'océan de surface, ce qui ralentit le transfert vers la profondeur. Deux, puits continental : l'effet fertilisant du dioxyde de carbone est plafonné par l'eau et l'azote. La respiration des sols augmente avec la température. Les sécheresses, les incendies et la déforestation peuvent inverser le puits localement. Trois, échelles de temps : équilibre de surface en un an environ, mélange océanique en quelques siècles, dissolution des carbonates en quelques millénaires, altération des silicates en centaines de milliers d'années. Argument attendu : un puits est un flux qui dépend de l'état du système, il peut diminuer si les conditions changent, et la fraction atmosphérique pourrait alors croître.
Sujet 4. Le devenir de l'azote d'un engrais sur une parcelle de blé
Autres exercices · Exercice quantitatif
Une parcelle d'un hectare reçoit 200 kilogrammes d'azote d'engrais et 15 par dépôt atmosphérique. La récolte exporte 120 kilogrammes. On estime 25 kilogrammes volatilisés en ammoniac, 20 organisés dans la matière organique, 10 dénitrifiés. L'hiver suivant, 250 millimètres d'eau drainent sous les racines. Calculer l'azote lessivé et la concentration en nitrate de l'eau de drainage.
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Étape 1, entrées, 215 kilogrammes. Efficience, 120 sur 200, soit 60 pour cent de l'engrais, valeur plutôt favorable. Étape 2, lessivage par différence, 215 − 120 − 25 − 20 − 10 = 40 kilogrammes d'azote. Étape 3, masse de nitrate, 40 × 62 / 14 ≈ 177 kilogrammes. Étape 4, volume drainé, 0,25 mètre sur 10 000 mètres carrés, soit 2 500 mètres cubes ou 2,5 millions de litres. Étape 5, concentration, 177 millions de milligrammes divisés par 2,5 millions de litres, environ 71 milligrammes par litre, au-dessus du seuil de potabilité. Étape 6, leviers : fractionner les apports selon les besoins de la culture, établir un bilan prévisionnel, semer une culture intermédiaire piège à nitrate pour couvrir le sol en hiver, maintenir des bandes enherbées et des zones humides en bordure de cours d'eau. Point où l'on se trompe : calculer la concentration en azote et la comparer au seuil exprimé en nitrate.
Sujet 6. Azote ou phosphore, quel élément limite ?
Autres exercices · Analyse de documents
Document 1, l'expérience du lac coupé en deux. Document 2, des rapports N:P dissous mesurés dans un lac, environ 60, et dans une baie côtière, environ 5. Document 3, l'évolution du phosphore et de la chlorophylle dans un grand lac après déphosphatation des eaux usées.
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Étape 1, le document 1 montre que seul l'ajout de phosphore déclenche la prolifération en lac. Étape 2, comparer au rapport de Redfield de 16 : le lac est limité par le phosphore, la baie par l'azote. Étape 3, en eau douce, les cyanobactéries fixatrices de diazote compensent en partie un déficit d'azote, ce qui renforce la limitation par le phosphore. Étape 4, le document 3 montre qu'agir sur le seul élément limitant suffit à faire reculer l'eutrophisation. Conclusion : la stratégie de remédiation dépend du milieu, phosphate pour les lacs, nitrate pour les côtes. Point où l'on se trompe : proposer de réduire le nitrate pour restaurer un lac limité par le phosphore.
Erreurs fréquentes
- Comparer le flux anthropique aux flux bruts naturels pour conclure qu'il est négligeable. Il faut raisonner sur le solde net et sur son accumulation d'une année à l'autre.
- Mélanger les unités, carbone et dioxyde de carbone, azote et nitrate. Chaque bilan doit afficher une unité unique et la conversion explicite.
- Présenter l'acidification comme une conséquence du réchauffement. Elle résulte directement de la dissolution du dioxyde de carbone, et elle réduit en retour l'efficacité du puits océanique.
- Dire que les engrais polluent parce qu'ils sont toxiques. L'eutrophisation est un excès de nutriments. Le dommage vient de l'anoxie provoquée par la décomposition de la biomasse en excès.
- Proposer une remédiation qui ignore l'élément limitant ou l'échelle du bassin versant. Il faut viser le phosphate en lac et le nitrate sur les côtes, et agir sur les parcelles en amont plutôt que sur la plage.
Fiche rédigée à partir du programme officiel de BCPST deuxième année (2021), thématique « Biogéosciences », partie BG-A-3. Elle couvre l'origine et le devenir du dioxyde de carbone émis par les activités humaines, l'accumulation de composés azotés réactifs et l'eutrophisation des écosystèmes.